Test DVD / Hell’s Ground, réalisé par Omar Khan

HELL’S GROUND (Zibahkhana) réalisé par Omar Khan, disponible en DVD le 31 mai 2019 chez Badlands

Acteurs : Kunwar Ali Roshan, Rooshanie Ejaz, Rubya Chaudhry, Haider Raza, Osman Khalid Butt, Najma Malik, Sultan Billa…

Scénario : Omar Khan, Pete Tombs

Photographie : Najaf Bilgrami

Musique : Stephen Thrower

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 2007

LE FILM

Prétextant un voyage scolaire, cinq jeunes citadins traversent la campagne pakistanaise pour se rendre à un concert de rock. Lors d’une halte, un personnage loufoque les invite à se préparer pour la prière du soir sous peine de voir leur périple virer au cauchemar… Aux alentours, l’eau polluée semble transformer les pauvres paysans en zombies tandis qu’un mystérieux assassin en burqa sévit dans la forêt.

Au Pakistan, le cinéma ne dispose peut-être pas de moyens, mais il a des idées ! Et Hell’s Ground (2007), réalisé par Omar Khan n’en manque pas. Ce premier film gore pakistanais est un hommage savoureux au cinéma de genre (on aperçoit d’ailleurs l’affiche de Maniac), plus particulièrement aux deux premiers Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, également imprégné de références aux différents films de zombies de George A. Romero. Tous ces ingrédients, y compris un amour dingue pour le 7e art, sont mis dans un shaker, dans lequel le cinéaste rajoute évidemment des éléments propres au folklore pakistanais, avant de secouer très fort ce cocktail inattendu, pour finalement verser un produit qui ravira les amateurs de Bis. Hell’s Ground est un délire tourné avec un budget visiblement dérisoire, en HDV (le premier de l’histoire au Pakistan) et en seulement trente jours, mais dont la passion, l’engouement et l’humour sont extrêmement contagieux. « Lol-lywood » peut-être, mais il n’y a vraiment pas de raison de se moquer !

Après avoir menti à leurs parents et fait le mur pour assister à un concert de rock, cinq adolescents quittent leur banlieue d’Islamabad et voyagent à travers la nature sauvage. Leur van tombe en panne et ils se retrouvent à la merci de zombies mangeurs de chair…

Omar Khan se fait plaisir et ça se voit. On trouve de tout dans Hell’s Ground. Une eau contaminée qui transforme les ruraux en zombies, des habitants à la mine patibulaire, un mystérieux assassin vêtu d’une burqa blanche inondée de sang (qui punit donc celles et ceux qui ne respectent pas les textes sacrés) qui poursuit ses victimes dans la forêt, des adolescents rebelles qui souhaitent profiter de la vie, mais qui se retrouvent rattrapés par la « réalité » et dans la ligne de mire du tueur foldingue. Il y a aussi une grande référence à Dracula au Pakistan (1967) avec quelques extraits diffusés à la télévision, mais aussi et surtout avec l’apparition de Rehan Qavi, qui interprétait le vampire de Bram Stoker quarante ans auparavant dans le film de Khwaja Sarfraz.

On suit donc cette bande de jeunes à bord de leur van brinquebalant et tout droit sorti d’une autre époque. Une fois avoir franchi les portes d’Islamabad, le pays regorge de personnages étranges. Evidemment, le van va tomber en panne là où il ne faut pas. Quand surviennent des zombies mangeurs de chair, il est déjà trop tard.

Zibahkhana Hell’s Ground est un gloubi-boulga au rythme en dents de scie, mais porté avec un tel enthousiasme, une énergie indéniable et le désir de bien faire, qu’on ne peut qu’adhérer. Certes, il y a quelque chose d’amateur dans ce film de genre tourné avec trois francs six sous (ou quelques roupies si vous préférez), mais après tout le montage, les maquillages, l’atmosphère, les effets sanglants (qui fonctionnent vraiment bien), la violence, l’humour noir et la photo n’ont souvent rien à envier à une production de plus grande envergure tournée sur le sol américain et qui polluent souvent les salles de cinéma aujourd’hui, l’âme et la passion en plus ici. Car c’est ce qui anime Hell’s Ground du début à la fin. Les tripes sont peut-être à l’air et bouffées par les zombies, mais c’est surtout le coeur de ce slasher qui se fait ressentir, celui qui bat pour un cinéma de genre et qui souhaite faire battre celui des cinéphiles déviants à l’unisson.

Une générosité débordante, du travail bien fait, un divertissement réussi, un thriller d’horreur efficace, c’est cela Hell’s Ground.

LE DVD

Après L’Aiguille et sa superbe édition Blu-ray/DVD, dont nous vous parlions il y a quelques semaines, nous sommes heureux de nous pencher sur un deuxième titre édité par Badlands ! Hell’s Ground bénéficie d’une très belle édition DVD. Premièrement, le contenu que nous allons vous détailler est ici passionnant et complet. Deuxièmement, l’illustration de la jaquette réalisée par l’artiste français Guillaume Griffon (Billy Wild, Apocalypse sur Carson City) est vraiment très réussie et saura immédiatement attirer l’oeil du cinéphile amateur de Bis. Très classe. Le menu principal est animé et musical. Edition limitée. Le DVD est disponible sur la boutique en ligne du Chat qui fume, partenaire de Badlands https://lechatquifume.myshopify.com/products/hells-ground?_pos=1&_sid=07d762e2b&_ss=r

En avant-programme, l’éditeur propose une présentation de Hell’s Ground par Bastian Meiresonne et Logan Boubady (13’). L’occasion d’en apprendre beaucoup sur le réalisateur Omar Khan (spécialiste du cinéma Bis pakistanais et bollywoodien) et son film, unique dans l’histoire du cinéma pakistanais et d’ailleurs sorti durant son déclin, « dans un climat tendu, où les fanatiques religieux s’attaquaient aux lieux de divertissements, car synonymes de débauche ». Bastian Meiresonne et Logan Boubady parlent également des conditions de tournage, des références au cinéma pakistanais, puisque Hell’s Ground est un «vrai film de fanboy ». Puis, les spécialistes reviennent sur l’histoire du cinéma de genre au Pakistan, tout en indiquant (avec raison) que peu importe les défauts, Hell’s Ground est un spectacle généreux, qui dénonce des choses, tout en divertissant.

Enchaînez avec le module passionnant intitulé Aux racines du cinéma fantastique pakistanais (37’). Blindé d’informations sur l’histoire du cinéma pakistanais, illustré par quelques extraits de films mentionnés, ce supplément se déguste du début à la fin grâce à la passion contagieuse des deux érudits Bastian Meiresonne (spécialiste du cinéma asiatique, programmateur pour plusieurs festivals de cinéma) et Logan Boubady (réalisateur, journaliste chez Mad Asia), dont les propos croisés se complètent parfaitement. Tout, vous saurez tout sur la situation du cinéma pakistanais à travers les décennies, très souvent liée à la politique du pays. Un art qui découle tout naturellement du cinéma indien et qui a connu ses premiers grands succès dans les années 1950 après que le Pakistan ait obtenu son indépendance. Les deux intervenants évoquent l’âge d’or du cinéma pakistanais dans les années 1960, avec les succès bollywoodiens refaits à l’identique car interdits dans le pays. Des remakes qui se distinguent forcément par la langue, mais aussi avec leurs budgets nettement inférieurs. Les films cultes sont abordés comme Beyond the Last Mountain (400 semaines à l’affiche !), y compris le fameux Dracula au Pakistan, présent en bonus sur cette édition et dont nous parlons plus bas. Ce qui entraîne quelques propos sur le cinéma d’horreur et fantastique pakistanais, un genre méconnu, qui n’est pas forcément synonyme de nanar (même si les années 90 est une véritable mine d’or en la matière) et qui mériterait une plus grande reconnaissance.

Bastian Meiresonne est de retour pour présenter le film Dracula au Pakistan (11’). Vous apprendrez tout sur la genèse de ce film culte et unique, considéré comme un nanar par beaucoup de cinéphiles, mais que Bastian Meiresonne souhaite défendre ici ardemment en le remettant notamment dans son contexte, dans son époque et dans son histoire. « Un film incroyable » excellemment disséqué sur le fond comme sur la forme. La genèse de Dracula au Pakistan est ainsi évoquée, tout comme les conditions de tournage, le réalisateur Khwaja Sarfraz, la photo, le découpage, les séquences de danses obligatoires, les partis pris (ne pas montrer de sang), les passages très suggestifs et érotiques qui ont fait grincer les dents de la censure et l’adaptation du roman de Bram Stoker. Nous voici donc prêts pour partir à la découverte de Dracula au Pakistan !

Dracula au Pakistan (ourdou sous-titré français, 1967-1h40)

L’action ne se déroule pas au XIXe siècle, mais vers la fin des années 1960. Dans son laboratoire, le Dr. Tabani pense avoir découvert la formule de la vie éternelle. Mais l’expérience le transforme en vampire. À la nuit tombée, Tabani part s’abreuver du sang de ses victimes, seul élixir ayant le pouvoir de le rendre éternel.

Alors non, ce n’est pas un nanar, c’est en revanche une sacrée découverte et une évidente curiosité. Le réalisateur Khwaja Sarfraz, grand fan des films d’Universal et de la Hammer, s’est battu pour mettre en scène ce film qui lui tenait à coeur. Un projet qu’il a longtemps porté. Il s’est donc totalement réapproprié le Dracula de Bram Stoker, qui devient ici une vraie production locale. Dracula au Pakistan est emblématique de l’âge d’or du cinéma pakistanais. Khwaja Sarfraz soigne autant qu’il le peut la tenue du récit et parvient à créer une atmosphère d’épouvante lors des apparitions du professeur Tabani, qui devient ensuite Dracula, « plus rusé qu’un renard et plus fort qu’un lion », interprété par Rehan Qavi. La photo n’a pas à rougir de certaines productions du même acabit et au budget beaucoup plus conséquent. Certes, tout ce qui est lié à la religion chrétienne est ici absent, mais l’amateur y retrouvera les codes et même quelques références au Dracula de Tod Browning. Nous n’échappons pas aux scènes de danse et musicales, avec également une chanson « Il fait beau, voici le temps des ébats coquins ! ».. Cela peut « décontenancer », surtout quand retentit le thème de la Cucaracha en guise d’ouverture, mais cela fait le charme de ce Dracula au Pakistan, à ce jour le premier et le dernier film de vampire pakistanais, qui mérite franchement d’être découvert. Pour l’anecdote, le film était considéré perdu, jusqu’à ce qu’il soit retrouvé presque par hasard, pour être enfin restauré sous les conseils d’Omar Khan, réalisateur de Hell’s Ground, qui contient d’ailleurs quelques clins d’oeil à Dracula au Pakistan, avec l’apparition de Rehan Qavi !

L’interactivité se clôt sur les bandes-annonces de La Bouche de Jean-Pierre, L’Aiguille et Hell’s Ground.

L’Image et le son

Le DVD proposé par Badlands une jolie réussite technique. Quelques flous sporadiques sont inhérents aux conditions des prises de vue mais la clarté des séquences extérieures flatte la rétine et le piqué, même si complètement aléatoire, demeure palpable. L’encodage est solide, le master ne manque pas de qualité, notamment au niveau des contrastes. La propreté est indéniable, tout comme la stabilité.

Seule la version originale ourdu/anglaise est disponible et proposée en Dolby Digital 5.1 parfois percutante et limpide, privilégiant les quelques ambiances naturelles ainsi que la délivrance des dialogues. D’une richesse parfois inattendue, ce mixage instaure de très bonnes conditions acoustiques pour se plonger dans l’ambiance du film. Les sous-titres sont incrustés sur l’image.

Crédits images : © Badlands / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr