Test Blu-ray / La Maison des étrangers, réalisé par Joseph L. Mankiewicz

LA MAISON DES ÉTRANGERS (House of Strangers) réalisé par Joseph L. Mankiewicz, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2017 chez ESC Conseils

Acteurs : Edward G. Robinson, Susan Hayward, Richard Conte, Luther Adler, Paul Valentine, Efrem Zimbalist Jr., Debra Paget

Scénario : Philip Yordan d’après le roman de Jerome Weidman

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Daniele Amfitheatrof

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

Max Monetti, ancien avocat, vient de purger sept années de prison, une peine qu’il a prise à la place de son père Gino, mort durant son incarcération. Max se remémore le passé, Gino Monetti a été accusé d’activités bancaires frauduleuses et se retrouve au banc des accusés, ses trois autres fils, employés du père, trop désireux de lui succéder à la banque se sont désolidarisés de lui et de Max qui s’employait à défendre Gino. Max se fait arrêter après avoir essayé de soudoyer une femme du jury pour sauver son père. Avant de mourir, Gino saura attiser la haine de Max envers ses trois frères. À présent Max est décidé à se venger d’eux mais Irène Bennett, son ancienne maîtresse, essaye de l’en dissuader…

Tout d’abord scénariste (Alice au pays des merveilles de Norman Z. McLeod, L’Ennemi public n°1 de W.S. Van Dyke), puis producteur (Furie de Fritz Lang, Indiscrétions de George Cukor), Joseph L. Mankiewicz (1909-1993) passe derrière la caméra en 1946 avec Le Château du dragon, en remplacement d’Ernst Lubitsch, victime d’une crise cardiaque. Suite à ce premier et grand succès, Mankiewicz jette son dévolu sur une pièce de Lee Strasberg, qu’il adapte avec Howard Dimsdale. Ce sera Quelque part dans la nuit, un film noir dans le style du Faucon maltais de John Huston (1941) et du Grand sommeil de Howard Hawks, par ailleurs sorti quelques semaines après le film de Mankiewicz. Suivront Un mariage à Boston (1947), L’Aventure de madame Muir (1947), Escape (1948) et Chaînes conjugales (1949). Autant dire que Joseph L. Mankiewicz a le vent en poupe à la fin des années 1940. Il clôt cette fabuleuse décennie avec La Maison des étrangersHouse of Strangers, fabuleux drame familial qui annonce notamment Le Parrain plus de 20 ans avant.

New York, 1939. Max Monetti est de retour. Cet ancien avocat vient de purger sept ans de prison. Son père Gino, humble coiffeur sicilien devenu un grand banquier respecté à la force du poignet , a été soupçonné de pratiques illégales. Ces accusations ont précipité sa mort pendant la détention de Max. Joe, Pietro et Tony, les trois autres fils de Gino, qui avaient évincé leur propre père et enregistré la banque à leur nom, voient d’un mauvais oeil le retour du fils prodigue. La Maison des étrangers est un récit dense, passionnant et demeure dans la mémoire des cinéphiles grâce à l’immense interprétation du comédien Edward G. Robinson, récompensé par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1949. Basé sur le roman de Jerome Weidman, transposé par Joseph L. Mankiewicz lui-même, House of Strangers laisse pantois d’admiration par la virtuosité de la mise en scène (la transition vers le passé est splendide), la beauté de la photographie de Milton R. Krasner (Le Retour de l’Homme invisible, Le Spectre de Frankenstein, La Femme au portrait) et l’intensité des comédiens avec notamment Susan Hayward, qui retrouvera Mankiewicz en 1967 pour le délicieux Guêpier pour trois abeilles, Richard Conte, Luther Adler et Paul Valentine. Mais comme nous l’avons dit, celui qui s’élève au-dessus de tous est l’immense Edward G. Robinson qui bouffe l’écran à chaque apparition avec sa silhouette reconnaissable et son accent italien. Bien avant Marlon Brando dans le rôle mythique de Don Vito Corleone, Edward G. Robinson compose un patriarche sicilien qui a embrassé le rêve américain. Lui qui était simple coiffeur sans un sou dans son pays est devenu un homme puissant, qui brasse des millions de dollars, tout en venant en aide aux plus démunis dans le quartier new-yorkais grouillant de Little Italy. Il règne sur sa famille, sa femme et leurs quatre fils, avec une main de fer et crée la jalousie des frères de Max en se montrant plus attentionné avec lui, tout en le couvrant d’éloges. Ou comment léguer la haine en héritage.

Chef d’oeuvre sombre et pessimiste, même si Mankiewicz montre que la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais qui ne se mange pas, La Maison des étrangers subjugue, choque, émeut et laisse une empreinte indélébile dans le coeur des spectateurs.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Maison des étrangers, disponible chez ESC Conseils, repose dans un très élégant boîtier classique de couleur noire. La jaquette estampillée « Hollywood Legends » ne manque pas de classe. Le menu principal est animé et musical.

Le film est accompagné d’une passionnante présentation de La Maison des étrangers par Olivier Père (30’). Le directeur cinéma d’Arte dresse tout d’abord un portrait du réalisateur Joseph L. Mankiewicz et revient sur ses débuts au cinéma. Puis Olivier Père en vient au film qui nous intéresse en indiquant que House of Strangers demeure souvent dans l’ombre des films plus célèbres du cinéaste, en l’occurrence par le grand succès précédent de Chaînes conjugales. S’il ne bénéficie pas du même statut que ses autres grands classiques, ce septième long métrage méconnu n’en demeure pas moins un autre chef d’oeuvre de Mankiewicz. Ensuite, Père croise le fond avec la forme, se penche sur les personnages, la structure du film, le casting, et dresse un parallèle avec Le Parrain que Francis Ford Coppola réalisera plus de vingt ans après.

L’Image et le son

Un Blu-ray au format 1080p (AVC). Ce nouveau master restauré en HD au format respecté 1.33 de La Maison des étrangers est honnête, mais il faut bien avouer que l’image reste marquée par des griffures et des rayures verticales, des effets de pompage, un fourmillement, des poussières et autres scories, sans oublier un piqué émoussé. Toutefois, diverses séquences parviennent à sortir du lot, à l’instar du match de boxe, et la copie finit par trouver une stabilité et un équilibre convenables. La définition ne manque pas d’attraits, les détails sont élégants, tout comme le grain original heureusement conservé. Signalons que le Blu-ray de La Maison des étrangers proposé par ESC Conseils est une exclusivité mondiale.

L’unique piste anglaise bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio Mono 2.0. Si quelques saturations et craquements demeurent inévitables surtout sur les dialogues aigus, l’écoute se révèle fluide et limpide. Notons toutefois un léger bruit de fond, ainsi que diverses sautes de son et problèmes de traduction, parfois trop approximative, sans parler de certaines répliques même pas traduites et de fautes d’accentuation. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © ESC Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Comancheria, réalisé par David Mackenzie

COMANCHERIA (Hell or High Water) réalisé par David Mackenzie, disponible en DVD et Blu-ray le 25 janvier 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster, Gil Birmingham, Dale Dickey, William Sterchi, Buck Taylor

Scénario : Taylor Sheridan

Photographie : Giles Nuttgens

Musique : Nick Cave, Warren Ellis

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Au Texas, alors que leur mère vient de mourir, Toby et Tanner, deux frères, s’improvisent braqueurs de banques. Toby, divorcé, veut en effet obtenir de l’argent afin d’éviter la saisie de la propriété familiale. Tanner, expert en armes au fort tempérament, l’assiste dans sa tâche. Le ranger Marcus Hamilton, à quelques semaines d’une retraite bien méritée, est lancé à leurs trousses. Assisté par Alberto Parker, qu’il asticote régulièrement, l’homme de loi découvre un schéma en observant la liste des banques cambriolées par les jeunes gens…

Le cinéaste écossais David MacKenzie, remarqué en 2002 avec son premier long métrage The Last Great Wilderness, a réellement pris son envol en 2008 avec My name is Hallam Foe puis confirmé son immense talent dans des genres aussi divers que variés avec notamment Toy Boy (2009), le superbe Perfect Sense (2010), l’électrique Rock’n’Love (2011). Après Les Poings contre les murs, véritable uppercut sorti sur les écrans en 2014, le cinéaste éclectique s’associe au scénariste Taylor Sheridan, ancien comédien vu dans les séries Veronica Mars et Sons of Anarchy, qui venait de signer le très remarqué Sicario de Denis Villeneuve, thriller sur les cartels de drogue. Du son propre aveu, Comancheria apparaît comme étant le second volet d’une trilogie consacrée au « Nouvel Ouest ». Né au Texas en 1970, Taylor Sheridan écrit ses histoires à partir de gens qu’il connaît ou qu’il a côtoyé. Des habitants de petites bourgades paumées au milieu du Texas, qui sont nés là-bas, qui y ont fait leur vie et où probablement ils mourront.

David Mackenzie apporte sa sensibilité européenne à ce projet y compris sa passion de cinéphile nourrie de westerns, de grands espaces, de road-movies du nouvel Hollywood faits de longues routes poussiéreuses, de villes désertées, de rues où surgissent des chiens osseux. ComancheriaHell or Hight Water est un thriller remarquable doublé d’un message politique fort et actuel, mais aussi d’une histoire d’amour entre deux frères, du portrait d’un vieux flic fatigué qui va partir à la retraite. Un virtuose mélange des genres, porté par une interprétation de haut niveau et en parfaite alchimie, d’une mise en scène sobre mais toujours élégante, d’une bande originale hypnotique écrite par Warren Ellis et Nick Cave, d’une photographie flamboyante signée Gilles Nuttgens qui a voulu privilégier la lumière naturelle du Nouveau-Mexique et les décors naturels pour plus de réalisme.

Alors que les Etats-Unis viennent d’accueillir un président excentrique à la Maison-Blanche, Comancheria dresse un constat amer sur la vie des américains laissés-pour-compte, qui décident de recourir malgré eux au crime pour pouvoir s’en sortir. C’est le cas ici de deux frangins, brillamment incarnés par le grand Ben Foster et Chris Pine, qui ne cesse d’étonner et qui est magnifique ici, qui se mettent à braquer les agences d’une même banque, celle qui a hypothéqué la ferme de leur mère décédée. Ceci dans le but de rembourser leurs dettes – le titre original fait d’ailleurs référence à une expression populaire renvoyant à une clause inscrite sur certains contrats de prêts, indiquant à l’emprunteur l’obligation de rembourser un crédit, peu importe la situation financière dans laquelle il se trouve – et de racheter leur maison de famille sur le point d’être saisie. Ils sont poursuivis par un ranger désabusé et sur le point de partir à la retraite (sublime Jeff Bridges avec un Oscar en ligne de mire), lui-même accompagné par son adjoint (Gil Birmingham) au sang indien et mexicain, dont il aime rappeler les origines pour mieux s’en moquer. Deux hommes de loi qui semblent dépassés par les événements, qui malgré leurs réflexes et leur intuition toujours intacts, doivent se rendre à l’évidence, le monde a changé. Comme si le Marshal Cogburn incarné par Jeff Bridges dans True Grit des frères Coen, se retrouvait catapulté dans une Amérique post-crise 2008.

A la fois, film de braquage, western, thriller et drame prenant marqué par quelques savoureuses pointes d’humour, ce neuvième film de David Mackenzie l’impose définitivement comme un des plus brillants cinéastes d’aujourd’hui. Cette histoire de « criminalité rédemptrice », projetée au 69e Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard, a été portée par une critique quasi-unanime et a su s’imposer dans le top des meilleurs films de l’année 2016. Bienvenue dans le western du XXIe siècle !

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Comancheria, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Au film, l’éditeur joint une featurette promotionnelle (21’), essentiellement constituée d’interviews des quatre acteurs principaux, du réalisateur David Mackenzie, des deux productrices Julie Yorn et Carla Hacken et du scénariste Taylor Sheridan. Ce dernier revient sur ce qui a inspiré l’histoire de Comancheria (son enfance dans les petites villes perdues du Texas, son oncle ancien ranger), le metteur en scène évoque ce qui l’a attiré dans ce projet et les thèmes qu’il a voulu aborder. Les productrices vendent le film en racontant l’histoire, tandis que les acteurs parlent de leur collaboration et du travail avec David Mackenzie.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Wild Side Video signe un sans-faute avec ce master HD immaculé de Comancheria et c’est tant mieux car le film de David Mackenzie méritait vraiment un traitement princier pour son passage en Blu-ray. Tout d’abord, c’est la clarté et le relief des séquences diurnes qui impressionnent et flattent la rétine. Les couleurs sont chatoyantes, le piqué vigoureusement acéré, les détails abondent aux quatre coins du cadre large, restituant admirablement la sécheresse des paysages et la chaleur écrasante et les contrastes affichent une densité remarquable. Ajoutez à cela une profondeur de champ constante, des ambiances tamisées séduisantes et des teintes irrésistibles et vous obtenez le nec plus ultra de la HD. Un transfert très élégant mais rien de très étonnant quand on sait que Comancheria a été tourné avec la caméra numérique Arri Alexa XT Studio.

Les pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 font quasiment match nul en ce qui concerne la délivrance des ambiances sur les enceintes latérales, la restitution des dialogues et la balance frontale dynamique. La spatialisation reste solide tout du long et le caisson de basses est utilisé à bon escient. Sans surprise, la version originale l’emporte de peu sur l’homogénéité et la fluidité acoustique, notamment sur les scènes agitées et les fusillades, où les enceintes s’en donnent réellement à coeur joie.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Fils de Jean, réalisé par Philippe Lioret

LE FILS DE JEAN réalisé par Philippe Lioret, disponible en DVD et Blu-ray le 4 janvier 2017 chez Le Pacte

Acteurs : Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin, Pierre-Yves Cardinal, Patrick Hivon

Scénario : Philippe Lioret, Nathalie Carter, d’après le roman « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » de Jean-Paul Dubois

Musique : Flemming Nordkrog

Photographie : Philippe Guilbert

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

Suite à l’échec commercial de Toutes nos envies, Philippe Lioret aura mis cinq ans pour revenir derrière la caméra avec Le Fils de Jean, son huitième long métrage. Adaptée du roman Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois, cette histoire est la plus personnelle écrite par le réalisateur, qui cherchait depuis très longtemps à évoquer le sujet de la filiation, même si la figure du père traverse l’essentiel de sa filmographie à l’instar de Je vais bien, ne t’en fais pas. La découverte du roman lui a donné les fondations et le point de départ nécessaires pour parler de ces sujets qui lui tiennent visiblement à coeur, mais qu’il n’avait eu de cesse de reporter.

Moins « écrit » que ses précédents scénarios, Le Fils de Jean repose avant tout sur les non-dits, les silences, les regards, les gestes esquissés, contrairement à Toutes nos envies qui manquait de spontanéité et dont les dialogues étaient souvent trop explicites. Pour incarner Mathieu, Philippe Lioret a jeté son dévolu sur Pierre Deladonchamps, révélation de L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie et César du meilleur espoir masculin en 2014. Le comédien s’avère sublime dans ce rôle auquel il apporte une immense délicatesse. Le Fils de Jean est une œuvre extrêmement sensible, tendre et pudique. On sent le réalisateur plus libre que d’habitude, notamment quand la caméra s’attarde sur le regard de Mathieu et dont on devine le cheminement de la pensée. Comme le film est essentiellement tourné au Québec, Philippe Lioret a su entourer Pierre Deladonchamps de merveilleux comédiens du cru, notamment Gabriel Arcand, vu dernièrement dans Le Démantèlement de Sébastien Pilote, Marie-Thérèse Fortin (à fleur de peau) et la sublime Catherine de Léan, véritable révélation du film.

Si l’on devine rapidement où le réalisateur souhaite en venir, Le Fils de Jean interpelle par l’excellence de l’interprétation et ces émotions qui affleurent en permanence. Le personnage de Mathieu, jeune commercial, père d’un petit garçon, divorcé est très attachant et l’audience le suit dans sa quête d’identité dans un pays qu’il ne connaît pas, entouré de personnes inconnues. C’est le cas de Pierre (Gabriel Arcand), ami et ancien collègue du père « biologique » de Mathieu, homme bourru et froid qui a appelé le jeune parisien pour l’informer de la mort de Jean. Mais il y a aussi les deux fils de ce dernier, et donc les demi-frères de Mathieu, qu’il souhaite rencontrer, même si Pierre lui conseille vivement de ne rien dévoiler sur leur lien. A cela s’ajoute le fait que le corps de Jean, décédé pendant une partie de pêche et tombé dans le lac, n’a pas été retrouvé. Mathieu propose alors son aide.

Avec Le Fils de Jean, porté par des comédiens exceptionnels et tourné dans de magnifiques décors naturels, Philippe Lioret signe un de ses films les plus attachants et élégants.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Fils de Jean, disponible chez Le Pacte, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissée dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

En guise de bonus, l’éditeur propose un entretien avec Philippe Lioret (16’). Calme, posé, le réalisateur revient sur la genèse – « Les origines de ce film sont les plus diffuses et les plus lointaines » – et le casting du Fils de Jean. La longue gestation du sujet, la découverte du roman Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois, les repérages au Québec sont abordés avec une grande sensibilité.

L’Image et le son

Le Fils de Jean débarque en Blu-ray chez Le Pacte, dans un transfert très élégant. Cependant, si les contrastes affichent une densité impressionnante, le piqué n’est pas aussi ciselé sur les scènes sombres et certaines séquences apparaissent un peu douces. En dehors de cela, la profondeur de champ demeure fort appréciable avec de superbes scènes au bord du lac, les détails se renforcent et abondent en extérieur jour, le cadre large est idéalement exploité et la colorimétrie est très bien rendue. La définition est quasi-optimale et restitue avec élégance les partis pris de la photographie signée Philippe Guilbert, chef opérateur de J’enrage de son absence et Les Convoyeurs attendent.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 est immédiatement immersif. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, tout comme les silences, la balance frontale est constamment soutenue, la douce composition spatialisée de bout en bout. Même chose pour la piste Stéréo, dynamique et riche. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Sebastien Raymond / Fin Aout Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Rester vertical, réalisé par Alain Guiraudie

RESTER VERTICAL réalisé par Alain Guiraudie, disponible en DVD et Blu-ray le 3 janvier 2017 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Damien Bonnard, India Hair, Christian Bouillette, Laure Calamy, Raphaël Thiéry, Basile Meilleurat

Scénario : Alain Guiraudie

Photographie : Claire Mathon

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

Homo homini lupus est  – L’homme est un loup pour l’homme

Suite au succès critique et public de L’Inconnu du lac, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2013 et César du meilleur espoir masculin en 2014 pour Pierre Deladonchamps, le réalisateur Alain Guiraudie était attendu au tournant. Il revient avec Rester vertical, son cinquième long métrage et le moins que l’on puisse dire c’est que le cinéaste ne se repose pas sur ses lauriers. Rester vertical apparaît comme un film-somme, qui parle du sexe et de la mort, de l’errance, dans une atmosphère éthérée entre rêve et réalité, avec une envie de filmer des territoires. Alain Guiraudie cultive sa singularité au sein du cinéma français. Si les motifs sont récurrents, le cinéaste ne cesse d’explorer de nouvelles formes en se focalisant sur un personnage, véritable alter ego puisque Léo (Damien Bonnard) est un scénariste à la dérive et en manque d’inspiration, qui se cherche, qui n’avance pas dans son travail et qui semble tailler la route sans autre but que de continuer en avant, au hasard des rencontres, en essayant de garder la tête haute. En restant vertical.

Le titre provient d’une étude scientifique qui stipule que pour le loup, l’homme est un animal vertical, position qui lui inspire le respect, la crainte et la prudence.  Si cette définition se vérifie dans la magnifique et ultime séquence du film, c’est aussi pour Alain Guiraudie un moyen d’évoquer une dimension politique et selon ses termes « programmatique », ainsi que de donner une image évidemment à connotation sexuelle, puisque la question de l’identité sexuelle est également présente dans Rester vertical. Le sexe pour le plaisir et finalement se reproduire, avec Marie, la bergère incarnée par la formidable India Hair, celui pour mourir, avec Marcel, le personnage du vieil homme irascible en train d’agoniser. A travers ce conte, entre rêve (et/ou cauchemar) et réalité, le cinéaste rend le quotidien inquiétant, voire presque fantastique, et instaure un malaise palpable. Impression également rendue par le jeu, le regard et la voix du comédien Damien Bonnard, vu dernièrement dans Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin. Le comédien traverse le film comme en état de transe, dans des paysages grandioses en voiture ou à pied, fuyant un avenir incertain, en ayant peur de finir à la rue comme lorsque Léo (son personnage) interpelle un SDF en lui demandant comment il va. Sans doute pour prendre contact avec une réalité qui s’annonce à lui s’il ne se sort pas de ses déboires professionnels et financiers.

Au-delà du parcours initiatique du personnage principal, caractérisé par un chemin sinueux qui quoiqu’il arrive mène toujours au même endroit, ou nulle part, Alain Guiraudie évoque également les sujets actuels de l’euthanasie, de la vieillesse, de la solitude, de la procréation et de la monoparentalité, du genre, des questions qui taraudent le cinéaste, qui toutefois ne s’enferme pas dans une pensée unique ou trop intellectuelle, mais qui donne des pistes pour engendrer le débat. Tout y est abordé avec délicatesse et une grande sensibilité qui imprègne chaque séquence, avec retenue même dans ses séquences les plus frontales.

Rester vertical est une œuvre bien ancrée dans son époque, qui a des choses à dire, sans pour autant avoir « un message » à faire passer, mais qui à travers sa forme aussi singulière que magnifique (superbe photo de Claire Mathon) ne peut laisser indifférent le spectateur qui voudra bien se laisser porter par cette odyssée humaniste, radicale, onirique et surtout inclassable.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Rester vertical, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Seul supplément de cette édition, une interview d’Alain Guiraudie par Xavier Leherpeur (32’). Il faut s’armer de patience devant la réalisation de ce module qui n’arrête pas se montrer les plans du journaliste-critique comme ébahi devant les réponses du cinéaste. Oublions ces plans aussi risibles qu’agaçants pour se focaliser sur ce que Guiraudie a à dire sur Rester vertical. Le réalisateur évoque les thèmes récurrents de ses films, ses recherches sur la forme, l’écriture du scénario, sa passion pour le documentaire, les points communs avec le personnage principal et le travail avec les comédiens. Heureusement, tout cela est passionnant, même si la caméra aurait dû rester focalisée sur Guiraudie.

L’Image et le son

TF1 Vidéo livre un superbe master HD de Rester vertical qui restitue les magnifiques volontés artistiques de l’excellente chef opératrice Claire Mathon (Comme un avion, Les Deux amis, Mon roi, L’Inconnu du lac). L’apport Haute Définition est loin d’être négligeable pour les incroyables paysages, les éclairages sont très élégants, la colorimétrie riche et chaude avec une part belle faite aux crépuscules et à la végétation environnante. La définition est solide comme un roc, même sur les séquences nocturnes, le cadre large n’est pas avare en détails, les noirs sont denses et le piqué fort agréable.

Un seul mixage, une piste DTS-HD Master Audio 5.1 riche et dynamique sur les enceintes frontales, qui instaure une spatialisation largement convaincante. Les dialogues sont solidement plantés sur la centrale, l’ouverture des enceintes avant laisse pantois et les arrière soutiennent l’ensemble avec des ambiances naturelles frappantes (le vent, l’orage). L’immersion acoustique est donc très convaincante. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © Les Films du Losange – Thierry ValletouxEmanuelle Jacobson-Roques / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Roi de coeur, réalisé par Philippe de Broca

LE ROI DE COEUR réalisé par Philippe de Broca, disponible en DVD et Blu-ray le 24 janvier 2017 chez L’Atelier d’images

Acteurs : Alan Bates, Pierre Brasseur, Jean-Claude Brialy, Geneviève Bujold, Michel Serrault, Adolfo Celi, Françoise Christophe, Julien Guiomar, Micheline Presle, Jacques Balutin, Marc Dudicourt…

Scénario : Daniel Boulanger et Philippe de Broca, d’après une idée de Maurice Bessy

Photographie : Pierre Lhomme

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

Octobre 1918, le soldat britannique Charles Plumpick est envoyé comme éclaireur dans une petite ville française récemment évacuée. Il découvre que les habitants de l’hôpital psychiatrique sont restés, et qu’ils ont investi la ville selon leur fantaisie. Loin de la guerre, un général Géranium, un Duc de Trèfle ou une délicieuse Coquelicot l’accueillent chaleureusement comme « Roi de Coeur » dans leur univers…

« Vous voyez bien qu’il y a une barrière entre ce monde et nous ! »

En 1960, Philippe de Broca signe son premier film, Le Farceur. Il collabore à nouveau avec Jean-Pierre Cassel pour Les Jeux de l’amour (1960) et L’Amant de cinq jours (1961), avant de connaître son premier très grand succès avec Cartouche (1962). Suivront deux sketches réalisés pour les films collectifs Les Sept péchés capitaux (1962) et Les Veinards (1963), le triomphe international de L’Homme de Rio (1964), puis une nouvelle comédie avec Jean-Pierre Cassel, Un monsieur de compagnie (1964) et un autre grand succès avec Jean-Paul Belmondo, Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), d’après Jules Verne. Le cinéaste a donc le vent en poupe quand il s’attaque à son projet le plus personnel, Le Roi de coeur, qu’il coécrit avec Daniel Boulanger, d’après une idée de Maurice Bessy.

Les soldats allemands et écossais s’affrontent près de Marville, un petit village du nord de la France dans les derniers mois de la Première Guerre mondiale. Menacé de destruction par les allemands, qui ont prévu de tout faire exploser quand sonnera minuit, le village est abandonné par l’occupant et ses habitants. Seuls les fous internés dans l’asile restent dans les lieux, qu’ils vont investir le temps d’une véritable récréation, sous les yeux éberlués des militaires. Avertis, les alliés chargent le soldat britannique Plumpick (Alan Bates) de trouver les explosifs et de les désamorcer. Les aliénés l’accueillent à bras ouverts, notamment Xénophon alias le duc de Trèfle (Jean-Claude Brialy), le Général Géranium (Pierre Brasseur), l’évêque Marguerite (Julien Guiomar), monsieur Marcel le coiffeur (Michel Serrault), la tenancière de la maison close madame Eglantine (Micheline Presle) et l’une de ses pensionnaires, la jeune et ravissante Coquelicot (Geneviève Bujold). Ils reconnaissent en lui leur roi bien-aimé. Il est désormais le Roi de Coeur. Le sacre se prépare à la cathédrale, mais bien qu’il s’attache rapidement à ces habitants insolites, Plumpick n’oublie pas sa mission, surtout que le compte à rebours a commencé.

« Vous ne voyez pas comment ils sont méchants de ce côté-là ? »

La critique française a été glaciale à la sortie du film en décembre 1966, qui résumait Le Roi de coeur à une « histoire avec des fous ». Totalement incomprise dans nos contrées où l’échec commercial atteint profondément le réalisateur (au point qu’il envisage d’arrêter le cinéma), qui avait produit son film pour la première fois de sa carrière, l’oeuvre de Philippe de Broca est cependant un immense succès aux Etats-Unis – il reste près de dix ans en exclusivité à Boston – et demeure aujourd’hui un vrai film culte. Il faudra attendre 2016-2017 pour que Le Roi de coeur soit enfin considéré à sa juste valeur en France, à savoir un des chefs d’oeuvre oubliés du maître de Broca. Car il faut bien avouer que ce long métrage anticonformiste et antimilitariste est un véritable bijou à réhabiliter de toute urgence. Le cinéaste fait de ses fous de véritables héros, qui ont su affronter le conflit armé en préférant se réfugier dans leur univers. Les aliénés forment une véritable communauté faite d’entraide et d’amitié, où chacun vit heureux et libre.

« Le merlan aime la friture…« 

Le casting est exceptionnel puisque les personnages sont interprétés par de véritables monstres du cinéma. Alan Bates (bondissant, malgré une cheville cassée sur le tournage !), Micheline Presle (sublime), Michel Serrault (dont le personnage annonce celui de La Cage aux folles), Pierre Brasseur (truculent), Julien Guiomar (hilarant), Jean-Claude Brialy (raffiné), Françoise Christophe (élégante), Geneviève Bujold (lumineuse et sensuelle), sans oublier Adolfo Celi dans le rôle inattendu d’un colonel écossais.

A mi-chemin entre le cinéma d’Ernst Lubitsch et de Blake Edwards, Le Roi de coeur, comédie décalée et sophistiquée est trop en avance pour les spectateurs de 1966. C’est dire l’importance de (re)découvrir aujourd’hui cette fantaisie poétique, intelligente et mélancolique, qui va à cent à l’heure, illuminée par la photographie de Pierre Lhomme et portée par la sublime partition de Georges Delerue, dont le thème du « Retour à l’asile » risque de s’inscrire pour longtemps dans la mémoire des cinéphiles.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray « Edition Royale » du Roi de coeur, disponible chez L’Atelier d’images, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné très élégant, reprenant le visuel de l’affiche réalisée pour la ressortie du film au cinéma dans sa version restaurée en janvier 2017. Le menu principal est animé et musical.

Dans un premier segment, le grand directeur de la photographie Pierre Lhomme (La Vie de château, Mortelle randonnée, Cyrano de Bergerac) revient sur son amitié et sa collaboration avec Philippe de Broca. Au fil de cet entretien (10’), illustré par d’exceptionnelles images du tournage (avec le réalisateur à l’oeuvre) du Roi de coeur dénichées par Jérôme Wybon, le chef opérateur évoque leurs débuts respectifs dans le monde du cinéma, les conditions de tournage du film qui nous intéresse, le tout ponctué par quelques anecdotes liées aux conditions des prises de vue et sur la sortie du film en France (un échec cuisant) et aux Etats-Unis (un film culte).

Le bonus suivant est composé de séquences du film montées sur un témoignage audio de Michelle de Broca (9’). Epouse du cinéaste de 1958 à 1961, productrice du Roi de coeur, Michelle de Broca se penche sur le tournage du film, l’accident d’Alan Bates survenu pendant les prises de vue (l’acteur s’est cassé la cheville), la mauvaise promo du film en France à sa sortie et l’excellent accueil critique et public du Roi de coeur aux Etats-Unis, porté par les étudiants américains qui voyaient dans cette histoire un parallèle avec la Guerre du Viêt Nam.

Document réalisé le 13 août 1966, un module d’archives compile les propos de certains comédiens du Roi de coeur sur le plateau. Jean-Claude Brialy, Julien Guiomar, Pierre Brasseur, Alan Bates, Michel Serrault, Geneviève Bujold, Micheline Presle et Marc Dudicourt. A tour de rôle, les acteurs évoquent le style de Broca, le rythme et l’univers du cinéaste et dressent au final un formidable portrait du réalisateur.

Un segment d’archives propose également un extrait d’interview de Philippe de Broca, réalisée le 6 février 1967 (1’30). Le cinéaste y parle de sa condition de metteur en scène et de son art qui lui permet de voyager dans l’univers du rêve, de l’irréel et de l’irrationnel, afin d’échapper au quotidien.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le Roi de coeur a été restauré en 2015 par Technicolor pour Alex Productions. Les travaux de restauration et d’étalonnage ont été réalisés en 4K à partir du négatif original monté en 35mm Techniscope, sous la supervision du chef opérateur Pierre Lhomme. Et c’est superbe ! Dès le premier plan, l’image affiche une stabilité jamais démentie, un sublime grain original heureusement conservé et surtout excellemment géré. La propreté du master est tout simplement hallucinante, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique. Ce Blu-ray au format 1080p, redonne aux couleurs une nouvelle harmonie ainsi qu’un éclat inédit, le cadre large n’est pas avare en détails, les contrastes sont denses. On en prend plein les yeux et ce master HD permet de redécouvrir ce film maudit de Philippe de Broca dans les meilleures conditions techniques. Nous ne pouvions pas rêver mieux !

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Georges Delerue trouve un nouvel et remarquable écrin phonique. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © L’Atelier d’images / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / USS Indianapolis, réalisé par Mario Van Peebles

USS Indianapolis (USS Indianapolis: Men of Courage) réalisé par Mario Van Peebles, disponible en DVD et Blu-ray le 4 janvier 2017 chez Marco Polo Production

Acteurs : Nicolas Cage, Tom Sizemore, Thomas Jane, James Remar, Matt Lanter, Brian Presley

Scénario : Cam Cannon, Richard Rionda Del Castro

Photographie : Andrzej Sekula

Musique : Laurent Eyquem

Durée : 2h09

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Juillet 1945. Le navire USS INDIANAPOLIS, commandé par le Capitaine McVay, avec à son bord 1196 marins, doit livrer des composants de la bombe atomique. Sur le retour, le navire est torpillé par un sous-marin japonais et sombre dans l’Océan Pacifique en moins de 12 minutes. 300 marins périssent sur le coup. Le reste de l’équipage affronte, pendant plus de 5 jours, les attaques de requins, la déshydratation, la faim, les hallucinations et le désespoir. Seuls 317 survivants sont alors secourus. Le lendemain, Hiroshima est bombardée. 10 jours plus tard, la Seconde Guerre mondiale prend fin. En novembre, le capitaine McVay est envoyé devant la cour martiale.

Mesdames, messieurs, Nicolas Cage est de retour aux affaires. Après le très bon Le Casse des frères Brewer et le très recommandable The Runner d’Austin Stark, Nicolas Cage semble avoir repris les choses en main. Certes, cela ne veut pas dire que l’un des meilleurs comédiens du monde ne se vautrera pas à nouveau dans le navet improbable ou dans le nanar fauché, mais notre bien-aimé Nicolas Kim Coppola, né le 7 janvier 1964 à Long Beach en Californie, signe dans Uss Indianapolis une excellente performance. Si les Direct-To-Video mettant en scène Nicolas Cage sont la plupart du temps risibles de nullité, à l’instar de Tokarev, The Wicker Man, Croisades et Le Chaos, USS Indianapolis est encore une fois très encourageant et aurait même mérité une sortie dans les salles.

Réalisé par Mario Van Peebles en 2015, le film raconte l’histoire du croiseur lourd USS Indianapolis pendant la Seconde Guerre mondiale, le fameux navire coulé par un sous-marin de la Marine impériale japonaise en 1945 dont Quint / Robert Shaw narre le récit dans Les Dents de la mer. Si le budget d’USS Indianapolis est estimé à 40 millions de dollars, la qualité des effets spéciaux laisse franchement à désirer, mais heureusement l’intérêt du film n’est pas là. Le film est avant tout une histoire humaine bien racontée, qui se focalise sur une poignée de personnages très attachants. Si Nicolas Cage a effectivement le premier rôle et s’en acquitte admirablement, il est excellemment entouré de Tom Sizemore, Thomas Jane, Matt Lanter, James Remar et bien d’autres jeunes comédiens très convaincants. Bien sûr, certains tiqueront devant le copier-coller de la scène du naufrage qui plagie ouvertement celle de Titanic, pas avec les mêmes moyens certes, mais quasiment plan par plan au moment où le navire se brise en deux, puis se redresse avant de sombrer.

Puis, le film prend des allures de survival puisque les 900 survivants (sur un équipage de 1200 hommes) se retrouvent au beau milieu de l’Océan Pacifique, livrés à eux-mêmes, entourés de requins. Le jour suivant, il ne reste plus que 692 hommes et les effets de la déshydratation se font ressentir. Les requins sont toujours plus nombreux. Le troisième jour, près de 200 soldats périssent à leur tour. Les secours arriveront par hasard au bout du cinquième jour. 317 âmes seront sauvées. Dans la première partie du film, Mario Van Peebles prend le temps de présenter les personnages sur lesquels l’action se focalisera, à l’instar du jeune Bama (Matt Lanter), qui pense épouser la femme qu’il aime à son retour de mission. La reconstitution est simple, mais efficace. La mise en scène est soignée et malgré un rythme inégal et quelques redondances, l’intérêt demeure soutenu grâce à l’interprétation tendue et le suspens entretenu.

Nicolas Cage n’est pas là pour tirer la couverture et laisse donc largement de la place à ses partenaires. Mais il faut bien dire que nous n’avons d’yeux que pour lui, surtout dans la dernière partie quand son personnage est traduit en justice. En effet, le Captain McVay a été accusé d’avoir mis le navire en péril en négligeant d’adopter la manœuvre adéquate et en donnant trop tard l’ordre d’abandonner le navire. La séquence qui s’ensuit est difficile et Nicolas Cage, magnifique, émeut aux larmes. Drame historique, USS Indianapolis est un très beau film qui mérite vraiment l’attention des spectateurs et qui saura autant combler les fans de Nicolas Cage que les passionnés d’Histoire.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’USS Indianapolis, disponible chez Marco Polo Production, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et muet. Le visuel de la jaquette se concentre sur Nicolas Cage et saura attirer l’oeil de ses admirateurs les plus fervents. Aucun supplément.

L’Image et le son

USS Indianapolis bénéficie d’un master HD 1080p qui remplit son cahier des charges sans se forcer, mais avec efficacité. Le piqué est probant et acéré, les effets numériques paraissent bien artificiels et ressemblent à des animatiques figés. Les séquences en extérieur sont mieux définies avec une profondeur de champ palpable, des contrastes assurés, une luminosité aveuglante et une colorimétrie riche, froide et métallique. Certains plans sont étrangement floutés, l’image est plus douce sur les scènes agitées qui entraînent une légère perte de la définition, mais ce serait vraiment chipoter car la compression AVC consolide l’ensemble avec brio et les détails sont légion sur le cadre large.

L’ensemble des enceintes sur les pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent lors des attaques, la musique de Laurent Eyquem bénéficie d’un traitement de faveur avec une belle ouverture, plongeant constamment le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues ne manquent pas d’ardeur sur la centrale qui délivre les voix avec plus de peps. Les effets sont souvent balancés de gauche à droite, et des enceintes avant vers les arrières. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce petit spectacle acoustique sur les séquences opportunes avec un beau fracas. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée. La version française n’est pas québécoise et Dominique Collignon-Maurin double une fois de plus Nicolas Cage.

Crédits images : © Marco Polo Production / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / A Swedish Love Story, réalisé par Roy Andersson

A SWEDISH LOVE STORY (En kärlekshistoria) réalisé par Roy Andersson, disponible en DVD le 2 novembre 2016 chez Potemkine Films

Acteurs : Ann-Sofie Kylin, Rolf Sohlman, Anita Lindblom, Bertil Norström, Lennart Tellfelt, Margreth Weivers

Scénario : Roy Andersson

Photographie : Jörgen Persson

Musique : Björn Isfält

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

En marge du monde des adultes prisonniers de leurs conventions et de leur mélancolie, Pär et Annica, avec l’ingénuité et la fraîcheur de leurs 15 ans, découvrent simplement l’envie et le bonheur d’aimer. Le temps d’un été à Stockholm…

Film culte et chéri des cinéphiles, A Swedish Love StoryEn kärlekshistoria (1970), inédit en France à sa sortie, est le premier long métrage du réalisateur Roy Andersson, alors âgé de 27 ans. Une œuvre tournée avec peu de moyens durant l’été 1969 sous un soleil de plomb, principalement en son direct, en se focalisant sur les regards de ses jeunes comédiens et en ayant peu recours aux dialogues. Si son cinéma évoluera sur la forme, tout le cinéma de Roy Andersson est déjà présent dans A Swedish Love Story et même depuis ses premiers courts et moyens métrages.

Cette histoire d’amour entre deux adolescents foudroie en plein coeur encore près de cinquante ans après sa sortie et ce grâce à l’immense charisme et au naturel confondant du couple de jeunes comédiens, Ann-Sofie Kylin dans le rôle d’Annica et Rolf Sohlman dans celui de Pär. Annica et Pär découvrent l’envie et le bonheur d’aimer en dépit du triste spectacle des adultes qui les entourent. Joli succès à sa sortie, le film est encensé par la critique et le public, y compris par certains monstres du cinéma, dont Ingmar Bergman lui-même, Roy Andersson étant directement considéré comme un nouveau maître du naturalisme. Touché par la grâce, chef d’oeuvre de délicatesse, réaliste, triste et pourtant solaire, A Swedish Love Story subjugue d’entrée de jeu avec son cadre singulier qui se focalise sur deux jeunes adolescents qui vont se rencontrer par hasard au cours d’un même repas.

Chacun semble s’ennuyer au milieu de tous ces adultes plongés dans des discussions sans fin, pour ne pas dire sans aucun sens. Les regards, nimbés de tristesse et de mélancolie, s’attirent et très vite Pär et Annica ne peuvent plus s’empêcher de s’observer, sans rien dire. Mais ce silence en dit long, ils se reconnaissent l’un dans l’autre et souhaitent tous les deux la même chose, trouver un réconfort, des bras dans lesquels se blottir, sans penser à rien d’autre qu’à l’instant présent et loin du monde absurde des adultes dans lequel ils ne vont pas tarder à entrer.

C’est un véritable coup de foudre. Sans caricature, mais avec une immense sensibilité et un sens quasi-organique de la mise en scène, Roy Andersson capture l’indicible, l’instant où les coeurs s’emballent conjointement, celui où un couple sait qu’il ne pourra pas se passer l’un de l’autre, au moment où les sentiments sont les plus purs et pas encore parasités par l’inconsistance du morne et frustrant quotidien des grandes personnes. L’instant se fige et les deux souhaitent qu’il le reste le plus longtemps possible, même s’ils sont conscients tous les deux que la vie les rattrapera forcément. Contrairement aux futurs longs métrages de Roy Andersson, A Swedish Love Story est un film rempli de vie qui fait chaud au coeur, qui donne envie d’aimer et d’être aimé. Un vrai miracle de film, électron libre dans une des filmographies les plus atypiques du cinéma européen, cette chronique douce-amère n’a pas fini de faire de conquérir de nouveaux adeptes.

LE DVD

Le test du DVD de A Swedish Love Story a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition contient deux courts et un moyen métrage de Roy Anderson, Visite chez le filsBesöka sin son (1967), Chercher un vélo Hämta en cykel (1968) et Samedi 5 octobreLördagen den 5.10 (1969), qui imposent d’emblée le cadre atypique, les thèmes et le rythme que l’on retrouvera dans A Swedish Love Story en 1970 avec ces célèbres gros plans, l’histoire d’amour entre deux jeunes personnes, une mélancolie qui imprègne l’histoire, le désir de s’affranchir de sa famille et de s’échapper du quotidien, les appartements modestes, les repas, les promenades à la campagne. Si le premier film pose les bases et le second expérimente le cadre, le troisième s’avère un vrai petit chef d’oeuvre, au même titre que A Swedish Love Story.

L’Image et le son

Ce DVD est issu de la copie restaurée sortie au cinéma en 2015. L’image est d’une propreté jamais démentie, stable, et certaines séquences sortent du lot avec une très belle luminosité et un piqué ciselé. Le grain original est respecté et bien géré. N’oublions pas les couleurs estivales qui font honneur au support. Le format original est conservé, la profondeur de champ fort appréciable. Notons tout de même quelques plans flous, divers mouvements de caméra qui entraînent de légères pertes de la définition, des séquences sombres moins précises avec des noirs tirant sur le bleu et des visages légèrement rosés ou cireux. Néanmoins, l’encodage demeure solide.

Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible. Le confort acoustique est assuré avec un espace phonique probant, des dialogues clairs, nets, tout comme la musique très bien délivrée. Aucun souffle ne vient parasiter les scènes silencieuses et l’ensemble reste propre.

Crédits images : © Europa Film – Potemkine Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Irréprochable, réalisé par Sébastien Marnier

IRREPROCHABLE réalisé par Sébastien Marnier, disponible en DVD le 6 décembre 2016 chez Orange Studio

Acteurs : Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay, Jean-Luc Vincent, Véronique Ruggia

Scénario : Sébastien Marnier, Samuel Doux

Photographie : Laurent Brunet

Musique : Zombie Zombie

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Sans emploi depuis un an, Constance revient dans sa ville natale quand elle apprend qu’un poste se libère dans l’agence immobilière où elle a démarré sa carrière, mais son ancien patron lui préfère une autre candidate plus jeune. Constance est alors prête à tout pour récupérer la place qu’elle estime être la sienne.

Irréprochable, thriller social et psychologique nappé d’humour noir, a révélé un nouveau réalisateur et auteur en 2016, Sébastien Marnier. Journaliste et écrivain (Mimi, Une vie de petits fours), il a également signé quelques courts métrages, dont Le Grand avoir en 2002 et Le Beau Jacques en 2003 avec Philippe Nahon. Véritable coup de maître sorti au milieu de blockbusters estivaux, porté par une critique quasi-unanime, Irréprochable offre à Marina Foïs son plus grand rôle. Elle est terrifiante dans la peau de Constance, agent immobilière au chômage à Paris. Sans appartement et vivant du RSA, elle décide de retourner dans sa ville natale en Charente-Maritime, où vit également sa mère hospitalisée, pour essayer de pourvoir un emploi dans l’agence où elle a commencé sa carrière. Une jeune concurrente, Audrey, obtient le poste à sa place en acceptant d’être moins payée. Dès lors, Constance, considérant subir une injustice et mériter l’emploi, va tout faire pour le récupérer. Elle se met à suivre la jeune femme et parvient à s’immiscer dans sa vie. Portrait intime, anxiogène et glaçant d’une véritable sociopathe, Irréprochable est un fascinant portrait de femme trouble et désaxée, qui est pourtant persuadée de bien faire les choses, en étant « irréprochable », sans jamais se remettre en question.

Marina Foïs parvient à rendre humain son personnage pourtant monstrueux. Son phrasé unique et particulier, sa voix basse, son regard fuyant, renvoient à l’un de ses personnages des Robin des Bois, Sophie Pétoncule, comme si elle nous en présentait son côté obscur. La comédienne est excellemment épaulée par Jérémie Elkaïm, ancien amant de Constance qu’elle fait tourner en bourrique, Joséphine Japy (Le Moine, Cloclo, Respire) dans le rôle d’Audrey, la jeune femme qui gêne Constance, Benjamin Biolay, rencontre dans le TGV qui devient l’amant de Constance. L’histoire glaçante contraste avec très belle la photo chaude et estivale signée Laurent Brunet (La Petite Jérusalem, Free Zone, Séraphine). La composition du groupe français électro Zombie Zombie distille également un malaise du début à la fin, comme si les mélodies étaient branchées sur la psyché et le rythme cardiaque du personnage principal.

Malgré ses actes odieux et grâce à l’interprétation, y compris physique, de la comédienne, on ressent une certaine affection pour Constance, qui n’est sûrement pas devenue un monstre-humain du jour au lendemain et surtout sans raison. Il y a donc quelque chose de foncièrement touchant chez cette femme déséquilibrée et impulsive, qui se laisse envahir par ses émotions et qui en viendra à commettre l’irréparable pour arriver à ses fins, telle une voiture-bélier que plus rien ne peut arrêter, sans jamais penser aux conséquences de ses actes. Tel un soldat, pour ne pas dire machine de guerre, Constance partage son temps libre entre un entraînement physique et athlétique exténuant et la manipulation de ceux qui l’entourent. Pathétique, drôle, mais foncièrement inquiétante, mythomane, vénéneuse, déterminée et manipulatrice, Constance est un personnage qui va marquer les esprits des cinéphiles.

En toute logique, nous devrions retrouver Irréprochable à la prochaine cérémonie des César où le film pourrait rafler les compressions du Meilleur premier film et pour lequel Marina Foïs peut largement prétendre à celle de la Meilleure actrice. Les paris sont ouverts !

LE DVD

Le visuel de la jaquette d’Irréprochable, disponible chez Orange Studio, reprend celui de l’affiche d’exploitation estampillée des critiques élogieuses. Le menu principal est animé sur la musique de Zombie Zombie.

 

 

L’éditeur nous propose 12 minutes de scènes coupées, non étalonnées et non mixées, durant lesquelles Constance fait semblant de s’évanouir au milieu de ses anciennes amies, une autre où Constance allume littéralement Philippe (Jérémie Elkaïm) avant de se rétracter, ce qui rend furieux ce dernier, qui la vire de chez lui. Outre une autre séance de sport, la scène où Gilles (Benjamin Biolay) offre à Constance un sex-toy au cours d’un dîner est proposée en version longue.

Un minuscule making of de 6 minutes, suit le tournage une journée durant l’été 2015. L’occasion de voir l’investissement physique de Marina Foïs et de Joséphine Japy (courir sous un soleil de plomb), mais également le réalisateur Sébastien Marnier à l’oeuvre avec sa comédienne, ainsi que le soutien de l’équipe technique, en particulier le chef opérateur Laurent Brunet. Quelques propos des actrices, du cinéaste et de la productrice Caroline Bonmarchand sont également au programme.

L’Interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Malgré l’engouement critique et public, il semble qu’Orange n’ait pas jugé bon de sortir Irréprochable en Blu-ray. Il faudra donc se contenter de cette édition standard, mais heureusement la qualité est là. Les couleurs sont bien loties, entre chaud et froid, le piqué est suffisamment affûté, la clarté de mise sur toutes les séquences en extérieur et les contrastes élégants. Les détails ne manquent pas sur le cadre large, les noirs sont denses. On aurait vraiment aimé une édition HD !

Le mixage Dolby Digital 5.1 instaure un excellent confort acoustique en mettant l’excellente composition de Zombie Zombie en avant, tout en délivrant les dialogues avec ardeur, sans jamais oublier les effets et ambiances annexes. Quelques basses soulignent également diverses séquences. La piste Stéréo s’en donne également à coeur joie, se révèle dynamique et même percutante dans son genre. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Memento Films Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Equals, réalisé par Drake Doremus

EQUALS (Akai Satsui) réalisé par Drake Doremus, disponible en Blu-ray et DVD le 20 décembre 2016 chez Orange Studio

Acteurs : Kristen Stewart, Nicholas Hoult, Guy Pearce, Jacki Weaver, Kate Lyn Sheil, Aurora Perrineau, Toby Huss, Scott Lawrence

Scénario : Nathan Parker

Photographie : John Guleserian

Musique : Dustin O’Halloran, Sascha Ring

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Durant « La Grande Guerre », la Terre a connu 28 jours de bombardements. 99,6 % de la surface habitable de la planète a été anéantie. Une zone a survécu, la Péninsule, peuplée d’êtres jugés primitifs appelés les Déficients. Le reste de la population est confinée dans des cités où les sentiments sont considérés comme une maladie à éradiquer car symboles et vestiges du passé tumultueux de la race humaine. C’est dans une de ces villes blanches et aseptisées que Nia et Silas tombent éperdument amoureux. Pour survivre, ils devront cacher leur amour et résister ensemble.

Prendre Kristen Stewart et Nicholas Hoult, qui sont loin d’être les comédiens les plus expressifs, pour interpréter deux jeunes qui tombent amoureux dans une société dystopique où les sentiments (peur, angoisse, amour, colère), les contacts physiques et les désirs sont prohibés dès la naissance, n’était pas une mauvaise idée sur le papier. Le problème avec Equals, réalisé par l’américain Drake Doremus, dont les quatre premiers longs métrages indépendants ne sont jamais sortis dans les salles françaises, c’est qu’il croule sous les références, tant sur le fond que sur la forme, et qu’il ne se distingue jamais d’autres films du genre. S’il n’était pas interprété par ces deux jeunes acteurs, qui font partie des plus convoités aujourd’hui, Equals, présenté en compétition au Festival de Venise 2015, n’aurait sans doute pas bénéficié d’une sortie en e-cinéma en France.

Equals est un petit film de science-fiction qui lorgne sur le 1984 de George Orwell, sur THX 1138 de George Lucas et Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol. En dehors de ces excellentes références, Equals ne parvient jamais à instaurer une ambiance, un climat, un contexte, un ton et demeure aussi figé que le jeu apathique de son couple principal. Heureusement, les apparitions furtives des excellents Guy Pearce et Jacki Weaver viennent un peu secouer tout ça. Mais on s’ennuie rapidement devant ce petit film qui veut probablement inciter à la réflexion sur monde d’aujourd’hui, qui a sûrement des choses à dire sur l’incommunicabilité entre les êtres et sur la force des sentiments face à l’adversité et la répression, mais qui les dit mal en se reposant trop sur ses modèles pour faire passer son discours. Dernièrement, The Lobster de Yorgos Lanthimos et même The Island de Michael Bay il y a plus de dix ans en disaient bien plus sur le conditionnement de l’être humain.

Dommage quand on sait que le scénario est signé Nathan Parker, auteur du fantastique Moon de Duncan Jones et que le film est également coproduit par Ridley Scott. Ici, le décor est pauvre et glacé, comme si les comédiens déambulaient dans la Bibliothèque François Mitterrand, on prend un thème musical de trente secondes que l’on passe en boucle non-stop pendant près de deux heures durant lesquelles Kristen Stewart et Nicholas Hoult font la tronche, ce en quoi ils excellent, et sont filmés comme pour une pub de parfum de luxe. La mise en scène compile des gros plans sans consistance tandis que les dialogues s’inspirent visiblement d’une chanson de Patrick Bruel avec « l’amour, c’est mieux que la guerre ».

Equals est un film sur lequel on misait, mais qui finit par irriter au bout d’un quart d’heure et qui n’a rien à proposer si ce n’est du vide, sur un rythme lent. Avec son « intrigue » redondante et trop classique, parvenir jusqu’à la fin de ce film d’anticipation, qui s’avère constamment prévisible et peu convaincant, s’avère un véritable challenge.

LE BLU-RAY

Après une courte carrière en VOD, Equals arrive dans les bacs en DVD et Blu-ray chez Orange Studio. Le Blu-ray repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé sur la musique du film.

L’éditeur réalise ici une sortie technique puisque nous ne trouvons en tout et pour tout que 6 minutes de suppléments. Deux featurettes qui donnent la parole aux comédiens, au producteur et au réalisateur. Quelques rapides images de tournage dévoilent l’envers du décor et les propos des intervenants se penchent principalement sur les personnages et les thèmes explorés.

L’Image et le son

L’éditeur soigne son master HD (1080p), même si le piqué manque souvent de mordant. Cependant, les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce et moins affûtée. La clarté demeure frappante, les gros plans détaillés (ce qui permet de voir que Kristen Stewart n’entretient pas sa peau) et la colorimétrie marquée par les décors métalliques et bleus dans une première partie, puis plus rouge-orangée dans la seconde, est à l’avenant. Les détails sont plaisants et la copie restitue les partis pris esthétiques caractéristiques de ce monde futuriste, aseptisé, immaculé, des décors aux costumes.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 délivrent délicatement les rares dialogues, la musique, les légères ambiances qui environnent les personnages durant leur journée de travail. La balance frontale est joliment équilibrée, les latérales interviennent à bon escient. La spatialisation musicale est systématique et le confort acoustique solide. Il en est de même pour les pistes Stéréo, de fort bon acabit, qui conviendront aisément à ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Orange Studio / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Désir meurtrier, réalisé par Shōhei Imamura

DESIR MEURTRIER (Akai Satsui) réalisé par Shôhei Imamura, disponible en DVD le 15 novembre 2016 chez Elephant Films

Acteurs : Masumi Harukawa, Kô Nishimura, Shigeru Tsuyuguchi, Yûko Kusunoki, Ranko Akagi, Tomio Aoki

Scénario : Shôhei Imamura, Shinji Fujiwara, Keiji Hasebe

Photographie : Shinsaku Himeda

Musique : Toshirô Mayuzumi

Durée : 2h30

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Après avoir accompagné son mari à la gare et envoyé son fils chez sa belle-mère, Sadako est suivie jusque chez elle par un jeune homme. Celui-ci force la porte de sa maison et la viole. La jeune femme, humiliée, en garde le secret. Quelques jours plus tard, Hiraoka, revient et lui explique que malade du cœur, il ne lui reste que peu de temps à vivre. Une passion déchainée va lier ces deux amants et Sadako ne voit qu’une seule issue: la mort.

Désir meurtrier (Akai Satsui) est considéré à juste titre comme étant l’un des plus grands films de Shôhei Imamura. Réalisé en 1964, entre La Femme insecte (1963) et Le Pornographe (1966), ce septième long métrage du maître japonais demeure un sommet dans une filmographie pourtant exigeante. Dans une maison en bois, au bord d’une voie ferrée, vit un couple modeste dont la femme, Sadako, une femme un peu naïve et que son compagnon n’a pas reconnu comme épouse légitime, mène une vie résignée, entièrement vouée à son foyer, à son mari, à la mère (cruelle) de celui-ci et à son fils adoptif. Un soir d’hiver, en l’absence de son époux, elle est violée par un cambrioleur qui s’est introduit chez elle. Cet homme, Hiraoka, provoque un déclic dans sa vie monotone, un électrochoc révélateur. Sadako décide de garder le silence et n’en dit rien à son mari, Koichi. Quelques jours plus tard, son agresseur, Hiraoka, revient et lui explique qu’il est atteint d’une maladie du cœur et qu’il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Contre toute attente, ils entament une relation passionnelle, malsaine et morbide, qui n’échappera pas à un funeste dénouement.

Remarquable drame traitant de la condition féminine dans une société où elle n’a quasiment aucun droit ni autorité, Désir meurtrier étend son histoire sur près de 2h30 afin de faire ressentir le chamboulement physique et psychologique de son personnage principal. Complexe et ambigu, ce portrait de femme soumise car comme l’indique un carton en présentation « Il faut obéir aux règles de la famille car sans règles un foyer ne peut pas fonctionner » fustige les rites et coutumes éculés, pour ne pas dire stupides, d’un pays qui souhaite pourtant s’ouvrir au monde moderne et en plein boom économique. Originale, virtuose, passionnée, cette étude sur la psyché féminine subjugue également sur la forme. Soutenu par la merveilleuse photographie de Shinsaku Himeda, Shôhei Imamura joue avec le cadre, qu’il fige pendant quelques secondes, avant de proposer un montage plus découpé, qui reflète le trauma et la révélation de Sadaka, magnifiquement interprétée par Masumi Harukawa, qui se livre corps et âme à la caméra du cinéaste. On s’attache très vite à cette jeune femme bien en chair, enfermée chez elle et qui voit quotidiennement les trains passés devant chez elle, symboles d’un ailleurs qu’elle ne connaîtra probablement jamais.

Comme dans la plupart des films d’Imamura, Désir meurtrier est marqué par une dimension documentaire, à l’instar de la scène d’au revoir au mari de Sadaka au début du film, dans laquelle on retrouve l’oeil aiguisé de l’entomologiste qu’était le réalisateur depuis son premier film et qui aimait étudier ses contemporains. Ce mari entretient une relation essentiellement charnelle avec une collègue de bureau, qu’il connaissait avant de rencontrer Sadako. Apprenant que cette dernière entretiendrait également une liaison, la jalousie le pousse à espionner sa femme par l’intermédiaire de sa propre maîtresse. Les pulsions sexuelles dominent et renvoient les êtres humains à leur animalité, qui se laissent dévorer et conduire par leurs envies soudaines, qu’ils n’expliquent pas. C’est évidemment le cas pour Sadako qui pour la première fois de sa vie ressent le plaisir et l’épanouissement sexuel durant le viol, scène par ailleurs très impressionnante par sa crudité, qui a fait scandale à la sortie du film. On pense évidemment au récent et formidable Elle de Paul Verhoeven, dans lequel Isabelle Huppert incarne une femme qui entretient une relation trouble avec l’homme qui l’a violée.

C’est dire si Shôhei Imamura était en avance sur son temps, ainsi que sur ses confrères de la nouvelle vague japonaise, et que Désir meurtrier demeure toujours aussi provocateur et violent, y compris dans sa forme éclatée et marquée par des flashbacks. Un indispensable et audacieux chef d’oeuvre.

LE DVD

Désir meurtrier est à ce jour le seul film de Shôhei Imamura édité seulement en DVD par Elephant Films dans sa collection Cinéma Master Class – La Collection des Maîtres, avec un joli fourreau cartonné. Le visuel de la jaquette est vraiment très élégant, tout comme le menu principal, animé et musical.

En plus d’un livret de 20 pages intitulé Shōhei Imamura, maître des désirs inassouvis par Bastian Meiresonne, de bandes-annonces (dont celles de la première salve Imamura sortie fin 2015 chez l’éditeur), d’une galerie de photos et des credits du disque, nous trouvons une excellente présentation de Désir meurtrier par Stephen Sarrazin (11’). Notre interlocuteur, spécialiste du cinéma japonais, est ici plus prolixe que sur les autres films de cette salve et commence d’emblée en indiquant que nous sommes ici en présence d’un des très grands films du maître. Les thèmes du film sont analysés, tout comme la dimension sociale et culturelle de ce chef d’oeuvre. L’histoire et les personnages sont également passés au peigne fin par Stephen Sarrazin.

L’Image et le son

Dommage de ne pas bénéficier d’un master HD pour ce titre, car la copie s’en sort très bien. Les partis-pris de la photographie de Shinsaku Himeda sont respectés, la copie est plutôt stable et propre, le cadre large ne manque pas de détails et la définition demeure solide tout du long. Le N&B aurait pu être plus dense et quelques fourmillements restent notables à plusieurs reprises, surtout sur les séquences sombres, mais ce DVD est vraiment très beau.

Point de version française, mais une uniquement la piste originale japonaise Dolby Digital Mono. Cette unique option acoustique s’avère riche, propre et précise. Le report des voix est appréciable, tout comme la musique, malgré quelques échanges sensiblement plus étouffés, mais les saturations sont évitées et l’ensemble est au final suffisamment dynamique et sans souffle parasite.

Crédits images : © Elephant Films / Captures DVD : Franck Brissard