Test Blu-ray / La Mort a souri à l’assassin, réalisé par Joe d’Amato

LA MORT A SOURI À L’ASSASSIN (La Morte a sorriso all’assassino) réalisé par Joe d’Amato, disponible en Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Ewa Aulin, Klaus Kinski, Giacomo Rossi Stuart, Angela Bo, Sergio Doria, Attilio Dottesio, Marco Mariani, Luciano Rossi…

Scénario : Joe D’Amato, Claudio Bernabei & Romano Scandariato

Photographie : Joe d’Amato

Musique : Berto Pisano

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

1909, en Europe – Greta von Holstein, qui entretient une liaison incestueuse avec Franz, son frère bossu, perd la mémoire à la suite d’un accident de calèche survenu devant la demeure des von Ravensbrück. Appelé au chevet de la malade, le Dr Sturges semble surtout s’intéresser à l’étrange médaillon inca qu’elle porte autour du cou et qui pourrait l’aider dans ses recherches sur la résurrection. Restée auprès de Walter et Eva von Ravensbrück qui se sont entichés d’elle, la belle Greta semble en proie à une ombre. La maisonnée est bientôt la cible d’une vague de crimes particulièrement violents…

Résumer la carrière d’Aristide Massaccesi alias Joe d’Amato (1936-1999) est un pari risqué qu’on aurait beaucoup de mal à relever avec ses 200 films réalisés en à peine trente ans de métier. Nous en avons déjà parlé à deux reprises, à lors de la sortie en Blu-ray d’Emmanuelle et Françoise en 2018 chez Le Chat qui fume (avec près de trois heures de suppléments) et Emanuelle et les derniers cannibales chez Artus Films. Homme-orchestre (ou couteau-suisse si vous voulez), assistant-metteur en scène, monteur, acteur occasionnel, producteur, scénariste, cameraman, directeur de la photographie et cinéaste, Joe d’Amato devra attendre l’année 1973 pour signer son premier film d’horreur, La Mort a souri à l’assassinLa Morte ha sorriso all’assassino, après Sollazzevoli storie di mogli gaudenti e mariti penitenti – Decameron nº 69, qui narrait l’histoire d’une poignée de moines découvrant le plaisir sexuel et plusieurs westerns pour lesquels il n’était pas crédité (Planque toi minable, Trinita arrive…, Le Colt était son dieu, Un Bounty killer à Trinità). Coup d’essai, coup de maître pour ce conte macabre et pourtant foudroyant, qui fait penser parfois un épisode de Tales from the Crypt, dans lequel on croise Klaus Kinski (tout droit sorti d’Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog) en savant fou qui passe son temps à faire des équations au tableau et qui s’amuse avec des fioles et éprouvettes contenant un liquide verdâtre ramenant les morts à la vie, ce qui rappelle au passage bougrement Re-Animator. Mais il n’est pas la vedette de La Mort a souri à l’assassin, rôle dévolu à Ewa Aulin (La Mort a pondu un œuf de Giulio Questi, Cérémonie sanglante de Jorge Grau, Candy de Christian Marquand), qui illumine le film de sa beauté diaphane et de son sourire angélique qui devient terrifiant au fil du récit. Ponctué par quelques fulgurances gores qui font encore leur effet un demi-siècle après, une touche érotique et une pincée de fantastique, La Morte ha sorriso all’assassino est autant un film d’épouvante qui fera le bonheur des adeptes du genre qu’un fascinant objet destiné aux cinéphiles esthètes qui se souviendront longtemps de la magnificence de certaines séquences. Une énigmatique, envoûtante et immersive expérience sensorielle.

1909. Une jeune fille, Greta, a un accident de carrosse. Elle porte à son cou un mystérieux médaillon inca. Un couple est témoin du drame et l’a recueille tout d’abord dans sa maison où elle recouvrera assez de mémoire pour retrouver son prénom. Puis un étrange médecin, le docteur Sturges, l’emmène dans sa clinique privée pour femmes pour la guérir. Ce dernier remarque son bijou autour de son cou et il croit qu’elle est une zombie. Trois ans auparavant, à la suite de son décès, son frère bossu, Franz, lui a redonné la vie grâce à ce médaillon qu’elle doit désormais toujours porter avec elle. Revigoré par cette découverte stupéfiante sur la résurrection, le médecin relance ses recherches scientifiques en expérimentant dans les sous-sols caverneux de sa clinique où il conserve des animaux et des cadavres froidement conservés. Pendant ce temps, ses autres patientes sont perturbées par l’arrivée de Greta qui déclenche une véritable hantise, générant chez elles à la fois hallucinations, paranoïa, passion et violence. Dans les couloirs de l’établissement, un tueur invisible y sème la terreur…

Joe d’Amato ne perd pas de temps et démarre son film par une veillée funèbre, un uomo con la gobba comme on dit en Italie, un homme avec une bosse (Luciano Rossi, le Geronimo des Deux Super-flics, vu aussi dans La Mort marche en talons hauts), qui se recueille près du corps de sa sœur, avec laquelle il entretenait une relation incestueuse. Cela met instantanément dans le bain. Puis, une fois le décor planté, le réalisateur déballera petit à petit son savoir-faire technique, une photographie lumineuse, nimbée de « flous artistiques » et de plans parfois vaporeux qui rappellent le travail de David Hamilton, quelques ralentis, des paysages et un espace savamment exploités, bref un charme franchement hypnotique (renforcé par la composition de Berto Pisano) qui contraste avec la brutalité et même l’horreur de certaines scènes. Joe d’Amato capture la fraîcheur de la suédoise Ewa Aulin (23 ans au moment du tournage) et rend progressivement inquiétant son visage harmonieux, sa chevelure blonde, ses yeux bleus étincelants et son teint de poupée de porcelaine, qui tel le Visiteur dans Théorème de Pier Paolo Pasolini va troubler à la fois les hommes (Giacomo Rossi Stuart, Sergio Doria) et les femmes (Angela Bo dans la peau d’Eva von Ravensbrück).

Qui est donc exactement Greta, cette mystérieuse jeune femme vraisemblablement atteinte d’amnésie des suites d’un accident ? Un médecin bizarre (un pléonasme quand on sait que celui-ci est incarné par Klaus Kinski) découvre que Greta est morte, et que le seul moyen de la garder en vie est un médaillon inca qu’elle porte autour du cou. On pourrait croire ainsi que La Mort a souri à l’assassin part un peu dans tous les sens, ce qui est sans doute le cas, mais l’histoire se tient grâce à une rigueur de tous les instants (l’humour, même noir est très rare), doublée d’une esthétique luxueuse, qui met autant en valeur les comédiens que les décors et les costumes.

En fait, le récit et le genre de La Mort a souri à l’assassin ne cessent d’évoluer et de muter à mesure que l’on en apprend sur le passé de Greta, jusqu’à un dernier tiers qui fait s’entrecroiser le giallo (un meurtre au rasoir et même avec un chat en furie, représenté sur l’affiche originale), le thriller gothique et le film d’horreur. De façon indélébile, des plans, des séquences entières s’impriment dans nos mémoires, tandis que le thème principal revient en tête comme la ritournelle d’une boite à musique que l’on ouvrirait, de laquelle émanerait que quelques notes pour nous renvoyer immédiatement l’image de cet ange de la mort drapée de noir et de rouge, qui malgré sa vengeance assouvie, n’aurait pu voir son âme être apaisée.

LE BLU-RAY

Quatre ans après Emmanuelle et Françoise, Le Chat qui fume revient à Joe d’Amato, avec les sorties HD de La Mort a souri à l’assassin (1973) et La Nuit érotique des morts-vivants (1980). Nous passons en revue le premier, jusqu’alors inédit en DVD et Blu-ray, qui se présente sous la forme d’un superbe Digipack à trois volets, glissés dans un fourreau cartonné liseré jaune au visuel démentiel concocté par le talentueux Frhead Domont. Le menu principal est animé et musical. Édition limitée à 1000 exemplaires.

Nous l’avions déjà croisé sur l’édition HD de La Maison de la terreur de Lamberto Bava (dispo chez Le Chat qui fume), Gianlorenzo Battaglia, partage des souvenirs liés à sa rencontre, puis à sa première collaboration – en tant qu’assistant opérateur – avec Aristide Massaccesi aka Joe D’Amato sur La Mort a souri à l’assassin (19’), dont il dresse le portrait, à la fois de l’homme (blagueur, la gentillesse incarnée) et de l’artiste (toujours très bien préparé). Ayant également côtoyé Mario Bava au cours de sa carrière, Gianlorenzo Battaglia dresse un parallèle entre les deux hommes, avant d’en venir plus précisément à La Morte ha sorriso all’assassino, « un film plutôt important […] avec des acteurs internationaux », en évoquant les conditions de tournage (avec quelques informations techniques pour les amateurs), le casting, les scènes violentes, le soin apporté à la photographie, tout en indiquant que pour lui « sa carrière dans le porno a gâché la vie professionnelle d’Aristide Massaccesi, qui aurait pu devenir un des plus grands chefs opérateurs du cinéma ».

L’autre entretien se déroule avec la comédienne Ewa Aulin (10’). Née en 1950, cette dernière parle tout d’abord de son arrivée en Italie (dont elle ignorait la langue), puis de sa rencontre avec Joe d’Amato, dont elle vante d’emblée le talent artistique (« qui aurait pu être peinte, qui explorait l’image […] qui avait tout compris à la technique »). Elle partage quelques souvenirs de tournage de La Mort a souri à l’assassin, aborde les longues séquences de maquillage (de 8 à 10h) nécessaires pour la vieillir à la fin du film, le casting (« Klaus Kinski était un homme tourmenté, beau et damné, lunatique, mais gentil… »), les lieux des prises de vue, les scènes d’amour…

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce, qui révèle quasiment tout le film.

L’Image et le son

Sublime ! Quelle beauté ! Les couleurs sont riches et éclatantes dès le premier plan avec des teintes chaudes et bigarrées. Le piqué est acéré comme la lame d’un scalpel, les gros plans étonnants de précision, les détails foisonnent du début à la fin et la propreté de la copie restaurée est quasi-irréprochable (une rayure verticale ici ou là). La texture du grain original est palpable, duveteuse, une composante essentielle à la sublime photographie de Joe D’Amato, plus luminescente lors de la scène du flashback de l’accouchement.

Seule la version originale DTS-HD Master Audio 2.0 est disponible. Les dialogues sont parfois sensiblement étouffés et un léger souffle peut se faire entendre. C’est néanmoins nickel et certaines scènes sont même étonnamment vives. Les sous-titres français ne sont pas verrouillés.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Variety Distribution S.r.l – Rome / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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