Test Blu-ray / Le Pont de Remagen, réalisé par John Guillermin

LE PONT DE REMAGEN (The Bridge at Remagen) réalisé par John Guillermin, disponible en DVD et Blu-ray le 15 avril 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : George Segal, Robert Vaughn, Ben Gazzara, Bradford Dillman, E.G. Marshall, Peter van Eyck, Hans Christian Blech, Heinz Reincke…

Scénario : Richard Yates & William Roberts

Photographie : Stanley Cortez

Musique : Elmer Bernstein

Durée : 1h55

Année de sortie : 1969

LE FILM

1945 : les Alliés font leur dernière avancée dans le territoire allemand. Seul un pont sur le Rhin demeure aux mains des nazis. Les deux camps ont beaucoup à gagner : les Allemands, la vie de 75 000 soldats postés du mauvais côté du pont ; les Alliés, une issue plus rapide à la guerre, et de nombreuses vies épargnées. Mais seule une armée pourra gagner la terrifiante bataille du Pont de Remagen.

Si son nom ne vient pas forcément à l’esprit immédiatement, John Guillermin (1925-2015) est quand même le réalisateur de nombreux films chéris par les cinéphiles, à l’instar de La Plus Grande Aventure de Tarzan – Tarzan’s Greatest Adventure (1959), Le Crépuscule des aigles – The Blue Max (1966), mais aussi et surtout de trois très grands classiques mis en scène à la suite, La Tour infernale – The Towering Inferno (1974), King Kong (1976) et Mort sur le Nil – Death on the Nile (1978), soit trois superproductions qui ont rempli les salles du monde entier et qui demeurent de vraies références. John Guillermin faisait partie de ces artisans touche-à-tout, qui à la manière d’un Richard Fleischer ou Robert Wise, passaient allègrement d’un genre à l’autre, qui se donnaient à fond en acceptant une commande et à travers laquelle ils démontraient toute l’étendue de leur talent, à la fois dramatique et technique. A la fin des années 1960, le cinéaste britannique vient d’enchaîner trois films avec le comédien George Peppard, Le Crépuscule des aigles, Syndicat du meurtre – P.J. et Un cri dans l’ombre – House of Cards, un film de guerre et deux thrillers. Il se voit confier les rênes d’une nouvelle production d’envergure internationale, Le Pont de Remagen – The Bridge at Remagen, adaptée d’un fait réel survenu à la fin de la Seconde Guerre mondiale et d’après un scénario coécrit par Richard Yates (auteur des Noces rebelles), William Roberts (Les 7 mercenaires, Coups de feu dans la Sierra), et du livre Le Pont de Remagen : La Folle histoire du 7 mars 1945 de Ken Hechler, ancien soldat de la 9e division blindée. Comme il le démontrera tout au long de sa carrière, John Guillermin n’avait pas son pareil pour emballer les séquences d’explosions, de fusillades et d’action. Le Pont de Remagen ne déroge pas à la règle. Plus de cinquante après sa sortie, on reste impressionné par cette démonstration pyrotechnique qui peut rapprocher le travail du réalisateur de celui d’un Michael Bay, auquel on pense étrangement devant la virtuosité de certains plans, de diverses « chorégraphies » militaires et l’usage du cadre large. Le Pont de Remagen a très bien vieilli et même si les personnages ne sont guère fouillés, le casting de luxe (George Segal, Robert Vaughn, Ben Gazzara, E. G. Marshall) assure du début à la fin au milieu des déflagrations. Comme chez Michael Bay on vous dit !

Le film raconte de manière assez libre les évènements autour de la prise, par l’armée américaine le 7 mars 1945, du pont de Ludendorff, plus connu sous le nom de Remagen. Début mars 1945, les armées alliées progressent rapidement sur la rive occidentale du Rhin, où les ponts ont été détruits un à un par les Allemands. Il ne reste plus que celui de Remagen, enjambant le fleuve sur plus de 300 mètres. Le général von Brock (Peter Van Eyck) a reçu l’ordre de le détruire, mais il cherche aussi à le maintenir ouvert le plus longtemps possible, afin de faciliter la retraite des 75 000 soldats allemands de la XVe armée piégée sur la rive ouest du fleuve. Il confie le commandement du pont au Major Paul Kruger (Robert Vaughn) qui partage ses vues. Au départ, l’armée US cherche à piéger la XVe armée en l’empêchant de traverser, et en pensant que le pont sera détruit par les Allemands ou les bombardiers alliés. Ce n’est que plus tard et fortuitement qu’elle s’aperçoit qu’elle peut s’emparer du pont intact. Le major Kruger prend le commandement du pont, aidé par le capitaine Baumann (Joachim Hansen), chargé des explosifs, et le capitaine Schmidt (Hans Christian Blech) chargé de la défense du pont. Il constate que les troupes prévues sur le papier sont inexistantes et que les renforts de panzers promis ont été envoyés ailleurs. Il reçoit les explosifs et fait poser les charges, mais, comme ce sont des explosifs industriels peu fiables, les charges sont doublées. Le lieutenant Hartman (George Segal) est un commandant expérimenté d’infanterie mécanisée. Sa compagnie prend la ville de Meckenheim non défendue, et a ordre de poursuivre jusqu’à rencontrer de la résistance. Son chef de bataillon, le Major Barnes (Bradford Dillman), veut plaire à ses supérieurs et fait du zèle. La compagnie prend ensuite la ville de Remagen et trouve le pont intact. Le général Shinner (E. G. Marshall) ordonne la capture du pont au Major Barnes, en indiquant risquer la vie d’une centaine d’hommes, pour en sauver cent fois plus. Il se produit un évènement dramatique quand le jeune apprenti du bourgmestre, fanatisé, tire sur les Américains alors que le bourgmestre avait fait mettre des drapeaux blancs aux fenêtres de sa maison, à l’instar de plusieurs autres bâtiments de la ville. Incapables de contrer l’attaque, le Major Kruger donne l’ordre de faire sauter la rampe d’accès au pont, tandis qu’un dernier train allemand approche en même temps que les chars américains qui dominent la vallée.

L’histoire du tournage du Pont de Remagen est peut-être tout autant mouvementée que le film. Les prises de vue étant effectuées en Tchécoslovaquie, l’équipe a tout simplement été surprise par l’invasion du pays par les forces armées de l’URSS, de la Bulgarie, de la Hongrie, de la RDA et de la Pologne, suite aux changements politiques connus sous l’appellation du Printemps de Prague. Les forces du pacte de Varsovie sont alors utilisées et débarquent en République socialiste tchécoslovaque pour mettre un terme à la réforme démocratique que le gouvernement était en train d’implanter, juste au moment où John Guillermin était en train de mettre en scène son film. C’est la débâcle et la panique, l’équipe est obligée de s’exiler. Finalement, le tournage reprend à Hambourg, ainsi qu’en Italie, mais le budget déjà conséquent de 3,5 millions de dollars dépasse la barre des cinq millions. Il y aurait de quoi faire un vrai documentaire sur les coulisses du film.

En l’état, Le Pont de Remagen reste un savoureux tour de force, car même s’il n’est pas inoubliable, The Bridge at Remagen est un divertissement souvent saisissant par la somptuosité de ses très nombreuses scènes d’action filmées soit au plus près des explosions, réalisées sans trucage, soit en hauteur, où l’on peut alors admirer la composition des plans du cinéaste. John Guillermin possède un atout de taille, celui d’être épaulé par le légendaire directeur de la photographie Stanley Cortez, à qui l’on doit les mythiques images de La Splendeur des Amberson d’Orson Welles, du Secret derrière la porte de Fritz Lang, de La Nuit du chasseur de Charles Laughton, de Shock Corridor et Police Spéciale de Samuel Fuller. L’image du Pont de Remagen est d’une beauté à couper le souffle et mérite amplement d’être redécouvert pour ses magnifiques partis-pris esthétiques.

Évidemment, nous garderons bien plus en mémoire les scènes de guerre de The Bridge at Remagen que ses personnages. Heureusement, chaque protagoniste est suffisamment esquissé et c’est surtout là qu’intervient le charisme des acteurs, qui parviennent à faire passer ce qu’il faut d’émotion pour les rendre attachants et créer l’empathie nécessaire pour embarquer les spectateurs avec eux dans le feu de l’action. Dans le rôle du Major Paul Kruger, Robert Vaughn tire son épingle du jeu, même si la langue anglaise dessert forcément le réalisme de son personnage, mais John Guilermin semble beaucoup aimer ce personnage – devant obéir à sa hiérarchie qu’il sait cinglée, mais rattrapé par sa propre morale – qu’il met en valeur et qui en fait quasiment le plus grand héros de son récit. Outre son prestigieux générique et la beauté de sa photographie, Le Pont de Remagen peut aussi compter sur la partition inspirée d’Elmer Bernstein, qui a contribué à sa pérennité. Le spectacle est encore largement garanti et on ne s’y ennuie pas une seule seconde.

LE BLU-RAY

Nous assistons ici à une petite résurrection, puisque Le Pont de Remagen était pour ainsi dire oublié des éditeurs depuis 2003, date d’une petite sortie en DVD chez MGM / United Artists. Nous sommes donc heureux de voir le film de John Guillermin réapparaître dans les bacs sous les couleurs de Rimini Editions, à la fois en DVD et en Blu-ray. Cette édition HD se présente sous la forme d’un boîtier classique de couleur noire au visuel efficace, boîtier glissé dans un surétui cartonné. Mention spéciale à la sérigraphie du disque, l’une des plus belles de ces dernières semaines. Le menu principal est animé sur la musique d’Elmer Bernstein.

Tout d’abord, Rimini joint à cette édition un petit livret de 24 pages toujours très sympathique, que l’on doit une fois de plus à Stéphane Chevalier et donc à La Plume. Après une petite introduction écrite par Mary Guillermin, l’épouse du réalisateur, Stéphane Chevalier nous raconte l’incroyable histoire du tournage du Pont de Remagen, étape par étape, l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces armées de cinq pays du pacte de Varsovie, la fuite de l’équipe et la reprise du tournage à Hambourg et en Italie. On apprend entre autres que Stanley Kubrick et Irvin Kershner avaient été envisagés pour réaliser le film ! La deuxième partie de ce livret revient plus précisément sur John Guillermin lui-même, sur l’homme et le réalisateur, ainsi que sur ses plus grands films.

Nous retrouvons à nouveau Stéphane Chevalier, sa voix plutôt, qui nous narre l’épisode historique de la prise du pont de Remagen, dans un bonus vidéo de neuf minutes constitué d’archives photographiques. Beaucoup de chiffres et d’informations sont avancés au cours de ce module très instructif.

L’Image et le son

A l’exception de quelques secondes (à 20’25 précisément) où l’image apparaît étrangement rosée et s’accompagne de quelques défauts de pellicule, ce master HD du Pont de Remagen tient toutes ses promesses et de souvenir, nous n’avions jamais vu le film de John Guillermin dans d’aussi belles conditions. Les volontés artistiques du chef opérateur Stanley Cortez sont respectées, le confort de visionnage est total avec des couleurs ravivées, un piqué flagrant, un apport HD non négligeable sur les très nombreux plans larges. Les séquences sombres sont aussi bien définies que le reste, les noirs sont concis, les détails forts appréciables. N’oublions pas le relief des textures, la profondeur de champ inédite, la stabilité et la restauration très impressionnante.

Les pistes anglaise et française (George Segal bénéficie du doublage du grand Jean-Claude Michel) DTS-HD Master Audio 2.0 sont de même acabit. Les deux versions délivrent leurs dialogues avec suffisamment d’ardeur et les ambiances annexes sont dynamiques. S’il fallait vraiment les différencier, la piste originale s’avère plus modérée, les voix des comédiens apparaissent plus fluides et les ambiances plus naturelles et homogènes. Dans les deux cas, aucun souffle intempestif n’est à déplorer, la propreté est de mise et la partition d’Elmer Bernstein est restituée avec fracas. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / 1969 The Wolper Organization / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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