Test Blu-ray / Une vie entre deux océans, réalisé par Derek Cianfrance

UNE VIE ENTRE DEUX OCEANS (The Light Between Oceans) réalisé par Derek Cianfrance, disponible en DVD et Blu-ray le 6 février 2017 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Michael Fassbender, Alicia Vikander, Rachel Weisz, Florence Clery, Jack Thompson, Thomas Unger

Scénario : Derek Cianfrance d’après le roman de M.L. Stedman

Photographie : Adam Arkapaw

Musique : Alexandre Desplat

Durée : 2h14

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

Révélé en 2010 avec son deuxième long métrage Blue Valentine, interprété par Michelle Williams et Ryan Gosling, le réalisateur Derek Cianfrance a ensuite confirmé avec The Place Beyond the Pines, encore une fois porté par Ryan Gosling, avec également Eva Mendes et Bradley Cooper. Bien que surestimés, ces deux films démontraient le savoir-faire du réalisateur américain et imposaient sans mal une nouvelle sensibilité. C’est peu dire que son dernier long métrage, Une vie entre deux océans, déçoit considérablement. Même si les thèmes demeurent proches de ses précédents longs métrages, à savoir la famille, la paternité et la maternité, les responsabilités, le poids des secrets qui peut à la fois détruire et souder un couple, les choix et leurs conséquences à travers une réaction en chaîne, ce nouvel opus croule malheureusement sous les clichés et les effets téléphonés, qui rendent l’histoire complètement improbable.

Sur une petite île perdue au large de l’Australie, peu après la Première Guerre mondiale, Tom Sherbourne, le gardien du phare, vit heureux avec son épouse Isabel. Loin du tumulte du monde, il peut enfin oublier tout ce qu’il a vécu au combat. Malgré deux tentatives, Isabel ne peut pas avoir d’enfants, et la jeune femme se désespère. Un jour, un canot vient s’échouer sur la plage, avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé encore en vie. Ils décident de cacher cet événement, se débarrassent du corps et adoptent l’enfant. Une vie entre deux océans est l’adaptation cinématographique du roman éponyme de l’australienne M.L. Stedman, best-seller mondial de l’année 2012, traduit en 35 langues et inscrit sur les listes prestigieuses du New York Times et du USA Today. Conquis par ce livre, qu’il a lu de nombreuses fois, Derek Cianfrance s’est occupé seul de cette transposition. Il a ensuite jeté son dévolu sur la comédienne suédoise Alicia Vikander, révélée par Royal Affair de Nikolaj Arcel, qui a depuis conquis Hollywood jusqu’à obtenir l’Oscar du meilleur second rôle féminin en 2016 pour The Danish Girl. L’éclectique et prolifique Michael Fassbdender lui donne la réplique. Coup de foudre sur le plateau, les deux acteurs ne se sont plus quittés depuis le tournage d’Une vie entre deux océans. La troisième tête d’affiche n’est autre que la talentueuse et magnifique Rachel Weisz.

Le film partait donc sous les meilleurs auspices, alors pourquoi Une vie entre deux océans s’avère un mélodrame raté ? Rien ne fonctionne du début à la fin. Le cinéaste a beau prendre soin de chaque plan et insuffler une grande sensibilité, l’histoire prend l’eau d’emblée et n’est en rien convaincante. S’il n’y a rien à redire sur le jeu des comédiens, le contraire eût été étonnant, qui se livrent sans la moindre retenue, les personnages agacent, irritent, les effets téléphonés s’enchaînent comme des perles sur un collier, les rebondissements sont improbables. Derek Cianfrance joue la carte de l’émotion pudique et du romanesque, mais s’enlise dans un pathos qu’on ne lui connaissait pas. L’alchimie du couple vedette est réelle, on a vu à quel point depuis, mais rien n’y fait, le récit, qui devait bien passer à la lecture, est invraisemblable à l’écran et l’empathie ne prend jamais car tout paraît artificiel, surligné et poussif. L’homme est seul ? Il rencontre une jeune femme qui tombe immédiatement amoureuse de lui. Ils ne peuvent pas avoir d’enfant après deux tentatives ? Un bébé arrive dans une barque poussée par la marée. Et ainsi de suite jusqu’à la fin. Demeurent les sublimes décors naturels de la Nouvelle-Zélande, mais c’est finalement tout ce qu’on retient de ce mélo manichéen et dégoulinant, nappé des violons conduits par Alexandre Desplat, qui s’agitent non stop pendant deux heures. Assommant.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’Une vie entre deux océans, disponible chez Metropolitan, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé et musical.

Ceux qui auraient le courage d’écouter le commentaire audio du réalisateur Derek Cianfrance, accompagné de son ancien professeur de cinéma Phil Solomon, devront faire confiance à leurs rudiments d’anglais puisque l’éditeur ne propose pas les sous-titres français pour ce supplément.

Alicia Vikander est triste de ne pas trouver les sous-titres français pour le commentaire audio !

Nous trouvons une featurette promotionnelle (17’) composée d’entretiens avec le metteur en scène Derek Cianfrance, les trois comédiens principaux et les producteurs. Chacun revient sur les conditions originales de tournage, puisqu’afin de capter le réel, le réalisateur laissait tourner sa caméra pendant une vingtaine de minutes en demandant à ses acteurs « d’être » plutôt que de jouer. Les images des prises de vue montrent donc Michael Fassbender et Alicia Vikander jardiner, peindre, se promener.

L’autre module de 5 minutes se focalise sur les lieux de tournage, en particulier le phare de Cape Campbell, situé au nord-est de South Island en Nouvelle-Zélande. Les mêmes protagonistes que dans le segment précédent s’expriment à nouveau sur les méthodes de Derek Cianfrance.

L’Image et le son

Malgré son passage inaperçu dans les salles françaises, Une vie entre deux océans bénéficie d’une superbe édition HD. Metropolitan prend soin du mélodrame de Derek Cianfrance pour son arrivée dans les salons en Blu-ray. Un master HD irréprochable au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées, avec des teintes un peu plus froides, le tout étant soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, avec des arrière-plans bluffants de précision. Les gros plans sont ciselés à souhait, la colorimétrie est joliment laquée, le relief omniprésent. Un service après-vente remarquable et élégant.

Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais qui imposent une balance impressionnante des frontales comme des latérales, des effets annexes très présents et dynamiques, des voix solidement exsudées par la centrale. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film. Mention spéciale aux ambiances naturelles avec notamment le vent environnant et omniprésent. L’éditeur joint également les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Danseuse, réalisé par Stéphanie Di Giusto

LA DANSEUSE réalisé par Stéphanie Di Giusto, disponible en DVD et Blu-ray le 1er février 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp, François Damiens, Louis-Do de Lencquesaing

Scénario : Stéphanie Di Giusto, Sarah Thibau, Thomas Bidegain d’après le roman Loïe Fuller, danseuse de la Belle Époque de Giovanni Lista

Photographie : Benoît Debie

Musique : Laura Obiols

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.

La Danseuse est un biopic romancé et ambitieux de la grande et pourtant méconnue danseuse américaine Loïe Fuller (1862-1928). Née Mary Louise Fuller à Hinsdale (Illinois), elle demeure une des pionnières de la danse moderne, avec notamment sa chorégraphie virevoltante où elle apparaissait vêtue de plusieurs centaines de mètres de soie blanche. Ayant rencontré le succès à Paris aux Folies Bergère avec ses danses dites serpentines, Loïe Fuller devient une des artistes les plus importantes et les mieux payées du monde du spectacle de la Belle Epoque. En plus du caractère inédit et avant-gardiste de ses chorégraphies, la danseuse est également metteur en scène et n’hésite pas à avoir recours à l’électricité – ainsi qu’aux mathématiques et même à la chimie – pour créer des numéros encore plus sophistiqués. Une véritable révolution des arts scéniques.

La réalisatrice Stéphanie Di Giusto signe un premier long métrage souvent remarquable, excellemment mis en scène, brillamment photographié et porté par une Soko en état de grâce. La première partie s’avère beaucoup plus prenante et attachante que l’après-Folies Bergère, centré sur la relation trouble entre Loïe Fuller et Isadora Dunca, qui pâtit de certaines baisses de rythme et du jeu plombé par Lily-Rose Depp (fille de Johnny Depp et de Vanessa Paradis), dont le regard vide et le manque de grâce fait pencher le second acte du mauvais côté de la balance. Heureusement, nous n’avons d’yeux que pour Soko, vibrante, magnétique, irréprochable, bouleversante, investie (un mois d’entraînement à raison de six heures par jour), qui capte la lumière comme jamais et qui confirme toute sa préciosité après À l’origine de Xavier Giannoli, Bye Bye Blondie de Virginie Despentes, Augustine d’Alice Winocour et dernièrement dans Voir du pays de Muriel et Delphine Coulin. Excellente directrice d’acteurs, Stéphanie Di Giusto offre également à Mélanie Thierry (comme d’habitude merveilleuse), François Damiens et Gaspard Ulliel, des personnages qui pourraient apparaître en retrait, mais qui s’avèrent très importants dans le parcours de Loïe Fuller.

Fascinée par ce combat unique d’une simple fille de fermier du Grand ouest américain, devenue une des plus grandes artistes de son temps, Stéphanie Di Giusto s’est emparée de ce sujet à bras le corps et aura passé pas moins de trois années rien que sur l’écriture du scénario. On sent la cinéaste hypnotisée par celle qui fut la muse du Tout-Paris, de Toulouse-Lautrec à Rodin, mal dans sa peau en raison d’un physique « ingrat » et qui préférait se dissimuler dans un tourbillon de voile, avant d’être finalement rattrapée par le succès, la jeunesse et le charisme de celle qui fut un temps son élève, Isadora Duncan, qui finira par l’éclipser au point d’être oubliée de tous. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise, à quelques mètres seulement de celle qui sera devenue sa grande rivale.

A l’écran, les fulgurantes scènes de représentation sont divines, magnifiquement éclairées par le chef opérateur Benoît Debie, célèbre pour son travail avec Gaspar Noé sur Irréversible, Enter the Void et Love, mais aussi le « coloré» Spring Breakers de Harmony Korine. Le personnage de Loïe, prête à mettre sa santé en jeu pour son art, émeut à plus d’un titre grâce à l’interprétation tout en finesse de Soko. Dommage donc que la seconde partie déçoive et s’égare quelque peu. Sélectionné dans la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes, La Danseuse, aura attiré plus de 200.000 spectateurs à sa sortie en septembre 2016. Porté par une critique souvent élogieuse, le très beau portrait de femme de Stéphanie Di Giusto est d’ores et déjà nommé dans six catégories à la prochaine cérémonie des César, notamment pour celui de la Meilleure actrice (Soko), Meilleure actrice dans un second rôle (Mélanie Thierry), Meilleur espoir féminin (Lily-Rose Depp) et Meilleur premier film.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Danse, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Dirigez-vous immédiatement vers le splendide making of (51’), exclusif à l’édition Blu-ray du film. Ce formidable documentaire suit les premières approches et les répétitions de la réalisatrice Stéphanie Di Giusto avec sa comédienne principale et la chorégraphe Jody Sperling, aujourd’hui la plus grande experte de Loïe Fuller. Plusieurs mois avant le début des prises de vues, la caméra suit ces trois femmes, en particulier Soko qui se plie à un entrainement intensif pendant plusieurs semaines. Les propos de la réalisatrice, des comédiens, du producteur Alain Attal (qui revient surtout sur les difficultés de financement du film), sans oublier les responsables des costumes et des décors, parsèment ce making of indispensable, très bien filmé, rythmé et marqué par de nombreuses et impressionnantes séquences de tournage.

Les quatre modules intitulés Isadora, Loïe, Gabrielle et Louis, d’une durée oscillant entre deux et trois minutes chacun, ne servent du coup à rien puisqu’ils sont essentiellement composés d’images et de propos tirés du making of précédent, sauf en ce qui concerne celui consacré au personnage de Louis, avec un court entretien de Gaspard Ulliel.

Cette section propose ensuite une dizaine de scènes coupées (16’), que l’on doit sélectionner une par une. Très belles, visiblement coupées pour des questions de rythme, elles s’avèrent soignées et valent le coup d’oeil, notamment Loïe dans son atelier de chimie, Loïe désemparée après le départ d’Isadora et une séquence où Gabrielle (Mélanie Thierry) manque de se noyer après avoir voulu récupérer des plans de Loïe – qui plonge pour la sauver – tombées dans une mare.

L’interactivité se clôt sur une superbe galerie de photos.

L’Image et le son

Le master HD (1080p) de La Danseuse restitue merveilleusement les volontés artistiques du talentueux chef opérateur Benoît Debie (Irréversible, Calvaire, Vinyan, Spring Breakers) en conservant un très léger grain, des couleurs à la fois chaudes et froides, des contrastes léchés ainsi qu’un relief constamment palpable. Ces volontés artistiques sont rudement prises en charge pour le passage du film sur le petit écran. La compression AVC consolide l’ensemble avec brio, les détails sont légion sur le cadre large et les visages des comédiens, le piqué est aiguisé, les noirs denses et la copie éclatante. Les séquences nocturnes jouissent également d’une belle définition, même si les détails se perdent quelque peu.

Le confort acoustique est total grâce à une piste française DTS-HD Master Audio 5.1. souvent fracassante. Les voix sont claires et limpides sur la centrale, la spatialisation musicale est systématique, les basses énergiques pour les séquences de chorégraphies et la balance frontale dynamique. Les latérales assurent tout du long en distillant constamment de nombreux effets et ambiances naturelles. Un mixage qui vous permettra d’explorer chaque recoin de votre installation. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Chansons du deuxième étage, réalisé par Roy Andersson

CHANSONS DU DEUXIEME ETAGE (Sånger från andra våningen) réalisé par Roy Andersson, disponible en Blu-ray le 6 décembre 2016 chez Potemkine Films

Acteurs : Lars Nordh, Stefan Larsson, Tommy Johansson, Jöran Mueller, Torbjörn Fahlström

Scénario : Roy Andersson

Photographie : István Borbás, Jesper Klevenås

Musique : Benny Andersson

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2000

LE FILM

Un soir quelque part dans notre hémisphère, une série d’événements étranges s’enchaînent sans logique apparente : un employé est licencié de façon humiliante, un immigré est violemment agressé dans la rue… Parmi ces personnages singuliers se détache Karl, au visage couvert de cendres. Il vient de mettre le feu à son magasin de meubles afin de toucher la prime d’assurance. Cette nuit-là, personne ne parvient à trouver le sommeil. Le lendemain, les signes d’un chaos imminent commencent à apparaitre. Karl prend conscience de l’absurdité du monde et combien il est dur d’être humain.

A ce jour, le cinéaste suédois Roy Andersson compte à son actif cinq longs métrages depuis ses débuts en 1970 avec le très remarqué Une histoire d’amour suédoise (Grand Prix du Festival de Berlin 1970), qu’il autofinance grâce à ses spots publicitaires. Ingmar Bergman le considérait d’ailleurs comme le plus grand réalisateur dans ce domaine. Pourtant, son travail dans le cinéma est tout aussi indispensable. 

Sorti en 2000, Chansons du deuxième étage marque le retour de Roy Andersson au cinéma, 25 ans après son deuxième long métrage réalisé en 1975, Giliap. C’est aussi le premier volet de la « Trilogie des Vivants ou comment être un être humain ». Alors que le soir tombe, une grande ville de l’hémisphère Nord devient le théâtre d’événements plus ou moins bizarres, parfois cruels, souvent inquiétants. Un vieil homme qui vient d’être licencié s’accroche désespérément aux pieds de son patron, sous les regards presque indifférents de ses collègues. Un immigré est tabassé en pleine rue, sans raison apparente, par des loubards aux allures de gentlemen. Un magicien qui devait «couper» un homme en deux rate son tour. Un homme visiblement épuisé met le feu à sa propre boutique dans le but de toucher l’assurance. Désormais sans travail, il erre dans les rues de la ville, paralysée par des embouteillages monstres…

Prix du Jury au Festival de Cannes en 2000, Chansons du deuxième étage installe ce qui sera désormais le style Andersson : succession de cadrages fixes, en grand angle et en une quarantaine de longs plans-séquences sophistiqués tournés en studio dans des décors stylisés, qui s’apparentent à des tableaux vivants. Andersson travaille comme un peintre et utilise sa caméra comme un pinceau. Il recherche constamment le plan parfait, tout comme la profondeur de champ et la perspective. Pas étonnant que le tournage de Chansons du deuxième étage se soit étendu sur quatre années ! Roy Andersson a pour habitude de ne jamais utiliser de scénario, ni de se reposer sur un planning de tournage. Le réalisateur préfère élaborer et peaufiner les scènes au fil de nombreuses répétitions, avec l’aide de ses comédiens, la plupart du temps non-professionnels, préférant les «gens authentiques et qui ont une véritable présence à l’écran». Ces délais hors-normes de production, sans compter le manque d’argent qui a occasionné plusieurs arrêts des prises de vue, font la marque de fabrique de Roy Andersson. Chaque couche doit être visible, du premier au dernier plan.

A l’instar des deux volets suivants, Nous, les vivants (2007) et Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (Lion d’or à la Mostra de Venise 2014), les œuvres des peintres allemands Otto Dix et Georg Scholz ont influencé le cadre et l’atmosphère : le visage des comédiens est blafard et fardé ; les couleurs sont ternes et désaturées ; l’ambiance est froide, parfois glaciale, et lugubre ; l’humour noir ironique et ravageur prédomine, même quand la mort est présente. Une fois ces partis pris acceptés par le spectateur, l’ensemble respire, vit, nous touche et une mélancolie transpire à chaque plan.

En outre, cet humour burlesque et poétique, que n’auraient pas renié Jacques Tati, Eugène Ionesco ou Pierre Etaix, naît de cette bizarrerie finalement quotidienne, alors que le monde semble être au bord du chaos. Roy Andersson est un humaniste, même s’il est réputé comme un artisan acharné, parfois tyrannique, lorsqu’il lui faut obtenir ce qu’il estime être la perfection. Dans ce conte moral constitué d’une suite de sketchs, il s’intéresse à la confrontation des êtres, à leur conversation ou plutôt à l’absence de communication, voire au dialogue de sourds. Mais il croit en cette interaction, au bonheur et au rire.

Le style singulier de Roy Andersson met ainsi en relief l’absurdité de la vie, de la solitude, des désirs inassouvis et du manque d’amour dans un monde quasi incolore, funèbre et déprimant. Malgré tout, l’espoir de s’en sortir, de trouver l’interlocuteur et de penser que demain sera un autre jour, ne cessent de démentir toutes ces premières impressions. Chansons du deuxième étage est un bijou froid totalement inclassable qui trouve dès lors le moyen de réchauffer le cœur tout en incitant à la réflexion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Chansons du deuxième étage, disponible chez Potemkine, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

En 2001, Arte Vidéo avait édité Chansons du deuxième étage en DVD. Une galette qui comprenait moult suppléments : un commentaire audio du réalisateur, un documentaire sur le réalisateur : « Obsessions du deuxième étage », deux courts-métrages Monde de gloire et Quelque chose est arrivé, un making of, des scènes inédites, des tests et une scène alternative. Si le film fait peau neuve en Haute-Définition chez Potemkine, les suppléments de l’ancienne édition ont tous disparu ! Il faut se contenter d’un rapide entretien avec Roy Andersson (4’) durant lequel le cinéaste évoque l’humour particulier du film, l’envie de surprendre les spectateurs, le travail avec les acteurs non-professionnels.

Nous trouvons également deux publicités réalisées (en plan-séquence) par Roy Andersson, la première pour Trygg Hansa, une société d’assurance (44 secondes), le second pour HSB, une coopérative immobilière (30 secondes).

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p. Les rares scènes diurnes tournées en extérieur s’accompagnent d’un piqué aussi pointilleux que possible. La photo particulière est ici conforme aux souhaits du réalisateur, les contrastes sont aléatoires, les noirs denses, les teintes bleutées, froides, grisâtres et vertes sont merveilleusement mises en valeur. La copie est très propre et parvient à tirer quelques avantages de la Haute-Définition.

L’éditeur dispose d’un mixage suédois DTS-HD Master Audio 5.1. La piste ne déçoit pas par son envergure et son entrain, tant au niveau de la délivrance des dialogues que des effets latéraux. La balance frontale est riche et plonge facilement le spectateur dans l’ambiance surprenante du film.

Crédits images : © Potemkine Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / L’Origine de la violence, réalisé par Elie Chouraqui

L’ORIGINE DE LA VIOLENCE réalisé par Elie Chouraqui, disponible en DVD le 18 janvier 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Richard Berry, Stanley Weber, César Chouraqui, Michel Bouquet, Miriam Stein, Catherine Samie, Romaine Cochet, Christine Citti

Scénario : Élie Chouraqui, d’après le roman L’Origine de la violence de Fabrice Humbert

Musique : Cyril Étienne des Rosaies, Romain Poncet

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Lors d’un voyage en Allemagne, un jeune professeur, Nathan Fabre, découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie.
De retour en France, le souvenir de cette photographie ne cesse de l’obséder. Face au silence de son père, il décide alors de se pencher sur l’histoire de sa propre famille. Les secrets qu’il y découvre bouleversent son existence.

À l’issue de sa quête, Nathan comprendra que le passé, même enfoui au plus profond des mémoires, finit toujours par ressurgir…

L’Origine de la violence est à la base un roman autobiographique de Fabrice Humbert, Prix Renaudot du livre de poche en 2010. Réalisateur éclectique, Elie Chouraqui (Paroles et Musique, Harrison’s Flowers) signe son retour au cinéma, sept ans après son dernier long métrage, Celle que j’aime. A travers cette histoire pleine de lourds secrets liés à la guerre, le réalisateur, qui adapte lui-même le livre original, y trouve une résonance particulière liée à sa propre vie. Ce sujet lui permet surtout de mettre en scène un film pensé comme une œuvre somme, qui résume tous ses précédents longs métrages. Seulement voilà, si le sujet est fort et ne peut évidemment pas laisser indifférent, la réalisation s’avère très mauvaise et l’interprétation laisse franchement à désirer.

Vraisemblablement tourné avec peu de moyens, L’Origine de la violence peine à sortir d’un carcan télévisuel avec des couleurs ternes, des acteurs neurasthéniques, une reconstitution fauchée, surtout en ce qui concerne les séquences dans le camp de concentration de Buchenwald, tournées réellement sur place. Du coup, même si l’histoire demeure intéressante et pleine de rebondissements tout du long, on peine à aller jusqu’au bout. Pourtant, Elie Chouraqui n’est pas un débutant, mais L’Origine de la violence frôle trop souvent l’amateurisme. Si Richard Berry et Michel Bouquet (qui remplaçait alors Michel Galabru) s’en sortent sans mal, Stanley Weber, découvert dans Le Premier Jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon, demeure bien fade et campe un personnage peu attachant. César Chouraqui, fils du réalisateur, se voit également confier l’un des rôles principaux, un double-rôle en fait, dont il s’acquitte honorablement. Le poids du secret, la transmission, les amours contrariées et détruites par la guerre, la jalousie, la violence comme héritage génétique, la Shoah, le devoir de mémoire, la quête identitaire, comment profiter du présent si nous ne connaissons pas le passé, tous ces sujets sont abordés avec retenue, sans doute trop, tandis que la pauvreté technique finit par avoir raison de notre patience.

Tout le côté fiction-romanesque ne fonctionne pour ainsi dire jamais et s’avère extrêmement maladroit, embarrassant même, surtout ce qui concerne le passé et le présent qui s’entremêlent de façon artificielle et scolaire. Nous ne remettons pas en doute la sincérité et la sensibilité du cinéaste, c’est juste qu’Elie Chouraqui aurait dû bénéficier de plus de moyens pour aborder ce voyage au pays de la mémoire puisque l’on sent le metteur en scène trop restreint dans ses ambitions, ou tout simplement dépassé par l’envergure de ce projet. L’émotion est palpable, mais l’ensemble demeure trop froid, trop figé, académique, ronflant et laborieux pour réellement convaincre, surtout lorsque la musique fait office de sirop d’érable – même s’il s’agit de la 7ème symphonie de Beethoven – pour appuyer l’émotion.

LE DVD

Le test du DVD de L’Origine de la violence, a été réalisé à partir d’un check-disc. Pour la sortie du film dans les bacs, M6 Vidéo n’a pas repris le beau visuel de l’affiche du film et a préféré miser sur une jaquette plus conventionnelle, mais néanmoins attractive. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne trouvons que la bande-annonce en guise d’interactivité.

L’Image et le son

Le transfert est lambda, propre, mais passe-partout. L’image est lisse est sans aspérité, les couleurs ternes tout du long, les contrastes corrects et les noirs denses. La compression tente de limiter les fourmillements, parfois avec du mal, le piqué déçoit, les détails manquent à l’appel. Tout cela est bien triste.

La piste Dolby Digital 5.1 spatialise correctement la musique du film, mais peine à donner un peu de vigueur aux dialogues, bien trop timides sur la centrale. N’hésitez pas à monter le son, ou tout simplement à sélectionner la version Stéréo, bien plus dynamique et percutante. Mauvais point : l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant !

Crédits images : © L’Origine Productions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Divines, réalisé par Houda Benyamina

DIVINES réalisé par Houda Benyamina, disponible en DVD et Blu-ray le 3 janvier 2017 chez Diaphana

Acteurs : Oulaya Amamra, Kevin Mischel, Jisca Kalvanda, Farid Larbi, Déborah Lukumuena, Yasin Houicha

Scénario : Houda Benyamina, Romain Compingt, Malik Rumeau

Photographie : Julien Poupard

Musique : Demusmaker

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

C’est le choc du Festival de Cannes 2016. Le petit film que personne n’attendait et qui pourtant a créé un raz-de-marée auprès de la critique, quasi-unanime et des spectateurs. Récompensé par la Caméra d’or, trophée destiné à un premier film, Divine est le premier long métrage de la réalisatrice Houda Benyamina. L’action se déroule en banlieue parisienne. La jeune Dounia suit des cours pour devenir hôtesse d’accueil, mais envoie balader sa prof après l’avoir humilié devant toute sa classe. Elle ne rêve que de liberté, de respect et de pouvoir, que seul l’argent pourrait lui offrir. Aux côtés de sa meilleure amie Maimouna, elle souhaite proposer ses services auprès de Rebecca, la dealeuse charismatique du quartier, que ceux de son âge envient, Dounia la première. Son rêve de partir du camp de roms où elle vit avec sa mère semble à portée de main. Elle rencontre alors Djigui, le vigile du supermarché qu’elle aime charrier, jusqu’à ce qu’elle apprenne que ce beau jeune homme, rêve lui aussi de s’en sortir en devenant danseur professionnel.

A l’origine de Divines, il y a les émeutes qui ont agité la banlieue parisienne en 2005. La réalisatrice explique « Mon besoin de créer vient toujours d’un sentiment d’injustice. J’ai raisonné mes proches, mais j’avais moi aussi envie de sortir et de tout défoncer. Je me suis ensuite demandé pourquoi cette colère n’avait pas abouti à une véritable révolte ». Femme engagée, « mais pas révoltée », Houda Benyamina signe un premier film choc, qui ne peut laisser indifférent. Divines, dont le titre était à l’origine Bâtarde, est littéralement porté par le tempérament volcanique de la cinéaste, mais également par le naturel confondant des comédiens, Oulaya Amamra, la propre sœur de la réalisatrice, qui incarne Dounia, Déborah Lukumuena (Maimouna), Jisca Kalvanda (Rebecca) et Kevin Mischel (Djigui).

Si Divines n’échappe pas à certains défauts souvent liés à un premier long métrage, à savoir un trop-plein d’idées pas forcément toutes exploitées, quelques égarements, un désir d’en mettre plein la vue à travers une démonstration technique qui prend le pas sur l’émotion, une hystérie peu contrôlée (bien que contagieuse), Divines est un film extrêmement généreux, qui ne s’adresse pas une communauté, mais qui a le désir de toucher tous les spectateurs de tout âge, voulu avant tout comme une histoire d’amour et d’amitié, thèmes universels par excellence. Ici, ce sont quatre destins qui s’imbriquent, qui se confrontent, qui se repoussent, qui s’attirent sans cesse.

Divines est également un roman d’apprentissage, une éducation sentimentale, mais aussi un thriller, même si le film manque de conviction durant cette partie où Dounia tente de piéger un mec plein aux as, afin de lui voler son argent pour le compte de Rebecca. Ce qui n’empêche pas Divines d’être parfois violent, de mettre mal à l’aise, de bousculer (la fin tragique n’est pas sans évoquer celle du Parrain III), tout en faisant réfléchir et en divertissant les spectateurs. En ce sens, Houda Benyamina se rapproche du cinéma d’Abdellatif Kechiche, pas une mince référence. Une première œuvre riche, libre, souvent puissante, sombre, non dénuée d’humour et qui reste en tête bien après la fin de la projection. Une belle réussite, qui s’avère au final bien plus réussi que Bande de filles de Céline Sciamma auquel on pense forcément vu le sujet, le contexte et les personnages principaux.

Réalisé avec un budget de 2 millions d’euros, Divines, d’ores et déjà nommé sept fois à la prochaine cérémonie des César, a attiré plus de 300.000 spectateurs dans les salles.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Divines, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

La section des suppléments propose tout d’abord quatre entretiens. Dans chaque interview nous retrouvons la réalisatrice Houda Benyamina. Elle est ainsi accompagnée de son coscénariste Romain Compingt (11’), puis de la scripte Julie Darfeuil (11’), de ses deux monteurs (8’) et enfin de son superviseur musical et compositeur (10’). Chaque aspect technique du film est posément abordé, mais également la genèse du film, l’écriture et l’évolution du scénario, la création des personnages, le travail avec les comédiens, les thèmes abordés, la recherche de la structure du film, le rythme, les décors. Un commentaire audio n’aurait pas été de trop tant l’équipe s’avère prolixe et surtout passionnante à écouter.

S’ensuivent quatre petites scènes coupées (7’), vraiment pas mal du tout, même si rien n’indique la raison de leur éviction au montage final. On y voit Dounia s’exercer à la boxe, Dounia qui imite une chanteuse de gospel, Dounia et Djigui déambuler dans le magasin avec des cagoules Aristochats, et une scène plus longue des deux personnages partagés entre la danse et le combat qui mène finalement au premier baiser.

Un tout petit making of (7’), compile des images du tournage avec la réalisatrice à l’oeuvre avec ses comédiens, quelques propos de l’équipe, puis la présentation de Divines au Festival de Cannes.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les credits.

L’Image et le son

Diaphana livre une édition HD de Divines de très grande classe et même irréprochable. Full HD (1080p), cette édition restitue les superbes couleurs de la photo signée Julien Poupard (Voie rapide, Party girl, Les Ogres) qui fait la part belle aux teintes chatoyantes, parfois ambrées, le piqué est acéré, les détails abondants sur le cadre large et les contrastes tranchants. La luminosité des scènes diurnes flatte constamment la rétine, le relief est omniprésent.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 est immédiatement immersif et permet au spectateur de plonger dans le monde de Divines avec une musique percutante sur les enceintes latérales. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, la balance frontale est constamment soutenue, la composition spatialisée de bout en bout. La piste Stéréo devrait satisfaire ceux qui ne seraient pas équipés sur les enceintes arrière.

L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Diaphana / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Voir du pays, réalisé par Delphine Coulin et Muriel Coulin

VOIR DU PAYS réalisé par Delphine et Muriel Coulin, disponible en DVD le 10 janvier 2017 chez Diaphana

Acteurs : Soko, Ariane Labed, Ginger Romàn, Karim Leklou, Andreas Konstantinou, Makis Papadimitriouw…

Scénario : Delphine Coulin, Muriel Coulin d’après le roman de Delphine Coulin

Photographie : Jean-Louis Vialard

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

Depuis 17 filles, prix Michel-d’Ornano au Festival de Deauville en 2011, on attendait le retour de Delphine et Muriel Coulin derrière la caméra. Leur deuxième long métrage, Voir du pays est adapté du propre roman de Delphine Coulin et narre le retour d’Afghanistan de deux jeunes militaires françaises, interprétées par Soko et Ariane Labed. Mais avant d’être « relâchées », elles doivent comme leurs camarades passer dans un « sas de décompression », autrement dit un programme supposé leur apprendre à se détendre avant de retourner à la vie civile, si toutefois le retour à la vie normal s’avère possible.

Depuis 2008, les soldats français revenant du front sont ainsi accueillis dans un hôtel cinq étoiles à Chypre. Dans un cadre de carte postale, ces soldats sont soumis à des entretiens avec des psychologues, des cours d’aquagym, de relaxation, des sorties en bateau, mais aussi des tests et thérapies de groupes durant lesquels ils arborent des lunettes projetant en trois dimensions une reconstitution d’événements survenus qui ont pu les traumatiser. Pendant leur confession, un scientifique reconstitue en direct certains assauts dont ils ont les témoins, les acteurs et même les victimes au cours de ces six derniers mois. Si le terrain change du tout au tout, les soldats, programmés, demeurent sur le qui-vive et les réflexes conditionnés ne peuvent s’éteindre en un claquement de doigt. Chaque personnage porte en lui un trauma et apprend à vivre avec. Soko (A l’origine, Augustine, La Danseuse) et Ariane Labed (Une place sur la terre, Fidelio, l’odyssée d’Alice, The Lobster) sont remarquables et campent deux jeunes femmes venant de Lorient, deux amies, Marine et Aurore, entre 25 et 30 ans, qui doivent s’imposer face à leurs camarades de sexe masculin, constamment moquées et souvent menacées. En filigrane, le film interroge sur les raisons qui poussent une femme à partir à la guerre, mais aussi pourquoi est-ce toujours étrange et singulier de voir des jeunes femmes s’engager pour affronter un monde violent habituellement « réservé » aux hommes.

Si la dernière partie s’avère plus classique, Voir du pays vaut non seulement pour l’originalité de son sujet, pas ou peu abordé au cinéma, mais aussi et surtout pour la puissance du jeu de ses deux comédiennes principales, vibrantes et magnétiques, très investies (elles ont d’ailleurs suivi un entraînement militaire avec une coach qui a participé aux vrais sas avant de quitter l’armée), définitivement lancées. Voir du pays, titre ironique sur la promesse de dépaysement faite aux soldats qui souhaiteraient s’engager et qui finalement restent la plupart du temps confinés une fois arrivés sur le terrain, est une œuvre difficile, mais frontale, juste, sèche, documentée et surtout passionnante avec ce décor luminescent qui contraste avec la noirceur des témoignages des soldats. Projeté au Festival de Cannes 2016 dans la sélection Un certain regard, Voir du pays obtient le prix du meilleur scénario.

LE DVD

Le test du DVD de Voir du pays, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film.

Les suppléments sont malheureusement un peu limités. Les essais des comédiens (8’), Sylvain Loreau, tout d’abord seul puis rejoint ensuite par Karim Leklou et Alexis Manenti demeurent facultatifs.

En revanche, les séquences laissées sur le banc de montage (8’), au nombre de trois, sont un peu plus intéressantes, d’autant plus qu’elles sont introduites par un carton indiquant la raison de leur éviction. La première prolonge la fin en montrant les soldats accueillis par leur famille à l’aéroport. Les réalisatrices ont finalement préféré rester dans cet objectif du sas, en préservant la vie privée de leurs deux personnages. S’ensuivent quelques images d’un groupe de soldats en plein entrainement, parmi lesquels Soko. La troisième montre une scène de « détente » où toute la section se retrouve à chanter Gaby oh Gaby d’Alain Bashung lors d’un karaoké organisé par l’hôtel.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Comme d’habitude, Diaphana soigne le service après-vente. Si Voir du pays ne bénéficie pas d’une édition Haute-Définition, l’image du DVD est pour ainsi dire quasi-exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce. Le reste du temps, la clarté demeure frappante, le piqué est affûté, les nombreux gros plans détaillés et la colorimétrie marquée par les décors naturels ocres et le bleu pastel du ciel reste chatoyante. Les détails sont légion aux quatre coins du cadre large et la copie restitue les partis pris esthétiques de la photo signée Jean-Louis Vialard, chef opérateur talentueux ayant officié chez Apichatpong Weerasethakul (Tropical Malady), Christophe Honoré (Dans Paris) et sur le premier film des soeurs Coulin.

Les pistes habituelles stéréo et DD 5.1 offrent un large confort suffisant pour un film de cet acabit. Le deuxième mixage est à privilégier en raison d’une spatialisation très convaincante et une délivrance des dialogues dynamique. Les ambiances naturelles ne sont pas oubliées tout comme le beau soutien des basses qui interviennent aux moments opportuns comme lors de la scène en boîte de nuit. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Jérôme Prébois – Archipel 35 / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Frantz, réalisé par François Ozon

FRANTZ réalisé par François Ozon, disponible en DVD et Blu-ray le 18 janvier 2017 chez France Télévisions Distribution

Acteurs : Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gruber, Anton von Lucke, Johann von Bülow…

Scénario : François Ozon, Philippe Piazzo

Photographie : Pascal Marti

Musique : Philippe Rombi

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

L’éclectique, prolifique et inclassable François Ozon est de retour avec Frantz. Avec cette œuvre troublante, mélancolique, dense, ambiguë, complexe, provocante et déstabilisante, seizième film du cinéaste en 18 ans, François Ozon signe un mélodrame librement inspiré d’une pièce de Maurice Rostand publiée en 1930, L’Homme que j’ai tué, déjà transposée au cinéma par Ernst Lubitsch avec Broken Lullaby (1932). Une fois n’est pas coutume, ce que l’on retient de Frantz est surtout sa forme. De ce point de vue, François Ozon a depuis longtemps acquis une indiscutable maturité. Sa mise en scène est pure, élégante, délicate, caressante, soulignée ici par la splendide photo N&B (parfois nappée de couleur quand la vie semble reprendre) du chef opérateur Pascal Marti (Une nouvelle amie, Roberto Succo). Sur le fond, Frantz demeure étrangement froid, même si l’immense sensibilité du réalisateur est indéniable. En jouant sur la musicalité de la langue, tantôt en allemand, tantôt en français, François Ozon en profite pour rendre hommage à l’un de ses cinéastes de chevet, Rainer Warner Fassbinder, lui-même auteur et metteur en scène très productif, pour ne pas dire boulimique.

Le cinéaste adopte ici le point de vue de la jeune veuve, Anna, merveilleusement incarnée par la jeune actrice allemande Paula Beer, vue dans The Dark Valley, western d’Andreas Prochaska, beauté magnétique et pleine de grâce qui vole la vedette à son partenaire Pierre Niney. Même si le César du meilleur espoir féminin lui tend les bras après avoir remporté le Prix Marcello-Mastroianni du Meilleur Espoir à la Mostra de Venise en 2016, on est également heureux de retrouver son partenaire dans un rôle sobre, loin de ses derniers égarements dans Un homme idéal et Five. Le N&B lui va bien et on sent le comédien très investi dans ce personnage pour lequel il a appris spécialement la langue allemande, le violon et la valse.

Même si Ozon a finalement conservé quelques séquences du film original qui s’attachent au soldat français, Frantz est avant tout le portrait d’une jeune femme, qui a perdu son fiancé sur le champ de bataille en France durant la Grande Guerre, qui doit apprendre à faire son deuil (tout comme les parents du défunt) alors qu’elle vient à peine de rentrer dans le monde adulte. Elle rencontre Adrien, un jeune français qui vient se recueillir sur la tombe (vide) de Frantz, l’homme avec qui elle devait se marier à son retour du front. Adrien rencontre les parents de Frantz et déclare être un ami très proche de leur fils, rencontré à Paris. Mais Adrien ne dit pas tout et Anna semble s’en apercevoir. Qui est-il ? Un amant de Frantz ? La deuxième partie, essentiellement axée sur le personnage d’Anna, reste moins « figée » quand celle-ci décide de se rendre en France afin de retrouver Adrien, personnage tourmenté et vieilli prématurément, traumatisé par ce qu’il a vécu dans les tranchées. Centré sur les non-dits, les secrets, le poids de la culpabilité et les mensonges, Frantz séduit mais pas immédiatement en raison de son aspect classique, rigide et même austère, mais qui obsède bien après le premier visionnage. La tristesse des personnages demeure, les regards et les respirations saccadées ne cessent de revenir en mémoire et donnent envie de s’y replonger. C’est aussi les pleurs de Paula Beer, la silhouette quasi-fantômatique et voûtée de Pierre Niney, tous ces éléments qui s’additionnent et bouleversent après coup.

Souvent inspiré par le cinéma d’Alfred Hitchcock, François Ozon en profite ici pour rendre un très bel hommage au maître du suspense, en l’occurrence VertigoSueurs froides, avec un tableau spécifique de Manet, Le Suicidé, devant lequel les personnages se perdent. Comme cette peinture qui semble hypnotiser ceux qui la regardent, Frantz est une œuvre à laquelle nous n’aurons de cesse de revenir pour essayer d’en percer tous les mystères, la poésie et la pudique émotion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Frantz, disponible chez France Télévisions Distribution, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

C’est un peu chiche niveau bonus…on trouve tout d’abord un montage d’images tirées des essais costumes et lumière avec les comédiens. L’occasion d’admirer Paula Beer une fois de plus.

Quelques scènes coupées sans véritable intérêt – puisque rien n’indique la raison de leur éviction – sont ensuite proposées.

S’ensuivent une galerie d’affiches conceptuelles et un module filmé lors de la présentation de Frantz au Festival de Venise en 2016. Photocall, première du film et récompense pour Paula Beer lors de la cérémonie de clôture.

L’Image et le son

Pour son passage en Blu-ray, Frantz est proposé au format 1080p (AVC). L’image subjugue à plus d’un titre. Cette édition permet de voir ou de redécouvrir le film de François Ozon dans des conditions très soignées. La copie affiche d’emblée une propreté irréprochable ainsi qu’un N&B dense, lumineux et savamment contrasté et nuancé, y compris lors des rares passages en couleur. Les séquences en extérieur sont merveilleuses, le piqué est souvent acéré et les détails multiples. Le master HD est superbe et la profondeur de champ reste fort appréciable.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1. instaure un confort acoustique solide et en parfaite adéquation avec le film. La splendide musique de Philippe Rombi bénéficie d’une spatialisation concrète, les dialogues solidement plantés sur la centrale et la balance frontale fluide et limpide. Les plages de silence sont impressionnantes, les ambiances naturelles ne sont pas oubliées et les effets annexes sont palpables. Le seul petit bémol provient des sous-titres français incrustés lors des échanges en allemand. L’éditeur joint également une piste DTS-HD Master Audio 2.0, une version en Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mars Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Maison des étrangers, réalisé par Joseph L. Mankiewicz

LA MAISON DES ÉTRANGERS (House of Strangers) réalisé par Joseph L. Mankiewicz, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2017 chez ESC Conseils

Acteurs : Edward G. Robinson, Susan Hayward, Richard Conte, Luther Adler, Paul Valentine, Efrem Zimbalist Jr., Debra Paget

Scénario : Philip Yordan d’après le roman de Jerome Weidman

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Daniele Amfitheatrof

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

Max Monetti, ancien avocat, vient de purger sept années de prison, une peine qu’il a prise à la place de son père Gino, mort durant son incarcération. Max se remémore le passé, Gino Monetti a été accusé d’activités bancaires frauduleuses et se retrouve au banc des accusés, ses trois autres fils, employés du père, trop désireux de lui succéder à la banque se sont désolidarisés de lui et de Max qui s’employait à défendre Gino. Max se fait arrêter après avoir essayé de soudoyer une femme du jury pour sauver son père. Avant de mourir, Gino saura attiser la haine de Max envers ses trois frères. À présent Max est décidé à se venger d’eux mais Irène Bennett, son ancienne maîtresse, essaye de l’en dissuader…

Tout d’abord scénariste (Alice au pays des merveilles de Norman Z. McLeod, L’Ennemi public n°1 de W.S. Van Dyke), puis producteur (Furie de Fritz Lang, Indiscrétions de George Cukor), Joseph L. Mankiewicz (1909-1993) passe derrière la caméra en 1946 avec Le Château du dragon, en remplacement d’Ernst Lubitsch, victime d’une crise cardiaque. Suite à ce premier et grand succès, Mankiewicz jette son dévolu sur une pièce de Lee Strasberg, qu’il adapte avec Howard Dimsdale. Ce sera Quelque part dans la nuit, un film noir dans le style du Faucon maltais de John Huston (1941) et du Grand sommeil de Howard Hawks, par ailleurs sorti quelques semaines après le film de Mankiewicz. Suivront Un mariage à Boston (1947), L’Aventure de madame Muir (1947), Escape (1948) et Chaînes conjugales (1949). Autant dire que Joseph L. Mankiewicz a le vent en poupe à la fin des années 1940. Il clôt cette fabuleuse décennie avec La Maison des étrangersHouse of Strangers, fabuleux drame familial qui annonce notamment Le Parrain plus de 20 ans avant.

New York, 1939. Max Monetti est de retour. Cet ancien avocat vient de purger sept ans de prison. Son père Gino, humble coiffeur sicilien devenu un grand banquier respecté à la force du poignet , a été soupçonné de pratiques illégales. Ces accusations ont précipité sa mort pendant la détention de Max. Joe, Pietro et Tony, les trois autres fils de Gino, qui avaient évincé leur propre père et enregistré la banque à leur nom, voient d’un mauvais oeil le retour du fils prodigue. La Maison des étrangers est un récit dense, passionnant et demeure dans la mémoire des cinéphiles grâce à l’immense interprétation du comédien Edward G. Robinson, récompensé par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1949. Basé sur le roman de Jerome Weidman, transposé par Joseph L. Mankiewicz lui-même, House of Strangers laisse pantois d’admiration par la virtuosité de la mise en scène (la transition vers le passé est splendide), la beauté de la photographie de Milton R. Krasner (Le Retour de l’Homme invisible, Le Spectre de Frankenstein, La Femme au portrait) et l’intensité des comédiens avec notamment Susan Hayward, qui retrouvera Mankiewicz en 1967 pour le délicieux Guêpier pour trois abeilles, Richard Conte, Luther Adler et Paul Valentine. Mais comme nous l’avons dit, celui qui s’élève au-dessus de tous est l’immense Edward G. Robinson qui bouffe l’écran à chaque apparition avec sa silhouette reconnaissable et son accent italien. Bien avant Marlon Brando dans le rôle mythique de Don Vito Corleone, Edward G. Robinson compose un patriarche sicilien qui a embrassé le rêve américain. Lui qui était simple coiffeur sans un sou dans son pays est devenu un homme puissant, qui brasse des millions de dollars, tout en venant en aide aux plus démunis dans le quartier new-yorkais grouillant de Little Italy. Il règne sur sa famille, sa femme et leurs quatre fils, avec une main de fer et crée la jalousie des frères de Max en se montrant plus attentionné avec lui, tout en le couvrant d’éloges. Ou comment léguer la haine en héritage.

Chef d’oeuvre sombre et pessimiste, même si Mankiewicz montre que la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais qui ne se mange pas, La Maison des étrangers subjugue, choque, émeut et laisse une empreinte indélébile dans le coeur des spectateurs.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Maison des étrangers, disponible chez ESC Conseils, repose dans un très élégant boîtier classique de couleur noire. La jaquette estampillée « Hollywood Legends » ne manque pas de classe. Le menu principal est animé et musical.

Le film est accompagné d’une passionnante présentation de La Maison des étrangers par Olivier Père (30’). Le directeur cinéma d’Arte dresse tout d’abord un portrait du réalisateur Joseph L. Mankiewicz et revient sur ses débuts au cinéma. Puis Olivier Père en vient au film qui nous intéresse en indiquant que House of Strangers demeure souvent dans l’ombre des films plus célèbres du cinéaste, en l’occurrence par le grand succès précédent de Chaînes conjugales. S’il ne bénéficie pas du même statut que ses autres grands classiques, ce septième long métrage méconnu n’en demeure pas moins un autre chef d’oeuvre de Mankiewicz. Ensuite, Père croise le fond avec la forme, se penche sur les personnages, la structure du film, le casting, et dresse un parallèle avec Le Parrain que Francis Ford Coppola réalisera plus de vingt ans après.

L’Image et le son

Un Blu-ray au format 1080p (AVC). Ce nouveau master restauré en HD au format respecté 1.33 de La Maison des étrangers est honnête, mais il faut bien avouer que l’image reste marquée par des griffures et des rayures verticales, des effets de pompage, un fourmillement, des poussières et autres scories, sans oublier un piqué émoussé. Toutefois, diverses séquences parviennent à sortir du lot, à l’instar du match de boxe, et la copie finit par trouver une stabilité et un équilibre convenables. La définition ne manque pas d’attraits, les détails sont élégants, tout comme le grain original heureusement conservé. Signalons que le Blu-ray de La Maison des étrangers proposé par ESC Conseils est une exclusivité mondiale.

L’unique piste anglaise bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio Mono 2.0. Si quelques saturations et craquements demeurent inévitables surtout sur les dialogues aigus, l’écoute se révèle fluide et limpide. Notons toutefois un léger bruit de fond, ainsi que diverses sautes de son et problèmes de traduction, parfois trop approximative, sans parler de certaines répliques même pas traduites et de fautes d’accentuation. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © ESC Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Comancheria, réalisé par David Mackenzie

COMANCHERIA (Hell or High Water) réalisé par David Mackenzie, disponible en DVD et Blu-ray le 25 janvier 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster, Gil Birmingham, Dale Dickey, William Sterchi, Buck Taylor

Scénario : Taylor Sheridan

Photographie : Giles Nuttgens

Musique : Nick Cave, Warren Ellis

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Au Texas, alors que leur mère vient de mourir, Toby et Tanner, deux frères, s’improvisent braqueurs de banques. Toby, divorcé, veut en effet obtenir de l’argent afin d’éviter la saisie de la propriété familiale. Tanner, expert en armes au fort tempérament, l’assiste dans sa tâche. Le ranger Marcus Hamilton, à quelques semaines d’une retraite bien méritée, est lancé à leurs trousses. Assisté par Alberto Parker, qu’il asticote régulièrement, l’homme de loi découvre un schéma en observant la liste des banques cambriolées par les jeunes gens…

Le cinéaste écossais David MacKenzie, remarqué en 2002 avec son premier long métrage The Last Great Wilderness, a réellement pris son envol en 2008 avec My name is Hallam Foe puis confirmé son immense talent dans des genres aussi divers que variés avec notamment Toy Boy (2009), le superbe Perfect Sense (2010), l’électrique Rock’n’Love (2011). Après Les Poings contre les murs, véritable uppercut sorti sur les écrans en 2014, le cinéaste éclectique s’associe au scénariste Taylor Sheridan, ancien comédien vu dans les séries Veronica Mars et Sons of Anarchy, qui venait de signer le très remarqué Sicario de Denis Villeneuve, thriller sur les cartels de drogue. Du son propre aveu, Comancheria apparaît comme étant le second volet d’une trilogie consacrée au « Nouvel Ouest ». Né au Texas en 1970, Taylor Sheridan écrit ses histoires à partir de gens qu’il connaît ou qu’il a côtoyé. Des habitants de petites bourgades paumées au milieu du Texas, qui sont nés là-bas, qui y ont fait leur vie et où probablement ils mourront.

David Mackenzie apporte sa sensibilité européenne à ce projet y compris sa passion de cinéphile nourrie de westerns, de grands espaces, de road-movies du nouvel Hollywood faits de longues routes poussiéreuses, de villes désertées, de rues où surgissent des chiens osseux. ComancheriaHell or Hight Water est un thriller remarquable doublé d’un message politique fort et actuel, mais aussi d’une histoire d’amour entre deux frères, du portrait d’un vieux flic fatigué qui va partir à la retraite. Un virtuose mélange des genres, porté par une interprétation de haut niveau et en parfaite alchimie, d’une mise en scène sobre mais toujours élégante, d’une bande originale hypnotique écrite par Warren Ellis et Nick Cave, d’une photographie flamboyante signée Gilles Nuttgens qui a voulu privilégier la lumière naturelle du Nouveau-Mexique et les décors naturels pour plus de réalisme.

Alors que les Etats-Unis viennent d’accueillir un président excentrique à la Maison-Blanche, Comancheria dresse un constat amer sur la vie des américains laissés-pour-compte, qui décident de recourir malgré eux au crime pour pouvoir s’en sortir. C’est le cas ici de deux frangins, brillamment incarnés par le grand Ben Foster et Chris Pine, qui ne cesse d’étonner et qui est magnifique ici, qui se mettent à braquer les agences d’une même banque, celle qui a hypothéqué la ferme de leur mère décédée. Ceci dans le but de rembourser leurs dettes – le titre original fait d’ailleurs référence à une expression populaire renvoyant à une clause inscrite sur certains contrats de prêts, indiquant à l’emprunteur l’obligation de rembourser un crédit, peu importe la situation financière dans laquelle il se trouve – et de racheter leur maison de famille sur le point d’être saisie. Ils sont poursuivis par un ranger désabusé et sur le point de partir à la retraite (sublime Jeff Bridges avec un Oscar en ligne de mire), lui-même accompagné par son adjoint (Gil Birmingham) au sang indien et mexicain, dont il aime rappeler les origines pour mieux s’en moquer. Deux hommes de loi qui semblent dépassés par les événements, qui malgré leurs réflexes et leur intuition toujours intacts, doivent se rendre à l’évidence, le monde a changé. Comme si le Marshal Cogburn incarné par Jeff Bridges dans True Grit des frères Coen, se retrouvait catapulté dans une Amérique post-crise 2008.

A la fois, film de braquage, western, thriller et drame prenant marqué par quelques savoureuses pointes d’humour, ce neuvième film de David Mackenzie l’impose définitivement comme un des plus brillants cinéastes d’aujourd’hui. Cette histoire de « criminalité rédemptrice », projetée au 69e Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard, a été portée par une critique quasi-unanime et a su s’imposer dans le top des meilleurs films de l’année 2016. Bienvenue dans le western du XXIe siècle !

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Comancheria, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Au film, l’éditeur joint une featurette promotionnelle (21’), essentiellement constituée d’interviews des quatre acteurs principaux, du réalisateur David Mackenzie, des deux productrices Julie Yorn et Carla Hacken et du scénariste Taylor Sheridan. Ce dernier revient sur ce qui a inspiré l’histoire de Comancheria (son enfance dans les petites villes perdues du Texas, son oncle ancien ranger), le metteur en scène évoque ce qui l’a attiré dans ce projet et les thèmes qu’il a voulu aborder. Les productrices vendent le film en racontant l’histoire, tandis que les acteurs parlent de leur collaboration et du travail avec David Mackenzie.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Wild Side Video signe un sans-faute avec ce master HD immaculé de Comancheria et c’est tant mieux car le film de David Mackenzie méritait vraiment un traitement princier pour son passage en Blu-ray. Tout d’abord, c’est la clarté et le relief des séquences diurnes qui impressionnent et flattent la rétine. Les couleurs sont chatoyantes, le piqué vigoureusement acéré, les détails abondent aux quatre coins du cadre large, restituant admirablement la sécheresse des paysages et la chaleur écrasante et les contrastes affichent une densité remarquable. Ajoutez à cela une profondeur de champ constante, des ambiances tamisées séduisantes et des teintes irrésistibles et vous obtenez le nec plus ultra de la HD. Un transfert très élégant mais rien de très étonnant quand on sait que Comancheria a été tourné avec la caméra numérique Arri Alexa XT Studio.

Les pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 font quasiment match nul en ce qui concerne la délivrance des ambiances sur les enceintes latérales, la restitution des dialogues et la balance frontale dynamique. La spatialisation reste solide tout du long et le caisson de basses est utilisé à bon escient. Sans surprise, la version originale l’emporte de peu sur l’homogénéité et la fluidité acoustique, notamment sur les scènes agitées et les fusillades, où les enceintes s’en donnent réellement à coeur joie.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Fils de Jean, réalisé par Philippe Lioret

LE FILS DE JEAN réalisé par Philippe Lioret, disponible en DVD et Blu-ray le 4 janvier 2017 chez Le Pacte

Acteurs : Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin, Pierre-Yves Cardinal, Patrick Hivon

Scénario : Philippe Lioret, Nathalie Carter, d’après le roman « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » de Jean-Paul Dubois

Musique : Flemming Nordkrog

Photographie : Philippe Guilbert

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

Suite à l’échec commercial de Toutes nos envies, Philippe Lioret aura mis cinq ans pour revenir derrière la caméra avec Le Fils de Jean, son huitième long métrage. Adaptée du roman Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois, cette histoire est la plus personnelle écrite par le réalisateur, qui cherchait depuis très longtemps à évoquer le sujet de la filiation, même si la figure du père traverse l’essentiel de sa filmographie à l’instar de Je vais bien, ne t’en fais pas. La découverte du roman lui a donné les fondations et le point de départ nécessaires pour parler de ces sujets qui lui tiennent visiblement à coeur, mais qu’il n’avait eu de cesse de reporter.

Moins « écrit » que ses précédents scénarios, Le Fils de Jean repose avant tout sur les non-dits, les silences, les regards, les gestes esquissés, contrairement à Toutes nos envies qui manquait de spontanéité et dont les dialogues étaient souvent trop explicites. Pour incarner Mathieu, Philippe Lioret a jeté son dévolu sur Pierre Deladonchamps, révélation de L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie et César du meilleur espoir masculin en 2014. Le comédien s’avère sublime dans ce rôle auquel il apporte une immense délicatesse. Le Fils de Jean est une œuvre extrêmement sensible, tendre et pudique. On sent le réalisateur plus libre que d’habitude, notamment quand la caméra s’attarde sur le regard de Mathieu et dont on devine le cheminement de la pensée. Comme le film est essentiellement tourné au Québec, Philippe Lioret a su entourer Pierre Deladonchamps de merveilleux comédiens du cru, notamment Gabriel Arcand, vu dernièrement dans Le Démantèlement de Sébastien Pilote, Marie-Thérèse Fortin (à fleur de peau) et la sublime Catherine de Léan, véritable révélation du film.

Si l’on devine rapidement où le réalisateur souhaite en venir, Le Fils de Jean interpelle par l’excellence de l’interprétation et ces émotions qui affleurent en permanence. Le personnage de Mathieu, jeune commercial, père d’un petit garçon, divorcé est très attachant et l’audience le suit dans sa quête d’identité dans un pays qu’il ne connaît pas, entouré de personnes inconnues. C’est le cas de Pierre (Gabriel Arcand), ami et ancien collègue du père « biologique » de Mathieu, homme bourru et froid qui a appelé le jeune parisien pour l’informer de la mort de Jean. Mais il y a aussi les deux fils de ce dernier, et donc les demi-frères de Mathieu, qu’il souhaite rencontrer, même si Pierre lui conseille vivement de ne rien dévoiler sur leur lien. A cela s’ajoute le fait que le corps de Jean, décédé pendant une partie de pêche et tombé dans le lac, n’a pas été retrouvé. Mathieu propose alors son aide.

Avec Le Fils de Jean, porté par des comédiens exceptionnels et tourné dans de magnifiques décors naturels, Philippe Lioret signe un de ses films les plus attachants et élégants.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Fils de Jean, disponible chez Le Pacte, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissée dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

En guise de bonus, l’éditeur propose un entretien avec Philippe Lioret (16’). Calme, posé, le réalisateur revient sur la genèse – « Les origines de ce film sont les plus diffuses et les plus lointaines » – et le casting du Fils de Jean. La longue gestation du sujet, la découverte du roman Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois, les repérages au Québec sont abordés avec une grande sensibilité.

L’Image et le son

Le Fils de Jean débarque en Blu-ray chez Le Pacte, dans un transfert très élégant. Cependant, si les contrastes affichent une densité impressionnante, le piqué n’est pas aussi ciselé sur les scènes sombres et certaines séquences apparaissent un peu douces. En dehors de cela, la profondeur de champ demeure fort appréciable avec de superbes scènes au bord du lac, les détails se renforcent et abondent en extérieur jour, le cadre large est idéalement exploité et la colorimétrie est très bien rendue. La définition est quasi-optimale et restitue avec élégance les partis pris de la photographie signée Philippe Guilbert, chef opérateur de J’enrage de son absence et Les Convoyeurs attendent.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 est immédiatement immersif. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, tout comme les silences, la balance frontale est constamment soutenue, la douce composition spatialisée de bout en bout. Même chose pour la piste Stéréo, dynamique et riche. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Sebastien Raymond / Fin Aout Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr