Test 4K UHD / Mister Frost, réalisé par Philippe Setbon

MISTER FROST réalisé par Philippe Setbon, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Vincent Schiavelli, Roland Giraud, Catherine Allégret, Mike Marshall, Henri Serre…

Scénario : Philippe Setbon & Brad Lynch

Photographie : Dominique Brenguier

Musique : Steve Levine

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Mais qui est Mr Frost ? Arrêté par Felix Detweiler dans son manoir de Brighton, dans le jardin duquel il a enterré 24 victimes dont il a filmé les séances de torture, Mr Frost n’a aucune existence légale et reste une énigme pour les autorités. Trois mois après son arrestation, il se mure dans le silence. Après deux ans à passer d’un établissement à l’autre dans toute l’Europe, il quitte son mutisme, à son arrivée à l’hôpital St Clare, pour annoncer qu’il ne parlera qu’au Dr Sarah Day. Au cours de leurs séances, irrité du fait que la science ait remplacé la foi, il lui révèle être Satan en personne et l’intime à croire en lui.

Jeff Goldblum qui donne la réplique à Roland Giraud dans une coproduction franco-britannique…Non ce n’est pas un Kamoulox, mais bel et bien Mister Frost, le second long-métrage réalisé par Philippe Setbon (né en 1947), trois ans après Cross. Le scénariste des Fauves de Jean-Louis Daniel, de Parole de flic de José Pinheiro de Détective de Jean-Luc Godard, de Lune de Miel de Matrick Jamain et de Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni a démontré qu’il en avait suffisamment sous le capot pour s’adonner à la mise en scène. Cross n’avait peut-être pas rencontré le succès espéré (à peine 200.000 entrées), mais Philippe Setbon avait prouvé qu’il connaissait et comprenait la série B, ainsi que le genre. Avec Mister Frost, il passe la vitesse supérieure et parvient même à engager Jeff Goldblum, qui depuis le triomphe de La Mouche The Fly de David Cronenberg n’avait pas vraiment su rebondir. Ainsi, bien avant Jurassic Park et Independence Day, le comédien américain déployait son mètre 94 et imposait son incroyable tronche dans l’Hexagone, où il campe le diable, ou tout du moins un type qui déclare l’être. Si l’ensemble n’est pas totalement convaincant, on ne peut que saluer cet essai de concilier à la fois le thriller et le fantastique, d’autant plus que la réalisation est élégante du début à la fin et la photographie de Dominique Brenguier (Ave Maria de Jacques Richard, Bleu comme l’enfer d’Yves Boisset) un ravissement de tous les instants. Très rarement diffusé à la télévision, comme sur M6 en deuxième voire en troisième partie de soirée, Mister Frost mérite assurément d’être redécouvert, d’autant plus que beaucoup de cinéphiles considèrent qu’il s’agit d’un des plus grands rôles de Jeff Goldblum, si ce n’est son meilleur.

Une nuit, deux motards s’apprêtent à cambrioler un somptueux manoir. Ils s’enfuient, horrifiés, lorsqu’ils y découvrent un cadavre. Peu après, l’inspecteur Detweiller arrête Mr Frost, l’occupant des lieux: vingt-quatre cadavres ont été exhumés, affreusement mutilés. Deux ans plus tard, Mr Frost, silencieux depuis son arrestation, est transféré en Suisse, dans la clinique du Dr Reynhardt. Et là, il s’adresse à Sarah Day, une jeune psychiatre. Reynhardt est furieux: mais seule Sarah peut s’occuper de Frost. Celui-ci lui révèle sa nature: il est le Diable. Dès lors les événements se bousculent. Alors que Detweiller, qui traque Frost, persuadé de sa nature diabolique, sympathise avec Sarah, Christopher, le jeune homme qu’elle avait presque guéri s’évade…

Quel charisme ce Jeff ! Du genre à passer en une seconde du mec lunaire au sourire UltraBrite au psychopathe dont le regard sadique et terrifiant serait capable de vous flinguer sur place. C’est cette ambivalence qui a séduit Philippe Setbon, qui avait déjà imaginé le comédien pour le rôle finalement tenu par John Shea dans Lune de miel, l’ayant repéré dans la série Timide et sans complexe Tenspeed and Brown Shoe au début des années 1980. Jeff Goldblum a peu à faire pour s’imposer instantanément, d’autant plus que les partis-pris appuient la singularité et le malaise qui se dégagent de cet étrange personnage. La relation qui s’instaure entre Mister Frost et le Dr Sarah Day (Kathy Baker, vue dans L’Étoffe des héros, Edward aux mains d’argent, Jennifer 8), son traitement et même certains plans les capturant tous les deux annoncent étonnamment le face-à-face entre Helen et Candyman dans le film de Bernard Rose ou celui de Hannibal Lecter et Clarice Starling du Silence des agneaux de Jonathan Demme, qui sortiront deux ans plus tard.

Mister Frost sort de son mutisme pour ne s’adresser qu’à Sarah, mais pour quelle raison ? S’il est un usurpateur, voit-il en Sarah la possibilité de la manipuler à sa guise comme il est capable de le faire, à l’instar du jeune Reynhardt ? Ou s’il est bien ce qu’il annonce être, veut-il lui prouver que les êtres rationnels et cartésiens risquent d’être déstabilisés ? Cela d’autant plus que d’étranges phénomènes commencent à se produire autour de Sarah, à l’instar de la guérison inattendue de son frère paralytique, tombée sous l’emprise de Frost. On reste un peu plus mitigé quant au traitement du flic incarné par Alan Bates (The Rose, Le Cri du sorcier, Le Roi de Coeur), surtout dans sa relation avec Sarah, quelque peu gratuite, comme s’il fallait cette amourette pour combler un vide dans le scénario, surtout dans la deuxième et moins convaincante partie du film. Le reste de la distribution détonne tout autant, puisqu’on y croise aussi bien Jean-Pierre Cassel que Vincent Schiavelli, Daniel Gélin, Catherine Allégret et Mike Marshall.

L’échec de Mister Frost (133.000 entrées) mettra un terme à la carrière cinématographique de Philippe Setbon, qui se tournera définitivement vers la télévision où son nom restera lié à celui d’Alain Delon, pour lequel il écrira les séries Fabio Montale et Frank Riva, mais aussi le téléfilm Le Lion, d’après l’œuvre de Joseph Kessel. En (re)découvrant Mister Frost, on ne peut pas s’empêcher de penser que le réalisateur aurait pu un jour livrer un grand film. En l’état, Mister Frost était jusqu’à présent devenu l’objet de convoitises de la part d’amateurs de cinéma à travers le monde, curieux de découvrir Jeff Goldblum (Prix du meilleur acteur au Sitges-Catalonian International Film Festival) dans la peau (?) de Satan…Son lifting total en 4K grâce au Chat qui fume va indéniablement participer à sa résurrection, ce que le film toujours intrigant et ambitieux de Philippe Setbon mérite amplement.

LE 4K UHD

C’est une première mondiale et on peut le dire une véritable renaissance pour Mister Frost de Philippe Setbon, qui se voit dérouler le tapis rouge par Le Chat qui fume. Après Les Fauves, Lune de miel et Mort un dimanche de pluie, l’éditeur se penche ici sur le travail comme metteur en scène de Philippe Setbon. Il s’agit d’un Combo Blu-ray + 4K UHD. Les deux disques reposent dans un boîtier Scanavo Full-Frame, comme toujours très élégant. La jaquette est bien pensée et rappelle le travail effectué sur Un escargot dans la tête de Jean-Étienne Siry. Le tout est glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet, dont le visuel original a été repensé. Le menu principal est animé et musical.

Déjà présent sur le Blu-ray de Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni et sur celui de Lune de miel de Patrick Jamain, le module intitulé Profession scénariste (25’), donne la parole au scénariste Philippe Setbon. Celui-ci se penche sur sa carrière, sur les étapes de son parcours, sur ses rencontres déterminantes. Il se souvient avoir habité rue Lafayette, en face d’un cinéma, où il observait les affiches et où il a d’ailleurs vu son premier film, Les 7 Mercenaires de John Sturges. Philippe Setbon parle aussi de sa boulimie de cinéma, de sa découverte de Sergio Leone sur les Grands Boulevards, de ses débuts comme scénariste de bandes dessinées et derrière la caméra, de son livre consacré à Charles Bronson (son idole), de sa rencontre (et de son amitié) avec Klaus Kinski, ainsi que de ses divers travaux dans le cinéma comme scénariste (Détective de Jean-Luc Godard, Parole de flic de José Pinheiro), mais aussi comme réalisateur, dont il conserve un goût amer après le grave échec de Mister Frost, indiquant que le métier a beaucoup changé et qu’il a préféré prendre sa retraite pendant qu’il était encore temps.

De Mister Frost, il en est évidemment question dans le supplément suivant. Beaucoup plus conséquent et d’une durée de 53 minutes pour être précis, ce supplément donne une fois de plus la parole à Philippe Setbon, qui revient longuement, posément sur son film maudit, son second et dernier long-métrage. La genèse de Mister Frost (inspiré par un fait divers qui s’est déroulé au Pérou), le casting (« Je ne voyais pas quel acteur français aurait pu jouer le rôle principal, même si Jouvet aurait pu… »), le choix de Jeff Goldblum (« Avoir accès à lui a été facile, il a d’ailleurs réagi le plus vite et a voulu absolument le faire, même si Malcolm McDowell aurait pu le faire aussi […] Sean Connery et Michael Caine avaient lu le scénario »), les conditions de tournage (essentiellement en France). Puis, Philippe Setbon explique que la rapidité des prises de vue étonnait tout d’abord Jeff Goldblum (« qui a été parfait, chaleureux et simple »), revient sur les rapports étonnants avec le monteur Ray Lovejoy (Batman de Tim Burton, Aliens, le retour de James Cameron, Shining et 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick), ainsi que sur l’échec du film («J’ai peut-être surestimé le pouvoir commercial du casting… ») et sa redécouverte, au point que Mister Frost bénéficie aujourd’hui d’un petit statut culte outre-Atlantique. Enfin, Philippe Setbon aborde l’après-Mister Frost, dont le bide l’a conduit à travailler uniquement pour la télévision.

Le Chat qui fume nous gratifie également d’un excellent court-métrage, le premier par ailleurs, de Philippe Setbon intitulé Anton Muze (1982, 14’). Dans cette chasse à l’homme, on y croise tout aussi bien Pascal Légitimus (que l’on croirait échappé du sketch Les Miséroïdes) que Michel Peyrelon (prêt à tout pour flinguer de l’humain) et François Siener (impeccable en proie malgré-lui). Très beau traitement des décors, malgré une interprétation quelque peu old-school (euphémisme).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le Chat qui fume annonce une restauration 4K réalisée à partir du négatif image 35mm, doublé d’un étalonnage numérique 4K Dolby Vision et HDR10, les travaux ayant été réalisés par TransPerfect Media. Une cure de jouvence qui se ressent dès les credits d’ouverture (en anglais), puis la première scène, nocturne, où les deux voleurs se retrouvent face à un cadavre inattendu. Vous avez usé votre VHS ? Ou votre enregistrement M6 avec la coupure pub à mi-parcours (« Chaud devant, chaud ! Un jingle pub pour la sixeeeeeeuh ! ») ? Mettez tout cela au pilon et précipitez-vous sur le site de l’éditeur pour acquérir – tant qu’il reste des exemplaires – cette magnifique édition 4K de Mister Frost. Rien à redire, tout est parfait de A à Z. Propreté, stabilité, luminosité et d’autres mots en « té », le boulot impressionne. Le piqué est dingue, les contrastes denses, les détails regorgent aux quatre coins du cadre, la texture argentique flatte les mirettes. Si le Blu-ray est déjà incroyable, la galette UHD se permet d’être encore plus impressionnante.

Les deux pistes, anglaise et française DTS-HD Master Audio 2.0 – également restaurée – instaurent un bon confort acoustique. La musique de Steve Levine (producteur des Beach Boys et de Culture Club), bénéficie d’une large ouverture des canaux, les effets annexes sont riches et le report des voix (parfois reprises en postsynchronisation) très dynamique. Présence d’une version anglaise en 5.1, qui sent quelque peu le bricolage pour contenter celles et ceux qui aiment voir leur installation acoustique être entièrement exploitée.

Crédits images : © Le Chat qui fume / SND (Groupe M6) / Studiocanal / Overseas Multimedia / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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