Test DVD / The Return, le retour d’Ulysse, réalisé par Uberto Pasolini

THE RETURN, LE RETOUR D’ULYSSE (The Return) réalisé par Uberto Pasolini, disponible en DVD le 3 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Ralph Fiennes, Juliette Binoche, Charlie Plummer, Marwan Kenzari, Claudio Santamaria, Roberto Serpi, Chris Corrigan…

Scénario : John Collee & Edward Bond, d’après le poème L’Odyssée de Homère

Photographie : Marius Panduru

Musique : Rachel Portman

Durée : 1h56

Année de sortie : 2025

LE FILM

De retour de la guerre de Troie après vingt ans d’absence, Ulysse échoue sur les côtes d’Ithaque, son ancien royaume. Sa femme Pénélope, restée fidèle, y vit prisonnière dans sa propre demeure, repoussant tous les prétendants à la couronne. Télémaque, leur fils, qui n’a jamais connu son père, devient, lui, un obstacle pour ceux qui veulent s’emparer du pouvoir.

A travers les cieux
L’espace et le temps
Un vaisseau s’en vient
Ulysse
Contrôlés des Dieux
Les pièges géants
C’est l’Odysseus
Ulysse

Ulysse revient
Et c’est un bien long chemin
Ulysse revient
Il lutte pour son destin
(air connu)

L’Odyssée d’Homère a inspiré la littérature, la poésie, le théâtre, la danse, la musique, la peinture, le dessin animé, la bande dessinée et bien sûr le cinéma et la télévision. En 1954, sort le péplum sobrement intitulé Ulysse, réalisé par Mario Camerini, avec Kirk Douglas dans le rôle titre. Triomphe en Italie, le film reste encore aujourd’hui le quinzième plus grand succès au box office transalpin avec plus de 13 millions d’entrées, entre Le Petit monde de Don Camillo de Julien Duvivier et Le Guépard de Luchino Visconti. Depuis, le mythe a été abordé librement, entre autres par les frères Coen dans O’Brother (2000). Si 2026 sera marqué par L’Odyssée de Christopher – Zzz Zzzz – Nolan, un cinéaste italien vient lui aussi de s’emparer d’Homère. Il s’agit d’Uberto Pasolini, neveu, non pas de Pier Paolo Pasolini comme on pouvait peut-être le penser, mais de Luchino Visconti, producteur du légendaire The Full Monty, remarqué aussi lui-même derrière la caméra avec Une belle fin Still Life en 2013, qui relate ici le retour d’Ulysse à Ithaque, ainsi que son affrontement contre les prétendants de Pénélope. Contrairement à ce que la bande-annonce essayait de nous faire croire, point ou peu d’action dans The Return, le retour d’Ulysse, qui s’avère plutôt une proposition dite réaliste, contemplative, psychologique, doublée du portrait d’un homme blessé, meurtri, traumatisé, exténué, loin du héros mythologique. Uberto Pasolini dall’Onda, de son véritable nom, signe une œuvre crépusculaire, pourtant tournée sous un soleil de plomb, entre la Grèce et l’Italie, et propose sa version « resserrée » en condensant les chants I à XXIV en deux heures de temps, soit les prétendants qui attendent que Pénélope choisisse l’un deux, leur complot contre Télémaque, pendant qu’Ulysse, recueilli après son naufrage, raconte ses aventures, rentré à Ithaque, se fait reconnaître de ses proches, avant de massacrer ses rivaux et de ramener la paix dans l’île. Et cela fonctionne, séduit les yeux, le coeur et l’âme. Une très belle réussite.

Vingt ans après avoir combattu lors de la guerre de Troie, Ulysse échoue nu sur les rivages de son île natale, Ithaque. Eumée le soigne. Abattu et traumatisé par la guerre, Ulysse apprend le déclin de son royaume. Pénélope, l’épouse d’Ulysse, subit des pressions pour trouver un prétendant, compte tenu de l’absence prolongée de son mari et du déclin du royaume depuis le départ d’Ulysse pour la guerre. Antinoos approche son fils Télémaque et tente de le convaincre de demander Pénélope en mariage. Le jeune homme refuse, se méfiant d’ Antinoos et des autres prétendants. Pendant ce temps, Pénélope tisse le linceul de son beau-père âgé avant sa mort imminente. Entre-temps, Eumée conduit Ulysse au palais. Il se déguise en vieux soldat et mendie de la nourriture ; les prétendants le maltraitent. Ils le contraignent à combattre un homme immense, mais Ulysse le tue. Méfiante, Pénélope interroge Ulysse, mais fini par ordonner qu’on le soigne et qu’on le renvoie après son refus de répondre à ses questions.

De retour à Ithaque après vingt ans d’exil, Ulysse n’est donc plus le même homme, au point que personne ne le reconnaît. En son absence, sa femme Pénélope est devenue prisonnière de sa propre demeure, tandis que son fils est menacé de mort par des prétendants au trône. L’ancien Roi de l’île va devoir remettre de l’ordre au plus vite. Ralph Fiennes est métamorphosé dans The Return, qui témoigne cette fois encore de l’implication physique du comédien principal, qui arbore un corps taillé dans la pierre (sculpté durant plus de six mois) à plus de soixante balais, ou plutôt dans la corde noueuse. Sa prestation laisse pantois d’admiration, comme lors de cette scène où Ulysse se retrouve devant son fidèle chien Argos, qui l’attendait devant le palais depuis son départ et qui passe de vie à trépas en le retrouvant, son coeur ne pouvant plus supporter cette immense joie. Le regard plein de larmes de Ralph Fiennes arrache les nôtres en quelques secondes.

Le projet de The Return remonte loin, Uberto Pasolini ayant même déclaré que le souhait d’adapter L’Odyssée remontait même à une trentaine d’années. Le scénario coécrit par John Collee (les deux Happy Feet de George Miller, Lee Miller) et Edward Bond (Walkabout de Nicolas Roeg, décédé en 2024), condense l’histoire d’Homère et va à la moelle du récit, en privilégiant une épure, une sécheresse, un dépouillement. Ayant déjà décliné le rôle en 2011, Ralph Fiennes a finalement accepté le rôle titre après que le cinéaste soit revenu vers lui, l’acteur ayant d’ailleurs lui-même proposé que Juliette Binoche soit sa partenaire, après Les Hauts de Hurlevent en 1992 et Le Patient anglais en 1996. The Return, coproduction italienne, française, britannique et grecque, délaisse les dieux du poème d’Homère, ainsi que les monstres et êtres mythiques tels que le Cyclope, Circé et les sirènes, contrairement à ce qui est annoncé par Christopher Nolan pour son prochain film. Pasolini se concentre lui sur la culpabilité et la douleur liée au siège de Troie, ainsi qu’au trauma de son personnage principal, hanté par la mort de ses compagnons, dont il se sent entièrement responsable.

Point de surnaturel ici, mais un drame réaliste et universel sur la condition des soldats, qui reviennent au bercail, en plein stress post-traumatique. Outre le couple star, le casting se compose également de Charlie Plummer (Tout l’argent du monde, Marche ou crève), qui a décidément le vent en poupe et qui se distingue dans le rôle de Télémaque, de Marwan Kenzari (Aladdin, Black Adam, Seven Sisters), lui aussi de plus en plus demandé, de l’excellent Claudio Santamaria (On l’appelle Jeeg Robot, Freaks Out, The Card Player). La très belle photo de Marius Panduru, la composition de Rachel Portman (Auprès de moi toujours, Benny & Joon) et l’intensité de l’interprétation éclipsent la théâtralité de certaines scènes. The Return, le retour d’Ulysse demeure immersif du début à la fin et s’avère l’un des petits trésors cachés de l’année 2025 au cinéma.

LE DVD

25.000 spectateurs français se sont déplacés au cinéma afin de découvrir The Return en juin dernier. Pas étonnant que le film d’Uberto Pasolini ne sorte finalement qu’en DVD chez Blaq Out. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Un seul supplément sur cette édition. Il s’agit d’une masterclass de Juliette Binoche, organisée au Pathé Palace, à l’occasion de la sortie de The Return, le retour d’Ulysse au cinéma (32’). La comédienne, toujours très élégante et spontanée, répond aux questions d’Anne-Claire Cieutat, journaliste cinéma et co-fondatrice et rédactrice en chef de BANDE À PART. Cette dernière évoque les thèmes et même les prénoms récurrents de l’oeuvre de l’actrice, mettant ainsi en relief certaines résonances, parfois insoupçonnées pour Juliette Binoche elle-même. La comédienne parle aussi de ses débuts comme spectatrice, de ses premiers souvenirs liés au cinéma, de ses actrices préférées, mais aussi de Ionesco, de ses trois collaborations avec Ralph Fiennes, de son jonglage entre l’anglais et le français, de ses voyages émotionnels. Elle en vient aussi bien sûr à The Return, dissèque la psychologie des personnages. Un très beau moment.

L’Image et le son

Blaq Out nous a concocté un très beau master de The Return, le retour d’Ulysse. La colorimétrie chaude et ambrée est habilement restituée, la clarté est de mise, le cadre bien exploité et les intérieurs présentent de beaux clairs-obscurs. On excuse de sensibles pertes de la définition sur des plans plus lumineux, dénaturant quelque peu le piqué, puisque la copie demeure solide et permet de revoir le film d’Uberto Pasolini dans d’excellentes qualités techniques.

En anglais, seule langue du film, le mixage Dolby Digital 5.1 parvient à créer une sensible spatialisation. Certes, la balance frontales-latérales profite surtout à la musique mais quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les séquences en extérieur. Les voix sont claires et distinctes, la spatialisation musicale systématique et le confort acoustique solide. L’éditeur joint également une piste Stéréo.

Crédits images : © Blaq Out / Bleecker Street – Ithaca Films – Marvelous Productions / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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