Test Blu-ray / Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville, réalisé par Alex Joffé

LE TRACASSIN OU LES PLAISIRS DE LA VILLE réalisé par Alex Joffé, disponible en Blu-ray et Combo Blu-ray+ DVD + Livret le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Bourvil, Maria Pacome, Pierrette Bruno, Rosy Varte, Armand Mestral, Yvonne Clech, Harry Max, Mario David, Léo Campion, Christian Marin, Teddy Billis…

Scénario : Alex Joffé & Jean Bernard-Luc

Photographie : Marc Fossard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Le « tracassin », c’est la maladie du siècle : le trop-plein d’ennuis en un minimum de temps. Le pauvre André Loriot en est atteint jusqu’à la moelle ! Entre les réveils au bruit des poubelles, les klaxons, les patrons exigeants et les amours contrariées, sa vie devient un tourbillon d’absurdités quotidiennes. Pour tenir le coup, il avale des pilules B.H. 33, dynamisant euphorisant censé redonner la joie de vivre. Mais à haute dose, toute sa maîtrise s’effondre et les ennuis, cette fois, deviennent incontrôlables…

Bourvil – Alex Joffé, troisième ! Action ! Rétrospectivement, Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville est donc la troisième association du comédien avec le réalisateur et se situe entre Fortunat (1960, 3,3 millions d’entrées, leur plus grand succès) et Les Culottes rouges (1962, 2 millions de spectateurs). C’est aussi leur opus le plus expérimental, qui lorgne sur le cinéma de Jacques Tati, surfe sur la vague de Mon oncle (1958) et annonce étrangement Playtime (1967). Car dans Le Tracassin (ou l’humeur inquiète, chagrine) ou Les Plaisirs de la ville (titre évidemment ironique), Alex Joffé et le co-scénariste Jean Bernard-Luc (Hibernatus, Les Cadets de l’océan, Les Trois Mousquetaires version Bernard Borderie) il est pleinement question de la vie moderne supposée contribuer au confort de l’être humain et plus particulièrement du citadin. Il y a beaucoup de gags purement visuels dans Le Tracassin, qui renvoie au cinéma muet, d’autant plus que Bourvil y arbore une petite moustache façon Chaplin (non, pas celle du peintre frappadingue au bras levé), ce qui change particulièrement sa bonne tête et contribue à la création du personnage. Car Bourvil, comme bien souvent d’ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, était virtuose dans l’art de la transformation. Dans ces Plaisirs de la ville, il n’est pas le benêt de la campagne, mais un élément important d’un grand laboratoire pharmaceutique. Le hic, c’est qu’il a accès gratuitement et facilement à un médicament « révolutionnaire », autrement dit un régulateur neuropsychique, qui rend euphorique, apaise et stimule tout en même temps…et que son existence bien agitée fait qu’il prend ce remède miracle bien plus que de raison. Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville narre 24 heures de la vie d’un parisien et cette comédie, très peu diffusée à la télévision, s’avère on ne peut plus originale, menée à cent à l’heure et ne laisse pas plus de répit à son personnage principal qu’aux spectateurs. Une vraie et grande curiosité.

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Test Blu-ray / La Vie à l’envers, réalisé par Alain Jessua

LA VIE À L’ENVERS réalisé par Alain Jessua, disponible en DVD & Blu-ray le 6 novembre 2024 chez Inser & Cut/L’Oeil du témoin.

Acteurs :  Charles Denner, Anna Gaylor, Guy Saint-Jean, Nicole Gueden, Yvonne Clech, Jean Yanne, Robert Bousquet, Nane Germon…

Scénario :  Alain Jessua, d’après son roman

Photographie : Jacques Robin

Musique : Jacques Loussier

Durée : 1h35

Date de diffusion initiale : 1964

LE FILM

Jacques Valin, employé dans une agence immobilière de Montmartre, mène une vie sans problème en compagnie de son amie cover-girl. Il décide de l’épouser sur un coup de tête. Incapable de supporter les invités de la noce, dont ses patrons, il quitte le restaurant et déambule dans Paris avec sa femme, ce qui lui vaut de perdre son emploi. Coupé de la routine, il s’enferme dans la solitude et plonge peu à peu dans une folie heureuse.

Premier long métrage d’Alain Jessua (1932-2017), La Vie à l’envers est un film étrange, singulier, unique, percutant et par la suite inoubliable. L’ancien assistant de Max Ophüls, Marcel Carné, Yves Allégret et Jacques Becker signe la première pépite de sa filmographie, sans nul doute l’une des plus étonnantes et originales de l’histoire du cinéma français. Primé à Venise (Grand Prix de la presse italienne et Prix de la première œuvre) et à Cannes, grande inspiration pour Martin Scorsese, La Vie à l’envers, adapté du roman du même nom écrit par le metteur en scène lui-même, impose un univers qui lui est propre, qui a toujours détonné au sein de l’industrie cinématographique hexagonale. Véritable plongée psychologique et psychanalytique, le récit adopte le point de vue de son personnage principal du début à la fin, ne le quitte jamais, ne perd pas le fil de ses pensées, s’attarde sur son visage énigmatique, sans pour autant donner toutes les explications quant à ses agissements. Alors qu’il envisageait tout d’abord Jean-Louis Trintignant dans le rôle de Jacques Valin, Alain Jessua jette finalement son dévolu sur l’immense Charles Denner, qui avait fait précédemment une apparition dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle et interprété Landru dans le film éponyme de Claude Chabrol. Comédien exceptionnel et au phrasé inimitable, ce dernier n’a que peu à faire pour apporter à Valin une déstabilisante ambiguïté. Laissant l’imagination du public faire son office, le cinéaste tend à montrer que l’être humain qui ne souhaite pas se conformer aux règles qui lui ont été imposées pour paraître en société, saura trouver le moyen de se préserver en s’extrayant volontairement de la masse, de la faune, quitte à passer pour un fou. Ce qui serait alors vu comme de la démence chez le commun des mortels, ne serait en réalité que le dernier moyen de défense d’une âme qui a pris conscience que le monde allait droit dans le mur et qu’il était encore temps d’en réchapper. Soixante ans après sa sortie, La Vie à l’envers n’a pas fini de subjuguer, de passionner et de questionner.

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