Test Blu-ray / La Fissure – The Gate, réalisé par Tibor Takács

LA FISSURE (The Gate) réalisé par Tibor Takács, disponible en Blu-ray depuis le 20 novembre 2020 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Stephen Dorff, Louis Tripp, Christa Denton, Kelly Rowan, Jennifer Irwin, Deborah Grover, Scot Denton, Ingrid Veninger…

Scénario : Michael Nankin

Photographie : Thomas Vámos

Musique : Michael Hoenig & J. Peter Robinson

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Glen et sa grande sœur Al passent le week-end seuls chez eux, leurs parents s’étant absentés. Alors qu’Al devait garder son petit frère, elle n’a qu’une seule idée en tête: organiser une fête. Terry, le meilleur ami de Glen, le persuade que le trou au fond du jardin familial est une porte vers l’enfer. La mort du chien de Terry et les incantations des amis de Al vont réveiller les démons…

Réalisateur canadien d’origine hongroise né en 1954, Tibor Takács reste célèbre auprès des cinéphiles son troisième long-métrage, Lectures diaboliquesI, Madman, sorti en 1989. Mais avant cela, le film qui l’aura fait découvrir demeure The Gate (ou La Fissure en français), une petite production fantastico d’horreur tout droit venue du Canada, qui aura damé le pion à la grosse production d’Elaine May, le tristement célèbre Ishtar. Tourné avec l’équivalent de 3 millions de dollars américains, The Gate est un pur produit de cette époque bénie des années 1980, où les enfants tenaient le haut du pavé dans les divertissements cinématographiques et où ceux-ci étaient même souvent malmenés dans des récits sérieux, loin de toute féerie légère et avec une certaine frontalité, à l’instar de L’Histoire sans finThe NeverEnding Story (1984) de Wolfgang Petersen. Dès la première séquence, celle du cauchemar du protagoniste principal, The Gate instaure une atmosphère troublante, loin de toute innocence et qui pose d’emblée l’ambiance inquiétante dans laquelle va se dérouler l’histoire. Le film est en outre remarquablement interprété par un trio de jeunes comédiens épatants, parmi lesquels se distingue un certain Stephen Dorff, qui s’impose déjà du haut de ses 14 ans. Quasiment de toutes les scènes, il crève alors l’écran pour la première fois, quelques années avant de percer au cinéma comme jeune premier dans La Puissance de l’angeThe Power of One (1992) de John G. Avildsen et La Nuit du JugementJudgment Night (1993) de Stephen Hopkins. Amoureux fous du cinéma fantastique, teinté de poésie macabre, excellemment mis en scène et teinté d’effets spéciaux renversants au charme inaltérable, The Gate est fait pour vous !

Glen, 12 ans, fait le cauchemar de retrouver sa maison abandonnée, avant de se réfugier dans sa cabane dans les arbres, quand celle-ci est frappée par la foudre et brise le tronc qui s’effondre. Quand il se réveille, il découvre que dans son arrière-cour, des ouvriers ont coupé le même arbre de son rêve et déterré une géode. Glen revient avec son ami Terry pour enquêter sur cette découverte. Bien que les ouvriers aient tenté de combler le trou laissé par l’arbre, Glen et Terry percent la surface, trouvant une géode encore plus grande. Les parents de Glen quittent la ville pendant un week-end, demandant à sa sœur Alexandra, âgée de 15 ans, de devenir responsable de la maison pour la première fois. Pendant qu’Al organise une fête, Terry et Glen ouvrent la géode. Celle-ci laisse des incantations sur un bloc-notes, que les deux amis déchiffrent à haute voix. Ils descendent au moment où les fêtards jouent à un jeu de lévitation. Tout le monde est choqué quand Glen se met réellement à être suspendu dans les airs. Cette nuit-là, Glen voit le mur de sa chambre s’étirer, et Terry embrasse une apparition de sa mère décédée qui s’avère être le chien de Glen, Angus, qui meurt immédiatement après. Le jour suivant, Terry apporte un album de heavy metal à la maison de Glen avec des paroles basées sur “The Dark Book”. Il croit que le trou dans l’arrière-cour de Glen est une porte d’entrée vers un domaine de dieux maléfiques et spécule que leurs actions l’ont ouvert. Il conclut que le seul élément manquant serait de déposer un sacrifice dans le trou. À leur insu, un ami d’Al jette le corps d’Angus dans le trou, terminant l’invocation. Après avoir lu une section de “The Dark Book” qui est censée fermer la porte d’entrée, les garçons trouvent le trou fermé et supposent que leurs efforts ont réussi. Un essaim de papillons de nuit brise la fenêtre de la chambre de Glen et le cadavre d’Angus est retrouvé dans le lit de Terry. Soudain, des bras démoniaques essaient de tirer Al sous son lit.

De l’aveu même de Michael Nankin, son scénario, écrit alors qu’il traversait une crise conjugale qui l’avait conduit à divorcer et qu’il ne parvenait pas à joindre les deux bouts, s’est basé sur ses propres peurs d’enfant. Les premières ébauches étaient beaucoup plus sombres que le film finalement tourné, mais The Gate reste marqué par quelques éclats inattendus de violence et surtout un côté premier degré qui rend compte de la maturité de l’entreprise. Certes, l’intrigue originale et les premières intentions de Michael Nankin – qui souhaitait mettre en scène The Gate lui-même – ont été quelque peu édulcorées au moment où le film est arrivé dans les mains du réalisateur Tibor Takács, mais le résultat final trouve un parfait équilibre, contentant à la fois une audience avide de spectacles pop-corn à qui l’on propose une échappatoire pendant 90 minutes, et ceux qui aiment à la fois réfléchir et ne pas être pris pour des spectateurs conditionnés et prêt à être gavés de péripéties concoctées par des auteurs sans âme. The Gate avait été pensé dans une optique beaucoup plus dark et sanglante, avec les démons qui s’en prenaient aux habitants de la ville, mais le film s’avère digne des productions Amblin qui disposaient d’un budget beaucoup plus conséquent et d’effets spéciaux dernier cri.

Dans l’état, The Gate est et demeure une œuvre savoureuse, qui reste avant tout une curiosité pour (re)voir Stephen Dorff à ses débuts et dont la prestation n’a rien à envier à celle de Henry Thomas dans E.T., l’extra-terrestre (1982) de Steven Spielberg. Les deux autres membres du trio, Christa Denton (Al) et Louis Tripp (Terry) n’ont pas vraiment fait carrière au cinéma, mais s’en sortent également haut la main. Ce dernier sera d’ailleurs le seul à revenir dans The Gate 2 que Tibor Takács réalisera en 1990, mais qui ne connaîtra pas le même engouement. Ce que l’on retient encore aujourd’hui de The Gate et qui a contribué à la renommée du film, est la très grande qualité des effets spéciaux, l’animation en stop-motion du monstre final entre autres, mais aussi et surtout les Minions. Si à l’écran ces créatures font trente centimètres, celles-ci ont été créées à partir de vrais acteurs dissimulés dans des costumes (très sympathiques), « incrustés » en direct (la plupart du temps) au moyen de la perspective forcée. Le rendu est impressionnant, ultra-efficace et créé une fluidité qui n’a pas fait vieillir le film comme d’autres du même genre qui privilégiaient les effets optiques.

Ajoutez à cela une superbe photographie de Thomas Vámos, une musique inspirée, une succession de rebondissements (mention spéciale à l’Ouvrier), d’émotions et d’action et vous obtenez l’un des plus parfaits exemples du cinéma populaire des années 1980, largement pompé depuis par JJ Abrams ou des séries du style Stranger Things.

LE BLU-RAY

Si The Gate avait déjà bénéficié d’une édition DVD en France chez Opening en 2002, le film de Tibor Takács restait encore inédit en Haute-Définition. Alors merci au Chat qui fume de le ressusciter à travers une édition limitée à 1000 exemplaires, qui prend la forme d’un Digipack à trois volets, aux visuels très sympathiques, glissé dans un superbe fourreau cartonné. Très belle sérigraphie du disque. Le menu principal est animé et musical.

Il vous faudra un peu plus de 2h30 pour voir l’intégralité des suppléments présentés par Le Chat qui fume !

On commence tout d’abord par les quatre bonus liés aux effets spéciaux de The Gate.

Randal William Cook et Craig Reardon, respectivement le concepteur/superviseur des effets spéciaux et le créateur/designer des maquillages sont visiblement heureux de revenir sur l’aventure de The Gate (15’). Les deux collaborateurs partagent leurs souvenirs liés au tournage, et plus particulièrement au procédé de la perspective forcée qui leur ont permis de mettre en interaction les créatures des Minions et les acteurs. L’Ouvrier-zombie, autre personnage marquant de The Gate, est aussi évoqué, ainsi que la création du monstre final.

Les Minions, il en est question dans un autre segment dans lequel on retrouve à nouveau Craig Reardon (22’35). Ce dernier indique que The Gate fait partie de son top 5 des films sur lesquels il a préféré travailler et se dit heureux de partager son expérience, ainsi que ses souvenirs. Outre ses débuts au cinéma, Craig Reardon nous parle de sa collaboration avec Randal William Cook, et bien sûr de la création des démons de The Gate, les fameux Minions donc, mais aussi de l’Ouvrier-zombie, ainsi que de l’effet de l’oeil qui apparaît sur la paume de la main de Glen. Quelques photos et images de tournage révèlent l’envers du décor.

Randal William Cook et le réalisateur Tibor Takács se retrouvent afin d’échanger leurs souvenirs liés à The Gate (28’). Ils y évoquent leur rencontre, leur étroite et excellente collaboration, la création des monstres du film (qui auraient été inspirés par le producteur John Kemeny), leurs intentions (« une approche européenne surréaliste de l’horreur psychologique »), le casting, le procédé de la perspective forcée. L’ensemble est parfois illustré de photos de tournage et les deux hommes concluent ce module en indiquant « nous nous sommes amusés et ça se voit à l’écran ».

Nous en avons parlé précédemment, l’un des éléments inoubliables de The Gate est le personnage de l’Ouvier-zombie ou « Workman », qui apparaît au milieu du film et poursuit les personnages dans le désir de les emmener avec lui « dans » le mur. Ce personnage a été incarné par le comédien Carl Kraines, un ami de Tibor Takács, qui à la base avait été engagé sur le film pour aider le réalisateur à gérer les enfants. Egalement coach pour ces derniers (il devait leur apprendre à gommer leur accent canadien), mais aussi chauffeur, Carl Kraines, se voit proposer le rôle du Workman revenu d’outre-tombe. Les souvenirs de tournage sont nombreux, notamment ceux liés aux effets spéciaux, en particulier le maquillage fastidieux qui demandait entre 5 et 6 heures pour le transformer. Carl Kraines indique qu’il est ensuite devenu enseignant, professeur de théâtre et d’études cinématographiques (12’).

Si vous désirez entendre d’autres souvenirs de tournage, dirigez-vous vers le bonus intitulé Made in Canada (2016, 28’30), qui compile les interventions de six anciens membres de l’équipe locale – à Toronto donc – de The Gate, Robert Wertheimer (production manager), Jonathan Llyr (un des Minions), Scot Denton (qui incarne le père de Glen et Al), H. Gordon Woodside (post-production supervisor), Trysha Bakker (créatrice des costumes) et Kathleen Meade (troisième assistante du réalisateur). S’ils ont quasiment tous gardé contact depuis l’aventure de The Gate, chacun apparaît tour à tour pour partager des anecdotes diverses et variées. Le succès surprise du film est aussi abordé, ainsi que la création des effets spéciaux.

Maintenant, pour en savoir plus sur la genèse de The Gate, enclenchez l’interview croisée du scénariste Michael Nankin et du réalisateur Tibor Takács (Les Gardiens de la porte, 16’). Ce sont surtout les arguments du premier qui demeurent les plus importants de ce module puisque Michael Nankin indique que l’écriture de The Gate a été comme qui dirait une catharsis, à une période difficile de sa vie puisqu’il vivait une séparation et se retrouvait au chômage. La première ébauche était selon lui non destinée aux enfants, car très violente et sanglante. S’il l’avait écrit dans l’espoir de le réaliser lui-même, Michael Nankin accepte la proposition des producteurs John Kemeny & Andras Hamori, et The Gate sera finalement tourné par un autre metteur en scène, au Canada. C’est là que Tibor Takács intervient et parle du travail avec le jeune casting et l’équipe des effets spéciaux.

Producteur qui a du flair à qui l’on doit entre autres Crash (1996) et eXistenZ (1999) de David Cronenberg, Andras Hamori est aussi l’un des deux producteurs de The Gate. Dans une interview, il revient sur son parcours (critique de films en Hongrie, producteur à la télévision puis au cinéma), et en vient rapidement aux conditions de tournage de The Gate au Canada, pays qui offrait des coûts de financement avantageux. L’évolution du projet (on y parle de la version beaucoup plus sombre du premier scénario de Michael Nankin), les lieux de tournage (Toronto et ses environs), le casting, les effets spéciaux, le succès et la pérennité du film (The Gate est devenu le film canadien le plus rentable de l’année et semble avoir beaucoup inspiré la série Stranger Things), ainsi que le projet d’un remake (vraisemblablement avorté depuis cet entretien) sont passés au peigne fin.

Vous terminerez cette longue interactivité par le making of d’époque (23’) qui vaut essentiellement pour les propos de Randall William Cook (créateur des effets spéciaux), du réalisateur Tibor Takács et du scénariste Michael Nankin. Le reste du temps, ce document dévoile bien trop d’extraits du film, par ailleurs très longs et qui prennent finalement le dessus. L’intérêt est donc limité.

Les amoureux de bandes-originales pourront écouter celle de The Gate, disponible en piste isolée.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’image et le film

The Gate arrive dans les bacs français dans une très belle édition HD (1080p) entièrement restaurée. Le travail est impressionnant et l’image est très propre, débarrassée de la majeure partie des poussières, griffures et autres résidus qui ont dû être minutieusement enlevés image par image. Les images endommagées ont été réparées et les problèmes de densité et de stabilité ont été considérablement améliorés. Tout au long du processus de restauration, un soin particulier a été apporté afin que la texture originale du film, les détails, la structure du grain ne soient pas affectés par le traitement numérique. Ce nouveau transfert Haute Définition permet de redécouvrir The Gate sous toutes ses coutures avec une magnifique patine argentique. Cette élévation HD offre à la colorimétrie un nouveau lifting et retrouve pour l’occasion une nouvelle vivacité. Si la gestion du grain et des contrastes demeure aléatoire et plus altérée sur les séquences sombres ou à effets spéciaux, au moins pas de réduction de bruit à l’horizon, les détails et le piqué sont plus qu’honorables. N’oublions pas la stabilité de la copie soutenue par un codec AVC exigeant.

En anglais comme en français (attention au doublage qui pique !), les deux mixages DTS-HD Master Audio 2.0 contenteront les puristes. Ces deux options acoustiques s’avèrent dynamiques et limpides, avec une belle restitution des dialogues et de la musique. Les effets sont solides bien que certains paraissent plus étouffés, mais le confort est assuré, surtout en version originale, mieux équilibrée. Pas de souffle constaté.

Crédits images : © Le Chat qui fume / The Gate Film productions / Lions Gate Entertanment
/ Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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