Test Blu-ray / À la rencontre de Forrester, réalisé par Gus Van Sant

À LA RENCONTRE DE FORRESTER (Finding Forrester) réalisé par Gus Van Sant, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2021 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Sean Connery, F. Murray Abraham, Anna Paquin, Busta Rhymes, April Grace, Rob Brown…

Scénario : Mike Rich

Photographie : Harris Savides

Musique : Bill Frisell

Durée : 2h10

Date de sortie initiale : 2000

LE FILM

A seize ans, Jamal Wallace, un prodige du basket-ball, entre par effraction dans un appartement que les rumeurs disent habité par un ermite. Ayant entendu un bruit, il prend ses jambes à son cou et en oublie son sac à dos avec ses livres dedans. L’ermite le lui rend. Mais Jamal constate que les textes qu’il a écrits ont été corrigés et commentés. Celui-ci, intrigué, part à la rencontre du vieil homme, qui s’avère être William Forrester, un célèbre écrivain qui a disparu après la publication de son premier roman. Ce romancier solitaire et asocial a découvert chez Jamal un don pour l’écriture et accepte de lui enseigner en privé l’art de la plume. Au cours de ces leçons particulières, une amitié s’installe entre eux. Jamal se découvre une passion pour la littérature, mais il est bientôt amené à choisir entre poursuivre sa carrière de basketteur et se consacrer pleinement à l’écriture.

Quand il tourne son huitième long-métrage À la rencontre de Forrester Finding Forrester, Gus Van Sant a déjà près de cinquante ans. Il est le réalisateur acclamé de My Own Private Idaho (1991), avec River Phoenix et Keanu Reeves, il a connu le succès avec Prête à tout To Die For (1995), sa première œuvre de commande qui vaudra le Golden Globe à Nicole Kidman, suivi d’un triomphe international avec Will Hunting Good Will Hunting (1997), qui emballe à la fois la critique et le public, remporte deux Oscars, celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Robin Williams et celui du meilleur scénario original pour Ben Affleck et Matt Damon. En 1998, le cinéaste est libre de faire ce qui lui plaît…mais contre toute attente il jette son dévolu sur un remake de Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock, projet qu’il convoitait depuis une bonne dizaine d’années. Ce décalque, quasiment plan par plan et en couleur du film original, que certains jugeront inutile, d’autres expérimental, s’accompagne de critiques très mitigées (euphémisme), de nominations aux Razzie Awards et le budget n’est pas rentabilisé. Après cet essai personnel qui avait quand même coûté plus de vingt millions de dollars, Gus Van Sant accepte un retour au cinéma dit commercial. Ce sera donc À la rencontre de Forrester, d’après un scénario de Mike Rich, que l’on peut voir comme un film-miroir à Will Hunting, tant les similitudes y sont frappantes. Plus de vingt ans après sa sortie, cet opus vaut essentiellement pour l’élégance de sa mise en scène, ainsi que pour la force et la douceur qui se dégage du tandem principal, l’inconnu Rob Brown, qui faisait ici ses débuts très prometteurs devant la caméra, et bien évidemment l’immense Sean Connery, également coproducteur ici, dans son avant-dernière apparition sur le grand écran, sublime dans un rôle inspiré par J.D. Salinger. Mention aussi à F. Murray Abraham, qui retrouvait alors son partenaire du Nom de la rose, dans lequel il incarnait l’inquisiteur médiéval Bernard Gui, adversaire du moine Guillaume de Baskerville interprété par l’acteur écossais. Leur confrontation finale est l’un des grands atouts de Finding Forrester.

Dans un quartier du Bronx, Jamal, un garçon noir âgé de seize ans, partage son temps entre deux passions : l’écriture et le basket-ball. Épiés en permanence par un homme reclus depuis une vingtaine d’années, ses amis le mettent au défi d’aller à sa rencontre. Jamal pénètre par effraction dans son appartement : surpris, il oublie son sac à dos contenant des carnets personnels, qu’il retrouve peu après, annotés et commentés. L’homme vivant comme un ermite n’est autre que William Forrester, devenu célèbre une quarantaine d’années plus tôt pour un premier roman mais qui depuis, a totalement renoncé à une carrière littéraire. Il propose à Jamal de l’aider à cultiver ses dons pour l’écriture. Les aptitudes du garçon pour le basket-ball n’ont pas non plus échappé à une école privée réservée à l’élite, où Jamal entre sur l’insistance de sa mère. Il y découvre le redoutable professeur Crawford, d’abord étonné par ses dispositions, puis finissant par douter des talents de son nouvel élève. Mis à l’épreuve, il demeure incapable de rédiger la moindre ligne. Entre-temps et malgré la différence d’âge et de culture, une amitié solide s’est nouée entre l’écrivain et le jeune garçon. Forrester a même accepté de mettre fin à sa vie d’ermite. Quant à Jamal, il s’inspire d’un manuscrit qu’il croit inédit, dérobé à Forrester à l’insu de son auteur. Découvrant le plagiat, Crawford exige des excuses publiques. Le directeur lui propose d’oublier l’incident s’il mène vers la victoire l’équipe de basket engagée dans une compétition universitaire.

C’est une histoire simple, mais narrer un tel récit au cinéma n’est pas forcément ce qu’il y a de plus aisé. Le piège le plus récurrent dans lequel se vautrent la plupart du temps les réalisateurs est de tomber dans la niaiserie, ce que Gus Van Sant avec sa mise en scène classique, mais inspirée et sans fausse note évite tout au long d’À la rencontre de Forrester. Le cinéaste s’empare du scénario original de Mike Rich, à travers lequel il retrouve quelques-uns de ses thèmes de prédilection, tout en dressant un nouveau portrait d’un jeune homme solitaire pris à un carrefour de sa vie. On y retrouve le spleen, la mélancolie typique de Gus Van Sant, qui se coule parfaitement dans le moule hollywoodien, tout en ne mettant pas de côté sa propre sensibilité. Il en profite une fois de plus pour rendre un hommage à Psychose, quand il filme l’habitation de Forrester aperçue du terrain vague, quelques plans qui rappellent la toute première scène du chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock, ainsi que la maison de Norman Bates. Donc Gus Van Sant ne s’oublie pas en obéissant aux canons du cinéma hollywoodien traditionnel, même si les échos avec Will Hunting sont parfois faciles. Un jeune homme qui rencontre un vieux de la vieille quelque peu reclus, qui va aider le premier à s’éveiller et à comprendre ce qu’il veut/doit faire de sa vie, tout en pigeant lui-même qu’il en a lui aussi encore sous le capot…sans compter la présence d’une présence féminine qui saura elle aussi guider notre héros, Minnie Driver/Skylar dans l’un, Anna Paquin/Claire dans l’autre, ou bien cette résonance avec Will d’un côté et William de l’autre. Et ainsi de suite, jusqu’à l’apparition de Matt Damon à la fin du film. Mais heureusement, À la rencontre de Forrester ne se résume pas qu’à cela. C’est avant tout un très beau film sur la filiation, sur l’envie de transmettre, de passer le relais. C’est aussi une œuvre sur la création, sur l’inspiration, sur l’éveil spirituel, sur les choix déterminants.

Finding Forrester s’inclut parfaitement dans la filmographie du réalisateur, qui à l’instar d’un Howard Hawks, qui n’aura eu de cesse de revenir aux même motifs à la fin de sa carrière à travers son tiercé Rio Bravo (1959), El Dorado (1966) et Rio Lobo (1970), reprenait sa matière de Will Hunting pour la remodeler encore et toujours, comme tout bon artisan éternellement insatisfait de son travail. Bien accueilli à sa sortie, il reste aujourd’hui le deuxième plus grand succès commercial de la carrière de Gus Van Sant et son quatrième hit en France, derrière Harvey Milk (2009) et devant Paranoïd Park (2007).

LE BLU-RAY

Vingt ans après une première édition en DVD chez Sony Pictures, À la rencontre de Forrester refait surface dans les bacs en édition Standard, mais aussi et surtout pour la première fois en Blu-ray en France. Une sortie que l’on doit à L’Atelier d’Images. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend celui de l’affiche d’exploitation et l’ensemble est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est fixe et musical.

Tout d’abord, l’éditeur reprend les suppléments disponibles sur l’ancien DVD Sony Pictures, à savoir un making of HBO (15’), comprenant de nombreuses images de tournage, ainsi que des propos de toute l’équipe (acteurs, producteurs, réalisateur, scénariste…). C’est propre, carré, on apprend quelques éléments liés aux conditions des prises de vue et c’est bien comme ça.

Puis, nous retrouvons le module consacré à la recherche de l’acteur principal du film (12’). Tous les intervenants du bonus précédent sont de retour pour évoquer le casting de Rob Brown, venu passer des essais après avoir vu une annonce diffusée dans son lycée. Cette fois encore, des images de tournage viennent illustrer l’ensemble et montrent la belle alchimie entre Sean Connery et son jeune partenaire.

S’ensuivent deux scènes coupées, qui sont en réalité deux chansons entonnées par le DeWitt Clinton High School Chorus, Lacrymosa (3’) et Lean on Me (4’30).

Place ensuite aux nouveaux suppléments présentés à l’occasion de cette édition L’Atelier d’Images.

On commence par un extrait, bien trop court malheureusement, d’une durée de 12 minutes, de la rencontre avec Gus Van Sant à la Cinémathèque française en avril 2016, animée par Matthieu Orléan. L’éditeur a choisi de se focaliser sur le moment où le réalisateur revient sur sa collaboration avec le directeur de la photographie Harris Savides, disparu en 2012 à l’âge de 55 ans et avec lequel Gus Van Sant a travaillé de Finding Forrester (2000) à Restless (2011). Leurs références (Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman notamment), ainsi que leur alchimie dans le travail et dans la vie sont des sujets abordés.

L’Atelier d’Images est allé à la rencontre du journaliste Christophe Narbonne (Première), pour nous parler de Finding Forrester (13’30). Celui-ci replace parfaitement le film qui nous intéresse aujourd’hui dans la carrière de Gus Van Sant, « le film de la transition », avant d’être mis en parallèle avec d’autres longs-métrages du réalisateur, en particulier Will Hunting, avec lequel il possède de nombreux points communs, outre le fait d’être une œuvre de commande. Les thèmes, les motifs récurrents, les personnages, le casting, le scénario (« qui flirte un peu avec le coup de maître »), les partis pris esthétiques, ainsi que le succès commercial du film sont aussi analysés.

Puis, Christophe Narbonne revient armé d’une tablette afin de commenter deux extraits d’À la rencontre de Forrester (4’30), celle de la découverte du logement de William par les spectateurs (où le cinéaste fait un clin d’oeil à Psychose et à Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock), ainsi que celle de l’avant-match où Gus Van Sant utilise le ralenti, procédé que l’on reverra dans ses autres films, en particulier Elephant.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Ce master HD, qui semble avoir déjà quelques heures de vol (quelques poussières subsistent), permet d’admirer la photo de Harris Savides avec sa belle luminosité et ses contrastes duveteux toujours plaisants pour les mirettes. Si les séquences sombres dénotent par rapport au reste avec un léger fléchissement de la définition, des noirs tirant sur le bleu, divers fourmillements et un piqué plus émoussé, les scènes diurnes tirent agréablement parti de l’élévation HD avec des détails plus ciselés, une profondeur de champ appréciable, un grain respecté (même si aléatoire au final) et des visages plus précis. C’est élégant, pas un disque de démonstration certes, mais on est heureux de posséder enfin Finding Forrester dans de belles conditions en France. Le Blu-ray est au format 1080p.

A la rencontre de Forrester n’est pas un film à effets et les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 ne font pas d’esbroufe inutile. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des séquences en extérieur s’accompagne inévitablement d’ambiances naturelles sur les latérales. Il en est de même pour la belle composition de Bill Frisell, systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes. Les voix demeurent solidement délivrées par la centrale, bien que la version française demeure nettement moins ardente que son homologue.

Crédits images : © L’Atelier d’Images / Columbia Pictures / Sony Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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