
MISÉRICORDE réalisé par Alain Guiraudie, disponible en DVD & Bu-ray le 4 mars 2025 chez Blaq Out.
Acteurs : Félix Kysyl, Catherine Frot, Jean-Baptiste Durand, David Ayala, Tatiana Spivakova, Salomé Lopes, Serge Richard, Elio Lunetta, Jacques Develay…
Scénario : Alain Guiraudie
Photographie : Claire Mathon
Musique : Marc Verdaguer
Durée : 1h43
Année de sortie : 2024
LE FILM
Jérémie revient à Saint-Martial pour l’enterrement de son ancien patron boulanger. Il s’installe quelques jours chez Martine, sa veuve. Mais entre une disparition mystérieuse, un voisin menaçant et un abbé aux intentions étranges, son court séjour au village prend une tournure inattendue…

Si comme nous, vous croisez par hasard dans votre vie ou sur les réseaux sociaux, une personne qui vous sort l’immanquable « le cinéma français, c’est toujours la même chose », demandez-lui si elle ou il connaît le réalisateur Alain Guiraudie. Il y a de fortes chances que ce nom ne lui dise rien, ce à quoi vous pourrez alors ajouter « c’est un univers unique et quasi-inclassable ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Miséricorde, le septième long-métrage du cinéaste, ne déroge pas à la règle. À la fois comédie de mœurs et thriller provincial, cette nouvelle œuvre, toujours teintée de sexe, sort constamment des sentiers battus, surprend à chaque scène, propose à son public un divertissement (car le spectacle est garanti) rempli de rebondissements, de retournements de situations, de formidables numéros d’acteurs, le tout en communion avec la nature environnante, autre sujet de prédilection de son auteur. C’est peu dire que Miséricorde est une autre grande réussite d’Alain Guiraudie, dont on salue également le rapide retour derrière la caméra, soit deux ans après la sortie de Viens je t’emmène, alors qu’il avait fallu attendre plus de cinq années pour découvrir ce dernier après le génial Rester vertical.


Jérémie retourne dans son village d’enfance de l’Aveyron, pour l’enterrement du boulanger, son ancien patron. Sa veuve, touchée par sa présence, lui propose de passer la nuit dans leur maison, dans la chambre de leur fils Vincent, aujourd’hui marié, et qui fut un camarade de collège de Jérémie. Celui-ci apprécie de passer à nouveau du temps dans ce village et décide de s’y attarder quelques jours. Il y retrouve aussi Walter, un autre ancien camarade qui vit isolé dans sa ferme, et fait connaissance avec le curé, Philippe. Entre Jérémie et ces différents personnages, le désir et la violence commencent à circuler.


Si Miséricorde semble loin de L’Inconnu du lac (pour ne citer que celui-ci, car le plus connu du réalisateur), on retrouve la même griffe qui oriente l’histoire vers le polar sexuel, avec cette touche reconnaissable d’érotisme et de sensualité, aussi bien dans cette frontalité des corps, que dans les caresses, mais aussi et surtout dans les dialogues, merveilleusement écrits. Film d’ambiances, d’atmosphères, Miséricorde s’accompagne de magnifiques images, photographiées par la talentueuse chef opératrice Claire Mathon (Mon roi de Maïwenn Le Besco, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Atlantique de Mati Diop), d’un immense travail sur le son. Chaque opus du metteur en scène est hypnotique, son casting magnétique. À ce titre, le comédien Félix Kysyl, vu dans L’Amant d’un jour de Philippe Garrel, Des hommes de Lucas Belvaux et dernièrement dans Le Consentement de Vanessa Filho, intègre parfaitement et logiquement le cinéma d’Alain Guiraudie, par son charisme aussi indéniable qu’original. Si le César de la meilleure révélation masculine a été attribué cette année à Abou Sangaré pour L’Histoire de Souleymane, sa nomination n’a sûrement pas été usurpée.


On est heureux aussi de retrouver Catherine Frot, plus rare au cinéma depuis quelques années, qui se fond à merveille dans l’univers du cinéaste, avec une gravité peu exploitée depuis un bail, mais aussi une ambiguïté revigorante, jusqu’à la dernière scène et l’ultime réplique. Le reste de la distribution composée également de Jacques Develay (dans le rôle de l’étonnant – euphémisme – Abbé Grisolle), Jean-Baptiste Durand (acteur à ses heures, mais aussi et surtout réalisateur du somptueux Chien de la casse), l’imposant et impressionnant David Ayala (Coup de chaud, Un triomphe) est à l’avenant et il n’y a qu’à débarquer en plein milieu d’une séquence ou d’un échange pour deviner immédiatement chez quel metteur en scène on se trouve.


Alain Guiraudie instaure un cadre superbe, sans effets de montage superflu et non sans humour, passe progressivement d’une narration dépouillée à un thriller aux couleurs de l’automne, toujours avec subtilité et une tension permanente, en évoquant cette fois encore comme bien souvent la question d’identité sexuelle. Le désir de l’être humain est toujours central chez Guiraudie, ainsi que la complexité de l’être humain, sa solitude qu’il parvient à oublier momentanément dans les bras d’un ou d’une autre, ou le temps d’un regard, ainsi que dans celui d’une caresse. Alors, quand la mort s’en mêle, forcément cela complique bien des choses. C’est de cela dont s’amuse Miséricorde, car il n’est pas interdit de rire devant certaines situations, bien au contraire, quand bien même une vraie mélancolie se fait constamment ressentir. Il y a enfin une référence évidente à Théorème de Pier-Paolo Pasolini, avec la présence de ce jeune homme qui n’est pas sans rappeler le « Visiteur » qui fait son apparition dans la vie d’une famille bourgeoise milanaise, chez qu’il produit aussitôt une étrange attraction, notamment sexuelle.


C’est libre, c’est fou, c’est Guiraudie, qui allait alors connaître son plus gros succès dans les salles avec plus de 225.000 entrées et par ailleurs nommé dans huit catégories à la dernière cérémonie des César.


LE BLU-RAY
C’est la deuxième fois que Blaq Out prend en charge un film d’Alain Guiraudie. Ainsi, après Viens je t’emmène, disponible uniquement en DVD, l’éditeur présente Miséricorde en édition Standard, mais aussi en Haute-Définition. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un sur-étui cartonné, qui reprend (comme la jaquette) le visuel de l’affiche d’exploitation originale. Le menu principal est fixe et musical.

Un seul supplément, mais à ne pas rater. Il s’agit d’une interview d’Alain Guiraudie (31’), qui revient sur tous les aspects de son dernier long-métrage. Ainsi, la signification du titre, la notion de pitié, sa culture chrétienne (« même si je suis athée depuis l’adolescence »), les thèmes de la mort, de la criminalité, le montage, les partis-pris, le travail avec les comédiens, le rapport aux spectateurs, ses intentions (« rechercher la justesse, même si ce que je raconte est improbable […] faire un film érotique, sans scènes de sexe ») sont les sujets longuement et posément abordés au fil de cette passionnante interview.

L’Image et le son
Voilà un master HD qui s’avère fort plaisant et qui n’a de cesse de flatter les yeux avec une superbe restitution de la colorimétrie forcément automnale, chatoyante, teintée de marron et d’orange. Les contrastes sont denses et élégants, la gestion solide, le relief palpable, les détails précis sur les gros plans et les partis pris esthétiques de la chef opératrice Claire Mathon, trouvent en Blu-ray (au format 1080p, AVC), un très bel écrin.

Un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui crée une spatialisation en adéquation avec le sujet du film. Les dialogues ne sont jamais noyés par les ambiances et les effets annexes, la balance frontale est riche et les latérales ne sont pas en reste. L’éditeur joint également une piste en Audiodescription ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, sans oublier une piste Stéréo pour les non équipés sur la scène arrière.


Crédits images : © Blaq Out / Les Films du Losange / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr