Test Blu-ray / Amour et mort dans le jardin des Dieux, réalisé par Sauro Scavolini

AMOUR ET MORT DANS LE JARDIN DES DIEUX (Amore e morte nel giardino degli dei) réalisé par Sauro Scavolini, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Erika Blanc, Peter Lee Lawrence, Ezio Marano, Rosario Borelli, Orchidea de Santis, Franz von Treuberg, Vittorio Duse, Bruno Boschetti, Carla Mancini…

Scénario : Sauro Scavolini, Anna Maria Gelli

Photographie : Romano Scavolini

Musique : Giancarlo Chiaramello

Durée : 1h29

Année de sortie : 1972

LE FILM

Se rendant dans la petite ville de Spoleto, près de Pérouse, pour des travaux d’études, un ornithologue allemand s’installe dans une propriété isolée au milieu d’un parc immense, abandonnée par les derniers occupants depuis plusieurs années. Au cours d’une de ses promenades, il découvre des bandes magnétiques dissimulées derrière des buissons et entreprend de les écouter. Il entre ainsi dans l’intimité d’Azzurra, jeune femme perturbée à la sexualité déviante, qui se confie à son psychiatre. Le scientifique ignore que la découverte de ces bandes le met en danger de mort.

Quel beau titre ! Amour et mort dans le jardin des DieuxAmore et morte nel giardino degli dei (1972) est à ce jour le premier des deux longs métrages réalisés par le metteur en scène Sauro Scavolini pour le cinéma avec Un foro nel parabrezza (1985) avec Vittorio Mezzogiorno et Mimsy Farmer. Plus connu pour son travail de scénariste – ou de dialoguiste sur La Femme infidèle de Claude Chabrol – sur des films aux titres explicites Je vais, je tire et je reviens, Creuse ta tombe Garringo, Sabata revient, Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé et le formidable Le cynique, l’infâme, le violent d’Umberto Lenzi, Sauro Scavolini s’incruste dans le cinéma d’exploitation au début des années 1970, mais privilégie la psychologie aux meurtres du giallo. Amour et mort dans le jardin des Dieux est une très belle surprise, qui n’a de cesse de déjouer les attentes du spectateur à travers une recherche fouillée des personnages, et ce du début à la fin.

Un ornithologue allemand âgé, Martin, s’installe dans une villa isolée située à l’intérieur d’un grand parc afin de mener à bien ses études sur différents oiseaux. Lors d’une promenade nocturne, il découvre par hasard des bandes magnétiques chiffonnées. Intrigué par sa découverte, il se met en tête de les nettoyer puis à les écouter grâce à son magnétophone. Il y découvre différentes séances de psychanalyse de l’ancienne propriétaire de la demeure, Azzura. En les rembobinant pour les écouter, malgré lui, le vieil homme assiste à un drame conjugal raconté par la défunte qui s’est conclu par son meurtre. Abandonnés depuis leur tendre enfance, depuis la mort de leur père en Afrique et l’absence de leur mère, Manfredi et sa sœur Azzura sont inséparables. Il s’est même tissé entre eux un lien presque incestueux où l’amour et la haine se mêlent. Mais leur proximité est perturbée lorsque Azzura épouse un célèbre pianiste, Timothy. Son frère ne supporte pas leur séparation et tente de l’oublier avec une autre femme, Viola.

Né en 1934, Sauro Scavolini, fait ses études – comme beaucoup de ses futurs confrères – au Centro sperimentale du cinematografia à Rome. Durant sa carrière, il s’associera avec le réalisateur Sergio Martino et le scénariste Ernesto Gastaldi, avec une prédilection pour le western et le thriller, sur près d’une quinzaine de films pour le cinéma et la télévision. Amour et mort dans le jardin des Dieux est son premier essai derrière la caméra et le moins que l’on puisse dire c’est que Sauro Scavolini s’en sort très bien. D’ailleurs, c’est une histoire de famille. Sauro occupe le poste de metteur en scène et de scénariste, tandis que son frère Romano est crédité en tant que directeur de la photographie et produit également le film aux côtés d’Armando Bertuccioli (La Soeur d’Ursula d’Enzo Milioni). Alors non, Amore e morte nel giardino degli dei n’est pas un giallo, mais s’inspire plutôt de Blow Upde Michelangelo Antonioni. Le réalisateur installe ses personnages troubles, avec une perversité croissante qui contraste avec la sérénité inspirée par un décor verdoyant, apaisant et luxuriant. Une fois le décor dressé, Sauro Scavolini peut lâcher ses protagonistes, dont les superbes Erika Blanc et Orchidea de Santis, qui se perdent dans une confusion des sentiments, souvent contre-nature, qui conduisent au point de non-retour dans une explosion de violence et de sang.

Les retournements de situation se tiennent sur un rythme lent mais maîtrisé, la musique de Giancarlo Chiaramello est très belle, tout comme la lumineuse photographie de Romano Scavolini. Si le cinéma d’exploitation transalpin aura accueilli moult cinéastes qui voulaient essayer d’avoir leur part du gâteau, Sauro Scavolini s’en tire haut la main et mérite une place de choix avec son Amour et mort dans le jardin des Dieux.

LE BLU-RAY

Troisième titre de la salve du Chat qui fume éditée au mois de mars 2019, Amour et mort dans le jardin des Dieux apparaît au cinéphile déviant sous la forme d’un Digipack 3 volets avec étui cartonné liseré jaune. Un objet constitué du DVD et du Blu-ray, limité à 1000 exemplaires. Le menu principal est animé et musical.

En guise de suppléments, Le Chat qui fume nous propose deux entretiens. Le premier est une rencontre avec la comédienne Erika Blanc (20’). L’actrice de Moi, Emmanuelle, Ni Sabata, ni Trinità, moi c’est Sartana, Django arrive, préparez vos cercueils et de plus d’une centaine de titres du même acabit, revient (en français) sur la production et le tournage d’Amour et mort dans le jardin des Dieux. Erika Blanc évoque également ses études en France, ses débuts au cinéma, la direction d’acteurs de Sauro Scavolini, sa grande amitié avec son partenaire Peter Lee Lawrence. Puis, la comédienne dit être très heureuse que ces films « rejetés par l’intelligentsia et la critique italienne » soient enfin redécouverts et surtout adorés par de jeunes spectateurs, avant d’adresser un message à ses fans français.

Autre interview sur cette galette, celle d’Orchidea de Santis (27’). L’actrice du Décameron interdit partage à son tour moult anecdotes sur les conditions de tournage du film qui nous intéresse. A l’instar d’Erika Blanc, la comédienne se souvient de ses débuts au cinéma, avant d’en venir plus précisément sur le travail des frères Scavolini, les lieux de tournage et ne tarit pas d’éloges sur le producteur Armando Bertuccioli (« un homme vraiment extraordinaire »). Orchidea de Santis défend son personnage dans Amour et mort dans le jardin des Dieux, parle de ses partenaires, de son rapport à la nudité à l’écran et avoue avoir apprécié la scène d’amour avec son partenaire Peter Lee Lawrence, elle qui avait pour habitude de se retrouver à l’écran « avec des mecs laids comme des poux ».

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Sublime ! Quelle beauté ! Les couleurs sont éclatantes dès le premier plan avec des teintes vertes et des rouges très riches et bigarrées. Le piqué est acéré comme la lame d’un scalpel, les gros plans étonnants de précision, les détails foisonnent du début à la fin et la propreté de la copie est irréprochable. Qu’ajouter de plus ?

Seule la version originale est disponible. Les dialogues sont parfois quelque peu étouffés et un léger souffle se fait entendre. C’est néanmoins nickel et certaines scènes sont même étonnamment vives. Les sous-titres français ne sont pas verrouillés.

Crédits images : © REWIND FILMS / Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Poupée de Satan, réalisé par Ferruccio Casapinta

LA POUPÉE DE SATAN (La Bambola di Satana) réalisé par Ferruccio Casapinta, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Erna Schurer, Roland Carey, Aurora Bautista, Ettore Ribotta, Lucia Bomez, Manlio Salvatori, Franco Daddi, Beverly Fuller, Eugenio Galadini, Giorgio Gennari…

Scénario : Ferruccio Casapinta, Giorgio Cristallini, Carlo M. Lori

Photographie : Francesco Attenni

Musique : Franco Potenza

Durée : 1h30

Année de sortie : 1969

LE FILM

A la mort de son oncle, Elizabeth Balljanon, accompagnée de Jack, son fiancé, journaliste, et d’un couple d’amis, se rend dans le sud de la France pour la lecture du testament. Unique héritière, Elizabeth se retrouve propriétaire du château des Balljanon et des terres environnantes. Mais une malédiction ancestrale semble planer sur la famille et, chaque nuit, la jeune femme est en proie à de terribles cauchemars dans lesquels un homme masqué la torture dans les catacombes…

Hum…moui…mouarf…Comment dire…Malgré son affiche, le visuel du Blu-ray et son synopsis on ne peut plus attractifs, La Poupée de SatanLa Bambola di Satana, seule réalisation de l’obscur Ferruccio Casapinta ne tient pas toutes ses promesses. Giallo tendance machination, ce thriller qui rappelle malgré-lui un épisode live de Scooby-Doo, par ailleurs créé la même année en 1969, peine à éveiller l’intérêt du spectateur. Sorte de pot-pourri de tout ce qui se faisait (et cartonnait) dans le cinéma d’exploitation transalpin, La Poupée de Satan, où il n’y a d’ailleurs aucune possession démoniaque et qu’une seule apparition d’une poupée au cours d’une scène, ne se gêne pas pour piocher à droite à gauche (comme Tarantino oui), en espérant que le quidam ayant acheté son billet en ait pour son argent. Le problème, c’est que La Bambola di Satana apparaît comme un gros foutoir, concocté certes dans le but de divertir, mais sans aucun souci de cohérence narrative et dramatique. Toutefois, et c’est là l’ironie, il n’est pas impossible d’y trouver ce qu’on est venu chercher en visionnant cette Poupée de Satan, à savoir quelques éléments nawak, par ailleurs excellemment photographiés. Est-ce que cela en fait un bon film ? Sûrement pas. Une œuvre récréative ? Sans doute.

Accompagnée de son fiancé journaliste Jack, une jeune femme blonde, Elisabeth, se rend au château familial après le décès de son oncle, afin d’y découvrir son testament. Elle s’aperçoit que l’ancienne secrétaire de son oncle qu’elle croyait morte est gardée enfermée dans une chambre, clouée dans un fauteuil roulant, totalement folle. Lors de la lecture des derniers souhaits de son oncle, elle apprend qu’elle est la seule héritière du manoir constitué d’une chambre de torture d’époque. Alors qu’une ombre noire rôde dans les couloirs du château, elle est prise d’hallucinations et d’étranges rêves érotiques. La sévère gouvernante, Claudine, lui raconte que le manoir est hanté et que la meilleure chose est à faire est de le vendre à un homme d’affaires, Paul Reynaud. Très vite, un membre du personnel est assassiné par un tueur ganté de noir. Alors qu’une détective se fait passer pour une artiste- peintre pour enquêter dans la demeure, Elisabeth sombre dans la folie, prise de terribles cauchemars. Mais sont-ce de véritables rêves, ou n’est-ce pas là un complot afin de rendre folle la jeune héritière ?

La Poupée de Satan essaye d’adopter un ton sérieux qui lui sied guère, un peu comme une production de la Cannon qui tentait de se faire passer pour un blockbuster de cent millions de dollars alors que le budget était dix fois moindre. Pourtant, on ne peut pas s’empêcher de trouver le film attachant. Ce qui marque surtout dans La Bambola si Satana c’est la beauté de la photographie du chef opérateur Francesco Attenni, qui aurait d’ailleurs largement assisté le réalisateur Ferruccio Casapinta, incapable de diriger ses comédiens – ça ne fait aucun doute quand on voit le film, même si Erna Schurer et Roland Carey s’en sortent bien – et dépasser par les événements. Le montage part à vau-l’eau dès l’introduction, extrêmement maladroite puisque le générique, constitué de photogrammes du film, dévoile le dénouement de l’intrigue et donc l’identité du tueur ! Tout cela durant les cinq premières minutes.

Cependant, si le film surfe évidemment sur la mode du giallo instauré par Mario Bava et des adaptations live des fumetti, il annonce également la mutation du genre à l’aube des années 1970, alors que L’Oiseau au plumage de cristal n’est pas encore arrivé sur les écrans, ou bien encore d’autres titres auxquels on pense comme Exorcisme tragique Un bianco vestito per Marialé de Romano Scavolini et A la recherche du plaisirAlla ricerca del piacere de Silvio Amadio, tous deux sortis en 1972 et d’ailleurs disponibles chez l’éditeur Le Chat qui fume. Comme quoi, La Poupée de Satan, en reprenant toutes les ficelles, thématiques, partis pris (quelques touches gothiques et une petite pointe d’érotisme) et recettes d’un genre déjà installé, aura contre toute attente contribué (à son échelle) à son évolution. La Poupée de Satan apparaît donc comme une expérience à part entière et vaut bien qu’on s’y attarde le temps d’une projection.

LE BLU-RAY

Ce petit film oublié de tous, ou presque, refait surface grâce aux bons soins du Chat qui fume, décidément prolifique en ce début d’année 2019 ! La Poupée de Satan apparaît en France sous la forme d’un Digipack 3 volets avec étui cartonné, dont le visuel très attractif est une fois de plus signé Frédéric Domont. Nous le précisons, puisque son nom a été oublié dans les credits. C’était juste pour relancer les tensions (sexuelles, ou pas) entre le talentueux graphiste et m’sieur Stéphane Bouyer, grand Manitou du Chat qui fume. Edition limitée à 1000 exemplaires. Le menu principal est animé et musical.

L’excellent Francis Barbier du site DeVilDead.com nous fait un beau tour d’horizon de La Poupée de Satan (29’30). Ce module ironiquement intitulé Satan l’habite, contient des spoilers et n’est donc à visionner qu’après avoir vu le film. Comme il en l’habitude, Francis Barbier croise habilement le fond et la forme de l’unique film de Ferruccio Casapinta en revenant sur ce qui fait de ce giallo atypique une expérience à part entière, même si le journaliste-critique énumère les très nombreux points faibles de La Bambola di Satana et indique même qu’il s’agit d’un désastre technique. Il passe également en revue le travail du réalisateur, du chef opérateur, du compositeur, ainsi que le casting du film et son échec dans les salles. « Un film bancal et attachant […] une vraie proposition, un vrai travail photographique et quelques fulgurances visuelles et narratives, ne peuvent laisser le spectateur indifférent, ce qui est sa plus grande qualité », voici comment Francis Barbier résume intelligemment La Poupée de Satan.

L’interactivité se clôt sur la piste musicale isolée (partition soignée de Franco Potenza) avec également les effets sonores.

L’Image et le son

L’élévation HD (1080p) pourrait sembler anecdotique pour un petit film de cet acabit. Pourtant, elle met en valeur les partis pris esthétiques de la photographie signée Francesco Attenni. Le piqué dépend des volontés artistiques originales et s’avère plus incisif sur toutes les lumineuses séquences tournées en extérieur. La copie est très propre, la restauration est superbe, aucune poussière n’est à signaler, les contrastes sont concis, les noirs souvent denses, les couleurs éclatantes. La gestion du grain original est équilibrée mais tend à être plus appuyé sur les scènes sombres et nocturnes. Le codec AVC consolide l’ensemble, les arrière-plans sont stables, la profondeur de champ est indéniable et les détails d’une richesse incontestée. Un très beau Blu-ray.

Comme pour l’image, le son a visiblement connu un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage italien DTS-HD Master Audio Mono pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © REWIND FILMS / Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Cirque de la peur, réalisé par John Llewellyn Moxey

LE CIRQUE DE LA PEUR (Circus of fear – Psycho-Circus) réalisé par John Llewellyn Moxey, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Christopher Lee, Leo Genn, Anthony Newlands, Heinz Drache, Eddi Arent, Klaus Kinski, Margaret Lee, Suzy Kendall, Cecil Parker, Victor Maddern…

Scénario : Harry Alan Towers, d’après le roman The Three Just Man, d’Edgar Wallace

Photographie : Ernest Steward

Musique : Johnny Douglas

Durée : 1h31

Année de sortie : 1966

LE FILM

Un fourgon blindé transportant des sacs remplis de billets de banque est braqué par un gang près du Tower Bridge. Le butin est ensuite dissimulé dans le Cirque Barberini par l’un des membres. Coïncidence ? Le cirque est bientôt la proie d’étranges meurtres au couteau visant son personnel. Un inspecteur de police chevronné mène alors l’enquête, laquelle s’annonce difficile, tant les suspects au sein de la troupe sont nombreux.

Belle démonstration que ce Cirque de la peurCircus of Fear (ou bien encore Psycho-Circus aux Etats-Unis, sorti dans une version tronquée et en N&B), réalisé par John Llewellyn Moxey en 1965 et sorti sur les écrans en 1966. Habitué des séries télévisées et téléfilms britanniques, le réalisateur emballe ce petit film qui oscille entre le film de casse et le cinéma d’horreur, le tout prenant la forme d’un whodunit à la Cluedo, dont la particularité est de voir son récit se dérouler sous le chapiteau d’un cirque. Interprété entre autres par Christopher Lee et Klaus Kinski, Le Cirque de la peur fait partie de ces longs métrages qui prennent aujourd’hui l’allure d’un épisode de série vintage dont le charme perdure grâce à sa mise en scène rigoureuse, la tenue de ses comédiens, son suspense maintenu du début à la fin, son rythme maîtrisé et son sens du divertissement.

À Londres, un dimanche matin, sur le Tower Bridge, une bande de malfaiteurs dévalisent une camionnette transportant d’importantes sommes d’argent. Après avoir bloqué le convoi avec leur voiture et braquer les convoyeurs, dont l’un est tué par son collègue complice des voleurs, se sont enfuis sur la Tamise à bord d’un canot à moteur. L’un d’entre eux, Mason, est chargé par leur commanditaire de lui ramener sa part du butin. Alors que ses acolytes sont arrêtés par la police, Mason se rend à son lieu de rendez-vous, un cirque à l’apparence abandonné, avec son chef mais il est aussitôt tué par un adroit lancer de couteaux et l’argent est aussitôt volé. La piste des billets dérobés, tous marqués, permet à l’inspecteur Elliott, chargé de l’enquête, de remonter jusqu’au campement d’hiver du cirque Barberini où des artistes ont dépensé de l’argent du casse. Afin d’y passer inaperçu , il se fait passer pour un photographe, désireux de faire un reportage sur la troupe. De Monsieur Loyal au lanceur de couteau, en passant par le trapéziste et le dompteur de fauves, tous semblent avoir quelque chose à cacher…

A la base du Cirque de la peur, il y a un roman du prolifique Edgar Wallace, écrivain et journaliste britannique, resté célèbre pour avoir participé à la création de King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack en 1933. Spécialiste du roman policier, du thriller anglais, d’aventures et de poursuite, toujours mâtiné d’enquête et de déduction, il signera 170 ouvrages en moins de trente ans, du début du XXe siècle, jusqu’à sa mort en 1932 à l’âge de 56 ans. A l’instar de ses meilleurs ouvrages, Le Cirque de la peur est mené tambour battant avec une succession quasi-ininterrompue d’actions et de revirements, jusqu’au final inattendu. L’auteur de la série des Quatre Justiciers, de Mr. J. G. Reeder, de l’Inspecteur Elk, de Sanders et bien d’autres, intéressera très vite le cinéma puisque les adaptations de ses nouvelles, romans et pièces de théâtre remontent déjà aux années 1920. C’est aussi et surtout en Angleterre et en Allemagne que ses écrits seront transposés en masse. Le Cirque de la peur, transposition de la nouvelle The Three Just Man, apparaît deux ans après la série The Edgar Wallace Mystery Theatre, 22 épisodes réalisés entre 1960 et 1964, dont six avaient déjà été réalisés par John Llewellyn Moxey.

Ce dernier s’empare du scénario écrit par Harry Alan Towers (également producteur) et signe un film policier très soigné, aux personnages troubles, énigmatiques et marquants, où les crimes à l’arme blanche et l’humour so british se confrontent pour notre plus grand plaisir durant 1h30. Certes Christopher Lee et Klaus Kinski apparaissent au générique, mais surtout comme seconds rôles (surtout le deuxième), et c’est surtout le comédien Leo Genn (Quo Vadis, Moby Dick, Le Jour le plus long, Le Venin de la peur) qui se distingue surtout dans ce film choral, dans le rôle de l’inspecteur Elliott. Autour de lui, tels des électrons qui s’agitent et périclitent, s’affolent tout un tas de protagonistes, dont le curieux Gregor (Christopher Lee donc), dont le visage demeure dissimulé sous une cagoule les trois quarts du film. Cela n’empêche pas l’immense acteur de s’imposer avec sa voix inimitable et son regard perçant. On appelle ça le charisme. N’oublions pas également le charme des deux actrices Suzy Kendall (L’Oiseau au plumage de cristal) et Margaret Lee (Les Insatisfaites poupées du docteur Hitchcock), mises en valeur par la belle photographie d’Ernest Steward (Les 13 fiancées de Fu Manchu).

John Llewellyn Moxey est un solide technicien – la séquence d’ouverture du casse sur le véritable Tower Bridge est d’ailleurs un brillant échantillon de son savoir-faire – qui sera repéré par l’industrie américaine et qui passera le reste de sa carrière à travailler sur de multiples séries de renoms comme Hawaï, police d’état, Mission impossible, Mannix, Magnum et Arabesque. Le Cirque de la peur est l’une de ses rares incursions au cinéma et mérite largement d’être découvert.

LE BLU-RAY

Le Cirque de la peur fait son apparition en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume. Les deux disques reposent tranquillement dans un Digipack 3 volets avec étui cartonné du plus bel effet et au magnifique visuel coloré. Superbe objet. Le menu principal est animé et musical. Edition limitée à 1000 exemplaires. Nous trouvons également un petit encart de quatre pages signé Christophe Lemaire, qui signe une déclaration d’amour pour Christopher Lee.

Outre un lot de bandes-annonces, nous trouvons sur cette édition une présentation du Cirque de la peur par Eric Peretti (19’). Le programmateur au Lausanne Underground Film et Music Festival, ainsi qu’aux Hallucinations collectives de Lyon retrace avec une passion toujours contagieuse les origines du Cirque de la peur avec moult anecdotes de production et de tournage, un tableau dressé du casting, les portraits du producteur Harry Alan Towers et du réalisateur John Llewellyn Moxey, sans oublier une grande partie consacrée à l’écrivain Edgar Wallace. On apprend notamment qu’il existe une version allemande du film, en N&B, amputée de quelques séquences et comprenant un happy-end, qui a quand même été interdite aux moins de 18 ans à sa sortie.

L’Image et le son

Que voilà un beau master ! Rien à signaler sur la propreté et la stabilité de la copie, c’est impeccable, immaculé même. Point de scories, de points noirs ou autres griffures constatés, le master est irréprochable avec des couleurs éclatantes dans les coulisses du cirque, volontairement plus terne avec un ciel grisâtre dans la première partie londonienne. Le piqué est surprenant, vif, tandis que la patine argentique flatte constamment les rétines. Mention spéciale aux gros plans, notamment la tronche de Klaus Kinski, riche en détails avec également un teint naturel des visages. Le film utilise quelques stock-shots sur les numéros de cirque et la définition est forcément plus chancelante avec un grain plus appuyé et des teintes plus fanées. Mais cela ne dure que quelques secondes. Le film est proposé dans sa version intégrale.

La belle partition à la trompette de Johnny Douglas s’accompagne de sensibles saturations. Les dialogues sont en revanche solides et dynamiques, aucun souffle ne vient parasiter l’écoute. Signalons quelques légers « couinements » à la 55e minute. L’ensemble est très clair et les sous-titres français non imposés. Seule la version originale est disponible.

Crédits images : © Liliom Audiovisuel / Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Loups de haute mer, réalisé par Andrew V. McLaglen

LES LOUPS DE HAUTE MER (North Sea Hijack) réalisé par Andrew V. McLaglen, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD chez Elephant Films le 28 février 2019

Acteurs : Roger Moore, James Mason, Anthony Perkins, Michael Parks, David Hedison, Jack Watson…

Scénario : Jack Davies d’après son roman « Esther, Ruth and Jennifer« 

Photographie : Tony Imi

Musique : Michael J. Lewis

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Lou Kramer et son commando menacent de détruire plusieurs plates-formes pétrolières en pleine mer ! Pour éviter cela, le Conseil d’Urgence envoie ffolkes, le réputé commandant misogyne de la brigade antigang. Lui et ses hommes, surnommés les « loups de haute mer », se lancent dans une bataille aquatique délicate et très dangereuse contre les pirates…

Si son nom n’est pas vraiment connu du grand public, le réalisateur anglo-américain Andrew V. McLaglen (1920-2014) a pourtant signé quelques pépites et classiques très prisés par les cinéphiles. Fils de Victor McLaglen, ancien boxeur poids lourd devenu comédien, Oscar du meilleur acteur pour Le Boxeur, chef d’oeuvre de John Ford dont il devient très proche, Andrew V. McLagen accompagne souvent son père sur les plateaux de cinéma et contracte très vite le virus du 7e art. Il grandit en côtoyant et en admirant John Ford et John Wayne, et décide très vite de devenir metteur en scène. Il est tout d’abord assistant-réalisateur, y compris sur L’Homme tranquille (1952) et passe enfin à la réalisation avec son premier long métrage, Légitime défenseGun the Man Down (1956), un western où il dirige James Arness et Angie Dickinson. Les séries télévisées Perry Mason et surtout Rawhide lui permettent de se perfectionner et de peaufiner son style. Il signe son retour au cinéma en 1963 avec le célèbre Le Grand McLintock avec John Wayne, Maureen O’Hara et Yvonne De Carlo. La consécration publique vient réellement en 1965 avec Les Prairies de l’honneurShenandoah et ce en dépit de critiques virulentes venues de la presse qui déclarent notamment que le réalisateur plagie le style de son modèle John Ford. Cela n’empêche pas le film d’être un grand succès (mérité), mais aussi de marquer le début d’une grande amitié et d’une collaboration fructueuse entre Andrew V. McLagen et le comédien James Stewart.

Dans les années 1970, le cinéaste persiste et signe dans le western avec Chisum, Le Dernier train pour Frisco, Rio Verde, Les Cordes de la potence et La Loi de la haine. Il se voit alors proposer Les Oies sauvagesThe Wild Geese, adapté de l’oeuvre de Daniel Carney par Reginald Rose, l’auteur de Douze hommes en colère, mais également scénariste de L’Homme de l’Ouest d’Anthony Mann en 1958. L’histoire est alors prétexte pour réunir quelques grands noms du cinéma pour un film d’aventures qui allait devenir alors une référence. Deux ans après, Andrew V. McLaglen retrouve Roger Moore pour Les Loups de haute merNorth Sea Hijack, ou bien encore ffolkes, du nom du personnage principal et Assault Force lors de sa diffusion à la télévision américaine. Thriller d’aventure et d’action, bourré d’humour et de bons mots, génialement interprété, Les Loups de haute mer est également devenu un petit classique chéri par les cinéphiles et amateurs de séries B.

Lou Kramer un terroriste et son commando armé menace de faire exploser des plateformes pétrolières. Pour contrer cet homme dangereux, le conseil d’urgences déploie une équipe de professionnels. À la tête de celle-ci figure Folks, homme bougon et solitaire qui préfère la compagnie des chats à celui des femmes. Mais lui et son équipe surnommés « les loups de haute mer » sont les seuls à pouvoir empêcher l’inévitable.

Rétrospectivement, sir Roger Moore trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Son personnage misanthrope, critiquant la gent féminine, porté sur la boisson et passionné par les chats lui va comme un gant et le comédien se délecte de chacune de ses répliques. La barbe bien coupée, l’oeil moqueur et avant tout expert dans son domaine, Rufus Excalibur ffolkes était l’homme tout désigné pour mettre fin aux agissements d’une bande de terroristes bien décidé à mettre la mer du Nord à feu et à sang. Les Loups de haute mer, à ne pas confondre avec The Sea Wolves’’, sorti la même année, également réalisé par Andrew V. McLaglen, avec aussi Roger Moore au générique, connu sous le titre français Le Commando de Sa Majesté, est l’adaptation du roman de Jack Davies, Esther, Ruth and Jennifer. L’écrivain, également l’auteur de l’extraordinaire Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines taille un rôle sur mesure pour l’acteur principal.

En dépit d’une affiche très « bondienne » sur laquelle Roger Moore arbore la célèbre pose de l’agent 007 et qui rappelle celle de Sean Connery sur celle d’Opération Tonnerre, point de gadgets ou cascades ici. Les Loups de haute mer est un « petit » thriller jubilatoire, au charme rétro toujours intact, dans lequel l’agent de sa Majesté, alors en permission entre les dossiers classifiés de Moonraker et Rien que pour vos yeux, s’amuse et rivalise de cabotinage (rien de péjoratif à dire cela) avec James Mason (la vieille école fatiguée) et Anthony Perkins (suintant et grimaçant à souhait), avec sa légendaire allure décontractée.

Près de quarante ans après sa sortie, Les Loups de haute mer est toujours aussi divertissant et reste emblématique d’un cinéma britannique aussi élégant que récréatif.

A mon père.

LE BLU-RAY

Nous le désirions depuis tant d’années ! C’est désormais chose faite ! Les Loups de haute mer apparaît en HD dans les bacs français sous la bannière d’Elephant Films ! Quel bonheur ! Le film d’ Andrew V. McLaglen est disponible en combo DVD/Blu-ray. Le menu principal est fixe et musical.

Le journaliste en culture pop Julien Comelli est de retour. Sa présentation des Loups de haute mer est impeccable (14’). Il commence tout d’abord par indiquer les différents titres du film, avant de préciser qui est Andrew V. McLaglen, puis de donner quelques titres de films du genre, dont un alléchant La Tour Eiffel en otage, réalisé par Claudio Guzmán en 1980. Quelques anecdotes de tournage sont également au programme, ainsi que des infos concernant la sortie mitigée des Loups de haute mer au cinéma.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos et un lot de bandes-annonces, dont celle du film qui nous intéresse (« Il n’a pas besoin de permis de tuer ! »), qui dévoile alors le dénouement !

L’Image et le son

La restauration n’est pas de première jeunesse et la réduction de bruit a le don d’irriter quelque peu. Néanmoins, vous pouvez mettre aux oubliettes le DVD Universal qui prenait la poussière depuis 2003 ! L’apport HD est éloquent sur les séquences diurnes et le renforcement des contrastes. Pourtant, le générique fait très peur avec une image très grumeleuse, des fourmillements à foison et diverses scories. Il faut accepter un teint plutôt cireux des visages, mais ce Blu-ray au format 1080p des Loups de haute mer permet de revoir ce bon classique dans de bonnes conditions. Le master trouve un équilibre, une stabilité suffisante, les couleurs sont ragaillardies, les détails sont plus riches, le piqué agréable.

Le doublage français est aux petits oignons, avec les grands Claude Bertrand (Roger Moore), Bernard Tiphaine (Anthony Perkins) et Jean-Claude Michel (George Baker) à la barre ! La Stéréo laisse place aux dialogues, au détriment des ambiances. L’ensemble est propre, sans souffle parasite. La piste anglaise est plus aérée et équilibrée, tandis que l’excellente partition de Michael J. Lewis semble également plus dynamique. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Baie sanglante, réalisé par Mario Bava


LA BAIE SANGLANTE (Reazione a catena – Ecologia del delitto) réalisé par Mario Bava disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Volonté, Laura Betti, Leopoldo Trieste, Franco Ventura, Anna Maria Rossati, Isa Miranda, Brigitte Skay, Paola Montenero, Roberto Bonanni, Guido Boccaccini, Nicoletta Elmi, Renato Cestiè…

Scénario : Filippo Ottoni, Mario Bava, Giuseppe Zaccariello d’après une histoire originale de Dardano Sacchetti et Franco Barberi

Photographie : Mario Bava

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

La vieille comtesse Frederica est brusquement arrachée à son fauteuil d’invalide et pendue par son mari qui à son tour meurt sous les coups de poignard d’un mystérieux assassin. Quatre jeunes gens venus se divertir pénètrent par effraction dans la villa. Pendant que l’une des filles se baigne nue dans la baie et se retrouve la gorge tranchée, un garçon et une fille désirant faire l’amour se retrouvent épinglés au lit par une lance…

La Baie sanglante est une œuvre tardive dans l’oeuvre de Mario Bava. Le cinéaste a 57 ans quand il entreprend ce film, considéré aujourd’hui comme l’une de ses plus grandes réussites, qui apparaît également comme une réponse au giallo, ce genre italien du film d’exploitation, cocktail de cinéma d’horreur, de film policier et d’érotisme soft. Un tueur ganté, masqué, qui assassine sauvagement (souvent en caméra subjective) à l’aide d’une arme blanche ou de ses propres mains en étranglant la plupart du temps une pauvre femme qui trépasse en hurlant, et qui rend son dernier souffle, figée dans un ultime appel au secours. Telles sont les composantes du giallo. Chantage, sexe, héros suspectés, meurtres sadiques, Mario Bava (1914-1980) ne sait pas encore qu’il vient de changer le cinéma de genre, italien, européen puis mondial avec Six femmes pour l’assassinSei Donne per l’assassino, ou bien encore Blood and Black Lace pour son titre international, qui sort sur les écrans en 1964. De cette œuvre matricielle, acte fondateur de tout un pan du septième art, Dario Argento s’en inspirera pour son propre cinéma. En février 1970, L’Oiseau au plumage de cristal connaît un succès mondial. Après le désistement du producteur Dino De Laurentiis qui voulait surfer sur la vague du giallo, Mario Bava décide d’aller plus loin et de remettre les pendules à l’heure quant au genre qu’il a lui-même créé.

Six scénaristes se refilent l’histoire de La Baie sanglante, qui déboule sur les écrans italiens en 1971. Et c’est du jamais vu. Les spectateurs se retrouvent face à une succession ou plutôt à une réaction en chaînes (traduction littérale du titre original) de meurtres (13 au total) très violents, crus, sanglants, comme s’ils étaient embarqués dans une spirale, dans une boucle constituée d’assassinats en perpétuel recommencement. Non seulement, Mario Bava a inventé le giallo, mais il crée ici un autre genre qui découle du premier, le slasher, et sera notamment la première grande influence du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham (1981).

La Baie est un magnifique domaine, convoité par tous. La propriétaire, Federica Donati, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre la propriété à un architecte sans scrupule, car elle ne veut pas la voir se transformer en station balnéaire et lieu touristique. Un soir la comtesse est attaquée par son mari le comte Filippo Donati. Dans la foulée le comte est tué et son corps dissimulé dans la baie. Un mot désespéré étant retrouvé près du cadavre, la police conclut au suicide.

C’est une expérience inoubliable à laquelle nous convie Mario Bava. Presque un demi-siècle après sa sortie, La Baie sanglante, Reazione a catena (Ecologia del delitto) demeure l’un des plus grands films d’horreur, ou de terreur plutôt, de l’histoire du cinéma, probablement l’un des plus violents. Radical, mais également réflexion sur la représentation de la violence à l’écran et du rapport des spectateurs avec les films de genre, La Baie sanglante peut se targuer de flatter autant l’intellect du spectateur, que ses sens en le divertissant du début à la fin, en lui offrant ce qu’ils est venu chercher, au-delà même de ses espérances. Déçu par son Île de l’épouvante (1970), le maestro en reprend quelques motifs ici dans La Baie sanglante. Voulant retrouver une certaine forme de liberté créatrice et d’expression, Mario Bava a pour ainsi dire carte blanche. S’il a également participé au scénario sur cet opus, il y est également chef opérateur.

Bienvenue dans un monde où l’horreur peut vous surprendre n’importe où, dans le plus simple appareil, de jour comme de nuit. Véritable leçon de cinéma, du zoom au montage, en passant par la sécheresse des meurtres macabres, la beauté de la photographie, les effets spéciaux et les maquillages saisissants du grand Carlo Rambaldi (récompensés au Festival du film fantastique d’Avoriaz), La Baie sanglanteReazione a catena est un chef d’oeuvre absolu et intemporel, morbide, mais lyrique et surtout furieusement poétique.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Baie sanglante, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical. Après plusieurs éditions chez TF1 Vidéo (2000), Evidis (2006) et Carlotta Films (2009), le che d’oeuvre de Mario Bava revient dans les bacs, plus beau que jamais !

Le journaliste Mathieu Macheret a décidément le vent en poupe puisque nous ne cessons de le retrouver sur les éditions de Rimini Editions et bien évidemment chez ESC Editions. Il propose ici une analyse de quelques séquences spécifiques de La Baie sanglante (20’). Une présentation assez pointue et pertinente, qui croise à la fois le fond et la forme.

Critique cinématographique et écrivain, Gérard Lenne a répondu présent pour présenter à son tour La Baie sanglante de Mario Bava (25’). Cette passionnante intervention donne moult informations sur la genèse et la production du film qui nous intéresse. Ecologia del delitto est replacé dans l’oeuvre du maître italien, les partis pris sont analysés (la violence des meurtres et la représentation de la violence), le casting passé au peigne fin, ainsi que les lieux de tournage, la sortie du film sur les écrans, les quelques récompenses à Sitges (une mention spéciale) et à Avoriaz (prix des effets spéciaux pour Carlo Rambaldi), ainsi que son influence sur le genre américain puisque La Baie sanglante allait donner naissance au slasher. Moult anecdotes sont également racontées au fil de ce rendez-vous vraiment très agréable.

Chez Homepopcorn.fr, on adore Nicolas Stanzick ! Alors, quel plaisir de retrouver l’auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante ! Toujours débordant d’énergie et passionné, Nicolas Stanzick indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production de La Baie sanglante (25’). S’il y a évidemment quelques échos avec ce qui a déjà été entendu précédemment, cette analyse complète parfaitement les modules passés en revue.

Nous trouvons également le montage alternatif italien de La Baie sanglante, d’une durée d’1h24’’54 contre 1h24’’24 pour le montage anglais. Selon Bruno Terrier, éminent expert de Mario Bava, les différences apparaissent au niveau de quelques dialogues et de contrechamps sensiblement plus étendus. Le film ayant été tourné en anglais, privilégiez évidemment l’autre montage, et surtout la version française très réussie.

L’Image et le son

Force est d’admettre que nous nous trouvons devant l’un des plus beaux Blu-ray disponibles chez ESC Editions. Le cadre, superbe, regorge de détails aux quatre coins et ce dès la première séquence. Si le générique est évidemment plus doux, la définition reste solide comme un roc, la stabilité est de mise et le grain original flatte constamment la rétine. La propreté de la copie (anglaise, comme l’indiquent les credits) est irréprochable, à part peut-être quelques pétouilles, mais ce serait vraiment chipoter. La palette chromatique profite de cet upgrade avec des teintes revigorées. Les séquences diurnes en extérieur bénéficient d’un piqué pointu et d’une luminosité inédite. Ajoutez à cela des noirs denses, une magnifique patine seventies, quelques éclairages luminescents et vous obtenez l’une des éditions indispensables de mars 2019.

Propre et dynamique, le mixage français DTS HD Master Audio Stéréo (à privilégier) ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la très belle partition Stelvio Cipriani. A titre de comparaison, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot, puisque la version anglaise DTS-HD Master Audio Mono 2.0 paraît bien confinée, oubliant quelques ambiances naturelles pour se concentrer sur les voix. Notons également la présence d’une piste française 5.1 anecdotique, mais qui contient son lot d’effets, en dépit d’un léger souffle chronique.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Candyman, réalisé par Bernard Rose

CANDYMAN réalisé par Bernard Rose disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 19 février 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Marianna Elliott, Ted Raimi, Michael Culkin…

Scénario : Bernard Rose d’après la nouvelle de Clive Barker, The Forbidden

Photographie : Anthony B. Richmond

Musique : Philip Glass

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Helen Lyne, une étudiante, décide d’écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C’est en visitant une partie de la ville inconnue qu’elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparaît lorsqu’on prononce cinq fois son nom en face d’un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l’existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l’horreur quand une série de meurtres horribles commence…

Ecrivain, plasticien, dramaturge, sculpteur, scénariste, producteur, comédien et réalisateur, Clive Barker, né à Liverpool en 1952, est un touche-à-tout. 1984 est un tournant dans sa carrière puisque la même année sortent les trois premiers volumes de la série Livres de sang, recueils de nouvelles qui comprendront six tomes. C’est un triomphe immédiat. Les trois autres volets sortent l’année suivante, ainsi que le roman Le Jeu de la damnation. Echaudé par le traitement accordé à ses scénarios sur Transmutations et Rawhead Rex, le monstre de la lande, tous les deux mis en scène par George Pavlou en 1985 et 1986, Clive Barker décide de passer derrière la caméra afin d’adapter lui-même son roman (non publié) Hellraiser. Le reste appartient à la légende et le personnage de Pinhead devient une icône du film d’épouvante. Si Clive Barker a depuis continué sa carrière littéraire, le cinéaste est devenu rare. Son second long métrage Cabal (1990) s’est entre autres soldé par un échec commercial, d’autant plus que le film est remonté par la 20th Century Fox. Alors que la franchise Hellraiser en est déjà au troisième opus, un réalisateur du nom de Bernard Rose (né en 1960) décide d’adapter sa nouvelle intitulée Lieux InterditsThe Forbidden tirée du tome 5 des Livres de sang. Il lui cède les droits gratuitement en échange d’une participation à la production du film. Remarqué avec son magnifique Paperhouse (1988) et metteur en scène de trois autres longs métrages plus anecdotiques (Smart Money, Body Contact, Chicago Joe et la showgirl), Bernard Rose va alors s’approprier le récit original et créer l’un des plus célèbres boogeymen de l’histoire du cinéma avec Candyman, film d’épouvante, mais dans un contexte dramatique social.

Helen Lyle est étudiante à l’université d’Illinois à Chicago, mariée à Trevor, un professeur. Avec son amie Bernadette, elles rédigent une thèse sur les légendes urbaines et les croyances populaires. Au cours de ses investigations, elle est interpellée par une histoire récurrente, celle du mythique Candyman qui terrorise les habitants du quartier défavorisé de Cabrini Green depuis des décennies. Helen sentant qu’elle tient là l’occasion rêvée de pimenter son travail, convainc Bernadette d’aller enquêter sur les lieux mêmes des crimes, dans la cité sordide de Cabrini Green (le film a réellement été tournée sur place), un ghetto noir livré aux gangs et à la misère. Elles se rendent à l’appartement de la dernière victime en date, persuadées qu’en fait le fantôme, est un meurtrier qui s’introduit dans les appartements grâce à un défaut de conception permettant la communication entre les salles de bains par un passage situé derrière les miroirs. Sur place, Helen découvre un appartement laissé à l’abandon et recouvert de graffitis étranges et inquiétants. Plus tard, au cours d’un dîner en compagnie d’un éminent collègue de son mari qui travaille sur les mêmes sujets, elle apprend la véritable histoire de ce Candyman. Daniel Robitaille était un fils d’esclave dont le géniteur avait réussi à faire fortune grâce à une invention. Daniel fréquenta les meilleures écoles et reçut une très bonne éducation. Artiste, il commence à gagner sa vie en réalisant le portrait de riches commanditaires. En 1890 il est mandaté par un riche propriétaire terrien, qui lui commande une peinture de sa fille. Daniel et cette dernière tombent amoureux et la jeune héritière tombe enceinte. Le père furieux de cet affront (qui plus est commis par un noir) engage des brutes épaisses et avinées pour lyncher Daniel. Roué de coups, la main tranchée, Robitaille est ensuite recouvert de miel et livrer en pâture aux abeilles. Tué par les multiples piqûres, Robitaille est ensuite incinéré et ses cendres jetées sur les champs qui deviendront des années plus tard le ghetto de Cabrini Green. Depuis, toute personne qui récitera son nom à 5 reprises face à un miroir le verra réapparaître. C’est alors qu’Helen est confrontée au véritable Candyman, furieux du scepticisme dont elle fait preuve, et contraint selon lui à se montrer à nouveau pour relancer le mythe, afin que les gens croient en lui de nouveau.

Voilà la légende de Candyman. Ou comment perpétuer un mythe depuis un siècle. Tandis que résonne le magnifique thème principal composé par l’immense Philip Glass, la ville de Chicago (l’action de la nouvelle originale se déroule à Liverpool) et ses autoroutes sont montrées du ciel avec ses véhicules en mouvement, qui s’entremêlent, qui s’échappent et disparaissent. C’est comme qui dirait une métaphore d’une histoire qui se transmet par le bouche-à-oreille, qui mute et se transforme en passant d’une personne à l’autre. La légende urbaine de Candyman n’est pas que le fruit de l’imagination et si un individu peine à y croire, attention, le croque-mitaine pourrait bien lui apparaître pour chambouler son esprit cartésien.

Candyman, c’est la manifestation surnaturelle de la violence d’une nation, du racisme, de la haine des hommes. Mesurant près de 2 mètres, Tony Todd est l’incarnation parfaite de ce monstre ambigu, puisque conscient de sa dimension tragique. Digne héritier de Dracula, Candyman est un personnage romantique, victime de la xénophobie, dont l’âme brisée qui n’a jamais pu s’éteindre demeure dans la conscience collective au point de s’incarner quand on l’invoque. Gare à celle ou celui qui se trouvera à portée de son énorme crochet de boucher acéré et planté dans son moignon droit !

La “Mina Harker” de Candyman, Helen (It was always you Helen), est interprétée par la sublime et envoûtante Virginia Madsen. Révélée par David Lynch dans Dune (1984) dans lequel elle jouait la Princesse Irulan, la comédienne est également l’une des têtes d’affiche du bouillant Hot Spot de Dennis Hopper aux côtés de Jennifer Connelly. Après un détour par le fantastique (du moins dans son genre) Highlander, le retour (1991), elle trouve dans Candyman l’un de ses plus grands rôles. Magnétique, troublante, bouleversante, l’actrice, que le cinéaste hypnotisait afin d’obtenir un regard « perdu dans les limbes », foudroie le coeur et l’âme des spectateurs du début à la fin.

De son côté, Bernard Rose enchaîne les séquences cultes, merveilleusement photographiées par Anthony B. Richmond (Ne vous retournez pas et L’homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg), tandis que la musique de Philip Glass se grave dans nos mémoires à jamais. Parallèlement à la sortie du film sur les écrans, Virginia Madsen est récompensée par le Saturn Award, ainsi que par le Prix du public de la meilleure actrice au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1993, où Philip Glass est également primé. Après le succès colossal de Candyman au cinéma avec 26 millions de dollars de recette (pour un budget de 8 millions) rien que sur le sol américain, une suite est envisagée. Bernard Rose écrit un premier scénario, finalement rejeté par les studios. Ce qui n’empêchera pas de voir débarquer un Candyman 2 dans les salles en 1995, produit par Clive Barker et réalisé par Bill Condon. En 1999, Candyman 3 sortira directement dans les bacs. Mais ceci est une autre légende urbaine. Il semblerait qu’un remake soit prévu par Jordan Peel, metteur en scène de Get Out. Sortie programmée en 2020. Candyman ne mourra jamais.

LE BLU-RAY

Candyman. Candyman. Candyman. Candyman. Can…non mais oh ça va pas non ? L’oeuvre de Bernard Rose réapparaît dans les bacs dans une magnifique édition Blu-ray + DVD + livret de 24 pages sous les couleurs d’ESC Editions. Vous pouvez donc oublier l’édition Blu-ray sortie chez Universal en 2012 car Candyman (zut une cinquième fois !) revient dans un nouveau master Haute-Définition avec plus de quatre heures de suppléments ! Le menu principal est animé sur la mythique partition de Philip Glass. Pas de chapitrage.

Si le menu indique seulement Bernard Rose au micro du commentaire audio (VOSTF), ses propos sont pourtant croisés avec ceux du producteur Alan Poul, de l’écrivain Clive Barker ainsi que des comédiens Virginia Madsen, Tony Todd et Kasi Lemmons ! La plupart du temps, l’intervenant indique lui-même son nom avant de s’exprimer sur Candyman. Certes, tous ces propos ont visiblement été enregistrés durant des interviews, mixés par la suite, mais ne passez surtout pas à côté de ce commentaire passionnant, qui revient sur la genèse du film, l’adaptation de la nouvelle originale, le casting (Sandra Bullock, encore inconnue, avait été pressentie pour le rôle d’Helen), la psychologie des personnages, les conditions et lieux de tournage (Virginia Madsen hypnotisée, le quartier défavorisé de Cabrini Green), les thèmes (les légendes urbaines notamment, la dimension sociale de Candyman), sans oublier la musique de Philip Glass.

Après le film, dirigez-vous vers l’intervention (34’) d’Alexandre Poncet (réalisateur du Complexe de Frankenstein) et de Laurent Duroche (journaliste chez Mad Movies). Les propos croisés et passionnés de ces messieurs se complètent sur un rythme soutenu. Chacun replace Candyman dans son contexte cinématographique au début des années 1990, avant d’en venir au personnage à sa mythologie, tout en abordant la genèse du film, les conditions de tournage et certaines scènes clés.

Place maintenant à Olivier Desbrosses, rédacteur en chef d’UnderScores (17’) qui nous propose de son côté une présentation très intéressante du compositeur Philip Glass. L’oeuvre du pionnier de la musique minimaliste est longuement abordée, à l’instar de ses travaux pour le cinéma, y compris bien sûr pour Candyman. Avec son timbre de voix qui rappelle celui de François Guérif, Olivier Desbrosses signe un module très intéressant, qui donne envie d’écouter les thèmes méconnus de Philip Glass.

Nous les avons déjà entendus dans le commentaire audio, mais c’est également très plaisant de les voir, Virginia Madsen (13’) et Tony Todd (10’) s’expriment sur Candyman. Certes, leurs propos renvoient directement à ceux déjà entendus dans le premier supplément (la création du personnage, son costume, le travail avec les abeilles, la préparation « physique » de Virginia Madsen que Bernard Rose voulait plus en chair, le recours à l’hypnose pour donner à l’actrice un regard envoûté), mais ne boudons pas notre plaisir, d’autant plus que les comédiens sont visiblement très heureux de reparler de ce film très important dans leurs carrières respectives.

Un module de huit minutes se concentre sur les effets spéciaux et maquillages du film, en compagnie des artistes Bob Keen, Mark Coulier et Gary J. Tunnicliffe, qui interviennent sur la création du crochet de Candyman, ainsi que la prothèse spéciale créée afin que Tony Todd puisse placer une poignée de véritables abeilles dans sa bouche.

Les intervenants du commentaire audio sont de retour dans un making of de 2004 (24’). Si vous êtes arrivés jusqu’ici en visionnant et en écoutant tous les bonus précédents, alors les propos tenus ici vous apparaîtront redondants puisqu’il s’agit des mêmes anecdotes glanées ici et là ! Quelques photos de tournage viennent illustrer ces anecdotes croisées.

N’oublions pas Clive Barker, qui bénéficie d’un module centré sur sa carrière, avec la participation de l’écrivain lui-même en 2004 (11’). Ce dernier remonte le fil de sa carrière et se souvient avec le sourire que son désir a toujours été de « foutre une trouille bleue aux gens en créant des trucs bizarres, un mec dont la profession est l’imagination ». L’auteur revient sur ses premières œuvres (films, peintures, écrits), ses références (Jean Cocteau notamment), sur ce qui a nourri son inspiration et sur tous ses longs métrages.

Les aficionados de Bernard Rose vont être aux anges puisque l’éditeur nous gratifie de trois de ses courts-métrages restaurés en HD ! A Bomb With No Name on It (3’, 1976), The Wreckers (5’) et Looking at Alice (30’, 1978). Expérimentaux, œuvres de jeunesse, émergence d’une sensibilité, d’un style, d’une voix, ces trois films sont animés par une fureur de (sur)vivre dans une Angleterre engluée dans d’anciennes traditions qui ne laissent aucune place à la jeunesse. Où la communication est impossible entre les générations et où le futur est non seulement incertain, mais aussi et surtout très pessimiste.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale, ainsi que sur quelques planches de storyboards mises en parallèle avec les scènes correspondantes (6’).

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré 2K provient du nouveau scan 4K effectué à partir du négatif original, le tout supervisé et approuvé par Bernard Rose et le directeur de la photographie Anthony B. Richmond. La patine argentique est donc sacrément bien respecté avec un grain présent et surtout excellemment géré. Les couleurs sont très agréables, fraîches (voir les teintes rouges), les noirs denses, les contrastes solides comme un roc et les séquences diurnes lumineuses à souhait. Les détails sont également très appréciables, au niveau des décors (les graffitis dans l’antre de Candyman) et des gros plans sur les comédiens. Un Blu-ray au format 1080p (AVC) et une formidable ressortie enfin digne de ce nom que les fans de Candyman attendaient depuis des années. Voici la plus belle copie du film à ce jour.

La version française, puisque de nombreux spectateurs ont découvert puis revu le film ainsi, est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. La piste est très propre, avec des dialogues très clairs et bien équilibrés, même si parfois poussés trop en avant. La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Cela profite essentiellement à la composition de Philip Glass, bien présente sur l’ensemble des canaux (attention les frissons dès l’ouverture !), ainsi qu’à la voix caverneuse de Tony Todd. Plus homogène, cette version est également plus dynamique avec quelques effets de basses et latéraux très sympathiques. La Stéréo anglaise est également de fort bon acabit.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Universal pictures video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Ombre d’Emily, réalisé par Paul Feig

L’OMBRE D’EMILY (A Simple Favor) réalisé par Paul Feig, disponible en DVD et Blu-ray le 8 février 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding, Andrew Rannells, Jean Smart, Bashir Salahuddin, Joshua Satine, Ian Ho, Kelly McCormack, Aparna Nancherla, Rupert Friend…

Scénario : Jessica Sharzer

Photographie : John Schwartzman

Musique : Theodore Shapiro

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Stephanie cherche à découvrir la vérité sur la soudaine disparition de sa meilleure amie Emily.

Oublions son remake-reboot-suite de SOS FantômesGhostbusters, même si son film ne méritait pas toutes ces insultes et cette volée de bois vert, Paul Feig est de retour aux affaires avec L’Ombre d’EmilyA Simple Favor. Si l’on retrouve son humour pince-sans-rire, le réalisateur aborde son film avec une ironie et un cynisme revigorants, à travers une histoire à la fois douce et surtout très amère, qui lui permet de s’amuser avec les codes du film noir hollywoodien des années 1940-50, en jouant avec le mélange des genres, tout en dirigeant deux formidables comédiennes, Blake Lively et Anna Kendrick. Une très belle réussite à inscrire au palmarès du metteur en scène de l’une des plus grandes comédies de ces quinze dernières années, Mes Meilleures amiesBridesmaids.

Warfield, Connecticut. Stephanie Smothers est la mère au foyer de banlieue parfaite : coquette, polie et aimante, elle participe aussi à toutes les activités de l’école de son fils qu’elle élève seule depuis la mort de son mari et anime un vlog d’astuces pour maman. Néanmoins, les autres parents se moquent d’elle, ce qui l’empêche de se faire des amis. Mais tout commence à changer quand elle fait la rencontre d’Emily Nelson, la mère d’un ami de son fils. Les deux femmes sont très différentes : Emily est mariée, travaille en ville, jure, boit et dispose d’une grande confiance en elle et d’une classe folle. Pourtant, un après-midi, elles commencent à échanger autour d’un martini. Ce petit rendez-vous devient alors une habitude, au point qu’elles deviennent amies. Un jour, Stephanie reçoit un appel d’Emily qui lui demande de récupérer son fils après les cours. Mais la soirée passe, puis un jour, puis un autre et aucun signe d’Emily. Désespérée, elle contacte le mari d’Emily qui est en déplacement pour lui faire part de la disparition de sa femme. Une enquête de police est ouverte, mais Stephanie ne peut s’empêcher de penser à son amie. Elle va alors commencer à découvrir les nombreux et sombres secrets d’Emily.

Nouveau virage dans la carrière de Paul Feig donc avec L’Ombre d’Emily. Après Les Flingueuses et Spy, qui mixait l’humour et les scènes d’action, sans oublier le fantastique avec SOS Fantômes donc, le réalisateur adapte le roman Disparue de Darcey Bell, sur un scénario de Jessica Sharzer, récurrente sur la série American Horror Story. S’il n’a pas sa férocité, Paul Feig rappelle Billy Wilder en égratignant le vernis de l’American Way of Life, avec un sourire carnassier. Autrement dit, si les petites bourgades américaines sont belles, colorées, fleuries, avec leurs habitants qui participent à la vie de la communauté, qui font des gâteaux pour les kermesses, qui s’entraident pour aller chercher les enfants à la sortie de l’école, tout n’est qu’apparence, décor et faux-semblants. N’importe qui peut dissimuler un passé trouble, un crime, un vol, le péché est partout. A l’instar de la géniale série Big Little Lies, L’Ombre d’Emily joue sur l’ambivalence des personnages, leur psyché perturbée et dissimulée, tout est convoitise, désir, envie. Chaque protagoniste est replié sur lui-même, tout en lorgnant chez le voisin chez qui l’herbe est toujours plus verte. A ce titre, les deux actrices principales trouvent ici l’un de leurs meilleurs rôles.

Anna Kendrick, girl next door du cinéma américain depuis la saga Twilight, révélée il y a dix ans dans In the Air de Jason Reitman et devenue depuis très bankable à Hollywood (la trilogie Pitch Perfect), a déjà démontré toute l’étendue de son talent dans le registre plus dramatique dans Sous surveillance de Robert Redford, End of Watch de David Ayer et l’excellent Mr. Wolff de Gavin O’Connor. Ambiguë et attachante, sexy et prude, inquiétante et empathique, la comédienne est quasiment de tous les plans et s’en acquitte à merveille. Souvent réduite à sa beauté diaphane, Blake Lively est pourtant devenue une actrice confirmée, qui n’a eu de cesse de faire des choix intéressants pour se débarrasser de ce carcan. De The Town de Ben Affleck, en passant par Savages de Oliver Stone, Adaline de Lee Toland Krieger et Café Society de Woody Allen, elle est impériale, magnétique et sensuelle dans L’Ombre d’Emily, vulgaire, castratrice, condescendante, manipulatrice, mauvaise mère, alcoolique, qui dissimule un passé perturbé. Au milieu des deux têtes d’affiche et donc des deux personnages principaux, Henry Golding parvient à tirer son épingle du jeu.

Paul Feig s’amuse des retournements de situation, des clichés inhérents au genre et des rebondissements dignes d’une série B, en se moquant de l’innocence et du puritanisme, sans jamais tomber dans la méchanceté gratuite. La mise en scène en solide, les décors soignés, la photographie léchée, les costumes très classes, tout ce qui se joue est cruel (dialogues très acides), tandis que résonne moult chansons françaises des années 60 (France Gall, Jacques Dutronc, Brigitte Bardot, Françoise Hardy), avec une petite touche d’Orelsan en guise de générique de fin et une faute de goût avec Les Passants de Zaz. Personne n’est parfait. Tiens, encore Billy Wilder. Tout cela pour dire que L’Ombre d’Emily est un film très réjouissant.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Ombre d’Emily, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très beau, animé et musical. Même chose pour les sous-menus, très élégants. Ça fait plaisir !

C’est l’une des grandes éditions du mois de février 2019 ! L’éditeur a concocté un Blu-ray remplit de suppléments, par ailleurs très bons. Cette section est présentée par Paul Feig, débordant d’énergie derrière son bureau.

Les sept premiers modules intitulés Martinis sur pierre tombale (20’), L’esthétique du film (12’30), Récit d’un réalisateur raffiné (10’30), Le triangle amoureux (6’), Le style selon Paul (5’), Dennis Nylon (5’) et A propos des enfants (4’30) donne un grand aperçu du tournage de L’Ombre d’Emily. Les comédiens, le réalisateur (toujours en costard trois-pièces), le directeur de la photographie, les responsables des costumes et des décors prennent la parole au fil des quarante jours de prises de vue. La psychologie et l’évolution des personnages sont intelligemment abordées, tout comme les thèmes du film. Attention aux nombreux spoilers puisque le dénouement y est ouvertement évoqué.

Le plus inattendu provient de l’épilogue rejeté lors des projections tests. Le réalisateur et sa scénariste avaient prévu de terminer le film sur un flash mob où Sean faisait une demande en mariage à Stéphanie dans la cour de l’école. Une séquence pour laquelle Henry Golding et d’autres comédiens s’étaient durement entraînés, qui a finalement été coupée au montage final. Heureusement, car même si la scène est amusante, elle aurait clairement donné au film un côté grotesque et inapproprié. Cela n’empêche pas Paul Feig de présenter cette scène (d’une durée de 5’), ainsi que son making of (5’) avec les répétitions des acteurs.

Nous trouvons ensuite 16 minutes de scènes coupées (anecdotiques), parmi lesquelles est intégré le flash mob vu précédemment. Cette fois encore, Paul Feig fait une petite intro sur cette section.

Trois commentaires audio (!) uniquement réservés aux anglophiles sont également au programme, sans sous-titres français. Le dénominateur commun est la présence de Paul Feig sur les trois pistes. Il est seul derrière le micro sur le premier, accompagné des acteurs Anna Kendrick, Blake Lively, Jean Smart et Bashir Salahuddin sur le second, et de la scénariste Jessica Sharzer, de la productrice Jessie Henderson, du chef opérateur John Schwartzman et de la costumière Renee Ehrlich Kalfus sur le dernier.

L’interactivité se clôt sur un montage de prises ratées (3’30) et des bandes-annonces.

L’Image et le son

Tout d’abord, c’est la clarté, le relief des séquences diurnes et en extérieur qui impressionnent et flattent la rétine, avec des couleurs bigarrées et chatoyantes. Le piqué est vigoureusement acéré (un peu plus lisse sur les scènes en intérieur), les noirs denses, les détails abondent aux quatre coins du cadre et les contrastes affichent une très belle densité. C’est très plaisant et l’ensemble tire habilement partie de l’apport HD. Un transfert très élégant qui met en avant la photo du chef opérateur John Schwartzman (Armageddon, Pearl Harbor, Jurassic World).

On ne s’attendait pas à ce service princier ! Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise DTS-HD Master Audio 7.1 est mis à contribution, ainsi que sur la version française DTS-HD Master Audio 5.1 au doublage réussi. Les ambiances sont très présentes, l’excellente musique de Theodore Shapiro bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, tout comme les tubes français des années 1960. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / LIONSGATE / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Hell Fest, réalisé par Gregory Plotkin

HELL FEST réalisé par Gregory Plotkin, disponible en DVD et Blu-ray le 19 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Reign Edwards, Bex Taylor-Klaus, Tony Todd, Amy Forsyth, Michael Tourek, Courtney Dietz, Christian James, Matt Mercurio, Elle Graham…

Scénario : Seth M. Sherwood, Blair Butler, Akela Cooper

Photographie : José David Montero

Musique : Bear McCreary

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Natalie est lycéenne. Elle rend visite à sa meilleure amie Brooke et à son colocataire Taylor. Les trois amis décident alors de se rendre dans un parc d’attractions, Hell Fest. Mais, pour un des visiteurs, ce n’est pas une fête foraine mais un terrain de chasse…

Difficile de faire sa place au cinéma dans un genre d’exploitation sans doute éculé et qui repose aujourd’hui essentiellement sur moult références. Pourtant, Hell Fest de Gregory Plotkin est un slasher qui parvient à créer la surprise ! Prenant comme lieu d’action un parc d’attraction placé sous le signe de la terreur et de l’épouvante, le réalisateur réussit à faire de son film un vrai manège dans lequel le spectateur se laisse prendre au jeu durant 90 minutes. Préférant miser sur la forme, plutôt que sur les effets sanglants gratuits, il y en a d’ailleurs très peu, Gregory Plotkin suit le chemin balisé par Wes Craven (on pense beaucoup à Scream), John Carpenter (le récit se déroule durant Halloween) et Tobe Hooper (Massacre dans le train fantôme n’est évidemment pas loin) et son Hell Fest s’impose comme l’un des meilleurs thrillers-slashers vus depuis quelques mois.

Bienvenue au Hell Fest. Dans ce train fantôme géant à ciel ouvert, on vient pour se faire peur. Décors  angoissants, mises en scènes effrayantes, les visiteurs rivalisent d’invention pour se terroriser les uns et l’autres. Ca crie, ça hurle et ça se poignarde… pour de faux bien sûr ! Sauf qu’un tueur, bien réel lui, a décidé de faire du parc son terrain de chasse. Il prend pour cible un groupe d’amis venus fêter leurs retrouvailles… Comment convaincre les autorités qu’un serial killer sème la mort autour de lui quand la mort est l’attraction la plus festive du lieu ? Au Hell Fest, tout le monde vous entend crier, mais personne ne vous croira !

Les producteurs de la série The Walking Dead et le réalisateur de Paranormal Activity: Ghost Dimension livrent un ride jubilatoire, aux décors superbes et à la photographiée très travaillée. Egalement monteur de quatre épisodes de la franchise Paranormal Activity (Zzz Zzzz Zzz), du surestimé et oscarisé Get Out, mais aussi des formidables Happy Birthdead (vivement la suite prévue en 2019) et Game Night, Gregory Plotkin possède une solide expérience du genre. Dans Hell Fest, le metteur en scène se lâche et fait enfin preuve de ses acquis avec une virtuosité qu’on ne lui connaissait pas. Alors non, ce slasher ne révolutionne rien, mais sa beauté plastique l’emporte sur les partis pris souvent sans imagination des thrillers d’épouvante qui fleurissent chaque année. Le travail sur les couleurs du directeur de la photographie José David Montero (Seven Sisters) est très impressionnant du début à la fin. Les personnages baignent dans des teintes chromatiques qui émanent des néons omniprésents et donnent à Hell Fest une véritable identité. Non seulement ça, les décors macabres sont également très impressionnants et parviennent à rendre crédible un terrain de jeu pourtant improbable sur le papier.

A cela s’ajoute un casting également à la hauteur, porté par la ravissante Amy Forsyth et la déjantée Bex Taylor-Klaus (vue dans les séries Scream et Arrow), qui deviennent les proies de l’inquiétant The Other. Derrière le masque à la Michael Myers, se dissimule un serial-killer (le cascadeur Stephen Conroy) calme et réfléchi, qui chantonne un petit air avant d’éclater la tête d’un jeune homme à coup de masse, ou bien avant de décapiter une donzelle qui souhaitait juste avoir quelques sueurs froides. L’autre bonne idée du film, c’est que le tueur se fond dans le décor et que ses meurtres passent pour une mise en scène avec deux acteurs venus là pour assurer le spectacle.

On se perd donc volontiers dans ce plateau de jeu gigantesque et labyrinthique, où les victimes sont certes peu nombreuses, mais inattendues et exécutées brutalement. Le rythme est soutenu, le suspense s’installe progressivement après un prologue extrêmement efficace, les personnages sont attach(i)ants comme il se doit pour que l’on puisse frissonner pour et avec eux. Hell Fest est une indéniable réussite, à la fois moderne et vintage, qui aurait largement mérité d’être exploité dans nos salles.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Hell Fest, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical. Par ailleurs, mention spéciale à la création originale de ce menu qui propose le choix des langues sous l’appellation « Hurlements », suivi de « Screams » ou « Cris » ! N’oublions pas le chapitrage présenté à travers le plan du parc ! Un chapitrage plus « classique » s’y trouve également. En revanche, aucun menu pop-up disponible durant le visionnage.

Pour agrémenter le film, Metropolitan nous livre un making of (16’) très sympa, qui croise les interviews de l’équipe (producteurs, acteurs, réalisateur, décorateur, costumière) et les images de tournage. L’ensemble s’attarde sur l’alchimie des comédiens, visiblement très complices, le travail sur les décors, les effets visuels mécaniques (les prothèses notamment) et la figure de The Other. Attention aux nombreux spoilers !

A vous de trouver les quatre bonus cachés, deux bandes-annonces dont une « vintage », un montage de 7 minutes centré sur les acteurs qui s’amusent à se faire peur, ainsi qu’une featurette de deux minutes en compagnie de la productrice et du réalisateur, mais aussi les comédiens, qui présentent le film.

L’Image et le son

C’est une explosion de couleurs ! Tout d’abord, l’apport HD est aussi omniprésent qu’indispensable ! Hormis la présentation des personnages, Hell Fest se déroule uniquement de nuit et au sein du parc d’attractions. La photo fait la part belle aux néons verts, rouges, bleus, mauves, on en prend plein les yeux. Tout droit sorti de l’écurie Metropolitan avec son cheval ailé, ce Blu-ray est une très grande réussite technique. Le piqué est sans cesse aiguisé, les contrastes affichent une solidité jamais démentie avec des noirs d’une densité remarquable, les détails sont légion. En un mot, c’est superbe.

Que votre choix se soit porté sur la version française ou la version originale DTS-HD Master Audio 5.1., le confort acoustique est total et la piste anglaise l’emporte du point de vue homogénéité des voix et des effets annexes. Le pourvoir immersif des deux mixages est fort plaisant. Toutes les enceintes sont intelligemment mises à contribution, les effets sont souvent percutants. La balance frontale et latérale est constante et riche, le caisson de basses souligne efficacement les séquences du film les plus agitées, tandis que les dialogues et commentaires restent fluides et solides.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / 22 Miles, réalisé par Peter Berg

22 MILES (Mile 22) réalisé par Peter Berg, disponible en DVD et Blu-ray le 2 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iko Uwais, John Malkovich, Ronda Rousey, Terry Kinney, Emily Skeggs, Sam Medina…

Scénario : Lea Carpenter

Photographie : Jacques Jouffret

Musique : Jeff Russo

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Un officier d’élite du renseignement américain tente d’exfiltrer un policier qui détient des informations compromettantes. Ils vont être traqués par une armée d’assassins tout au long des 22 miles les séparant de l’avion qui leur permettra de quitter le pays.

Peter Berg et Mark Wahlberg, quatrième ! Suite au succès de l’excellent Du sang et des larmes en 2014, le réalisateur et le comédien se sont ensuite retrouvés pour Deepwater (2016) et Traque à Boston (2017). Trois films inspirés d’évènements réels. Malgré deux succès d’estime dans les salles (le budget a été tout juste rentabilisé chaque fois), les deux hommes ont décidé de remettre le couvert, mais sans s’embarrasser de la mention « d’après une histoire vraie », en allant droit au but, avec 22 Miles, un pur divertissement d’action. Peter Berg, que l’on pourrait voir comme un frère de Michael Bay, un disciple en quelque sorte, privilégie le « réalisme » au détriment des effets visuels et des prises de vues multiples sur fonds verts. Son cinéma est brut, explosif, la chair y sent souvent le cochon grillé dans le sens où les acteurs jouent alors devant de véritables explosions et sont souvent dirigés comme des soldats. Les films de Peter Berg sont parcourus d’un patriotisme qui laisse très peu de place à l’humour, ce qui fait à la fois sa force (il s’en dégage un caractère très prononcé) et aussi son point faible (on rit souvent même si ce n’est pas volontaire). 22 Miles n’est certes pas la meilleure collaboration Berg/Wahlberg, mais confirme l’indéniable talent d’un metteur en scène qui n’a de cesse d’approfondir ses recherches formelles et qui le placent en digne héritier de Tony Scott.

James Silva est un homme très intelligent mais aux nombreux troubles émotionnels et comportementaux. Il est malgré tout devenu un agent expert et officier d’élite du renseignement américain, œuvrant principalement pour la CIA. Avec son équipe « Overwatch », il participe à une mission pour neutraliser des agents russes du FSB opérant sur le sol américain. La mission se solde par la perte d’un agent américain et par l’assassinat de tous les Russes présents. Seize mois plus tard, à Indocarr (pays du sud-est asiatique), James et son équipe sont chargés d’exfiltrer Li Noor, un officier de la police locale qui détient des informations sur l’emplacement de quantités de césium 137. Ils doivent parcourir les 22 miles qui les séparent de l’aéroport, où un avion américain les attendra à une heure précise et seulement quelques minutes. Très vite, ils se retrouvent à affronter de multiples assassins locaux qui tentent par tous les moyens de neutraliser Li Noor.

Acteur passé à la mise en scène en 1998 avec le désormais culte Very bad Things, Peter Berg a bénéficié en 2008 d’un succès planétaire, Hancock, avec Will Smith et Charlize Theron. Ce triomphe commercial lui aura permis ensuite de faire joujou à la bataille navale en vraie avec son Battleship, qui s’est quelque peu planté au box-office. Depuis, le réalisateur a préféré revenir à une veine plus réaliste, en ne cessant d’affiner son style et une méthode qui lui sont propres. Les œuvres de Peter Berg, qui a accéléré la cadence à raison d’un film par an depuis Deepwater, rappellent et fleurent bon le cinéma des années 1990 et début 2000. Avec 22 Miles, on pense à Ennemi d’État (1999) et Man on fire (2004) de Tony Scott, références évidentes dans la forme avec un montage très cut, mais néanmoins lisible (c’est ce qui le différencie de Michael Bay sur ce point), mais également sur le fond avec une certaine paranoïa qui a de nouveau gangrené le cinéma américain comme dans les années 1970, depuis l’effondrement du World Trade Center. Au-delà de sa condition d’artiste, Peter Berg est un homme qui a confiance dans les hommes qui servent son pays, mais aussi dans les héros de tous les jours. L’héroïsme, le patriotisme, les guns, la violence, le feu et le sang parcourent tous les films du cinéaste. 22 Miles ne fait pas exception à la règle.

Comme un James Bond, que Peter Berg rêve visiblement de mettre en scène, 22 Miles démarre par une séquence pré-générique percutante, du moins après les 90 secondes de logos de production. La tension monte jusqu’au carnage attendu. Les credits permettent d’en savoir plus sur la psychologie perturbée du personnage principal interprété par Mark Wahlberg, qui rappelle celui campé par Ben Affleck dans le très bon Mr Wolff de Gavin O’Connor. Malheureusement, ce dernier en fait des caisses, d’ailleurs les personnages le voient comme un « bipolaire, maniaco-dépressif, narcissique, dissociatif, bref, un connard ». Jamais les spectateurs ne parviennent à trouver un point d’ancrage nécessaire pour ressentir un petit peu d’empathie pour lui. Transparent, en totale roue libre, l’acteur signe une des pires prestations de sa carrière, qui en compte déjà un bon paquet. Il faut donc regarder à ses côtés. Lauren Cohan (The Walking Dead) est bad-ass à souhait et porte littéralement le film sur ses belles épaules en compagnie de l’incroyable Iko Uwais. L’acteur et artiste martial indonésien révélé en 2011 dans The Raid de Gareth Evans peut se targuer d’avoir les meilleures scènes de 22 Miles. Peter Berg ne s’en cache pas et soigne chacune de ses scènes d’action, très impressionnantes, avec des corps-à-corps particulièrement brutaux. Ajoutez à cela un John Malkovich moumouté (mais qui n’en reste pas moins très classe), dont le postiche demeure beaucoup plus charismatique que l’agaçante Ronda Rousey.

Le GROS problème de 22 Miles, c’est que le spectateur est obligé de se farcir quarante très longues minutes pour que l’action démarre bel et bien. Un gouffre entre le générique et l’incroyable baston d’Iko Uwais dans l’infirmerie, fait de dialogues qui n’ont aucun sens (et qu’est-ce que c’est bavard !), qui ennuient, qui lassent quand Berg essaye d’évoquer les relations familiales et autres sujets personnels de ses protagonistes. Tout cela pour montrer que les membres de cette unité paramilitaire au sein de la division des activités spéciales de la CIA sont des hommes et des femmes « comme les autres ». Et puis d’un coup, tout le monde se réveille. La course contre-la-montre démarre, Peter Berg utilise les rues de Bogota (lieu de tournage, l’action est supposée se dérouler en Asie) comme un jeu de pistes et s’inspire du jeu vidéo, comme si ses personnages devaient passer d’un niveau à l’autre, pour enfin arriver sur la dernière plateforme. Le compteur tourne, les bastos s’accumulent, les explosions aussi.

Si Peter Berg en fait parfois trop en multipliant les angles de prises de vue (tournage à 3 ou 4 caméras), sans compter les drones, les écrans de contrôle, on ne pourra pas dire que le réalisateur reste les mains dans les poches. Alors certes, 22 Miles peine (euphémisme) à éveiller l’attention des spectateurs, mais quand il se décide enfin à mi-chemin à les prendre par le colbac pour l’emmener sur le terrain de la guerre, ceux-ci en ont pour leur argent. D’autant plus que l’épilogue est particulièrement culotté, loin du happy-end attendu et amorce un second volet annoncé par Berg/Wahlberg qui envisagent alors une trilogie. Mais ce ne sera pas leur prochaine association, puisqu’ils ont déjà emballé Wonderland, prévu dans les salles cette année. 22 Miles n’ayant pas tellement cartonné au cinéma, les deux hommes sont peut-être passés à autre chose. Seul l’avenir nous le dira.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de 22 Miles, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Alors que Traque à Boston, également disponible en DVD et Blu-ray chez l’éditeur, comprenait plus d’1h30 de suppléments, 22 Miles doit se contenter de sept featurettes promotionnelles de 2 minutes en moyenne chacune ! Sous surveillance (1’30), Présentation d’Iko Uwais (1’40), Le combat d’Iko Uwais (1’40), Des femmes badass (1’40), La réalisation des cascades (1’50), Un style de combat moderne (1’50) et Le tournage en Colombie (3’40) sont des petits modules simples, qui enchaînent les propos de toute l’équipe, les répétitions (dont celle des scènes de combat) et les images de tournage très efficaces, placées sous le signe de l’authenticité. Le dernier segment fait penser à un spot promo pour Bogota, avec la présence de l’ancien président Juan Manuel Santos qui n’hésite pas à payer de sa personne en filmant une petite scène, caméra à l’épaule.

Un bonus caché donne également la parole à deux anciens agents de la CIA, qui en disent un peu plus sur les missions spécifiques de cette unité spéciale (1’40).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Ce master HD (1080p, AVC) de 22 Miles ne déçoit pas et nous avons devant les yeux une nouvelle grande réussite signée Metropolitan. Le piqué et le relief sont acérés tout du long et permet d’apprécier les visages des comédiens, la clarté est de mise, le léger grain respecté, le cadre large offre un lot confondant de détails et la belle photographie de Jacques Jouffret (les trois premiers opus de la saga American Nightmare) est habilement restituée. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses, merveilleux. Les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire. Le premier disque démo de l’année 2019. Dommage de ne pas bénéficier d’une édition 4K !

Attention, attention, les oreilles vont saigner ! Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 7.1 français et anglais, pétaradants, explosifs et frénétiques dans les quarante dernières minutes. Les scènes d’affrontements peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec les balles qui environnent le spectateur, à tel point que l’on pourrait sentir le souffle des explosions. Les effets annexes sont très présents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. Cette fois encore, vous pourrez utiliser ce Blu-ray pour épater la galerie avec votre installation. L’éditeur joint également les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Jackals, réalisé par Kevin Greutert

JACKALS réalisé par Kevin Greutert, disponible en DVD et Blu-ray le 2 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Stephen Dorff, Deborah Kara Unger, Johnathon Schaech, Chelsea Ricketts, Alyssa Julya Smith, Nick Roux, Jason Scott Jenkins, Cassie Hernandez…

Scénario : Jared Rivet

Photographie : Andrew Russo

Musique : Anton Sanko

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dans les années 1980, Jimmy Levine est un psychologue spécialisé dans l’aide aux victimes de sectes. Il est engagé par une famille dont le fils est sous l’emprise d’un culte satanique pour sauver leur enfant. Levine parvient à le récupérer mais les membres du culte sont bien décidés à le reprendre. Pour cela, ils sont prêts à tout.

Jackals (« Quoi ? On dit des chacaux ? ») est le cinquième long métrage de Kevin Greutert. Ce nom ne vous dit sans doute rien, pourtant, ce dernier est un habitué du thriller d’épouvante puisqu’il s’agit du monteur des cinq premiers opus de la franchise Saw, de The Strangers, mais aussi le réalisateur des épisodes Saw VI et Saw VII (à prononcer en français, c’est plus amusant) aka Saw 3D le supposé « Chapitre final », pas franchement les meilleurs épisodes de la franchise Jigsaw (euphémisme). Egalement responsable de Jessabelle, tentative ratée de film de genre se déroulant les bayous de la Louisiane, avec Sarah Snook (révélation de l’incroyable Predestination des frères Spierig), Kevin Greutert aura également mis en scène un Visions, inédit dans les salles et sorti directement dans les bacs chez nous en 2015. Son nouveau bébé Jackals arrive une fois de plus dans nos contrées en DVD et Blu-ray. En dépit d’un casting peu enthousiasmant et mollement dirigé, ce thriller « réaliste » est probablement le meilleur film du réalisateur.

Mars 1983. Jimmy Levine est un spécialiste dans l’extraction de sectes, n’hésitant pas à recourir à la violence si nécessaire pour désendoctriner les « nouveaux adeptes ». La famille Powell fait appel à ses services pour enlever et déprogrammer leur fils Justin, sous l’emprise d’un culte satanique indéterminé et extrêmement violent. Levine tend un piège à Justin, le kidnappe et la ramène au bercail où le jeune homme est solidement attaché à une chaise. Justin a subi un lavage de cerveau et ne reconnaît pas les siens. Un affrontement psychologique démarre dans cette famille dysfonctionnelle. A la nuit tombée, les membres du culte encerclent le chalet des Powell, perdu au fond des bois. Leur but ? Délivrer Justin, devenu « Thanatos », par n’importe quel moyen et si possible sanglant. La nuit va être longue.

Après un début très prometteur filmé en caméra subjective et en plan-séquence, durant lequel un autre jeune membre de la secte des Jackals décime sa propre famille en pleine nuit, le film de Kevin Greutert prend son temps, sans doute trop et peine à instaurer un malaise quelconque ou même un semblant d’intérêt. La séquence de l’enlèvement étonne et perd les spectateurs, qui ne sont alors pas encore au fait des évènements. Puis, Jackals repose sur le face à face entre Justin (vénéneux Ben Sullivan) et le spécialiste des sectes Jimmy Levine (impeccable Stephen Dorff), ancien membre des Marines, qui utilise la manière forte pour chambouler les anciens membres de cultes obscurs afin de les ramener à la raison. Le premier acte est donc assez prenant. Le problème, c’est que le scénario de Jared Rivet, inspiré par une histoire vraie survenue en Californie, se perd ensuite dans les problèmes de la famille Powell avec un père volage et absent (Johnathon Schaech, grand habitué des nanars et des « numéro 2 de films à succès destinés au marché de la vidéo »), une mère devenue alcoolique (Deborah Kara Unger, défigurée par la chirurgie plastique), un fils aîné (Nick Roux) en manque d’amour (mais qui a été violent envers son cadet, sans doute par jalousie), ainsi que l’ex-compagne de Kevin (Chelsea Ricketts, une nana de 30 ans qui joue une ado de 17 ans) qui a donné naissance à leur petite fille après que ce dernier ait été embringué dans son groupe de déglingués.

Il faut donc se farcir des reproches, des non-dits, des larmes, des verres d’alcool, des coups de gueule, pendant que Levine essaye de remettre les méninges de Kevin à l’endroit. C’est alors qu’apparaissent les Jackals, qui ont de la gueule filmés dans la pénombre avec leurs masques et leurs costumes taillés sur mesure. Le film mute alors en home-invasion, ou plutôt en tentative puisque les Jackals, muets et qui économisent leurs actions, vont alors tout faire pour entrer dans le chalet. Le spectateur doit prendre son mal en patience et faire fi de personnages assez ridicules (mention spéciale à la belle-fille) puisque Jackals fait partie de ces films qui s’améliorent et deviennent intéressants au fur et à mesure du récit. La dernière partie est d’ailleurs particulièrement brutale, sèche, frontale et donc inattendue après un ventre mou d’une bonne demi-heure, soit un gros tiers du film.

Alors oui Jackals est une œuvre bancale, qui peut faire sourire devant le caractère souvent absurde de ses protagonistes, mais comme le film se déroule durant les années bénies du slasher, un agréable parfum vintage s’en dégage et parvient à sauver l’entreprise. Sans oublier un troisième acte malsain et prenant qui fait donc pencher Jackals, série B qui ne s’en cache pas, du bon côté de la balance.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Jackals, DTV disponible chez Metropolitan, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très légèrement animé et musical.

Le film de Kevin Greutert est accompagné de bandes-annonces, ainsi que d’un faux making of (20’) composé uniquement d’interventions du réalisateur, du producteur Tommy Alastra, des comédiens Stephen Dorff, Ben Sullivan, Nick Roux, Johnathon Schaech, Chelsea Ricketts, Deborah Kara Unger et du scénariste Jared Rivet. Durant la première moitié de ce supplément, les invités se contentent de raconter tout le film, avant de passer à la psychologie des personnages. Autant dire que ce supplément n’a malheureusement aucun intérêt.

L’Image et le son

On peut trouver des défauts à Jackals, plusieurs même, nombreux diront certains, mais la photographie du chef opérateur Andrew Russo est l’un des atouts de ce thriller. Les contrastes sont tranchés en Haute-Définition avec des noirs d’une densité jamais démentie, les jeux de lumière rappellent parfois ceux de Fog de John Carpenter et les détails ne manquent pas, y compris dans les séquences les plus sombres. D’ailleurs, étrangement, ces scènes s’en sortent mieux que celles tournées en plein jour où l’on pouvait attendre un piqué plus ciselé. Toutefois, le cadre large n’est pas avare en détails, surtout sur les gros plans des acteurs et à ce titre, ce qui nous fait le plus peur reste probablement le visage massacré de Deborah Kara Unger…

L’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent sur les scènes d’affrontements, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique aux effets secs et percutants.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr