Test Blu-ray / Le Bateau phare, réalisé par Jerzy Skolimowski

LE BATEAU PHARE (The Lightship) réalisé par Jerzy Skolimowski, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juillet 2019 chez L’Atelier d’images & Malavida Films

Acteurs : Klaus Maria Brandauer, Robert Duvall, Robert Costanzo, Tim Phillips, Badja Djola, Tom Bower, Calvin Caspary, William Forsythe…

Scénario : Siegfried Lenz, William Mai, David Taylor

Photographie : Charly Steinberger

Musique : Stanley Myers

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Le Capitaine Miller, récupère son fils adolescent, Alex, des mains de la police. De retour sur le Hatteras, un bateau-phare ancré au large des côtes de Virginie, l’équipage recueille trois hommes dérivant dans leur canot endommagé…

Avec Le Bateau phare – The Lightship, le réalisateur polonais Jerzy Skolimoswki (Travail au noir, Deep End, Essential Killing) signe l’une de ses rares incursions dans le cinéma hollywoodien. Marqué par une narration trouble, une atmosphère étrange, un montage surprenant, une musique très 80ies qui crée un décalage et porté par un casting parfait avec Klaus Maria Brandauer et Robert Duvall en tête d’affiche, Le Bateau phare, adapté d’un roman de Siegfried Lenz et récompensé par le Prix Spécial du Jury à la 42e Mostra de Venise, agrippe littéralement le spectateur dès les premières séquences, pour ne plus le lâcher jusqu’à la fin.

Dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un soir, sur le quai d’un petit port des côtes de Virginie, le capitaine Miller vient chercher Alex, son fils, un jeune délinquant que la police lui remet. Ensemble, ils gagnent le bateau-phare, dont Miller est le commandant. D’origine allemande, mais naturalisé américain, Miller garde la marque d’une accusation de lâcheté survenue lors d’une bataille navale au cours de la guerre. Pour Alex, des doutes subsistent. Le lendemain matin, un homme d’équipage signale un canot endommagé à la dérive. Il s’agit de trois naufragés qui se révèlent être de dangereux criminels : l’énigmatique Caspary, raffiné et posé et deux frères, des brutes sans cervelle, Eugene et Eddie. Le capitaine Miller semble cependant afficher une certaine sérénité. Caspary, toléré par la force des choses, fasciné par Miller, lui raconte sa vie.

Né en 1938, Jerzy Skolimowski aura vu toute son enfance marquée par la guerre. Son père résistant polonais, sera finalement arrêté par les nazis en 1941 et meurt deux ans plus tard au Camp de concentration de Flossenbürg. Sa mère devient également résistante et le jeune Jerzy assiste chez lui à quelques interventions de la Gestapo. Souffrant de sous-alimentation, l’enfant parvient à s’en sortir, même si le conflit armé le traumatisera à vie. Poète, peintre, comédien, scénariste, cinéaste, Jerzy Skolimowski usera alors de son art pour évoquer certains thèmes qui lui sont chers, à l’instar de la non-communication entre les générations et du dédain envers les personnes plus âgées, tout comme le fossé entre les plus âgés, qui ont vécu la guerre, et les plus jeunes, qui en ont juste “entendu parler”. Après la consécration avec Le Départ en 1967, Jerzy Skolimowski voit son nouveau film Haut les mains interdit par la censure. Il décide alors de ne plus tourner en Pologne et de fuir le pays. Commence alors une longue période d’exil et le cinéaste débarque alors au Royaume-Uni, sans véritablement parler l’anglais.

Après Les Aventures du brigadier Gérard, qu’il rejette puisque dépossédé du final cut, il connaît enfin la reconnaissance internationale avec Deep End (1970), chef d’oeuvre absolu. Suivront notamment le sublime The Shout, connu en France sous le titre Le Cri du sorcier (1978) et Travail au noir (1982). Son film suivant, Le Succès à tout prixSuccess is the best revenge est un échec. Néanmoins il se voit proposer Le Bateau phare, production américaine qui sera tournée en Allemagne. Dans cette œuvre de commande, Jerzy Skolimowski ne se laisse pas bouffer par le système puisqu’il s’accapare les thèmes du Bateau phare, qu’il avait en partie déjà explorés dans Le Couteau dans l’eau (1962) de Roman Polanski, dont il avait coécrit le scénario, pour en faire un film personnel. Malgré sa courte durée, la densité du scénario, la complexité des personnages et leurs rapports, la très belle photo ouatée et éthérée du chef opérateur Charly Steinberger laissent sans voix. Le cinéaste signe un thriller plus proche du drame psychologique que du film à suspense, dans lequel les rapports de force semblent s’inverser constamment entre le capitaine, impeccablement campé par Klaus Maria Brandauer, et le leader des bandits ayant pris possession du bateau éponyme, interprété par un Robert Duvall que l’on a rarement vu aussi délirant et donc inquiétant. L’anecdote la plus célèbre autour du film reste celle de l’échange des deux rôles principaux entre Brandauer et Duvall seulement deux semaines avant le début des prises de vue. Une décision qui réjouira le second, mais qui mettra le premier hors de lui et qui le fera payer à Jerzy Skolimoswki sur le plateau.

Durant 1h30, Le Bateau phare nous place dans un état proche de l’hallucination, une expérience perturbante et définitivement marquante. C’est un récit d’emprise, de fascination, de possession. Avec cette histoire située en 1955, soit dix ans après la fin de la guerre, Jerzy Skolimowski revient aux sujets qu’il connaît bien. Le Capitaine Miller a certes servi dans la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, mais sa nationalité allemande l’aura mis au placard sans aucune reconnaissance, d’autant plus qu’il s’est vu reprocher d’avoir abandonné ses hommes au cours d’une mission, causant la mort de ses subordonnés. Désormais, il est le capitaine d’un vieux rafiot, le Hatteras, bateau phare planté au large des côtés de la Virginie. A la suite d’une altercation dans un bar, son fils Alex, adolescent, est escorté par la police militaire jusqu’au port. Les rapports entre Miller et Alex ne sont pas au beau fixe. Ils se trouvent réunis pour la première fois sur le Hatteras. Sur le pont, Alex fait la connaissance avec tout l’équipage. Jusqu’au jour où Miller porte secours à trois individus, deux frères et un dénommé Calvin Caspary, un homme plus âgé tiré à quatre épingles, dont l’embarcation stagne au milieu de l’océan. Leur vie est désormais en danger puisqu’il s’agit de trois bandits recherchés par la police. Serait-ce l’occasion pour Miller de démontrer qu’il n’est pas le lâche que tout le monde laisse penser ?

Le duel s’engage entre le capitaine, stoïque, qui arbore presque un sourire même devant le danger, et Caspary, dandy un rien précieux et sadique, qui inspire presque la sympathie et qui se démène comme il peut pour freiner les ardeurs de ses deux hommes, dont l’un est formidablement incarné par William Forsythe et ses dents du bonheur. Le spectateur assiste à un huis-clos captivant, prenant, saupoudré d’humour noir et d’ironie, mais aussi un drame sur la rédemption, la filiation (chose d’autant plus troublante quand on sait qu’Alex est joué par le propre fils du metteur en scène) et la quête d’absolution, où la violence provient essentiellement des affrontements verbaux entre les protagonistes, même si le sang et les affrontements physiques restent au rendez-vous.

Invisible depuis plus de trente ans, Le Bateau phare s’impose comme l’une des plus grandes réussites de Jerzy Skolimowski.

LE BLU-RAY

Le Bateau phare fait l’objet d’une coédition chez L’Atelier d’images et Malavida Films ! Le visuel de la jaquette, comme celui du menu principal (fixe et musical) reprend celui de l’affiche du film original, légèrement modifié au niveau de Klaus Maria Brandauer.

En guise d’introduction, disponible avant de visionner le film et dans la section des suppléments, nous trouvons une présentation du Bateau phare par Jerzy Skolimoswki en personne (5’) à la Cinémathèque française, qui lui consacrait alors une rétrospective dans le cadre du festival Toute la mémoire du monde en mars 2019. Le réalisateur intervient pour évoquer son « film hollywoodien non hollywoodien » et raconte ce qui l’a poussé à intervertir les deux rôles principaux quelques jours avant le début des prises de vue.

S’ensuit un entretien avec Jerzy Skolimoswki (10’30) qui revient plus longuement sur la même anecdote racontée dans le module précédent. Le cinéaste aborde également la genèse du Bateau phare, l’image du père (y compris le sien et comment son histoire a influencé sa propre existence), ainsi que les conditions de tournage avec Klaus Maria Brandauer, particulièrement hostile sur le plateau depuis la décision de lui faire jouer le capitaine du bateau alors qu’il se préparait à interpréter Caspary.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Le Bateau phare a été restauré en 4K par L’Atelier d’images et Malavida Films. Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons ce film de Jerzy Skolimowski dans de pareilles conditions ! Le chef-opérateur Charly Steinberger voit sa photo ouatée merveilleusement restituée et offre un lot de détails conséquents. Si la profondeur de champ n’est guère exploitée, certains gros plans étonnent par leur précision, d’autres sont peut-être moins précis avec quelques contours plus troubles, les contrastes sont probants, la copie stable, le grain bien géré (y compris sur les nombreuses scènes de brouillard) et les noirs denses. Le relief est très appréciable et le piqué est souvent tranchant sur les séquences diurnes. N’oublions pas non plus la vertueuse restauration et la propreté de la copie, débarrassée de l’essentiel des poussières (quelques points blancs subsistent). Notons également que Le Bateau phare est ici proposé en Haute-Définition en exclusivité mondiale.

Le mixage anglais DTS-HD Master Audio 5.1 instaure un très bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches, sans aucun souffle ni rendu artificiel. Les effets sonores, riches, bénéficient également d’un écrin phonique de haute volée avec une balance gauche-droite excellemment équilibrée. Au jeu des différences, la version originale l’emporte évidemment sur la piste française Mono, plus discrète et au doublage parfois inapproprié. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Malavida Atelier d’images / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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