Test Blu-ray / My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To, réalisé par Jonathan Cuartas

MY HEART CAN’T BEAT UNLESS YOU TELL IT TO réalisé par Jonathan Cuartas, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 24 mai 2022 chez Extralucid Films.

Acteurs : Patrick Fugit, Ingrid Sophie Schram, Owen Campbell, Moises L. Tovar, Judah Bateman, Katie Preston, Anthony Pedone, Ivanna Picon…

Scénario : Jonathan Cuartas

Photographie : Michael Cuartas

Durée : 1h26

Année de sortie : 2020

LE FILM

Deux frères et soeurs se trouvent en désaccord quant aux soins à prodiguer à leur jeune frère malade, qui pourrait bien être un vampire…

À défaut de parler de réel coup de maître, My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To est assurément l’une des propositions de cinéma les plus originales présentées aux spectateurs depuis la Pandémie qui a ralenti le monde en 2020. On doit cette réussite très prometteuse à Jonathan Cuertas, dont il s’agit du premier long-métrage, réalisé en 2019, après quatre courts, The Pallor (2013), Twelve Traditions (2015), Kuru (2017) et The Horse and the Stag (2018). Tous ont comme particularité d’être des films d’horreurs psychologiques et d’être, à l’exception de Kuru, photographiés par le frère du réalisateur, Michael Cuartas. My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To découle d’ailleurs de Kuru, remarqué dans les festivals et primé à plusieurs reprises à Miami, ville de résidence des frères Cuartas. Tourné en l’espace de trois semaines, avec un budget modeste et une équipe vraisemblablement réduite, ce drame horrifique capturé en 1.33 interpelle non seulement par son dispositif, privilégiant l’économie, mais aussi par sa beauté plastique, sa langueur qui crée un malaise prenant aux tripes, sans oublier un casting composé de trois comédiens exceptionnels, Patrick Fugit, Owen Campbel et Ingrid Sophie Schram. Vous cherchiez une alternative aux produits industriels fabriqués à la chaîne par les gros studios ? Alors partez à la découverte de My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To !

Une femme, Jessie, et son frère, Dwight, s’occupent de leur jeune frère, Thomas, atteint d’une maladie chronique, qui ne peut pas s’aventurer à l’extérieur pendant la journée et qui doit régulièrement boire du sang pour survivre. Dwight et Jessie lui fournissent ce précieux liquide en assassinant régulièrement des étrangers, principalement des sans-abri et des vagabonds. Jessie travaille comme serveuse dans un restaurant local, tandis que Dwight passe ses journées à mettre en gage des objets qu’il trouve en ville et à rendre visite à une prostituée qu’il paie en supplément pour quelques minutes de conversation après leurs liaisons. Après un meurtre particulièrement macabre, Dwight supplie Jessie d’obtenir une véritable aide médicale pour Thomas. Elle refuse et ordonne à la place à Dwight de se procurer une nouvelle victime. Il attire un migrant d’origine hispanique nommé Eduardo, mais celui-ci s’échappe et blesse Dwight avec un tournevis lorsque Dwight tente de l’étrangler. Dwight soumet Eduardo après un combat dans la forêt, mais les appels désespérés de ce dernier convainquent Dwight de l’épargner. Il retient Eduardo dans un cabanon dans son jardin. Thomas commence à se plaindre de sa solitude et implore Jessie de le laisser se faire des amis avec les enfants du quartier qu’il entend devant sa fenêtre. Quand elle refuse, il renverse son bol de sang, exaspérant sa sœur. La tension monte.

Par sa forme, My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To est froid, sec, difficilement attachant au premier abord. Puis, on se rend compte très vite que ce qui est responsable des agissements des personnages de Dwight et de Jessie, est l’amour qu’ils portent à leur jeune frère Thomas, atteint d’un mal sur lequel ils ne mettent pas de mots, qu’ils ont accepté et qu’ils essayent de gérer au mieux (autrement dit en tuant ici et là), en récoltant des litres de sang, puisque la vie de Thomas en dépend. Nous n’aurons aucune explication quant à l’origine de la condition de vampire de ce dernier, « c’est comme ça, je veux pas t’abandonner mon bébé, je veux pas nous achever tu sais… » chantaient les Rita Mitsouko, et c’est ainsi que nous comprenons d’emblée la situation de cette fratrie. Le frère aîné est interprété par l’excellent Patrick Fugit, révélé en 2000 dans Presque célèbre Almost Famous de Cameron Crowe, que l’on reverra d’ailleurs chez le réalisateur dix ans plus tard dans le superbe Nouveau départ We Bought a Zoo, ainsi que devant la caméra d’Alex Ross Perry (Queen of Earth), de David Fincher (Gone Girl) et de Damien Chazelle (First Man : Le Premier Homme sur la Lune), tout en tenant le premier rôle des deux saisons de la série Outcast. Dwight est comme qui dirait le rabatteur et le chasseur de la famille, celui qui ramène la « pitance » à la maison pour Thomas. Dissimulé derrière sa barbe, le corps épais comme s’il s’était constitué une armure, Dwight est pourtant, malgré ses actes, un homme à fleur de peau, qui a manifestement sacrifié son existence pour soutenir celle de Thomas, même s’il entretient une relation avec Pam, la prostituée du coin, interprétée par la belle Katie Preston, avec laquelle il pense de plus en plus à s’enfuir de ce coin paumé, pour tout recommencer, pour vivre enfin sa propre vie.

Mais c’était sans compter sur l’autorité naturelle exercée par sa sœur Jessie, incarnée par Ingrid Sophie Schram, dont le charisme avait déjà tapé dans l’oeil acéré de Paul Thomas Anderson, qui l’a fait tourner dans Phantom Thread et récemment dans Licorice Pizza. Par sa présence magnétique et son regard troublant, elle est incontestablement la grande révélation de My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To. Également installé depuis une quinzaine d’années, l’impressionnant Owen Campbell (Boardwalk Empire, The Americans) ne démérite pas face à ses deux partenaires et livre aussi une prestation bouleversante, dans la peau de Thomas, touché par une malédiction, qui dépend de son frère et de sa sœur. Reclus, enterré vivant dans une maison aux fenêtres cloîtrées dans la journée, il voudrait vivre comme un jeune de son âge, envieux d’une bande qui passe devant son habitation.

Jusqu’à quand Dwight, Jessie et Thomas pourront-ils continuer à (sur)vivre de la sorte ? Car il est évident qu’ils arrivent au point de rupture, que tous arrivent à saturation et que le moindre grain de sable pourrait alors faire instantanément enrayer la machine. La caméra de Jonathan Cuartas et de son frère Michael, indissociables ici, rappelle celle de David Lowery et de son étonnant A Ghost Story (le film où Rooney Mara mange une tarte en plan-séquence) et scrute ses protagonistes avec l’aspect clinique d’une caméra de surveillance, ou qui s’apparenterait à un microscope, dans lequel, avec l’oeil d’un entomologiste, le public serait invité à observer ces objets de recherche. Ainsi, en opposition avec son allure noire anthracite, My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To n’est autre qu’une histoire d’amour jusqu’au-boutiste. On en ressort lessivé, les sens tourneboulés, avec la conviction que Jonathan Cuartas n’a pas fini de faire parler de lui.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Nos amis d’Extralucid Films n’en finissent plus d’étonner par leurs choix éditoriaux pointus et ambitieux. Ainsi donc, arrive entre nos mains le dixième titre de leur collection Extramonde, My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To. L’objet prend la forme d’un boîtier Amaray classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné très solide, au visuel fort élégant et intrigant. Le menu principal est animé et musical.

Près d’une heure de bonus à se mettre sous la canine acérée…

On commence par l’interview de Jonathan Cuartas (16’), un panneau indiquant que cet entretien a été réalisé en visioconférence, ce qui indique la qualité technique parfois moyenne de ce module. Ces défauts importent peu, car les propos y sont franchement intéressants pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur le parcours du réalisateur et surtout sur la genèse et la production de My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To. Ainsi, le metteur en scène, résidant à Miami, indique que son premier long-métrage découle de son court intitulé Kuru, signé durant ses études de cinéma, « qui servait de prototype, afin de convaincre les producteurs ». Jonathan Cuartas évoque bien sûr sa complicité et le travail avec son frère Michael, le mélange des genres (drame social ou film de genre?), les thèmes (l’interdépendance familiale, sujet inspiré par sa grand-mère admise en soins palliatifs), l’origine du titre, le casting, les conditions de tournage, la réception du film dans les festivals et ses références. Bien qu’on ait souvent comparé son film à Martin de George A. Romero, Jonathan Cuartas avoue qu’il ne l’a jamais vu et que son inspiration lui viendrait plutôt de Morse (2008) de Tomas Alfredson, ainsi que de Canine (2009) de Yórgos Lánthimos et des Yeux sans visage (1960) de Georges Franju. Enfin, il parle de son court-métrage, The Horse and the Stag, disponible en bonus de cette édition.

Dans les mêmes conditions techniques, Michael Cuartas, directeur de la photographie et bien sûr frère de Jonathan, revient à son tour sur My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To (20’). Il dissèque ici ses partis-pris et ses intentions (une caméra intrusive, qui observe avant tout, sans coller les personnages, avec une touche de voyeurisme), le travail en parfaite osmose avec son aîné, l’utilisation du cadre 1.33, ses références (il évoque ainsi Ozu et Bergman, le cinéma européen et quelques peintures), les lieux et les conditions de tournage, la tournée et les récompenses du film dans les festivals. Après avoir lui aussi fait la promotion de The Horse and the Stag, Michael Cuartas se dit ravi de voir My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To bénéficier d’une sortie physique en France.

Un petit making of de sept minutes, donne un bref aperçu du tournage de My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To, avec des images capturées sur le plateau, permettant de voir Jonathan Cuartas à l’oeuvre avec ses acteurs ou son frère, le tout étant ponctué par des propos des comédiens, revenant entre autres sur les personnages et leurs motivations.

Les deux frères Cuartas nous en ont parlé précédemment et Extralucid Films nous propose donc en bonus le court-métrage The Horse and the Stag (10’, 2018). Si nous aurions aimé retrouver aussi Kuru, pour faire ainsi la comparaison avec My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To, nous ne ferons certainement pas la fine bouche et partons à la découverte de ce film percutant. Un huis-clos étouffant et violent, dans lequel une femme séquestre et enchaîne un jeune homme dans son mobile home. Pour quelle raison ? Attention, âmes sensibles s’abstenir…

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et un trailer alternatif.

L’Image et le son

Si nous pouvons vous donner un conseil, visionnez My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To dans une pièce très sombre, le plus possible, afin de profiter au mieux des superbes partis pris du chef opérateur Michael Cuartas. Le film, tourné à l’aide d’ une caméra Arri Alexa Mini (ZEISS CP.2 Super Speed pour les plus pointus) jouit d’un formidable master HD, qui révèle moult détails sur les gros plans des acteurs et sur la texture des costumes, de l’habitation de la fratrie, tout en accentuant les contrastes. Certes, le film se déroule souvent en intérieur, renforçant ainsi l’aspect étouffant ressenti par les personnages, mais cela n’empêche pas ce Blu-ray de briller et beaucoup de plans fixes s’apparentent à de vrais tableaux, le format 1.33 reflétant d’ailleurs cette impression. Une des plus belles galettes bleues éditées jusqu’ici par Extralucid Films.

Seule la version originale est disponible, avec des sous-titres français facultatifs. Privilégiez la piste 5.1, riche, surprenante, dont le mixage intelligent, qui n’en fait jamais trop ou pas assez, participe à la plongée anxiogène du spectateur dans l’histoire de My Heart Can’t Beat Unless You Tell It To. La version Stéréo s’en sort évidemment très bien, avec un équilibre certain, des effets annexes bien pesés et une solide restitution des dialogues, mais la spatialisation, même si forcément limitée (nous ne sommes pas dans les jumpscares à outrance hein), apporte tout de même ce truc en plus qui nous convainc.

Crédits images : © Extralucid Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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