Test Blu-ray / La Fille sur la balançoire, réalisé par Richard Fleischer

LA FILLE SUR LA BALANÇOIRE (The Girl in the Red Velvet Swing) réalisé par Richard Fleischer, disponible en DVD et Blu-ray le 2 octobre 2018 chez Rimini Editions

Acteurs : Ray Milland, Joan Collins, Farley Granger, Luther Adler, Cornelia Otis Skinner, Glenda Farrell, Frances Fuller, Phillip Reed…

Scénario : Walter Reisch, Charles Brackett

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Leigh Harline

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Dans l’Amérique des années 1900, Stanford White, célèbre architecte new-yorkais, marié mais séducteur réputé âgé de 47 ans, remarque dans une troupe de danseuses de cabaret Evelyn Nesbit, qui n’a que 16 ans. Cette dernière tombe sous son charme, mais celui-ci, torturé par sa conscience, cherche à éloigner la jeune femme, dont il est tombé amoureux. La jeune fille est également convoitée par un riche oisif, Harry Thaw. Quatre ans plus tard, celui-ci l’épouse. Mais, sa jalousie s’exacerbe à l’encontre de White. Un soir, dans un cabaret fréquenté par la haute société, il abat l’architecte de trois coups de revolver. Lors du procès Evelyn cédera aux pressions de sa belle mère et fera un faux témoignage pour sauver la tête de son mari.

Fils du pionnier de l’animation Max Fleischer (producteur de Popeye et de Betty Boop), Richard Fleischer (1916-2006) tente d’abord de devenir comédien mais se retrouve rapidement dans la salle de montage pour s’occuper des films d’actualités pour la RKO. Après quelques courts-métrages remarqués en tant que réalisateur, Richard Fleischer se voit confier quelques séries B. C’est le cas d’Assassin sans visage, remarquable film noir d’une heure montre en main tourné en seulement dix jours en 1949. Jalon de l’histoire du film criminel, l’oeuvre de Richard Fleischer repose sur une mise en scène stylisée et demeure l’un des premiers films à traiter de manière réaliste de la figure du serial killer.

Sous contrat avec la RKO, Richard O. Fleischer, signe plus tard Bodyguard, un petit polar à l’intrigue banale et même sans surprise, qu’il parvient à élever grâce à une mise en scène inspirée et dynamique, une direction d’acteurs parfaite (parfait Lawrence Tierney et dernière apparition de l’adorable Priscilla Lane) et même quelques touches d’humour qui font mouche. Série B vive et dynamique, particulièrement intéressante sur le plan visuel et faisant fi d’un budget somme toute restreint, bourrée d’idées (la scène finale dans l’abattoir) et de trouvailles sympathiques (un gros plan sur un oeil), Bodyguard, ce quatrième long-métrage de Richard Fleischer, se voit encore aujourd’hui comme une belle curiosité.

Tous ces petits longs métrages vont permettre à Richard Fleischer de révéler son savoir-faire. Sa spécialité ? Les polars secs et nerveux à l’instar du Pigeon d’argile grâce auquel le cinéaste transcende une fois de plus un postulat de départ classique pour s’amuser avec les outils techniques mis à sa disposition. Dès 1952 avec L’Enigme du Chicago Express, le réalisateur est reconnu dans le monde entier comme étant un nouveau maître du cinéma. Cette ascension fulgurante lui ouvrira les portes des grands studios Hollywoodiens où il démontrera son immense talent et son goût pour un éclectisme peu commun : Vingt Mille lieues sous les mers (1954), Les Inconnus dans la ville (1955), Les Vikings (1958). Juste après avoir connu le succès dans le monde entier avec sa transposition de l’oeuvre de Jules Verne, Richard Fleischer enchaîne avec La Fille sur la balançoire. Si ce film semble plus classique qu’à son habitude, The Girl on the Red Velvet Swing annonce pourtant les œuvres à venir de Richard Fleischer, notamment celles basées sur des faits divers criminels. Ou comment La Fille sur la balançoire s’inscrit bel et bien dans une filmographie éclectique – 60 films en 45 ans – et pourtant cohérente.

Ayant envisagé dans sa jeunesse des études pour devenir psychiatre, Richard Fleischer s’est toujours intéressé aux obsessions de ses personnages, d’un côté ou de l’autre de la justice. Ce sera notamment le cas dans Le Génie du mal (1959), adapté du roman Crime (1956) de l’écrivain et journaliste Meyer Levin, dans lequel le cinéaste s’inspire de l’affaire Leopold et Loeb, que Levin avait par ailleurs couvert pour le compte du Daily News en 1924 alors qu’il fréquentait la même Université que les deux criminels. Nathan Leopold et Richard Loeb étaient deux riches et brillants étudiants en droit de l’Université de Chicago, fascinés par la théorie du surhumain de Friedrich Nietzsche. Se sentant intellectuellement au-dessus du commun des mortels et donc des lois, les deux étudiants ont décidé de tuer un adolescent de 14 ans pour le seul plaisir de réaliser un crime parfait et d’éliminer un être inférieur, donc « inutile ». Un fait divers qui avait déjà inspiré La Corde d’Alfred Hitchcock, réalisé dix années auparavant. Ce qui intéresse Richard Fleischer et ce qui le passionnera tout au long de sa vie, c’est surtout ce qui peut conduire un homme à commettre l’irréparable. Le Génie du mal sera d’ailleurs le premier volet d’une trilogie criminelle en devenir avec L’Étrangleur de Boston en 1968 et L’Étrangleur de la place Rillington en 1971. Cinéaste prolifique, il est et demeure assurément l’un des plus grands metteurs en scène et raconteur d’histoires de l’industrie hollywoodienne.

Quand on se couche avec des chiens, on se lève avec des puces…

Entre le film à costumes, une touche de comédie musicale, le mélodrame passionnel, l’étude psychologique et un soupçon d’histoire criminelle, La Fille sur la balançoire, inspiré d’une histoire vraie qui avait été appelée « Le Procès du siècle » et qui avait défrayé la chronique au début du XXe siècle, repose sur un scénario en béton écrit par les immenses Walter Reisch (Voyage au centre de la terre de Henry Levin, Niagara de Henry Hathaway, Ninotchka d’Ernst Lubitsch) et Charles Brackett (Boulevard du crépuscule, La Scandaleuse de Berlin). Richard Fleischer a donc les mains libres pour dérouler son récit à travers une reconstitution soignée, une virtuosité unique et un art jamais démenti de la conduite dramaturgique, tout en se penchant sur une nouvelle approche du « Mal » et des recoins les plus sombres de l’âme humaine.

Avec son CinémaScope sublime et la flamboyante photographie du chef opérateur Milton R. Krasner (Ève, 7 ans de réflexion, La Conquête de l’Ouest) aux couleurs étincelantes qui contrastent avec la noirceur du propos, La Fille sur la balançoire demeure un vrai joyau et continue aujourd’hui de faire le bonheur des cinéphiles.

Dans la première partie de La Fille sur la balançoire, Richard Fleischer observe ses personnages avec une patience et l’oeil aiguisé d’un entomologiste. Le réalisateur pose le cadre, donne aux spectateurs ce qu’ils sont venus voir, à savoir un trio de stars élégantes, superbes et qui portent admirablement le costume. Le décor est faste, les couleurs éclatantes, le cadre large renvoie aux plus grands spectacles cinématographiques d’alors. Pourtant, il y a quelque chose de menaçant, pour ne pas dire pourri qui couve dans La Fille sur la balançoire. Si les faits réels ont été quelque peu « adoucis » – la jeune Evelyn Nesbit, 14 ans, avait  été violée par Stanford White – Richard Fleischer n’est pas dupe quant au comportement inapproprié de ses protagonistes masculins.

Ray Milland compose un architecte de renom, peut-être le plus connu des Etats-Unis, marié, qui entreprend une relation avec une très jeune femme (ici âgée de 16 ans), plus ou moins consentie. Le film étonne par sa frontalité, surtout lorsque White décide finalement de s’occuper d’Evelyn comme s’il s’agissait de « sa fille », en voulant lui faire reprendre des études. Fantasme incestueux ? Pédophilie ? Il s’agit bien de cela, mais Richard Fleischer est assez malin pour faire passer le message malgré un code Hays omnipotent. De son côté, Farley Granger compose un Harry K. Thaw ambiguë, playboy colérique et millionnaire qui vit sous le joug d’une mère qu’on imagine à la fois castratrice et également incestueuse. Troisième élément de ce triangle « amoureux », Joan Collins, dans un rôle pensé pour Marilyn Monroe, subjugue à chaque apparition. Mais en dépit de son apparente innocence, le spectateur s’interroge sur le caractère arriviste de cette apparente oie blanche qui souhaite s’élever dans l’échelle sociale. Son jeune âge la perdra puisqu’elle se retrouvera au milieu d’un règlement de comptes fatal, qui lui fera comprendre qu’on ne peut jouer innocemment dans le monde adulte.

Le dernier acte, après le meurtre, est un modèle du genre. Ou l’art de l’ellipse chez Richard Fleischer. Les grandes étapes du procès sont résumées via le titre des manchettes affiché sur les devantures d’un magasin, jusqu’au verdict. Quant à l’épilogue dans la prison, il reste d’une brutalité peu commune et d’un cynisme tout aussi rare. Un autre bijou noir dissimulé dans l’immense filmographie du cinéaste. Ce fait divers sera également évoqué dans Ragtime de Milos Forman (1981) et repris par Claude Chabrol dans La Fille coupée en deux (2007).

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Fille sur la balançoire, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui très élégant. Le menu principal est animé et musical.

Critique cinéma et chargée de cours à l’université Paris 3, Ophélie Wiel replace La Fille sur la balançoire dans la carrière de Richard Fleischer et revient sur les thèmes, les partis pris, la psychologie des personnages et le casting du film qui nous intéresse, sans oublier d’évoquer le fait divers qui l’a inspiré (20’). Ophélie Wiel indique comment le cinéaste et les scénaristes ont su contourner le tristement célèbre code Hays, afin d’aborder la sexualité déviante du personnage incarné par Ray Milland.

L’Image et le son

L’édition HD de La Fille sur la balançoire est aléatoire. Rien à redire sur le fabuleux cadre large et la vivacité de la colorimétrie, en particulier sur les quelques scènes chantées aux costumes étincelants (jaune, rose, on en prend plein les yeux) ou de la balançoire éponyme. En revanche, le master est encore parsemé de points blancs, de scories diverses et variées, de raccords de montage. La définition décroche sur les fondus enchaînés et la dernière bobine est la plus abîmée du lot avec une recrudescence des poussières. Les contrastes sont malgré tout fabuleux, malgré des fourmillements, des flous intempestifs, des séquences tournées en transparence visibles comme le nez au milieu de la figure. La gestion du grain est également inégale avec de temps en temps des scènes plus lissées et à l’aspect plus artificiel. Ce Blu-ray est une exclusivité mondiale.

Point de Haute-Définition en ce qui concerne l’acoustique. La version originale bénéficie d’une piste LPCM 2.0 (à privilégier), mais également d’une option Dolby Digital 5.1 correcte, qui spatialise la musique de façon dynamique. Quelques effets latéraux parviennent à se faire entendre, même si l’ensemble reste essentiellement frontal. Les voix sont de temps à autre assez confinées ou au contraire trop aiguës. La piste française LPCM 2.0 est de bon acabit, au doublage soigné. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : ©  Twentieh Century Fox Home Entretainment LLC All Rights Reserved / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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