Test Blu-ray / La Nuit de la mort, réalisé par Raphaël Delpard

LA NUIT DE LA MORT réalisé par Raphaël Delpard, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Isabelle Goguey, Charlotte de Turckheim, Michel Flavius, Betty Beckers, Jean Ludow, Jeannette Batti, Michel Debrane, Germaine Delbat, Georges Lucas, Denise Montréal…

Scénario : Raphaël Delpard, Richard Joffo

Photographie : Marcel Combes

Musique : Laurent Petitgirard

Durée : 1h34

Année de sortie : 1980

LE FILM

À la suite d’une dispute avec son ami Serge, Martine accepte un poste d’infirmière au « Doux Séjour », maison de retraite isolée en rase campagne. Elle sympathise rapidement avec Nicole, sa collègue de travail, qui disparaît bientôt dans de mystérieuses circonstances. Entre une directrice autoritaire, un gardien et homme à tout faire au comportement étrange et des pensionnaires passablement allumés, Martine finit par réaliser qu’elle est prisonnière de la maison… mais surtout qu’elle pourrait courir un grave danger.

Raphaël Delpard est tout d’abord scénariste et commence sa carrière au début des années 1970 avec L’Albatros de Jean-Pierre Mocky, pour qui il signe ensuite les dialogues de Chut ! (1972), avant de réaliser son premier long métrage en 1976, le film à sketches érotico-comique Perversions, sur le thème de l’exhibitionnisme. Un petit détour par l’érotisme avec Lycéennes perverses en 1979 sous le pseudo de Peter Rafael, puis Raphaël Delpard bifurque ensuite vers le cinéma de genre et emballe La Nuit de la mort, titre agrémenté d’un point d’exclamation lors de sa sortie en 1980. Produit avec un budget minuscule et interprété par un casting de quasi-inconnus ou appartenant à la catégorie « On ne sait jamais comment ils s’appellent », ce film d’exploitation « franchouillard » retiendra difficilement l’attention du spectateur aujourd’hui, mais saura contenter le nostalgique d’un cinoche bricolé avec les moyens du bord, dont le seul but était ouvertement d’attirer les spectateurs avides d’effets gore et érotiques.

Grâce à Christian, Martine trouve un emploi d’aide- soignante dans un hospice de vieillards, le « Doux Séjour ». Elle est un peu surprise d’y trouver une autre jeune fille, Nicole, occupant la même fonction qu’elle. En fait, Martine prend ses fonctions quelques temps avant la date prévue, ce qui a l’air de mécontenter la directrice. Mais Martine et Nicole sympathisent. Un soir, Martine va au cinéma avec Christian. C’est alors que l’hospice devient fou : Nicole est « livrée » aux vieillards qui la tuent, la dépècent et se livrent à de véritables agapes d’anthropophages. Quand Martine revient et s’étonne de ne pas voir Nicole, on lui dit que la jeune fille a quitté l’hospice. Mais Martine n’est qu’à moitié dupe. Nicole ne lui avait jamais dit qu’elle avait l’intention de quitter son emploi. De plus, elle retrouve des affaires ayant appartenu à son ex-collègue dans des endroits tout à fait insolites, constate que Flavien, l’homme de ménage, a une attitude étrange. Et puis, un jour, l’abominable vérité éclate.

Moui, bon, comment dire…On a beau vouloir le défendre ce film, force est d’admettre que rien ou presque ne fonctionne. Osons le dire, on s’y emm**** même copieusement, surtout durant la première heure, interminable, durant laquelle il ne se passe pour ainsi dire absolument rien, si ce n’est une petite séquence, par ailleurs fort sympathique, de dépeçage à mains nues du corps de la débutante Charlotte de Turckheim, âgée de 25 ans, qui a depuis renié ce film, sans doute pour son apparition dénudée. L’année suivante, elle interprétera la compagne de Coluche dans Le Maître d’école de Claude Berri. Soyons honnêtes, si l’on suit ce petit film, c’est surtout pour son héroïne, Isabelle Goguey, jolie rouquine à la peau diaphane qui nous récompense au passage d’un réjouissant plan topless. Encore faut-il le mériter et parvenir à aller au-delà de ces interminables soixante premières minutes. Enfant de la balle, Isabelle Goguey devient l’assistante de son père Claude Pierson sur ses œuvres aux titres explicites (et qu’on aime tant) Extases impudiques (1977), Jeunes couples déchaînés (1978), Je suis une petite cochonne (1979) et Intimités secrètes (1980). Etant déjà apparu à l’écran, elle obtient le premier rôle dans La Nuit de la mort et s’acquitte fort honorablement de son personnage prise malgré elle dans un cauchemar éveillé. Le reste du casting se compose de tronches et de personnalités typiques du cinéma français d’alors avec notamment la directrice interprétée par Betty Beckers, actrice vue chez Claude Sautet (Max et les ferrailleurs, César et Rosalie, Vincent, François, Paul… et les autres), qui en fait des caisses, mais qui le fait bien. Les comédiens rivalisent de grimaces et déambulent dans des décors pauvres et peu inspirés.

La musique Laurent Petitgirard devient vite redondante, puis stressante, avant d’irriter particulièrement avec la même ritournelle utilisée en boucle du début à la fin. Quelques bonnes idées émergent bien sûr, comme le coup de la photographie du boyfriend, même si l’on voit le truc venir, ou bien encore les scènes de cannibalisme aussi réussies qu’inattendues avec des maquillages surprenants, qui ont fait leur effet en 1980 et qui le font d’ailleurs encore en 2019.

Dommage que le film ne soit pas à la hauteur de son dénouement, qui pour le coup créé la surprise. Néanmoins, malgré ses très nombreux défauts, on ne peut pas s’empêcher d’aimer ce genre de production qui sent bon l’amateurisme, l’éclairage à la lampe électrique, la bonne bouffe à la cantine et le gros rouge qui tâche. Petit succès à sa sortie, d’estime dirons-nous, La Nuit de la mort connaît ensuite un triomphe en VHS où il est édité chez Colombus Vidéo sous le titre Les griffes de la mort.

LE COMBO

Superbe combo Blu-ray/DVD tout droit sorti de la tanière du Chat qui fume, qui a concocté à cette occasion une édition limitée à 1000 exemplaires. Le Digipack trois volets reprend deux photogrammes marquants tirés du film, avec d’un côté les pensionnaires qui dégustent quelques organes fraîchement prélevés, et de l’autre la découverte des restes du corps de Nicole, suspendu à un crochet de boucher. Le tout est glissé dans un surétui dont le visuel rappelle celui de l’édition de La Nuit des Diables, sorti chez Le Chat qui fume. Le menu principal est animé et musical. Nous trouvons également un petit encart de quatre pages signé Christophe Lemaire.

Au rayon des suppléments, cette édition ne démérite pas. On commence par l’entretien avec la comédienne Isabelle Goguey (35’30), l’héroïne de La Nuit de la mort. Dans les locaux de la boutique Metaluna Store, l’invitée du Chat qui fume revient sur son parcours, marqué par le cinéma d’exploitation et plus particulièrement érotique et pornographique, milieu où elle était l’assistante de son père Claude Pierson. Une affaire de famille pour Isabelle Goguey, enfant de la balle (certaines mauvaises langues diront de la boule), qui en vient ensuite à sa participation à La Nuit de la mort en partageant ses souvenirs de tournage.

Toujours chez Metaluna, place cette fois au cinéaste Raphaël Delpard (33’) qui aborde également sa carrière avec ses rencontres déterminantes (Jean-Pierre Mocky), ses collaborations avec Robert Enrico et même Sam Peckinpah et la genèse de La Nuit de la mort. Ancien réalisateur de films publicitaires, passionné par le cinéma fantastique, Raphaël Delpard évoque largement les conditions de tournage du film qui nous intéresse ici, sans oublier le casting en disant que Charlotte de Turckheim renie aujourd’hui La Nuit de la mort. La musique, les maquillages, la sortie au cinéma puis le triomphe du film sont ensuite passés en revue. Enfin, cette rencontre fort sympathique se clôt sur une note amère puisque Raphaël Delpard nous parle de la sortie de son dernier long métrage d’horreur, Clash (1984), conspué par tous lors de sa présentation à Avoriaz. Un accueil qui l’a profondément atteint, pour ne pas dire dégoûté et qui le touche encore particulièrement aujourd’hui.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, ainsi que sur un large comparatif image avant/après restauration (21’). Des images brutes qui laissent entre autres apercevoir la perche dans le champ.

L’Image et le son

Petit film pour lequel Le Chat qui fume fait le maximum, La Nuit de la mort bénéficie d’un master HD de haute tenue. Qui l’eût cru ? Les partis pris et volontés artistiques ont beau être parfois rudimentaires, ce Blu-ray n’en demeure pas moins de très haute qualité. Franchement, même Raphaël Delpard lui-même doit sûrement écarquiller les yeux devant la propreté étincelante du master proposé ici. La copie est lumineuse et stable, les contrastes solides, les couleurs froides admirablement restituées. Certes, divers plans flous sont présents, mais semblent d’origine, tout comme d’autres couacs liés aux conditions de tournage. N’oublions pas la patine argentique qui ajoute un charme suranné et élégant à l’ensemble. Chapeau bas.

Comme pour l’image, le son a visiblement connu un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio 2.0 pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Les sous-titres anglais sont également disponibles.

Crédits images : © Le Chat qui fume / OB Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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