Test Blu-ray / Les Keufs, réalisé par Josiane Balasko

LES KEUFS réalisé par Josiane Balasko, disponible en DVD & Blu-ray le 17 février 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Josiane Balasko, Isaach De Bankolé, Jean-Pierre Léaud, Ticky Holgado, Jean-Marie Marion, Patrick Pérez, Florent Pagny, Patrick Olivier…

Scénario : Christian Biegalski, Jean-Bernard Pouy & Josiane Balasko

Photographie : Dominique Chapuis

Musique : Francis Agbo, Raoul Agbo, Manu Dibango & Stéphane Sirkis

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Mireille Molyneux, inspectrice de police, traque sans relâche les proxénètes. Avec la complicité de Yasmine, une prostituée, elle arrête Charlie, son souteneur. Pour se venger de Mireille, Jean-Pierre, un autre proxénète, l’accuse de corruption. Elle fait alors l’objet d’une enquête de deux inspecteurs de l’IGS : Blondel et Lacroix. Peu après, Charlie est relâché, faute de preuves. Pour garder Yasmine, il enlève son fils et menace de le tuer.

Si elle n’avait pas prévu de retourner derrière la caméra, du moins jusqu’à présent et ce malgré le joli score rencontré par Sac de nœuds dans les salles (près de 650.000 entrées), Josiane Balasko accepte finalement de réaliser Les Keufs, son second long-métrage. D’après un scénario qu’elle a coécrit avec Christian Biegalski (Scout toujours…), avec le concours de l’auteur Jean-Bernard Pouy (le créateur du Poulpe), la metteuse en scène parvient à trouver cet équilibre délicat entre la comédie et l’intrigue policière. On retrouve donc ce réalisme – on y parle d’addiction à la drogue, du Sida, du racisme – déjà à l’oeuvre dans Pinot simple flic, auquel Christian Biegalski avait d’ailleurs participé, ainsi que le côté polar populaire de gauche qui a fait la marque de fabrique de Jean-Bernard Pouy. À cela s’ajoutent la gouaille et l’énergie dévastatrice de Josiane Balasko, qui soigne comme d’habitude chacun de ses seconds rôles, tous plus marquants les uns que les autres. Mais Les Keufs repose il est vrai sur l’alchimie explosive avec son partenaire, le génial Isaach de Bankolé, tout juste révélé par Black Mic-Mac de Thomas Gilou, qui venait de cartonner avec 1,2 million de spectateurs. S’il est un peu difficile d’en résumer l’intrigue, qui au final importe peu, Les Keufs reste un savoureux moment, ponctué par de fabuleux mots d’auteur et qui compile de formidables numéros de comédiens. À ce titre, Jean-Pierre Léaud, très justement nommé pour le César du meilleur second rôle, emporte facilement la mise. On ne l’avait jamais vu ainsi et on ne le reverra plus jamais comme cela après Les Keufs, dans lequel il incarne l’explosif commissaire Bouvreuil. Joli succès à sa sortie (la barre du million d’entrées ayant été dépassé), Les Keufs, dont le titre paraissait obscur à une bonne partie du public à l’époque, n’a pas volé son statut de petit film culte.

Mireille Molyneux est inspectrice de police à Paris. Une « keuf », comme l’appellent entre eux ces nouveaux flics ; ils ressemblent plus à des zonards qu’à des représentants de l’ordre. D’ailleurs ça lui joue des tours puisqu’on la prend pour une prostituée. Mireille s’est prise de sympathie pour Yasmine, une petite pute qui veut s’en sortir. Mireille a tendu un piège à Charlie, le mac de la jeune femme. Mais ce que Mireille ignore, c’est qu’elle est suivie par des flics de l’I.G.S. Elle a été dénoncée par un petit proxénète qui l’a accusé de racketter les filles. En même temps que Charlie, elle arrête un grand type noir, en réalité un flic de l’I.G.S., l’inspecteur Blaise Lacroix. Le jeune homme comprendra que Mireille n’est pas corrompue.

Le scénario de Balasko, Biegalski et Pouy repose sur une réaction en chaîne d’événements, plus ou moins faciles, qui conduit le tandem Molyneux/Lacroix à avancer dans leur enquête, sans que ceux-ci forcent réellement leurs investigations. En fait, là où réussit une fois de plus la réalisatrice, c’est dans sa peinture du milieu « normal » des flics, dont la représentation avait commencé à changer dans le cinéma français (cela était déjà le cas outre-Atlantique avec des films comme Serpico), loin des flics habillés chez Smalto dans les années 1970. Le blue-jean délavé a remplacé le costard et les gardiens de la paix ont la tronche de ceux qu’ils arrêtaient dix ans auparavant. Même chose, Molyneux habite dans un appartement à Belleville, quartier populaire où règne la mixité. C’est là encore le coup de génie de Balasko, partager l’affiche avec un acteur noir, contraste encore hésitant, pour ne pas dire quasi-inexistant dans nos contrées, alors que 48 Heures48 Hrs. de Walter Hill (pour ne citer que celui-l) était sorti depuis cinq ans aux États-Unis.

Qui plus est, il s’agit ici d’une histoire d’amour inattendue, qui débarque sans crier gare. Et cela fonctionne, car l’osmose est réelle et palpable entre le couple vedette, qui prend visiblement beaucoup de plaisir à se renvoyer la balle. À leurs côtés, brillent Jean-Pierre Léaud donc (chacune de ses scènes est anthologique), le lunaire Ticky Holgado (qui s’en prend plein la tronche), Catherine Hiegel (dans un rôle qui n’a rien de comique et qui s’avère même très grave), et tout un tas de tronches récurrentes dans le cinéma hexagonal d’alors, mais auxquelles il est difficile ou impossible de rattacher un nom. On notera aussi la première apparition au cinéma de Roschdy Zem, figurant, alors vendeur aux puces.

Quasiment quarante ans après sa sortie, Les Keufs, largement diffusé à la télévision, se tient bien, ne serait-ce que sur la forme, avec notamment une photographie soignée de Dominique Chapuis (Rue Cases-Nègres, L’Effrontée, La Petite voleuse), un montage nerveux et quelques scènes étonnamment dures et violentes (le face-à-face final avec l’enfant pris en otage est même assez culotté), qui participent à la belle réussite de cette seconde mise en scène de la grande Josiane.

LE BLU-RAY

Les Keufs disposait d’une édition DVD chez TF1 Studio depuis vingt ans tout rond. Une édition devenue rare et qui se revendait à prix d’or sur les sites spécialisés…Dans le cadre de sa collection consacrée à Josiane Balasko, Rimini Éditions récupère les droits des Keufs et intègre ce titre dans son anthologie déjà constituée de Nuit d’ivresse, Ma vie est un enfer, Sac de nœuds, Les Hommes préfèrent les grosses et Signes extérieurs de richesse. La jaquette, glissée dans un boîtier classique, lui-même disposé dans un sur-étui cartonné, reprend le montage spécifique de cette collection. Dommage de ne pas disposer de jaquettes réversibles, proposant le visuel de l’affiche originale d’exploitation, comme cela avait été le cas avec Pinot simple flic, Une époque formidable… et Sans peur et sans reproche. Le menu principal est animé et musical.

Comme pour Signes extérieurs de richesse, Sac de nœuds, Les Hommes préfèrent les grosses et Nuit d’ivresse, Rimini Éditions est allé à la rencontre de Josiane Balasko (15’). La comédienne/réalisatrice revient sur la genèse des Keufs (qu’elle n’avait pas prévu de réaliser au départ), évoque la solide collaboration avec le chef opérateur Dominique Chapuis, l’explosive interprétation de Jean-Pierre Léaud (« que personne ne voulait assurer, car il avait des démêlés avec la justice […] et qui s’est régalé avec ce personnage »). Josiane Balasko parle aussi du succès du film à sa sortie (« il a beaucoup marché dans les cités »), dont le titre pouvait échapper à la compréhension de beaucoup (et pour lequel elle s’est battue). Le casting est aussi passé au peigne fin.

L’Image et le son

Le master présenté par Rimini Éditions apparaît étrangement lisse, au point que la texture argentique est même carrément et complètement absente du début à la fin. De plus, certains plans flous voire troubles, s’invitent à la partie, le piqué est aléatoire, tout comme les détails. Le réducteur de bruit est passé par là et cela se ressent, à tel point que le rendu paraît artificiel. Demeure la clarté, indéniable, ainsi que la propreté de la copie, puisqu’aucune poussière ou presque ne subsiste.

La piste française Dual Mono est plutôt percutante. Aucun souffle n’est à déplorer, ni aucune saturation dans les aigus. Les dialogues sont vifs, toujours bien détachés, la musique est délivrée avec une belle ampleur. L’ensemble est aéré, fluide et dynamique. En revanche, point de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Rimini Éditions / Studio TF1 Cinéma / Les Films FLAM / France 2 Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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