Test Blu-ray / La Belle Ensorceleuse, réalisé par René Clair

LA BELLE ENSORCELEUSE (The Flame of New Orleans) réalisé par René Clair, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD le 7 février 2017 chez Elephant Films

Acteurs : Marlene Dietrich, Bruce Cabot, Roland Young, Mischa Auer, Andy Devine, Neville Cooper, Eddie Quillan, Laura Hope Crews, Frank Jenks

Scénario : Norman Crasna

Photographie : Rudolph Maté

Musique : Frank Skinner

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1941

LE FILM

Une belle aventurière du siècle dernier fraîchement débarquée à la Nouvelle-Orléans part à la recherche d’hommes beaux et riches. Elle trouve son bonheur en la personne d’un banquier avec lequel elle décide de convoler en justes noces. Oui mais voilà, elle est loin d’être insensible au charme d’un beau marin, capitaine d’un vieux rafiot.

Suite à l’échec de l’ambitieux et décrié Le Dernier Milliardaire en 1934, le cinéaste français René Clair (1898-1981) répond positivement à une offre du producteur-réalisateur Alexander Korda : se rendre à Londres pour réaliser Fantôme à vendre, The Ghost Goes West en version originale. Cette comédie-fantastique aux effets spéciaux désuets mais furieusement poétiques, plus gros succès britannique de l’année 1935, lui permet d’enchaîner avec Fausses nouvelles avec Maurice Chevalier, succès beaucoup plus relatif, avant de se voir proposer un projet américain et non des moindres, diriger la star Marlene Dietrich ! En 1941, René Clair se retrouve donc aux commandes de La Belle EnsorceleuseThe Flame of New Orleans pour le compte des studios Universal, une comédie dans laquelle la comédienne s’amuse à jouer une escroc.

En 1840, deux pêcheurs retirent des eaux boueuses du Mississippi une robe de mariée à la dérive. La légende de la comtesse Claire Ledoux (Marlene Dietrich), noyée le jour de ses noces, prend son essor. Mais est-ce bien ce qui s’est passé ? D’autant plus que le corps n’a pas été retrouvé. Retour en arrière donc, pour éclairer ce mystère… Lorsqu’elle débarque sur les quais turbulents de La Nouvelle-Orléans, Claire Ledoux, qui n’a de comtesse que la prétention, jette son dévolu sur un banquier riche et bête, Charles Giraud (Roland Young), qu’elle s’arrange pour séduire dans les couloirs de l’opéra. Une ultime manigance doit lui assurer les faveurs du banquier mais l’intervention d’un marin, beau et pauvre, Robert Latour (Bruce Cabot, excellent et bondissant), fait échouer la manoeuvre. Claire commence par en être fâchée.

C’est une récréation pour Marlene Dietrich. René Clair apporte son sens de la mise en scène et du montage pour livrer un vrai vaudeville en costumes, qui ne laisse pas un moment de répit à ses personnages, ainsi qu’aux spectateurs. Mais ce rythme endiablé – le film dure 79 minutes – ne parvient parfois pas à masquer un scénario trop léger. Ce qui importe ici c’est d’admirer la comédienne, véritable aventurière, dans des robes sublimes, feignant de s’évanouir afin d’attirer sa prochaine cible – l’homme le plus riche de la ville si possible – à dépouiller. Il faut voir avec quelle jubilation Marlene Dietrich accentue son oeil de biche derrière son éventail (excellente ouverture à l’opéra) ou à changer de costume, d’attitude et de maquillage pour tromper son monde, en se faisant passer pour une autre, après qu’une de ses anciennes victimes l’ait reconnu. Elle est également excellemment entourée par toute une troupe de comédiens qui lui renvoient la balle avec brio, René Clair prenant soin du moindre second rôle, en particulier de la servante Clementine (Theresa Harris), complice de tous les coups de notre chère Comtesse.

La Belle ensorceleuse est une œuvre somme toute anecdotique, pour laquelle le metteur en scène met sa maestria habituelle au service d’un récit léger et souvent truculent. Avec des dialogues très drôles, des situations cocasses, une interprétation inspirée et la sublime photographie de Rudolph Maté (La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer, Liliom de Fritz Lang), cette histoire pleine de fantaisie et de charme, portée par la composition enjouée de Frank Skiner, est à redécouvrir, surtout pour se rendre compte à quel point Marlene Dietrich était tout aussi convaincante dans le registre de la comédie, tout en conservant son image de femme fatale.

LE BLU-RAY

Disponible en DVD chez Universal depuis 2005, La Belle Ensorceleuse atterrit dans l’escarcelle d’Elephant Films, en combo Blu-ray-DVD qui plus est ! Le titre intègre l’impressionnante et sublime collection Cinéma MasterClass de l’éditeur. Le test de l’édition HD a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

Dans un premier temps, le journaliste et critique de cinéma Xavier Leherpeur propose un portrait de Marlene Dietrich (12’30). Visiblement fasciné par la comédienne – qui ne le serait pas – l’intéressé évoque les grandes étapes de sa carrière avec ce qu’il faut de propos dithyrambiques. Certes, Xavier Leherpeur est passionné par son sujet, mais il se contente essentiellement de dresser une liste de ses films les plus célèbres, ceux tournés avec Josef von Sternberg (L’Ange bleu en Allemagne, les autres aux Etats-Unis) et les artistes qui se sont inspirés du mythe Dietrich (Lauren Bacall, Rita Hayworth…Madonna), tout en évoquant brièvement le caractère farouche, indépendant et sexuel de la comédienne qui en a fait l’un des premiers modèles du mouvement féministe. Un portrait simple, pour ne pas dire simpliste, anecdotique, même si sympathique.

La présentation du film par le même Xavier Leherpeur (12’) s’avère une fois de plus décevante. Alors certes le journaliste et critique de cinéma a du bagou, mais ses propos n’ont aucun intérêt puisqu’il se contente de paraphraser les scènes clés du film. Le reste du temps, Xavier Leherpeur cite quelques films de la carrière de René Clair et aligne les superlatifs et les phrases toutes faites, sans jamais se pencher sur le fond. Passez votre chemin, surtout qu’il ne reste plus grand-chose sur les 12 minutes du supplément une fois que vous avez retiré les extraits – beaucoup trop longs – du film. Espérons que l’éditeur revienne très vite vers Jean-Pierre Dionnet.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et une galerie de photos.

L’Image et le son

La Belle Ensorceleuse est disponible en Haute-Définition, dans un Blu-ray au format 1080p et dans son format respecté 1.33. La copie proposée par Elephant Films est une version restaurée. Sans être exceptionnelle, l’image se révèle correcte, même si quelques scories demeurent, ainsi que diverses tâches et griffures. La compression demeure solide, la luminosité fait plaisir, certaines séquences parviennent à sortir du lot grâce à un relief certain, tandis que les contrastes sont plutôt bien assurés. Le grain cinéma est évidemment conservé et équilibré. Peu importent les défauts constatés, les décrochages sur les fondus enchaînés et le piqué émoussé, revoir une oeuvre de René Clair est toujours un plaisir. Notons également que cette édition HD est une première mondiale.

Comme pour l’image, le son alterne le bon et le médiocre. La version anglaise DTS HD Master Audio 2.0 l’emporte haut la main sur la piste française, beaucoup plus confidentielle et qui se concentre uniquement sur le report des voix, au détriment des effets annexes et de la musique. En anglais, les dialogues sont plus dynamiques et naturels et l’écoute reste plus ou moins homogène. Si les grésillements et les saturations ne sont pas rares, au moins les partis pris originaux sont respectés. La version française propose le doublage d’époque.

Crédits images : © Elephant Films / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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