
LES SABLES DU KALAHARI (Sands of the Kalahari) réalisé par Cy Endfield, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 janvier 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Stanley Baker, Stuart Whitman, Susannah York, Harry Andrews, Theodore Bikel, Nigel Davenport, Nigel Kingsley, Barry Lowe…
Scénario : Cy Endfield, d’après le roman de William Mulvihill
Photographie : Erwin Hillier
Musique : John Dankworth
Durée : 1h59
Année de sortie : 1965
LE FILM
En Afrique du Sud, un bimoteur contenant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. L’entraide devient alors la principale motivation de survie pour les survivants. Mais les vivres vont bientôt se raréfier et le moment de faire un choix de conscience va devoir s’imposer…

C’est ce qui s’appelle un choc, un uppercut, qui nous laisse chaos et dans cet état second bien longtemps après la projection, pour ne pas dire définitivement. Les Sables du Kalahari – Sands of the Kalahari est l’un des films les plus percutants et les plus inoubliables du réalisateur Cyril Raker Endfield aka Cy Endfield (1914-1995), scénariste, metteur en scène de théâtre et de cinéma, écrivain, magicien, et inventeur américain. Une longue carte de visite pour cet artiste méconnu dont les films les plus célèbres restent Train d’enfer – Hell Drivers (1957), Jet Storm (1959), L’Île mystérieuse – Mysterious Island (1961), avec les merveilleux effets spéciaux de Ray Harryhausen, et Zoulou – Zulu (1964), tous ayant presque pour point commun le comédien britannique Stanley Baker (1928-1976), également vu chez Lucio Fulci (Le Venin de la peur), Peter Hall (L’Arnaqueuse), Joseph Losey (Accident, Eva, Les Criminels) et Peter Yates (Robbery). Suite au triomphe international de Zoulou, le cinéaste et son acteur fétiche prennent le contre-pied de cette superproduction avec Les Sables du Kalahari, survival concentré uniquement sur une demi-douzaine de personnages et ce durant quasiment l’intégralité du long-métrage. Cette nouvelle production Joseph E. Levine (Les Travaux d’Hercule, Les Mille et une nuits, Nevada Smith) est indéniablement l’un des films les plus ambitieux des années 1960 et livre une vision complètement pessimiste sur la nature humaine. À l’origine de cette adaptation du roman de William Mulvihill, Stanley Baker, co-producteur, souhaitait donner la réplique à son ami d’enfance Richard Burton, et à l’épouse de ce dernier, Elizabeth Taylor. Cela aurait pu se faire, si celle-ci, alors réticente à l’idée de tourner en Afrique, n’avait pas demandé un cachet bien trop supérieur à ce que le producteur était prêt à débourser. Exit donc le couple star, puis George Peppard, qui a le vent en poupe depuis Diamants sur canapé – Breakfast at Tiffany’s de Blake Edwards est engagé, auprès de Susannah York. Cependant, après une journée de tournage, l’acteur est remercié (il part tourner Le Crépuscule des aigles – The Blue Max de John Guillermin), puis se voit remplacer par Stuart Whitman. Tourné dans le véritable désert du Kalahari, situé entre le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud, et dans les studios (plus confortables) Shepperton à Londres et dans ceux d’Almeria en Espagne, Les Sables du Kalahari est une expérience immersive et inoubliable, où l’homme réduit à sa condition d’animal, est prêt à tout pour survivre et donc à tuer son semblable. Celles et ceux qui ont vu cette dernière collaboration Endfield-Baker ne l’ont jamais oublié et pour cause, Sands of the Kalahari s’inscrit de manière indélébile dans la mémoire des cinéphiles.


Un groupe hétéroclite et désespéré de survivants d’un crash d’avion se retrouve perdu en Afrique dans une région désertique et montagneuse. Brian O’Brien, chasseur de gros gibier et meilleur survivaliste du groupe, risque sa vie peu après le crash en retournant dans l’épave en flammes pour récupérer des provisions vitales, dont un fusil de chasse. Cependant, les motivations d’O’Brien sont loin d’être nobles. Pensant que l’absence de concurrence augmentera ses chances de survie, il cherche impitoyablement à éliminer ses compagnons d’infortune, un par un, dans l’intention de ne laisser en vie que Grace Monckton, une « Ève » pour son « Adam ». Outre la trahison d’O’Brien, les survivants sont menacés par une troupe de babouins qui peuplent la région. D’abord contents de repousser les intrus à distance, les animaux deviennent peu à peu plus agressifs lorsqu’ils comprennent que les humains ne représentent une menace physique que lorsqu’ils sont armés.


La même année que Le Vol du Phoenix – The Flight of the Phoenix de Robert Aldrich, dans lequel une douzaine de rescapés d’un crash tentaient de survivre dans le Sahara, un groupe encore plus restreint vivait la même chose dans Les Sables du Kalahari. Mais dans le film de Cy Endfield, tout y est plus sauvage, plus désabusé, plus sombre et violent. Si premièrement les survivants n’ont pas le choix, autrement dit s’entraider pour vivre, l’instinct primaire va vite reprendre le dessus quand la nourriture commence à manquer. Les plus bas instincts des uns et des autres se confrontent, certains étant mieux préparés que d’autres pour ce genre d’événement, comme s’ils avaient attendu ça toute leur existence. Cy Endfield convie donc les spectateurs à un huis clos à ciel ouvert, sous un soleil de plomb, où l’ombre est rare et la brutalité exposée aux yeux de tous.


Le réalisateur dirige une nouvelle et dernière fois Stanley Baker (comme toujours imposant face caméra), qui loin de tirer la couverture, laisse à ses camarades de jeu l’occasion de briller à ses côtés, Stuart Whitman (Le Bison blanc, Spécial Magnum, Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines), Susannah York (Le Cri du sorcier, La Bataille d’Angleterre, On achève bien les chevaux, Freud, passions secrètes), Harry Andrews (La Grande menace, Mort sur le Nil, La Colline des hommes perdus), Theodore Bikel (My Fair Lady, Je veux vivre !, The Colditz Story) et Nigel Davenport (Elémentaire mon cher… Lock Holmes, Phase IV, Marie Stuart, Reine d’Écosse). La photographie signée Erwin Hillier, chef opérateur de Casino de Paris d’André Hunebelle et du formidable Secret du rapport Quiller – The Quiller Memorandum de Michael Anderson, participe à cette sensation d’étouffement qui rend fou les personnages. Ou comment le cadre large enferme les protagonistes dans l’immensité désertique, ressentie par les spectateurs au fil du récit, au fur et à mesure qu’O’Brien parvient à se débarrasser de ses compagnons et qu’il devient pour ainsi dire le roi en son domaine.


Échec commercial imposant à sa sortie, Les Sables du Kalahari, sixième et ultime association Baker-Endfield, a néanmoins acquis rapidement un statut culte auprès des spectateurs, qui ne s’est d’ailleurs jamais démenti. Si comme l’auteur de ces mots vous n’avez jamais vu ce bijou, précipitez-vous, vous n’en sortirez pas indemnes.



LE COMBO BLU-RAY + DVD
C’est assurément l’une des grandes sorties de cette rentrée. Les Sables du Kalahari ne disposait jusqu’à présent d’aucune édition DVD dans nos contrées. Rimini exhume ce titre longtemps espéré par les cinéphiles et propose l’oeuvre de Cy Endfield en Combo Blu-ray + DVD. La jaquette au visuel percutant, est glissée dans un boîtier Blu-ray transparent, le tout reposant dans un fourreau cartonné qui arbore le même graphisme. Le menu principal est animé et musical. Notons que l’éditeur a d’ores et déjà annoncé la sortie de Zoulou – Zulu en Édition limitée – Blu-ray + livret le 22 avril 2026, titre sur lequel nous reviendrons évidemment.

L’éditeur a confié à Laurent Aknin, le soin de nous présenter Les Sables du Kalahari et la carrière de Cy Endfield (32’). L’historien du cinéma, que nous apprécions tout particulièrement et que nous sommes toujours ravis d’écouter, revient sur ce « film absolument étonnant, comme son réalisateur, qui ne ressemble à rien ce qui se faisait alors ». Laurent Aknin entreprend donc de dresser le portrait de Cy Endfield et d’évoquer chaque étape de son étonnant parcours (ancien étudiant sorti de Yale, magicien expert dans la manipulation de cartes, metteur en scène, scénariste, inventeur d’un mini-ordinateur de poche…), sa comparution comme communiste à une audition devant la Commission des activités anti-américaines (mis sur la tristement célèbre liste noire, il s’exile en Angleterre pour continuer à travailler dans le cinéma), puis sa rencontre et ses premières collaborations avec le comédien Stanley Baker. Les plus grands films du cinéaste sont évoqués, jusqu’aux Sables du Kalahari, qui nous intéresse aujourd’hui. Le casting, les conditions de tournage, les thèmes du film, l’échec commercial à sa sortie et la fin de la longue association Baker-Endfield sont aussi les sujets abordés.


L’Image et le son
Rimini propose la dernière et magnifique restauration en date, réalisée en 4K, réalisée à partir du négatif original et finalisée chez Paramount. Un lifting qui ne cesse d’impressionner et qui mérite d’être découvert sur le plus grand écran possible, d’afin d’apprécier la composition des plans de Cy Endfield et de son directeur de la photographie d’Erwin Hillier. La netteté et la profondeur de champ sont ébouriffantes, les gros plans regorgent de détails, le piqué est sans doute inédit. La texture argentique est heureusement préservée et excellemment gérée, organique, naturelle. Même chose pour la palette chromatique, riche, variée, chaude. Solide gestion des contrastes, le cadre est aussi stable qu’au premier jour, propre (hormis quelques légers poils en bord de cadre et des stockshots forcément plus marqués par l’usure du temps). Blu-ray au format 1080p.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS HD Master Audio 2.0. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque plus d’homogénéité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.



Crédits images : © Rimini Éditions / Paramount Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
