Test Blu-ray / Le Cerveau d’acier, réalisé par Joseph Sargent

LE CERVEAU D’ACIER (Colossus : The Forbin Project) réalisé par Joseph Sargent, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2017 chez Movinside

Acteurs : Eric Braeden, Susan Clark, Gordon Pinsent, William Schallert, Leonid Rostoff, Georg Stanford Brown, Willard Sage

Scénario : James Bridges d’après le roman de D.F. Jones

Photographie : Gene Polito

Musique : Michel Colombier

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Scientifique de renom, Charles A. Forbin met au point un super-ordinateur baptisé Colossus, chargé de contrôler l’arsenal nucléaire des États-Unis ainsi que celui de ses alliés, afin d’éviter toute erreur humaine. Alimenté par son propre réacteur nucléaire et installé au coeur d’une montagne, Colossus, une fois activé, détecte un autre super-ordinateur. On apprend bientôt qu’il s’agit de l’homologue soviétique de Colossus, baptisé Guardian. C’est là que les ennuis commencent…

Attention, chef d’oeuvre ! Méconnu, pourtant sublime et précurseur, Le Cerveau d’acierColossus : The Forbin Project s’apparente au chaînon manquant entre Point Limite de Sidney Lumet (1965) et 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968), rien de moins ! Ce film de science-fiction apocalyptique est réalisé par Joseph Sargent, de son vrai nom Giuseppe Danielle Sorgente (1925-2014), cinéaste éclectique à qui l’on doit L’Espion au chapeau vert (1966), deux épisodes en version longue mis bout à bout de la série Des agents très spéciaux, Les Pirates du métro (1974) ou bien encore l’inénarrable Dents de la mer 4 : La Revanche (1987). Le Cerveau d’acier est assurément son plus grand film et n’en finit pas d’impressionner par sa virtuosité, sa sécheresse de ton, son cadre, son intelligence et son interprétation, sans oublier la discrète et pourtant subtile composition de Michel Colombier.

Le docteur Charles Forbin a mis au point un super ordinateur qui va prendre en charge la gestion des défenses militaires américaines. Mais, seulement quelques minutes après sa mise en service dans des conditions réelles, la machine envoie un énigmatique message : «Il y a un autre système !». On apprend que Colossus fait allusion à un projet soviétique similaire : un superordinateur baptisé « Guardian » contrôlant l’armement nucléaire soviétique. Les deux ordinateurs demandent à être relié l’un à l’autre afin de pouvoir communiquer. Une connexion est établie et les ordinateurs commencent à échanger des messages utilisant un langage mathématique simple, chaque camp supervisant les communications à l’aide de moniteurs. Le contenu des messages finit par devenir de plus en plus complexe, jusqu’à présenter des principes mathématiques jusque là inconnus. Les deux ordinateurs finissent par adopter un langage binaire impossible à interpréter par les scientifiques. Alarmés, les chefs d’État américain et soviétique décident d’un commun accord d’interrompre la connexion. Colossus et Guardian exigent que la connexion soit rétablie, sinon « des mesures seront prises ». Leur demande étant ignorée, Colossus et Guardian décident l’un comme l’autre de lancer un missile nucléaire. Les deux pays rétablissent la connexion et Colossus intercepte à temps le missile soviétique. Toutefois, la connexion a été rétablie trop tard côté soviétique : le missile américain anéantit un complexe pétrolifère et une ville voisine. Impuissants, les scientifiques et responsables des deux camps assistent à un échange d’informations effréné entre les deux superordinateurs, lesquels annoncent ensuite avoir fusionné en une seule et unique entité infiniment plus performante, ayant choisi le nom de Colossus.

Sorti en 1970, Le Cerveau d’acier est adapté du roman de Dennis Feltham Jones écrit et publié en 1966. Film d’anticipation, Colossus : The Forbin Project se penche sur le sujet de l’intelligence artificielle si celle-ci devait échapper à l’homme qui l’a conçue. En prenant conscience de lui-même, l’ordinateur décide d’agir pour le bien de l’humanité, en ne tenant plus compte des avis de celui qui l’a créé, parfois en détruisant des milliers de vies pour en sauver des millions. Le Cerveau d’acier fait froid dans le dos avec ses décors grandioses et son caractère pessimiste.

Aujourd’hui mondialement connu pour sa participation aux Feux de l’amour depuis 1980, Victor Newman, Eric Braeden pardon, a certes peu tourné pour le cinéma, mais ses films demeurent marquants. Outre le Titanic de James Cameron, le comédien apparaît également dans Les 100 fusils de Tom Gries, Les Évadés de la planète des singes de Don Taylor, le sympathique La Coccinelle à Monte-Carlo de Vincent McEveety, ou bien encore L’Ambulance de Larry Cohen. Il est parfait et élégant dans Le Cerveau d’acier. Son charisme renvoie parfois à l’idée que l’on pouvait se faire d’un James Bond à la fin des années 1960. Ses confrontations (formidables et percutants dialogues) avec Colossus sont tendues du début à la fin, au départ protocolaires, puis de plus en plus intrigantes à mesure que l’ordinateur développe une personnalité, jusqu’à la fin quand Colossus ordonne d’installer des caméras (ses yeux) partout, y compris au sein même de l’habitat de Forbin. L’épilogue reste particulièrement sombre et désespéré, tandis que les merveilleux décors subjuguent dès la première séquence, celle où le spectateur fait connaissance avec Colossus et son complexe. Bien que froid en apparence, on s’attache également très vite au Dr Charles A. Forbin, ce concepteur d’un projet gouvernemental secret, très vite dépassé par les événements et qui doit se rendre à l’évidence : il a bel et bien créé un monstre qui lui a échappé, qui prend conscience de lui-même et qui s’est proclamé maître du monde. L’ordinateur est désormais prêt à tous les sacrifices, afin d’abolir la guerre et éradiquer la famine, la maladie et la surpopulation.

Cette relecture glaçante du mythe de Prométhée se nourrit des peurs engendrées par la Guerre Froide et la possibilité d’une Troisième Guerre mondiale et n’a souvent rien à envier aux grands films susmentionnés. D’autant plus que le film a sûrement inspiré James Cameron pour le Skynet de Terminator. Il est donc temps de réhabiliter ce Colossus : The Forbin Project, qui n’a absolument pas vieilli, à part peut-être dans les décors bien sûr, mais dont le sujet ambitieux et maîtrisé n’a jamais autant incité à la réflexion.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Cerveau d’acier, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique classe de couleur noire. L’élégante jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de SF, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

A l’instar des autres titres de cette merveilleuse collection, Le Cerveau d’acier, cette édition HD ne contient qu’un seul supplément, une présentation du film par le journaliste Marc Toullec (13’). L’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies ne manque pas d’inspiration et d’arguments pour défendre ce bijou qu’il situe dans son contexte. Toullec évoque le sujet, le roman original de Dennis Feltham Jones, les similitudes avec les deux premiers Terminator de James Cameron, tout en donnant quelques indications sur les carrières du réalisateur Joseph Sargent, du scénariste James Bridges et des comédiens, en se focalisant bien sûr sur Eric Braeden. Le tout accompagné d’anecdotes sur la production du film et les tentatives avortées d’un remake envisagé par Ron Howard avec Will Smith dans le rôle principal.

L’Image et le son

Grâce à un codec AVC de haute tenue, le Blu-ray du Cerveau d’acier proposé au format 1080p, permet aux spectateurs de redécouvrir totalement les incroyables décors du film. Si l’on excepte quelques séquences plus douces que d’autres ou au grain plus appuyé nous nous trouvons devant une image qui ne cesse de flatter les rétines. Issue d’une restauration solide, cette copie HD, d’une stabilité à toutes épreuves, est absolument indispensable et superbe. La propreté est indéniable, les couleurs retrouvent une vraie vivacité, le piqué est joliment acéré et les détails sont probants sur le cadre large. Le découpage est net et sans bavure, l’ensemble est homogène et d’une indéniable élégance, comme les contrastes. Revoir Le Cerveau d’acier, oeuvre rare et malheureusement souvent oubliée, dans ces conditions était pour ainsi dire inespéré.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage Dolby Digital 2.0 Mono. Pas de HD ici donc. Cependant, le confort acoustique est malgré tout assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque de vivacité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Movinside / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Invasion des profanateurs, réalisé par Philip Kaufman

L’INVASION DES PROFANATEURS (Invasion of the body snatchers) réalisé par Philip Kaufman, disponible en DVD et Blu-ray le 25 avril 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Donald Sutherland, Brooke Adams, Leonard Nimoy, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright, Art Hindle, Kevin McCarthy, Don Siegel, Tom Luddy

Scénario : W.D. Richter d’après le roman de Jack Finney

Photographie : Michael Chapman

Musique : Denny Zeitlin

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Elizabeth s’aperçoit un jour du comportement étrange de son ami. Puis, peu à peu, d’autres personnes se transforment ainsi bizarrement. Pendant leur sommeil, une plante fabrique leur double parfait, tandis que l’original disparaît.

L’Invasion des profanateursInvasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman est bien plus qu’un simple remake du film culte réalisé par Don Siegel en 1956. C’est une fabuleuse relecture du livre original de Jack Finney paru en 1955 (mais publié en 1977 en France sous le titre Graines d’épouvante) qui s’inscrit dans le cinéma hollywoodien des années 1970 placé sous le signe de la paranoïa. De mystérieuses particules venues de l’espace arrivent sur la Terre. A San Francisco, Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) cueille une fleur étrange sur un arbre de son quartier et tente de l’identifier, en vain. Intriguée, elle s’en ouvre à son compagnon, sans réussir à éveiller son intérêt. De plus en plus inquiète, Elizabeth se confie à Matthew Bennell (Donald Sutherland), son collègue de bureau au ministère de la Santé. Plus tard, lors d’une réception, Jack (Jeff Goldblum), un ami de Matthew, décide de rentrer chez lui se reposer. Quelques heures après, son épouse constate avec un légitime effroi qu’il s’est transformé en une énorme «cosse», semblable à un embryon.

Près de 40 ans après sa sortie, L’Invasion des profanateurs demeure une référence de la science-fiction. Anxiogène, sombre, le film malmène son audience du début à la fin. Le dénouement aura traumatisé plus d’un spectateur et fait toujours son effet, y compris sur celles et ceux qui connaissent pourtant l’épilogue du film. En transposant ce récit à San Francisco, le réalisateur Philip Kaufman, qui avait auparavant signé en 1972 La Légende de Jesse James avec Cliff Robertson et Robert Duvall (qui fait ici un étrange caméo au début du film dans le rôle du prêtre sur la balançoire), ainsi que le scénario de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood en 1976, étend la folie et le danger de son invasion éponyme. Paradoxalement, cela renforce l’enfermement des personnages qui tentent de s’échapper. Cette ville extraordinaire et l’une des plus belles filmées au cinéma, s’apparente alors à un terrain de jeu dangereux, où les derniers êtres humains doivent fuir dans des rues souvent désertées. La tension est maintenue tout du long, l’attachement envers les personnages est trouble puisque chacun peut avoir été « répliqué » à un moment ou à un autre.

Le scénario de W.D. Richter, futur réalisateur des Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension (1984) et scénariste des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de John Carpenter (1986) est un bijou et réserve son lot de surprises. Du point de vue technique, outre la virtuosité de Philip Kaufman et la grande réussite des effets visuels, la photographie de Michael Chapman, l’un des plus grands chefs opérateurs de l’histoire du cinéma (Taxi Driver, Raging Bull, Le Fugitif), renforce cette impression de claustration qui se resserre à mesure que les personnages se voient obliger de courir sans cesse pour échapper aux griffes des envahisseurs. N’oublions pas la partition de Denny Zeitlin, la seule incursion au cinéma du compositeur, qui donne des frissons et envoûte toujours les spectateurs. Evidemment, nous retenons aussi et surtout la performance de comédiens immenses, dominés par un Donald Sutherland en état de grâce et qui passait de grands films en grands rôles, de M*A*S*H de Robert Altman, en passant par Klute d’Alan J. Pakula, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, 1900 de Bernardo Bertolucci ou bien encore Le Casanova de Fellini de Federico Fellini. Cependant, sa prestation n’éclipse jamais celle de ses partenaires, notamment une Brooke Adams intrigante et débarquant des Moissons du ciel de Terrence Malick, un Jeff Goldblum âgé de 25 ans et déjà pince-sans-rire, une Veronica Cartwright affrontait déjà des aliens avant celui de Ridley Scott, et surtout un Leonard Nimoy froid comme la glace, qui impressionne à chaque regard ou réplique. Deux apparitions de premier choix sont également au programme, celle de Don Siegel en personne, dans le rôle d’un chauffeur de taxi ambigu, et celle de Kevin McCarthy, premier rôle du film original, qui fait ici le lien avec L’Invasion des profanateurs de sépultures.

A la fois thriller, film d’horreur et de science-fiction, L’Invasion des profanateurs est aussi un film politique angoissant et redoutablement pessimiste, parfait reflet d’une Amérique post-Watergate, en manque de repère et livrée à elle-même, alors que le Siegel reflétait plutôt la peur héritée du maccarthysme. Les derniers êtres humains sont ici les derniers représentants de l’individualité et du libre-arbitre, qui doivent lutter pour préserver ce qu’il leur reste de plus cher, pour ne pas être dupliqué et remplacé par un être programmé, sans haine et sans amour, né dans une cosse, métaphore de la standardisation. Après cette fabuleuse adaptation, Abel Ferrara y reviendra en 1993 avec Body Snatchers, ainsi qu’Oliver Hirschbiegel en 2007 avec Daniel Craig et Nicole Kidman dans Invasion. Les profanateurs feront sûrement leur retour un jour ou l’autre…

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Invasion des profanateurs, disponible chez Rimini Editions, repose dans boîtier classique de couleur noire. Le visuel de la jaquette est très élégant, jouant sur la duplicité du personnage joué par Donald Sutherland. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur joint également un livret de 12 pages rédigé par Pascal Montéville et intitulé Invasion(s), que nous retrouvons au cours d’un des suppléments détaillés ci-dessous.

Nous commençons cette large interactivité par l’entretien avec Brooke Adams (9’-2016). Chaleureuse, drôle et visiblement ravie de partager ses souvenirs liés au tournage de L’Invasion des profanateurs, la comédienne entame cette interview en indiquant qu’elle ne connaissait pas le film de Don Siegel. La rencontre et le travail avec Philip Kaufman, la scène de nu, la psychologie des personnages, la collaboration avec ses partenaires de jeu, la photographie de Michael Chapman, Brooke Adams aborde tous ces sujets, sans oublier de nous refaire son « truc avec les yeux » qui a marqué tant de spectateurs.

Dans un module réalisé en 2007, le scénariste W.D. Richter, le réalisateur Philip Kaufman, le directeur de la photographie Michael Chapman, les comédiens Donald Sutherland et Veronica Cartwright reviennent à leur tour sur leur adaptation du livre de Jack Finney (15’). Ces intervenants mentionnent les thèmes du film, les partis pris, les différences avec le film de Don Siegel, le tournage à San Francisco et la surprise de la scène finale.

Ne manquez pas le segment intitulé Une invasion signée Jack Finney (28’), qui donne la parole à Pascal Montéville, enseignant en Sciences Politiques à School Year Abroad de Rennes et qui propose un formidable comparatif entre les films de Don Siegel et Philip Kaufman, mais également des films avec le roman original de Jack Finney, tout en évoquant rapidement les deux adaptations suivantes. Notre interlocuteur passe en revue les thèmes du livre et la façon dont les réalisateurs ont su chacun refléter le climat politique et social de leur époque. Vous en saurez beaucoup plus sur la publication de ce roman qui a su marquer l’histoire de la science-fiction des années 1950. Enfin, Pascal Montéville donne également son point de vue sur le film qui nous intéresse.

Les suppléments suivants sont uniquement disponibles sur l’édition Blu-ray :

On passe à l’interview du comédien canadien Art Hindle, l’interprète du Dr. Geoffrey Howell dans L’Invasion des profanateurs (25’). Aujourd’hui paumé dans les séries B et Z au cinéma et à la télévision, Art Hindle ne cache pas son enthousiasme à évoquer sa participation au film de Philip Kaufman, tout en rappelant qu’il avait également participé au classique Black Christmas (1974) de Bob Clark puis juste après dans Chromosome 3 de David Cronenberg (1979). Très attachant l’acteur parle de son amour pour la science-fiction depuis son enfance et se souvient également que sa mère cinéphile l’avait emmené voir la version de Don Siegel au cinéma. A son tour, Art Hindle aborde le travail avec Philip Kaufman, sa découverte du scénario, les partis pris, le travail du chef opérateur, son personnage, ses partenaires (avec un « Leonard Nimoy merveilleux », une « Brooke Adams formidable» et un « Donald Sutherland froid, distant et un peu dédaigneux »), tout en avouant que L’Invasion des profanateurs est le film sur lequel il a préféré travailler.

C’est ensuite au tour du scénariste W.D. Richter de se pencher sur son travail (16’). Comment transposer le roman original, sans copier le travail déjà effectué par Don Siegel dans sa version du livre de Jack Finney ? Comment le tournage s’est-il déroulé ? W.D. Richter répond à ces questions, tout en avouant que le script était modifié en permanence. Les thèmes, mais aussi les effets visuels, le choix des comédiens, l’apparition de Don Siegel et de Kevin McCarthy, ainsi que la fin tenue secrète jusqu’au dernier moment, y compris pour les acteurs, sont également passés au peigne fin.

Dernier bonus tout aussi indispensable de cette édition HD, celui de la rencontre avec le compositeur Denny Zeitlin (15’). Chose rare dans l’histoire du cinéma, notre interlocuteur, enseignant en psychanalyse n’a composé qu’une seule partition, celle de L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman ! L’intéressé explique comment il est arrivé sur ce projet et comment il a relevé le défi d’écrire la musique du film qui nous intéresse. S’il se dit toujours très fier d’avoir participé à L’Invasion des profanateurs, Denny Zeitlin revient sur la difficulté de cette tâche à laquelle il consacrait entre 18 à 22 heures par jour pendant 10 semaines. Ce documentaire se clôt sur une petite démo au piano, tandis que Denny Zeitlin indique avoir reçu de nombreuses propositions à la sortie du film, mais qu’il a poliment décliné pour se consacrer à sa véritable vie professionnelle.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce. Un très grand merci à Rimini Editions !

L’Image et le son

L’éditeur nous permet de redécouvrir L’Invasion des profanateurs dans de belles conditions techniques, même si les partis pris esthétiques du chef opérateur Michael Chapman, donnent constamment du fil à retordre au codec AVC. Quelques séquences nocturnes demeurent altérées avec des noirs poreux virant au bleu, une baisse de la définition avec des plans flous, un grain plus hasardeux et une gestion des contrastes déséquilibrée. En dépit de diverses scènes à la définition aléatoire et de sensibles fourmillements, la propreté est indéniable et le dépoussiérage conséquent, la copie demeure très appréciable, et l’apport HD (1080p) est loin d’être négligeable. Les séquences diurnes lumineuses sont bien restituées avec parfois un halo de lumière vaporeux fort plaisant. On découvre aussi un lot de détails inédits qui flatte la rétine, d’autant que le cadre est stable et superbement exploité.

Malgré ce qui est mentionné sur la jaquette, point de piste anglaise en 5.1 ! La version originale bénéficie d’un mixage Stéréo qui instaure un confort acoustique convaincant. Cette option séduisante permet à la composition enivrante de Denny Zeitlin de s’étendre convenablement afin de mieux plonger le spectateur dans l’atmosphère du film. Les effets annexes ne tombent jamais dans la gratuité ni dans l’artificialité. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés, bien qu’ils auraient pu être un poil plus relevés. Même chose pour la balance frontale, qui assure correctement le spectacle, même si l’on pouvait cependant espérer un ensemble plus riche et dynamique. Les fans de la version française devront se contenter d’une piste mono qui fait ce qu’elle peut pour imposer ses ambiances, les dialogues et la musique. Dommage que les sous-titres français soient imposés sur la version originale. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Dans les deux cas, aucun souffle constaté.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Nemesis, réalisé par Albert Pyun

NEMESIS réalisé par Albert Pyun, disponible en DVD et Blu-ray le 21 avril 2017 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Olivier Gruner, Tim Thomerson, Cary-Hiroyuki Tagawa, Merle Kennedy, Yuji Okumoto, Marjorie Monaghan, Nicholas Guest, Vincent Klyn, Thom Mathews

Scénario : Rebecca Charles

Photographie : George Mooradian

Musique : Michel Rubini

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Los Angeles, 2026. Les USA et le Japon ne font plus qu’un. Une technologie avancée en cybernétique a développé la possibilité de remplacer n’importe quel morceau de corps. Alex Rain est un flic cyborg qui traque des terroristes. A moitié détruit et rafistolé après une attaque, il s’enferme dans sa solitude et quitte la police. Mais son supérieur Farnsworth le retrouve et le force à accepter une ultime mission dangereuse. En lui plaçant une bombe à retardement au coeur de son système.

Pour beaucoup d’amateurs de cinéma Bis, Albert Pyun (né en 1954), est le réalisateur de Cyborg (1989) avec Jean-Claude Van Damme. Depuis son premier long métrage, le film d’heroic-fantasy L’Epée sauvage (1982), le metteur en scène américain né à Hawaii est devenu un spécialiste du cinéma d’action tourné avec des moyens souvent dérisoires, mais une imagination débordante. On compte aujourd’hui à son palmarès plus de 50 séries B d’action et de science-fiction, parmi lesquelles Nemesis (1992) et ses suites, Kickboxeur 2 : Le Successeur (1991), un Captain America (1990) considéré comme un des pires films de tous les temps (merci la Cannon), Explosion imminente (2001) avec Steven Seagal, Tom Sizemore et Dennis Hopper ou bien encore Adrénaline (1996) et Mean Guns (1997) avec Christophe(r) Lambert.

Nemesis est assurément l’un des sommets de la carrière d’Albert Pyun. Un succès qui a engendré trois suites : Nemesis 2 : Nebula (1995), Nemesis 3 : Time Lapse (1996) et Nemesis 4 : Death Angel (1996), réalisés par Albert Pyun lui-même. Dans ce film fantastique (le genre hein), le réalisateur ne se gêne pas pour piller Terminator 2 : Le Jugement dernier de James Cameron – jusqu’à la réplique I’ll be back et même les bruitages de l’exosquelette – avec une pincée de RoboCop de Paul Verhoeven et de Blade Runner de Ridley Scott. Evidemment avec un budget largement moins conséquent, la virtuosité en moins, une gratuité effarante, mais avec une intarissable générosité afin d’offrir aux spectateurs le meilleur divertissement possible, Albert Pyun réussit son pari, à savoir livrer un spectacle bourrin et hautement réjouissant.

Drôle, souvent involontairement c’est vrai, Nemesis enchaîne les fusillades bien grasses, mais jubilatoires, les punchlines provenant d’une cour de maternelle (« T’es qu’un salopard de flic ! » « Et toi une salope de terroriste ! »), avec quelques nanas topless (sculpturale Deborah Shelton, vue dans Body Double), des courses-poursuites à la pelle, des effets spéciaux (animation en stop-motion) et des maquillages qui fleurent bon le système D, la peinture à l’eau et le plastique fondu. A tout cela s’ajoute le charisme improbable du comédien français Olivier Gruner (peu aidé par la coupe mulet dans une scène mémorable), qui pour citer Peur sur la ville joue un personnage « Rien dans la tête, tout dans les muscles ». Tout en abdos et dépourvu d’expressions faciales, l’ancien militaire avait le parfait profil pour jouer un organisme cybernétique recouvert de peau humaine qui a donc le corps d’un chippendale et la tête d’un Guerrier du Bronx. Heureusement, il est aidé par des comédiens plus solides comme Cary-Hiroyuki Tagawa (le Shang Tsung de Mortal Kombat) et Tim Thomerson (Trancers).

« En 2026 après Jésus-Christ », Cité des Anges. Le Japon et les USA ont fusionné politiquement et économiquement. Alex (Olivier Grunner donc) est un policier assassin mi-homme mi-machine, dont les membres totalement carbonisés (ça doit faire mal) ont été remplacés par des organes robotisés. Il agit pour le compte d’une version futuriste du LAPD pour exécuter plusieurs résistants dont une meneuse, Rosaria. Il tente de quitter le LAPD et devient un délinquant sans envergure effectuant des petits boulots pour la pègre. Le robot a le blues. Cependant, ses responsables refusent de le laisser libre et, dès lors qu’ils ont besoin de lui, vont le traquer. Alex est sommé d’exécuter une dernière mission consistant en l’assassinat des chefs de la résistance. Il découvre alors que les résistants ne se battent pas contre le contrôle du gouvernement sur la vie de la population, mais pour l’avenir de l’humanité. C’est beau, c’est con, mais qu’est-ce que c’est bon !

Les amateurs de science-fiction et de films à androïdes ne devront pas bouder Nemesis s’ils ne l’ont jamais vu, car Albert Pyun a beau bénéficier d’un budget très limité, le metteur en scène ne recule devant rien pour amuser son audience, quitte à tout faire péter au détriment de la sécurité de ses comédiens environnés de produits toxiques. L’histoire tourne rapidement en rond, mais nous ne sommes pas là pour ça. Avec sa photographie rouge orangée, Albert Pyun installe une atmosphère « futuriste » en allant tourner dans un terrain vague et une usine abandonnée, en plaçant des explosifs partout et en envoyant ses acteurs courir, y compris des nanas en minijupe, talons hauts et grosse pétoire à la main, où bon leur semble et tant pis s’ils se font brûler en passant le long des décors en feu, cela rajoute un réalisme bienvenu.

Nemesis, c’est entre la série B et la série Z, une série BZ décomplexée cyberpunk qui explose du début à la fin, qui bouge dans tous les sens, qui ose des choses sur le plan technique y compris des plans-séquences, qui se sert sur les succès du moment, qui digère ses références et qui les restitue dégoulinant de suc gastrique. C’est acide, pas très bon pour la santé, comme un McDo, mais on l’avale quand même, ça fait du bien sur le moment et on en demande pas plus.

LE BLU-RAY

Nemesis est enfin disponible chez Metropolitan Vidéo. L’éditeur n’a pas fait les choses à moitié pour les amateurs du cinéma d’Albert Pyun – il y en a et c’est tant mieux – puisque Nemesis est accompagné de Mean Guns pour une séance double-programme ! A la manière de ses récentes sorties consacrées à Jean-Claude Van Damme avec les Blu-ray qui réunissaient Black EagleL’Arme absolue + Full Contact d’un côté et The Order + Le Grand tournoi de l’autre, deux films d’Albert Pyun se trouvent donc réunis sur la même galette. Le test de Mean Guns est d’ores et déjà disponible sur notre site. Une fois le disque inséré, un menu animé et musical nous propose de sélectionner directement le film, la langue et le supplément désiré.

Pour cette sortie de Nemesis en Blu-ray, l’éditeur joint un petit making of d’époque (7’), constitué de nombreuses images de tournage, du plateau, de la préparation des cascades et des explosions, mais aussi d’interviews de l’équipe (sauf Albert Pyun). Promotionnel mais rigolo, ce documentaire renvoie à l’époque avant l’avènement des images de synthèse et montre tout le travail des artisans et animateurs.

L’Image et le son

Qui dit Metropolitan dit qualité au rendez-vous. L’éditeur soigne le master HD (1080p) de Nemesis, qui était jusqu’alors inédit en DVD en France. Un lifting numérique a été effectué, avec un résultat probant. L’encodage AVC est de haute tenue et la promotion HD indéniable. Les détails sont appréciables sur le cadre large, le piqué et la clarté sont aléatoires mais plus nets sur les séquences diurnes, la colorimétrie spécifique du chef opérateur George Mooradian, fidèle collaborateur du réalisateur, retrouve une nouvelle jeunesse et les contrastes affichent une petite densité inattendue. L’ensemble est propre, stable en dehors du générique aux inévitables fourmillements, les quelques rares scories aperçues demeurent subliminales, et le grain est respecté.

Deux versions au programme en ce qui concerne l’acoustique, deux pistes DTS HD Master Audio 2.0. Au jeu des comparaisons, la version française est beaucoup moins dynamique que son homologue, tant au niveau des dialogues que des fusillades. Privilégiez évidemment la version originale, même si les dialogues français valent leur pesant dans les punchlines. La piste anglaise est donc beaucoup plus dynamique et restitue mieux le fracas des affrontements. Notons qu’en version française, une voix féminine assure la narration en parlant d’Alex à la troisième personne, alors que ce dernier est bien le narrateur en anglais.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Monstres invisibles, réalisé par Arthur Crabtree

MONSTRES INVISIBLES (Fiend Without a Face) réalisé par Arthur Crabtree, disponible en DVD le 9 mai 2017 chez Movinside

Acteurs : Marshall Thompson, Kynaston Reeves, Kim Parker, Stanley Maxted, Terry Kilburn, James Dyrenforth, Robert MacKenzie

Scénario : Herbert J. Leder d’après la nouvelle « The Thought Monster » d’Amelia Reynolds Long

Photographie : Lionel Banes

Musique : Buxton Orr

Durée : 1h14

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Durant les essais d’un radar expérimental dans une base militaire au Manitoba, des fermiers du voisinage meurent dans d’étranges circonstances. L’autopsie révèle que les cadavres n’ont plus de cerveau ni moelle épinière et, pour toute blessure, un tout petit trou à la base de la nuque. Le major Jeff Cummings va mener une enquête afin de comprendre les raisons de ce phénomène.

C’est un petit film de science-fiction horrifique qui pourrait paraître banal au milieu de toutes les productions britanniques indépendantes du genre dans les années 1950 et pourtant Monstres invisiblesFiend Without a Face se démarque par ses effets spéciaux et son quart d’heure final peuplé de créatures qui ne sont pas sans rappeler celles du premier Alien au premier stade de leur évolution. Produit par Amalgamated Productions pour un budget de 50.000 livres, écrit par Herbert J. Lederpar (The Frozen Dead), d’après une nouvelle d’Amelia Reynolds Long publiée dans les années 1930, réalisé en 1958 par Arthur Crabtree (Crimes au musée des horreurs), ancien chef opérateur passé à la mise en scène après la Seconde Guerre mondiale, Monstres invisibles fonctionne encore bien aujourd’hui. D’une part pour son message d’avertissement contre les dangers du nucléaire dans un premier acte « documentaire » avec les séquences montrant les diverses tâches spécifiques des navigateurs et tout ce qui touche à la conquête de l’air, d’autre part dans la partie horreur plus singulière avec la traque de ces étranges cerveaux à queue et aux antennes d’escargots, qui ont la capacité de se rendre invisibles.

En plus de cela, ces êtres difformes s’attaquent aux êtres humains en s’enroulant autour de leur cou pour leur planter un dard dans la nuque, afin de leur aspirer le cerveau et la moelle épinière ! Autant dire que notre héros, le major Jeff Cummings, va avoir du pain sur la planche quand les morts suspectes s’accumulent autour de la base dont il est l’un des responsables. Il faut dire que cette station expérimentale américaine installée près d’une petite ville canadienne a entraîné quelques tensions entre l’armée et les locaux. Les fermiers se plaignent du bruit causé par les nombreux décollages et atterrissages, cause de stress pour leurs vaches, et les gens ne voient pas d’un bon oeil l’utilisation du nucléaire requise pour les essais d’un radar expérimental. Ces divisions entre les deux partis ne vont pas aider Cummings. Arthur Crabtree s’en sort très bien derrière la caméra et parvient à créer un certain suspens grâce à beaucoup d’inventivité, la suggestion et les bruitages inquiétants particulièrement réussis quand les vampires cérébraux sont à l’oeuvre.

Les crimes sont très efficaces puisque les créatures sont, comme le titre français l’indique, invisibles. De ce fait, les victimes entendent un bruit de succion, rampant, puis se tiennent la gorge en hurlant en tentant d’écarter quelque chose qui semble leur serrer le cou, avant de s’écrouler les yeux révulsés. Ces monstres ne seront donc visibles que dans le dernier quart d’heure, où multipliés, avides de chair humaine et de matière grise, animés par l’énergie atomique, ils se jetteront l’un après l’autre sur nos héros un rien désappointés de voir des cervelets vivants, autonomes et grouillants dans les fougères. Heureusement, ils vont résister en leur tirant dessus et même à coups de hache avec du bon gros sang (en N&B) qui bouillonne et qui brûle comme de l’acide.

Popularisé grâce à la série Daktari, le comédien Marshall Thompson tourne alors depuis une quinzaine d’années quand on lui propose le rôle principal de Monstres invisibles. Un an plus tard, il retrouvera un rôle quasi-similaire dans un film du même genre dans le célèbre et aussi culte Pionnier de l’espace de Robert Day. Les effets spéciaux de Monstres invisibles, révolutionnaires à l’époque et réalisés par des spécialistes au moyen d’ordinateurs perfectionnés dans l’animation image par image, possèdent encore une vraie magie poétique et participent à la réussite ainsi qu’à la postérité de cette série B.

LE DVD

Le DVD de Monstres invisibles, disponible chez Movinside, a été testé à partir d’un check-disc. Le film d’Arthur Crabtree intègre la collection « Trésors du fantastique » dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

A l’occasion de la sortie de Monstres invisibles en DVD, Marc Toullec, journaliste et ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies, propose une présentation du film d’Arthur Crabtree (16’). Très informative, cette introduction en apprend beaucoup sur le statut culte du film (en raison de son dernier acte anthologique), les conditions de production, l’écriture du scénario, le casting, la réalisation des effets spéciaux et le remake avorté du film dans les années 80-90. Marc Toullec enchaîne les anecdotes sur Monstres invisibles pour notre plus grand plaisir.

L’Image et le son

Jusqu’alors inédit en DVD en France, Movinside offre un master au format original un peu fatigué de Monstres invisibles, bien que l’encodage tente de consolider l’ensemble. Le titre du film est étonnamment en allemand, ce qui indique où l’éditeur a pu mettre la main sur la copie. La gestion des contrastes est aléatoire, la copie laisse encore passer de nombreuses poussières, scories, rayures verticales, raccords de montage, surtout durant la première partie et les divers stock-shots. Le piqué est donc médiocre, mais les noirs ne manquent pas de concision et la copie est lumineuse sur les séquences diurnes.

Le confort acoustique est de mise, rarement parasité par quelques fluctuations ou chuintements, par ailleurs imputables aux conditions de conservation ou tout simplement aux affres du temps. Les sous-titres français ne sont pas verrouillés et seule la version originale Dolby Digital mono est proposée ici. Les dialogues sont clairs et distincts, tout comme les effets sonores à l’instar des bruits de succion assez dérangeants.

Crédits images : © Movinside – MGM / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Le Sous-marin de l’apocalypse, réalisé par Irwin Allen

LE SOUS-MARIN DE L’APOCALYPSE (Voyage to the bottom of the sea) réalisé par Irwin Allen, disponible en DVD et Blu-ray le 4 avril 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Walter Pidgeon, Robert Sterling, Joan Fontaine, Peter Lorre, Barbara Eden, Frankie Avalon

Scénario : Irwin Allen, Charles Bennett

Photographie : Winton C. Hoch

Musique : Paul Sawtell, Bert Shefter

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Commandé par l’Amiral Nelson, le Sea View est un sous-marin nucléaire révolutionnaire. En plongée dans l’océan Arctique, le bâtiment est victime d’un éboulement de glace. Le retour à la surface offre un spectacle terrifiant. Victime d’un réchauffement soudain, la Terre sera bientôt impropre à toute forme de vie. Dans leur course pour sauver la planète, l’amiral et son équipage vont devoir affronter mille dangers, entre monstres marins et sous-marins ennemis.

Beaucoup de téléspectateurs connaissent la série TV Voyage au fond des mers, créée et produite par Irwin Allen (1916-1991), soit 110 épisodes réalisés de 1964 à 1968 et diffusés sur la chaine américaine ABC. Mais l’audience n’est peut-être pas au courant que cette série découle du long métrage Le Sous-marin de l’apocalypseVoyage to the bottom of the sea, réalisé par le même Irwin Allen en 1961. Grand producteur spécialisé dans les films fantastiques et d’aventures, on lui doit notamment Cette mer qui nous entoure (1952, Oscar du meilleur documentaire), Le Monde perdu (1960), Cinq semaines en ballon (1962), La Cité sous la mer (1969), qu’il a lui-même réalisé, sans oublier la série Perdus dans l’espace (1965), ainsi que les chefs d’oeuvre L’Aventure du Poséidon de Ronald Neame (1972) et La Tour infernale de John Guillermin (1974). Ce qui revient souvent dans cette filmographie c’est la fascination d’Allen pour la mer et ses secrets, ainsi que les grands spectacles directement hérités des récits de Jules Verne.

Le Sous-marin de l’apocalypse ne fait pas exception à la règle et s’avère une savoureuse relecture de Vingt mille lieues sous les mers coécrite par Irwin Allen et Charles Bennett (Les 39 marches, L’Homme qui en savait trop). Le personnage de Walter Pidgeon, génial inventeur du sous-marin, mais que ses subordonnés suspectent de tomber progressivement dans la folie, n’est pas sans rappeler celui du Capitaine Nemo. La fin du monde semble approcher à grands pas. En effet, une ceinture radioactive incandescente cerne la Terre, la menaçant d’une destruction totale et définitive. Alors que son bâtiment croise dans les eaux de l’océan Arctique, l’amiral Nelson, le commandant d’un sous-marin atomique chargé de procéder à des essais nucléaires sous les glaces du pôle Nord, apprend la terrible nouvelle. Pour lui, il n’existe qu’une seule solution : briser le cercle infernal de la ceinture de Van Allen au moyen d’un missile tiré depuis le pôle magnétique. Il fait part de son idée aux autorités de son pays, mais celles-ci tergiversent. Las d’attendre le feu vert de ses supérieurs, Nelson décide de passer à l’action. Imaginez Walter Pidgeon, Joan Fontaine et Peter Lorre en uniforme bien repassé, dos droit et regard plissé, les derniers espoirs de l’humanité sur le point d’être anéantie par un phénomène météorologique ! Tout ce beau monde, y compris Barbara Eden, Robert Sterling, Michael Ansara et même Frankie Avalon qui pousse également la chansonnette du générique d’ouverture, sont réunis dans leur sous-marin dernier cri avec sa forme de cigare argenté et ses huit hublots moulés dans son nez de verre.

Le Sous-marin de l’apocalypse est un savoureux film de science-fiction vintage, très bien fait, avec des effets spéciaux rétro qui tiennent encore bien la route (la pieuvre et le poulpe géants, les modèles réduits), tout comme l’interprétation haut de gamme et la belle photo de Winton C. Hoch, fidèle collaborateur de John Ford. Considéré comme un film catastrophe avant l’heure, Voyage to the bottom of the sea reste un formidable film d’aventure bien rythmé, aux nombreuses péripéties, doublé d’un message écolo sur le réchauffement climatique (même si la planète est finalement sauvée grâce au nucléaire) qui interpelle probablement beaucoup plus les spectateurs d’aujourd’hui que ceux de l’époque, ce qui ajoute une plus-value à ce long métrage devenu culte avec les années et qui demeure très prisé des cinéphiles.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Sous-marin de l’apocalypse, disponible chez Rimini Editions, repose dans boîtier classique de couleur bleue. Le visuel de la jaquette est très élégant, entre le rouge du ciel enflammé et le bleu limpide des profondeurs des océans. Le menu principal est animé sur des images du film et la chanson de Frankie Avalon « Voyage to the bottom of the sea » qui ouvre le film.

L’éditeur joint un excellent module rétrospectif sur le film, écrit et réalisé par le journaliste Alexandre Jousse (18’) et produit par l’équipe de Rimini Editions. Dans les coursives du Seaview revient habilement sur tous les aspects du Sous-marin de l’apocalypse, à travers un montage soigné et une réalisation dynamique. Les propos sont clairs et précis, parfois accompagnés d’animations 3D pour expliquer comment les prises de vues ont été effectuées avec les modèles réduits ou sous l’eau. Alexandre Jousse explore la genèse du film d’Irwin Allen, le casting, l’élaboration des décors, les effets spéciaux, aborde la carrière du cinéaste-producteur, passe en revue les références à Jules Verne et à l’actualité de l’époque, sans oublier l’accueil triomphal du film à sa sortie. Il n’oublie pas de parler de la série Voyage au fond des mers tirée du film trois ans après sa sortie, tout comme le merchandising qui a accompagné ce succès. Quelques storyboards, dessins préparatoires viennent même illustrer cette excellente présentation à ne pas manquer.

L’Image et le son

Grâce à un codec AVC de haute tenue, le Blu-ray du Sous-marin de l’apocalypse proposé au format 1080p, permet aux spectateurs de redécouvrir totalement les incroyables décors du film. Si l’on excepte quelques séquences plus douces que d’autres ou au grain plus appuyé (sur les plans de plongée sous-marine ou les projections) nous nous trouvons devant une image qui ne cesse de flatter les rétines. Issue d’une restauration solide, cette copie HD est d’une stabilité à toutes épreuves. La propreté est indéniable, les couleurs retrouvent une vraie vivacité (rouges éclatants dès le générique), le piqué est joliment acéré et les détails sont probants sur le cadre large. Certes les effets spéciaux optiques ont pris un petit coup de vieux, mais le découpage est net et sans bavure, l’ensemble est homogène et d’une indéniable élégance. Si les contrastes auraient pu être légèrement revus, revoir Le Sous-marin de l’apocalypse dans ces conditions a de quoi ravir les cinéphiles.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage LPCM 2.0. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque plus de vivacité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue se fait grâce au menu pop-up.

Crédits images : © Twentieth Century Fox / Rimini Editions / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Morgane, réalisé par Luke Scott

MORGANE (Morgan) réalisé par Luke Scott, disponible en DVD et Blu-ray le 1er février 2017 chez 20th Century Fox

Acteurs : Kate Mara, Anya Taylor-Joy, Rose Leslie, Toby Jones, Boyd Holbrook, Michelle Yeoh, Jennifer Jason Leigh, Brian Cox, Paul Giamatti

Scénario : Jean Scott Rogers

Photographie : Mark Patten

Musique : Max Richter

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Consultante en gestion du risque, Lee est envoyée dans un lieu isolé et tenu secret pour enquêter sur un événement terrifiant qui s’y est déroulé. On lui présente alors Morgane, à l’origine de l’accident, une jeune fille apparemment innocente qui porte en elle la promesse du progrès scientifique. À moins qu’elle ne se révèle être au contraire une menace incontrôlable…

Morgane (ou Morgan en version originale) est le premier long métrage réalisé par Luke Scott. Scott comme Ridley et Tony. D’ailleurs Luke Scott est le fils du premier. Né en 1968, il commence sa carrière comme figurant dans Les Duellistes, puis intègre le département artistique sur 1492 : Christophe Colomb. Après ? On ne sait pas ce que Luke Scott a fait jusqu’à 2014, année où il devient réalisateur de la seconde équipe sur Exodus : Gods and Kings, encore une fois mis en scène par son père, rôle qu’il reprendra sur Seul sur Mars en 2015. Merci papa donc. Concernant la réalisation, Luke Scott s’est fait la main sur un épisode de la série Les Prédateurs (1999), avant de signer un premier court-métrage, Loom (2012), avant de passer à son premier long métrage donc, Morgane, qui découle directement de son précédent film puisque Loom mettait en scène un homme (Giovanni Ribisi) qui cachait un être artificiel au sein d’un laboratoire de génétique. Un sujet qui a toujours passionné Luke Scott.

Produit et supervisé par Ridley Scott lui-même (tant qu’à faire), Morgane s’avère un thriller de SF, malheureusement banal, et qui arrive bien trop tard. En réalité, il y a trois films déjà sortis dans Morgane, Splice de Vincenzo Natali (2009), Hanna de Joe Wright (2011) et Ex Machina d’Alex Garland (2015). Aucune surprise donc mais un gros casting composé de Kate Mara (vue dans Seul sur Mars, comme par hasard), Anya Taylor-Joy (révélation de The Witch et impressionnante dans Split de M. Night Shyamalan), sans oublier les excellents Toby Jones, Rose Leslie (la sauvageonne Ygritte de Game of Thrones), Michelle Yeoh, Jennifer Jason Leigh, Brian Cox, Paul Giamatti…excusez du peu ! Morgane vaut donc pour son casting, même si Kate Mara, loin d’être l’actrice la plus charismatique et la plus convaincante, peine à convaincre et livre toutes les clés sur son personnage dès sa première apparition. Luke Scott rate son premier film par trop de facilités. Son histoire manque singulièrement d’intérêt, son film de rythme et de rebondissements. Comme s’il avait le fondement entre deux chaises, il instaure une atmosphère étrange et langoureuse dans une première partie, avant de préférer tout faire péter dans la seconde avec bastons style Jason Bourne et meurtres de sang-froid, sans doute par manque de confiance ou tout simplement conscient que le spectateur a pu s’endormir.

Certes Luke Scott flirte avec le mythe de Frankenstein, mais il ne parvient jamais à donner la moindre empathie pour ses personnages et surtout pas envers Lee (Kate Mara) et Morgane (Anya Taylor-Joy). On a constamment l’impression de visiter une exposition-vidéo, de beaux décors aseptisés, les scènes s’enchaînent de manière poussive, tandis que le spectateur, surtout l’habitué du genre, aura toujours un temps d’avance sur les supposées surprises. Est-ce cela que l’on appelle finalement « film d’anticipation » ? Tout ce qui concerne la manipulation génétique, les expériences sur le corps humain, l’homme qui se prend pour Dieu, est abordé sans intelligence et avec paresse. Finalement, le film devient un spot publicitaire pour l’Irlande du Nord, où le film a été tourné, et l’esprit se met à divaguer sur de potentielles vacances au milieu de ces forêts plutôt que de rester concentré sur une intrigue qui part rapidement à vau-l’eau et qui oublie une chose primordiale, l’émotion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Morgane, disponible chez Fox, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est mollement animé et bruité (à la bouche, non on rigole).

Le réalisateur Luke Scott a l’air lui-même gêné de commenter son film (en version originale avec sous-titres français) et n’a pas grand-chose à dire sur Morgane. Le réalisateur s’extasie surtout sur le jeu des comédiens, en se demandant constamment il a pu bénéficier d’un tel casting, tout en louant le travail de son décorateur, de son compositeur et d’autres artistes en « teur ». Le commentaire est très lent, rarement ponctué de remarques pertinentes et intéressantes, qui auraient pu redonner un petit peu d’intérêt au film. Malheureusement il n’en est rien.

En guise de « making of », l’éditeur livre un documentaire intitulé Organisme modifié, l’apport de la science au film (20’). Composé essentiellement d’interventions de scientifiques, de chercheurs, de professeurs en biochimie et biologie, de docteurs en philosophie, mais aussi et également de rares propos du réalisateur Luke Scott et de son daddy producteur Ridley, ce module présente toutes les avancées en matière de génétique et génomique. Comment ces recherches vont-elles améliorer la vie des êtres humains ? On parle d’accroissement de l’espérance de vie, de défense immunitaire, d’évolution, avec le plus grand sérieux. De rapides images dévoilent l’envers du décor du film.

Cinq scènes inédites (6’) sont ensuite disponibles, avec le commentaire audio (vostf) du réalisateur en option qui indique la raison de leur éviction. Comme il l’indiquait dans son commentaire sur le film, Luke Scott a préféré couper la scène (ici disponible) qui dévoilait le corps nu androgyne de Morgane car ce plan le mettait mal à l’aise. La dernière scène est en réalité la version longue de l’affrontement entre Morgane et Lee.

Comme nous l’indiquons dans la critique du film, Morgane découle en réalité du court-métrage Loom réalisé par Luke Scott en 2012. Dans un laboratoire futuriste, un scientifique (Giovanni Ribisi) crée de la viande pour nourrir la population terrestre. Mais, quand vient le soir et qu’il rentre chez lui, ses recherches prennent une tournure beaucoup plus contestable. En vingt minutes, Luke Scott parvient à plus nous émouvoir que sur les 95 minutes de de Morgane. De plus, ce court-métrage très réussi s’avère très soigné sur la forme et mérite qu’on s’y attarde. La preuve, même Luke Scott a plus de choses à dire sur ce court-métrage (via les commentaires aussi encore une fois disponibles) que sur l’entièreté de Morgane.

L’interactivité se clôt sur deux bandes-annonces et une galerie de photos en Haute-Définition.


L’Image et le son

Morgane est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la photo du chef opérateur Mark Patten. Les volontés artistiques sont donc respectées mais entraînent quelques légers fléchissements de la définition dans les scènes les moins éclairées. Néanmoins, cela reste anecdotique, car ce master HD demeure impressionnant de beauté, tant au niveau des détails que du piqué. Le cadre large n’est pas avare en détails, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie froide est optimale.

Si la piste française n’est pas déshonorante et remplit parfaitement son office, le mixage DTS 5.1 ne peut rivaliser avec la piste anglaise DTS HD Master Audio 7.1. Cette dernière laisse pantois par son immersion, son soutien intelligent des latérales, ses basses percutantes sur les séquences d’action. La version originale s’impose sans mal avec des dialogues remarquablement exsudés par la centrale, des frontales saisissantes, des effets et ambiances riches, les enceintes arrière instaurent constamment un environnement musical. Un excellent spectacle phonique.

Crédits images : © Twentieth Century Fox /  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Equals, réalisé par Drake Doremus

EQUALS (Akai Satsui) réalisé par Drake Doremus, disponible en Blu-ray et DVD le 20 décembre 2016 chez Orange Studio

Acteurs : Kristen Stewart, Nicholas Hoult, Guy Pearce, Jacki Weaver, Kate Lyn Sheil, Aurora Perrineau, Toby Huss, Scott Lawrence

Scénario : Nathan Parker

Photographie : John Guleserian

Musique : Dustin O’Halloran, Sascha Ring

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Durant « La Grande Guerre », la Terre a connu 28 jours de bombardements. 99,6 % de la surface habitable de la planète a été anéantie. Une zone a survécu, la Péninsule, peuplée d’êtres jugés primitifs appelés les Déficients. Le reste de la population est confinée dans des cités où les sentiments sont considérés comme une maladie à éradiquer car symboles et vestiges du passé tumultueux de la race humaine. C’est dans une de ces villes blanches et aseptisées que Nia et Silas tombent éperdument amoureux. Pour survivre, ils devront cacher leur amour et résister ensemble.

Prendre Kristen Stewart et Nicholas Hoult, qui sont loin d’être les comédiens les plus expressifs, pour interpréter deux jeunes qui tombent amoureux dans une société dystopique où les sentiments (peur, angoisse, amour, colère), les contacts physiques et les désirs sont prohibés dès la naissance, n’était pas une mauvaise idée sur le papier. Le problème avec Equals, réalisé par l’américain Drake Doremus, dont les quatre premiers longs métrages indépendants ne sont jamais sortis dans les salles françaises, c’est qu’il croule sous les références, tant sur le fond que sur la forme, et qu’il ne se distingue jamais d’autres films du genre. S’il n’était pas interprété par ces deux jeunes acteurs, qui font partie des plus convoités aujourd’hui, Equals, présenté en compétition au Festival de Venise 2015, n’aurait sans doute pas bénéficié d’une sortie en e-cinéma en France.

Equals est un petit film de science-fiction qui lorgne sur le 1984 de George Orwell, sur THX 1138 de George Lucas et Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol. En dehors de ces excellentes références, Equals ne parvient jamais à instaurer une ambiance, un climat, un contexte, un ton et demeure aussi figé que le jeu apathique de son couple principal. Heureusement, les apparitions furtives des excellents Guy Pearce et Jacki Weaver viennent un peu secouer tout ça. Mais on s’ennuie rapidement devant ce petit film qui veut probablement inciter à la réflexion sur monde d’aujourd’hui, qui a sûrement des choses à dire sur l’incommunicabilité entre les êtres et sur la force des sentiments face à l’adversité et la répression, mais qui les dit mal en se reposant trop sur ses modèles pour faire passer son discours. Dernièrement, The Lobster de Yorgos Lanthimos et même The Island de Michael Bay il y a plus de dix ans en disaient bien plus sur le conditionnement de l’être humain.

Dommage quand on sait que le scénario est signé Nathan Parker, auteur du fantastique Moon de Duncan Jones et que le film est également coproduit par Ridley Scott. Ici, le décor est pauvre et glacé, comme si les comédiens déambulaient dans la Bibliothèque François Mitterrand, on prend un thème musical de trente secondes que l’on passe en boucle non-stop pendant près de deux heures durant lesquelles Kristen Stewart et Nicholas Hoult font la tronche, ce en quoi ils excellent, et sont filmés comme pour une pub de parfum de luxe. La mise en scène compile des gros plans sans consistance tandis que les dialogues s’inspirent visiblement d’une chanson de Patrick Bruel avec « l’amour, c’est mieux que la guerre ».

Equals est un film sur lequel on misait, mais qui finit par irriter au bout d’un quart d’heure et qui n’a rien à proposer si ce n’est du vide, sur un rythme lent. Avec son « intrigue » redondante et trop classique, parvenir jusqu’à la fin de ce film d’anticipation, qui s’avère constamment prévisible et peu convaincant, s’avère un véritable challenge.

LE BLU-RAY

Après une courte carrière en VOD, Equals arrive dans les bacs en DVD et Blu-ray chez Orange Studio. Le Blu-ray repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé sur la musique du film.

L’éditeur réalise ici une sortie technique puisque nous ne trouvons en tout et pour tout que 6 minutes de suppléments. Deux featurettes qui donnent la parole aux comédiens, au producteur et au réalisateur. Quelques rapides images de tournage dévoilent l’envers du décor et les propos des intervenants se penchent principalement sur les personnages et les thèmes explorés.

L’Image et le son

L’éditeur soigne son master HD (1080p), même si le piqué manque souvent de mordant. Cependant, les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce et moins affûtée. La clarté demeure frappante, les gros plans détaillés (ce qui permet de voir que Kristen Stewart n’entretient pas sa peau) et la colorimétrie marquée par les décors métalliques et bleus dans une première partie, puis plus rouge-orangée dans la seconde, est à l’avenant. Les détails sont plaisants et la copie restitue les partis pris esthétiques caractéristiques de ce monde futuriste, aseptisé, immaculé, des décors aux costumes.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 délivrent délicatement les rares dialogues, la musique, les légères ambiances qui environnent les personnages durant leur journée de travail. La balance frontale est joliment équilibrée, les latérales interviennent à bon escient. La spatialisation musicale est systématique et le confort acoustique solide. Il en est de même pour les pistes Stéréo, de fort bon acabit, qui conviendront aisément à ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Orange Studio / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Cyborg 2087 – Coffret La Guerre des Robots, réalisé par Franklin Adreon

CYBORG 2087 réalisé par Franklin Adreon, disponible en coffret DVD Prestige « La Guerre des Robots » le 6 décembre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Michael Rennie, Karen Steele, Wendell Corey, Warren Stevens, Eduard Franz, Harry Carey Jr., Adam Roarke

Scénario : Arthur C. Pierce

Photographie : Alan Stensvold

Musique : Paul Dunlap

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

Le professeur Sigmund Marx a développé une machine permettant de contrôler l’esprit humain. Cependant, en 2087, son invention est détournée de son objectif originel par l’un de ses élèves qui a créé une armée de cyborg permettant la mise en place d’un régime totalitaire. Un cyborg, Garth, qui a réussi à acquérir une brève liberté de pensée, se transporte alors en 1966, afin de convaincre le professeur Sigmund Marx d’abandonner ses recherches. Notre voyageur de temps découvre bientôt qu’il n’est pas seul lorsque des agents du gouvernement du futur tentent de l’empêcher de mener à bien sa mission…

Hmmm…il semblerait qu’un certain James Cameron se soit grandement inspiré de Cyborg 2087 pour son Terminator ! Réalisé en 1966 par Franklin Adreon (1902-1979), ce film de science-fiction contient beaucoup d’éléments qui seront repris par le metteur en scène de Titanic dans ses deux volets de Terminator. En 2087, quelques rebelles envoient un cyborg dans le passé, en 1966, afin qu’il mette la main sur un scientifique, le Professeur Zellar, responsable sans le savoir d’un futur – de leur présent donc – où règne le chaos, où la liberté de pensée a cessé, où l’esprit humain est contrôlé par des dictateurs grâce à la radiotélépathie. Lors de son périple, ce cyborg Garth A7 (Michael Rennie, droit comme un i), organisme cybernétique, commencera à s’humaniser au contact d’une femme, le docteur Sharon Mason (Karen Steele), mais il se fait également poursuivre par d’autres de son espèce. Ces « Traceurs », plus perfectionnés, ont pour mission de lui mettre le grappin dessus et d’éliminer les humains qui lui viendraient en aide.

Alors certes, Cyborg 2087 est un film aujourd’hui redoutablement kitsch et la mise en scène uniquement fonctionnelle et illustrative, mais les troublantes similitudes avec Terminator et Terminator II : Le Jugement dernier (également le cyborg qui montre sa main robotisée comme le T-800) en font une très belle curiosité. Si les décors sont plutôt pauvres et les moyens visiblement limités (le genre étant alors peu considéré par les studios), le scénario est malin, les idées sont nombreuses et exploitées autant que le budget le permettait et l’histoire joue avec les codes d’un genre qui n’a finalement pas beaucoup évolué depuis.

Cyborg 2087 est une série B toujours aussi divertissante, qui contient quelques rebondissements et des scènes d’action bien menées, à l’instar de la poursuite dans la centrale électrique. Si les emprunts à Cyborg 2087 sont évidents pour Terminator, il en est de même pour Mondwest, puisque le Cyborg débarque dans une ville de l’Ouest abandonnée, tel un cowboy sophistiqué, qui se retrouve immédiatement en terrain hostile et se voit malmener par deux hommes et un chien pressés de lui chercher des noises. Pour toutes ces raisons, Cyborg 2087, réalisé au départ pour la télévision, est à (re)découvrir, d’autant plus que le film est encore très sympa et saura aisément contenter les nombreux adeptes de science-fiction vintage.

LE DVD

Cyborg 2087, est pour le moment uniquement disponible dans le coffret DVD La Guerre des Robots disponible chez Artus Films. Sont également disponibles dans ce coffret, Objectif Terre (Target Earth) de Sherman A. Rose (1954), Le Maître du monde – Tobor the Great de Lee Sholem (1954) et The Creation of the Humanoids de Wesley Barry (1962), tous déjà chroniqués dans nos colonnes.

Un premier menu (fixe et muet) nous propose de sélectionner le film à visionner, ici Objectif Terre ou Cyborg 2087. Puis un menu principal fixe et musical nous accueille. En guise d’interactivité, nous trouvons la bande-annonce originale, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos d’exploitation. Le superbe Digipack – qui comblera les cinéphiles pour Noël – renferme les deux galettes, ainsi qu’un livret de douze pages Alerte aux robots – Le Robot au coeur de l’Age d’or de la SF cinématographique américaine (par Pr Brave Ghoul) et quatre reproductions de lobby cards reprenant les affiches des quatre films disponibles dans ce coffret.

L’Image et le son

En introduction, un panneau indique que le matériel de Cyborg 2087 n’a pas été conservé dans des conditions optimales. Malgré les efforts réalisés par l’équipe de la restauration, de nombreux défauts subsistent. En effet, l’image n’est jamais stable, reste floutée tout du long, tandis que la gestion des contrastes et des couleurs restent totalement aléatoires. Il faudra donc être très indulgent puisqu’il semble que l’éditeur ait mis la main sur un master – 1.37, 16/9 compatible 4/3 – déjà très fatigué, pour ne pas dire au bout du rouleau, même si la copie reste finalement assez propre. Si les yeux brûlent un peu en fin de séance avec cet aspect VHS, la rareté du film prime sur le reste, donc nous n’en voulons pas à notre cher éditeur Artus.

Seule la version anglaise mono est disponible avec des sous-titres français non verrouillés. Les craquements et chuintements, mais aucunement gênants, surtout que le souffle est limité. Les dialogues s’avèrent aérés, propres et fluides, tout comme la musique de Paul Dunlap (Shock Corridor).

Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / The Creation of the Humanoids – Coffret La Guerre des Robots, réalisé par Wesley Barry

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THE CREATION OF THE HUMANOIDS réalisé par Wesley Barry, disponible en coffret DVD Prestige « La Guerre des Robots » le 6 décembre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Don Megowan, Erica Elliott, Frances McCann, Don Doolittle, David Cross, Richard Vath, Reid Hammond, Malcolm Smith

Scénario : Jay Simms

Photographie : Hal Mohr

Musique : Edward J. Kay

Durée : 1h15

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

Dans un monde post-apocalyptique, des robots aident la race humaine mourante en leur donnant des corps androïdes.

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Après plusieurs explosions nucléaires, une voix-off bercée par les notes dissonantes d’un thérémine annonce « Cela s’est produit. La Guerre atomique ». Elle fut très brève et ne dura que 48 heures. En deux semaines, 92 % de la population a disparu, victimes des bombardements et des radiations. Les rescapés se sont lancés dans l’automatisation robotique afin de reconstruire les villes et pour garder un niveau de vie élevé. L’intelligence artificielle a connu un bond en avant, au point que les humanoïdes furent créés. Mais devant cette avancée inattendue, les hommes deviennent hostiles à ces robots ultra-perfectionnés et anthropomorphes, qu’ils traitent avec mépris et qu’ils appellent les « cliqueurs ». Ces robots-humanoïdes au visage bleuté à la Fantômas, au crâne dégarni à la Dr Evil et aux yeux métalliques – maquillages conçus par l’immense Jack Pierce (Frankenstein, Dracula) – sont contrôlés par le Comité de Surveillance de l’Ordre de Chair et de Sang, afin qu’ils demeurent à leur « place ». Malgré les contrôles quotidiens, les robots-humanoïdes préparent l’extermination progressive des êtres humains, en les remplaçant par leurs répliques mécaniques. Et si certains individus ignoraient qu’ils étaient eux-mêmes des humanoïdes ?

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Etrange film que ce The Creation of the Humanoids, réalisé par Wesley Barry (1907-1994) en 1962, qui aura commencé sa carrière en tant qu’acteur, puis qui passera occasionnellement derrière la caméra, mais qui sera principalement assistant-réalisateur jusqu’aux années 1970. D’après un scénario de Jay Simms, auteur du sympathique The Giant Gila Monster de Ray Kellogg (1959) et de Panique année zéro de et avec Ray Milland (1962), ce film de SF vintage interroge sur les rapports de l’homme avec la machine. Bien sous tous rapports et ayant pour seul objectif de protéger l’Homme contre ce qui le menace, les robots vont s’affranchir de leur devise Servir, obéir et protéger l’homme de tout danger, même si finalement ils en viendront à vouloir protéger l’homme contre lui-même en programmant leur extinction. Si le fond est souvent passionnant, The Creation of the Humanoids est aussi et surtout un film très pesant et qui ennuie souvent en raison de dialogues interminables et trop explicatifs.

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Au-delà des décors fauchés et des costumes futuristes qui rappellent les pyjamas de Star Trek et de Cosmos 99, l’intrigue est très théâtrale, comme si elle était composée de plusieurs actes figés, quasiment dans des décors uniques et confinés. Ainsi on passe de la séquence dans le repaire des robots à celle du laboratoire, puis à celle de la conférence, de l’appartement puis à nouveau dans le repaire pour la révélation finale. Certains échanges interpellent, mais ces éléments sont à glaner dans d’interminables logorrhées qui mettent souvent la patience du spectateur à rude épreuve, surtout qu’aucune scène d’action (à part une complètement ratée) ne vient le secouer de temps en temps. De plus, le maquillage des comédiens en robots peut faire sourire tout du long et contraste avec le sérieux de l’entreprise. Car The Creation of the Humanoids a laissé tout humour de côté pour un ton premier degré, afin de sensibiliser l’audience sur ce sujet, quasi-révolutionnaire et novateur pour l’époque.

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Mais la mise en scène demeure figée, tout comme le jeu des comédiens, qui ont l’air d’avoir été placés sur un balai et qui récitent leur texte sans y croire, en particulier Don Megowan (Capt. Kenneth Cragis), dont le visage inexpressif peut à la fois paraître risible et également servir son personnage, dont la nature est révélée dans les cinq dernières minutes. The Creation of the Humanoids n’est pas déplaisant en soi, c’est juste que cette petite série B d’exploitation aux couleurs psychédéliques (que l’on doit au chef opérateur oscarisé Hal Mohr), n’a rien de réellement divertissant. En revanche, ce film se révèle être un traité ambitieux, ambigu et pessimiste sur la nature humaine. Intéressant malgré ses nombreux défauts.

LE DVD

The Creation of the Humanoids, est pour le moment uniquement disponible dans le coffret DVD La Guerre des Robots disponible chez Artus Films. Sont également disponibles dans ce coffret, Objectif Terre (Target Earth) de Sherman A. Rose (1954), Le Maître du monde – Tobor the Great de Lee Sholem (1954) déjà chroniqués dans nos colonnes, et Cyborg 2087 de Franklin Adreon (1966), qui sera testé prochainement.

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Un premier menu (fixe et muet) nous propose de sélectionner le film à visionner, ici Le Maître du monde – Tobor the Great ou Creation of the Humanoids. Puis un menu principal fixe et musical nous accueille. En guise d’interactivité, nous trouvons la bande-annonce originale, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos d’exploitation. Le superbe Digipack – qui comblera les cinéphiles pour Noël – renferme les deux galettes, ainsi qu’un livret de douze pages Alerte aux robots – Le Robot au coeur de l’Age d’or de la SF cinématographique américaine (par Pr Brave Ghoul) et quatre reproductions de lobby cards reprenant les affiches des quatre films disponibles dans ce coffret.

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L’Image et le son

Cela commence assez mal avec des tâches et des points partout, une image qui tremble, un grain hasardeux, un manque de netteté qui fait venir les larmes aux yeux, des couleurs ternes et de multiples effets de pompage. Heureusement, le master s’arrange peu après et parvient à trouver un équilibre convenable. Les teintes baves très légèrement, le piqué est doux et la propreté est plus évidente. La gestion des contrastes s’avère plus ferme, tout comme la gestion de la patine argentique.

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Seule la version anglaise est disponible avec des sous-titres français non verrouillés. Les craquements, chuintements et le souffle sont plutôt rares. Les dialogues s’avèrent aérés, propres et fluides, tout comme la musique électronique réalisée au thérémine.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le Maître du monde (Tobor the Great) – Coffret La Guerre des Robots, réalisé par Lee Sholem

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Le Maître du monde (Tobor the Great) réalisé par Lee Sholem, disponible en coffret DVD Prestige « La Guerre des Robots » le 6 décembre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Charles Drake, Karin Booth, Billy Chapin, Taylor Holmes, Steven Geray, Henry Kulky, Franz Roehn, Hal Baylor

Scénario : Philip MacDonald

Photographie : John L. Russell

Musique : Howard Jackson

Durée : 1h14

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

A l’ère de la conquête spatiale, le Dr. Ralph Harrison, en charge d’un projet de mission spatiale, démissionne de la Commission Interplanétaire Fédérale Civile, en refusant que des humains soient utilisés comme pilotes-cobayes, lors des tests de prototypes de fusées. Il est contacté par le Professeur Arnold Nordstrom qui lui propose de travailler avec lui sur Tobor, un robot destiné à aller dans l’espace. Un espion s’introduit dans la conférence de presse visant à présenter Tobor aux reporters. Après une tentative infructueuse de voler les plans de conception de Tobor, l’espion et ses complices enlèvent Nordstrom et son petit-fils. Tobor pourra-t-il les tirer de cette fâcheuse posture ?

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« C’est une histoire du futur, mais un futur proche » nous indique la géniale (et sérieuse) exposition de Tobor the Great, connu chez nous sous le titre Le Maître du monde – on se demande d’ailleurs pourquoi, y compris l’affiche qui ne représente en rien le film – ou bien encore Tobor le Grand en Belgique. Réalisé en 1954 par Lee Sholem (1913-2000), metteur en scène de Tarzan et la fontaine magique (1949) et Tarzan et la belle esclave (1950) avec Lex Barker dans le rôle-titre, sans oublier Superman et les nains de l’enfer (1951) avec George Reeves, Le Maître du monde explique d’emblée au spectateur que la course à l’espace est devenue l’une des priorités de toutes les nations du monde. A cette occasion, le gouvernement américain a créé la Commission Civile des Voyages Interplanétaires, dont les essais sont financés par le Congrès.

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Une explosion atomique nous rappelle que la Seconde Guerre mondiale est encore dans les mémoires et que les avancées scientifiques, techniques et technologiques ont connu un bond en avant sans précédent. Les recherches concernent les nouveaux matériaux fissiles, les alliages non fissiles et surtout les navigations spatiales, l’astrophysique et l’aérodynamique. Mais alors qu’en est-il du facteur humain ? C’est là qu’intervient le Dr. Ralph Harrison (Charles Drake), qui rejette tous les tests effectués sur les pilotes destinés à envoyer un homme dans l’espace en raison de tous les risques que cela comporte. A la suite d’un énième test d’un pilote harnaché dans une centrifugeuse, il démissionne. Harrison est alors soutenu dans ses positions par l’éminent Professeur Arnold Nordstrom (Taylor Holmes) qui souhaite alors l’engager pour travailler à ses côtés sur un projet révolutionnaire. Dans son atelier bourré de gadgets, Nordstrom a mis au point un robot doté d’une intelligence artificielle et de la capacité à ressentir les émotions (amour, amitié, hostilité), qu’il a baptisé Tobor (comprenez Robot écrit à l’envers). Ce robot sera destiné à prendre la place des pilotes humains dans les fusées envoyées dans l’espace.

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Nordstrom vit avec sa fille Janice (Karin Booth) et son petit-fils Gadge (Billy Chapin), le père de ce dernier étant décédé durant la guerre de Corée. Gadge est un enfant surdoué, passionné par la science et les travaux de son grand-père. Après avoir finalisé leur robot, Nordstrom et Harrison décident de présenter à la presse le fruit de leurs recherches. Mais Tobor attire bien vite les convoitises et quelques espions, probablement russes, décident de s’en emparer.

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Le Maître du monde – Tobor the Great est le prototype même de la série B SF vintage que les cinéphiles chérissent tout particulièrement. Le charme désuet de ce petit film repose sur un scénario malin écrit par le solide Philip MacDonald (La Patrouille perdue de John Ford, La Fiancée de Frankenstein de James Whale, Rebecca d’Alfred Hitchcock, Le Récupérateur de cadavres de Robert Wise) qui compile les éléments fantastiques alors à la mode : conquête spatiale, nouvelles technologies, fascination des robots et de l’intelligence artificielle. Certes, le spectateur d’aujourd’hui devra accepter certains éléments bien naïfs, mais Le Maître du monde – Tobor the Great n’a absolument rien perdu de son pouvoir divertissant, malgré son budget visiblement modeste (d’où l’usage de stock-shots), et demeure l’un des premiers films du genre à montrer l’amitié entre un enfant et un robot qui tape à la machine à écrire et qui s’entraîne à piloter sur ce qui s’apparente à un jeu d’arcade ! Les comédiens Charles Drake (Harvey, Le Météore de la nuit), Karin Booth (La Danse inachevée), le jeune Billy Chapin (La Nuit du chasseur) et Taylor Holmes (Les Hommes préfèrent les blondes) sont tous très attachants et nous font croire à cette histoire déjà marquée par l’espionnage industriel.

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Le spectacle s’adresse tout aussi bien aux enfants, qui se reconnaîtront dans le personnage de Gadge qui devient « ami » avec le robot (ou un simulacre d’homme électronique comme le préfère l’inventeur), qu’aux adultes cinéphiles adeptes de SF. Ces derniers ne manqueront pas de dresser un parallèle entre la présentation de Tobor à la presse, avec la séquence de RoboCop de Paul Verhoeven, lors de la première mise en route du ED 209. Mais bon, la conclusion n’est pas la même on vous rassure. Après la sortie du film sur les écrans, les producteurs ont essayé de vendre le robot Tobor à la télévision. Si un épisode pilote a été tourné, la série Here Comes Tobor prévue sera finalement avortée.

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LE DVD

Le Maître du monde – Tobor the Great, est pour le moment uniquement disponible dans le coffret DVD La Guerre des Robots disponible chez Artus Films. Sont également disponibles dans ce coffret, Objectif Terre (Target Earth) de Sherman A. Rose (1954) déjà chroniqué dans nos colonnes, Creation of the Humanoids de Wesley Barry (1962) et Cyborg 2087 de Franklin Adreon (1966), qui seront chroniqués prochainement.

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Un premier menu (fixe et muet) nous propose de sélectionner le film à visionner, ici Le Maître du monde – Tobor the Great ou Creation of the Humanoids. Puis un menu principal fixe et musical nous accueille. En guise d’interactivité, nous trouvons la bande-annonce originale, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos d’exploitation. Le superbe Digipack – qui comblera les cinéphiles pour Noël – renferme les deux galettes, ainsi qu’un livret de douze pages Alerte aux robots – Le Robot au coeur de l’Age d’or de la SF cinématographique américaine (par Pr Brave Ghoul) et quatre reproductions de lobby cards reprenant les affiches des quatre films disponibles dans ce coffret.

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L’Image et le son

A l’instar du master d’Objectif Terre, la copie – 1.37 – 16/9 compatible 4/3 – du Maître du monde s’avère plutôt propre et stable, en dehors de quelques tâches, points, poussières et rayures, surtout durant l’introduction. Sinon, le N&B est honnête avec des blancs clairs et des noirs solides. La gestion du grain original est un peu plus aléatoire, surtout sur les stock-shots supposés représenter les avancées dans la course à l’espace. En dehors de quelques plans flous, le confort demeure assuré et participe à la (re)découverte de cette série B.

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Le film de Lee Sholem bénéficie d’un doublage français. Au jeu des comparaisons avec la version originale, la piste française (au doublage rétro et réussi) s’avère grinçante et grésille quelque peu, même si le volume des voix y est plus élevé. Si elle manque peut-être d’intelligibilité, la piste anglaise s’avère plus homogène dans son rendu, notamment au niveau des effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr