Test Blu-ray / Normandie nue, réalisé par Philippe Le Guay

NORMANDIE NUE réalisé par Philippe Le Guay, disponible en DVD et Blu-ray le 16 mai 2018 chez M6 Vidéo

Acteurs :  François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison, Arthur Dupont, Grégory Gadebois, Philippe Rebbot, Patrick d’Assumçao, Julie-Anne Roth…

ScénarioPhilippe Le Guay, Olivier Dazat, Victoria Bedos

Photographie : Jean-Claude Larrieu

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h49

Année de sortie : 2018

LE FILM

Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village… Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…

Le réalisateur Philippe Le Guay revient en force après la déconvenue de son précédent film, Floride, dernière apparition au cinéma de Jean Rochefort, qui avait malheureusement déçu à plus d’un titre. Trois ans plus tard, le cinéaste semble ragaillardi et livre un de ses meilleurs films avec Normandie nue, coécrit avec Olivier Dazat et Victoria Bedos (La Famille Bélier). Comédie sur fond social, fantaisie récréative et très attachante, le neuvième long métrage de Philippe Le Guay fait penser à un savoureux mélange de la trilogie Profils Paysans de Raymond Depardon et de The Full Monty de Peter Cattaneo. Une belle réussite.

Dans un petit village normand, la crise agricole touche gravement les éleveurs à bout de forces et ruinés, qui cherchent des idées pour attirer l’attention sur leur profession moribonde. Ils organisent une manifestation et un barrage routier sur une route départementale. Un photographe d’art américain, Blake Newman, spécialisé dans le nu, à la recherche de l’endroit idéal pour créer sa prochaine œuvre photographique, se trouve bloqué par la manifestation. Lors de la rencontre entre Newman et Georges Balbuzard, paysan et maire de la ville, celui-ci décide de créer un buzz médiatique pour aider ses confrères agriculteurs : Balbuzard l’engage pour qu’il photographie les gens du village nus. Mais les normands sont réticents à se déshabiller, notamment le boucher du village qui sait que tous les hommes aimeraient beaucoup voir le corps nu de sa femme Gisèle, ancienne miss Normandie. Sur fond de querelles familiales ancestrales et de pudeur généralisée, la photo d’art moderne composée de nus au milieu du Champ Chollet et le buzz politique auront-ils vraiment lieu ?

Pour Normandie nue, le réalisateur de L’Année Juliette, Le Coût de la vie, Les Femmes du 6e étage (son plus grand succès) et Alceste à bicyclette réunit de formidables comédiens venant d’horizons différents, qui se complètent parfaitement pour une chronique sociale douce-amère drôle, pittoresque et rythmée. François Cluzet semble prendre beaucoup de plaisir à interpréter le rôle de Georges Balbuzard, le maire du village, et cela faisait longtemps que nous ne l’avions pas vu aussi à l’aise et naturel devant la caméra. Excellent directeur d’acteurs, Philippe Le Guay entoure sa vedette principale de Toby Jones, grand comédien britannique, François-Xavier Demaison, dans le rôle du parisien qui tente de se convaincre que l’air de la campagne lui est bénéfique, Grégory Gadebois, dont l’épaisseur convient parfaitement à son rôle de boucher, le poétique Philippe Rebbot, sans oublier la nouvelle génération avec Arthur Dupont et la révélation Daphné Dumons. Philippe Le Guay fait également appel à des comédiens non-professionnels, des gens de la région qui interprètent leur propre rôle de paysans, d’éleveurs et d’exploitants agricoles.

Le réalisateur connaît bien le Perche en Basse Normandie, où il habite une partie de l’année. Il rend donc un très bel hommage à ces hommes et à ces femmes qui luttent pour la préservation de leur métier. Oubliés par les médias, ces habitants désespérés ne savent plus quoi entreprendre pour faire entendre leur combat et leurs souffrances. Un happening inattendu organisé par un artiste américain pourrait être l’occasion de faire parler d’eux. Sur ce postulat, Philippe Le Guay raconte une fable légère sur un fond pourtant grave et d’actualité, sans forcer le trait, même si tout ce qui touche au personnage de François-Xavier Demaison fait plutôt office de sketchs récurrents et d’interludes tout au long du film.

Mais cela fonctionne, très bien même, l’authenticité est non feinte, le cinéaste ayant visiblement un immense respect et une passion contagieuse pour son sujet et les personnages qu’il aborde et dépeint, notamment à travers des dialogues très réussis. Un très bon moment.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Normandie nue, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Le visuel reprend celui de l’affiche du film.

L’éditeur propose un petit making of (11’), composé de propos de François Cluzet, de Philippe Le Guay et d’agriculteurs-éleveurs qui ont participé au tournage de Normandie nue. Ces derniers évoquent leurs conditions de travail, tandis que le comédien et le réalisateur parlent du tournage et des thèmes du film.

Outre une galerie d’affiches alternatives (certaines étant vraiment très laides), nous trouvons également neuf scènes coupées (9’) réussies, mais probablement coupées au montage en raison de leur redondance.

L’Image et le son

Voici un très beau master HD ! Les contrastes sont riches, la luminosité omniprésente et le relief probant. Si la clarté tend parfois à amoindrir les détails des visages, la colorimétrie est vive, le piqué joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), la profondeur de champ éloquente et la photo élégante du chef opérateur Jean-Claude Larrieu (Les femmes du 6ème étage, Carte des sons de Tokyo) trouve en Blu-ray un écrin idéal.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 ne sert essentiellement qu’à spatialiser la musique de Bruno Coulais et à plonger quelque peu les spectateurs dans l’ambiance champêtre. Les effets latéraux ne se résument souvent qu’au vent qui balaie les environs, mais c’est tout. Les dialogues auraient également mérité également d’être plus ardents sur la centrale. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle plus dynamique, percutante même, créant une véritable homogénéité entre les dialogues, la musique et les effets. Nous disposons une piste Audiodescription ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : ©  Sévérine Brigeot – Les Films des Tournelles / SND / M6 Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Buffy, tueuse de vampires réalisé par Fran Rubel Kuzui

BUFFY, TUEUSE DE VAMPIRES (Buffy the Vampire Slayer) réalisé par Fran Rubel Kuzui, disponible en DVD et Blu-ray le 27 avril 2018 chez Movinside

Acteurs :  Kristy Swanson, Donald Sutherland, Paul Reubens, Rutger Hauer, Luke Perry, Michele Abrams, Hilary Swank, Paris Vaughan, David Arquette, Thomas Jane, Natasha Gregson Wagner, Ben Affleck, Alexis Arquette, Seth Green, Ricki Lake…

ScénarioJoss Whedon

Photographie : James Hayman

Musique : Carter Burwell

Durée : 1h25

Année de sortie : 1992

LE FILM

Pom-pom girl dans un lycée de Los Angeles, Buffy Summers ignorait qui elle était vraiment jusqu’au jour de la rencontre avec Merrick Jamison-Smythe. Il lui apprend qu’elle est une tueuse de vampires, désignée comme telle par des aptitudes physiques hors du commun. Au terme d’une formation accélérée et de la disparition de son mentor, elle affronte Lothos, le plus féroce des descendants de Dracula…

Seuls les vrais fans de la série Buffy contre les vampires sont au courant, mais à l’origine, cinq ans avant le lancement de la première saison, sortait sur les écrans américains une comédie fantastique intitulée Buffy, tueuse de vampiresBuffy the Vampire Slayer. Réalisé par une certaine Fran Rubel Kuzui, qui avait signé Tokyo Pop en 1988 et future productrice de Capitaine Orgazmo (1997) de et avec Trey Parker, Buffy, tueuse de vampires est aujourd’hui injustement considéré comme un nanar. Pourtant, ce délire assumé aux couleurs bariolées et au casting fort sympathique est un excellent divertissement qui n’a souvent rien à envier aux opus du genre qui pullulent dans les salles de cinéma aujourd’hui. Cependant, même si le scénario est signé Joss Whedon, il ne reste rien des intentions – beaucoup plus sombres et introspectives – de ce dernier, qui l’a d’ailleurs toujours rejeté avant même sa sortie.

Buffy est une pom-pom girl populaire au Lycée Hemery à Los angeles, dont la vie se résume surtout à faire du shopping et la fête avec sa bande de copines. Jusqu’à sa rencontre avec un homme du nom de Merrick Jamison-Smythe. Il lui apprend qu’elle est La Tueuse (ou la Terreur en français) – une jeune femme née avec une force et une habileté supérieures à la moyenne et dont la destinée est de lutter contre les vampires. Elle admet s’être vue en rêve combattre des vampires et accepte finalement son « destin ». Après une brève formation, elle doit affronter un maître Vampire appelé Lothos, qui a éliminé un certain nombre de Tueuses par le passé.

Buffy, tueuse de vampires n’a pour ainsi dire rien à voir avec la série, immense succès public et critique qui s’est étalé sur sept saisons (de 1997 à 2003), au fil de 144 épisodes, sans oublier le spin-off Angel. Ici, point de réflexion ou d’allégories sur l’entrée dans le monde adulte, sur le droit à la différence, sur le mal-être adolescent, même si cela était pourtant bien le souhait original de Joss Whedon. Buffy, tueuse de vampires est ni plus ni moins un teen-movie éclairé aux néons rose bonbon interprété par une nouvelle génération de comédiens qui allaient alors exploser pour la plupart et qui donnent la réplique à quelques stars confirmées qui sont là pour cachetonner. Buffy aka Bichette dans l’improbable version française, responsable du cachet nanar qui accompagne souvent le film, est interprétée par Kristy Swanson. Après une apparition dans La Folle journée de Ferris Bueller (1986), diverses séries (Quoi de neuf, docteur ?, Côte Ouest, Nightingales), sans oublier dans Hot Shots ! dans lequel elle joue la pilote Kowalski, la jeune comédienne de 23 ans obtient ici le premier rôle, proposé en premier lieu à Alyssa Milano. Mignonne, attachante et sexy, très investie dans les scènes physiques, drôle, Kristy Swanson porte le film sur ses épaules sportives et s’en acquitte fort honorablement en ne se prenant pas au sérieux.

A ses côtés, Luke Perry, le célèbre Dylan McKay de la série Beverly Hills, s’amuse à jouer les amoureux fragiles, tandis que des inconnus du nom d’Hilary Swank, David Arquette, Thomas Jane et Ben Affleck passent également devant la caméra. Mais cela n’est rien à côté de Donald Sutherland, qui se demande constamment ce qu’il fait dans ce film en jouant les Van Helsing de pacotille, Paul Reubens, vampire bien allumé, et surtout Rutger Hauer qui entamait alors sa ruée vers les productions obscures, dans le rôle de l’infâme Lothos. Tout ce beau petit monde est réuni pour un divertissement sans prétention, mais qui s’avère beaucoup plus réussi que ne le vaut sa réputation.

La version française qui transforme les prénoms Buffy en Bichette, Pike en Marcel (!), Benny en Benoît, sans oublier quelques répliques bien gratinées montrent le peu d’intérêt des traducteurs pour cette production qui n’a même pas connu d’exploitation dans nos salles suite au succès mitigé du film aux Etats-Unis. Pourtant, la mise en scène n’a rien de déshonorant, Buffy, tueuse de vampires est amusant du début à la fin, bien photographié, une parodie du genre réussie qui mérite d’être redécouvert.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Buffy, tueuse de vampires, disponible chez Movinside, repose dans un boîtier classique et élégant de couleur noire. La jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de fantastique, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

Outre deux spots TV et la bande-annonce originale du film, Marc Toullec intervient pour parler de Buffy, tueuse de vampires (11’). S’il y a eu des améliorations sur les présentations, force est de constater que le journaliste et spécialiste du fantastique bafouille à plusieurs reprises. On a même droit à une « Sarah Michelle Gérard ». Ces hésitations auraient mérité d’être coupées au montage. Si l’ensemble fait très amateur, Marc Toullec ne manque pas d’arguments pour présenter le film qui nous intéresse. Evidemment, le parallèle est fait avec la série Buffy contre les vampires, phénomène de la télévision dans les années 1990. Le casting du film, le scénario de Joss Whedon (qui a très tôt renié le film pour divergences artistiques), les colères de Donald Sutherland sur le plateau (qui se demandait constamment où il avait mis les pieds et qui avait pu écrire des dialogues aussi ineptes) et bien d’autres éléments sont abordés ici.

L’interactivité se clôt sur un mini making-of (4’) promotionnel, constitué de rapides images de tournage et d’interviews d’une partie de l’équipe du film.

L’Image et le son

Voilà une très belle résurrection ! La propreté de ce master est quasi-irréprochable, la stabilité est de mise et ce sont surtout les couleurs bigarrées qui retrouvent un nouvel éclat et qui profitent de cette élévation HD. Le piqué est doux, mais la luminosité est de mise, les détails sont appréciables et les noirs denses.

Point de Haute-Définition ici puisque les mixages anglais et français sont uniquement disponibles en Dolby Digital 5.1. Ces pistes sont plutôt anecdotiques et se focalisent surtout sur les frontales. La musique est spatialisée, mais le remixage manque de cohérence, fait passer certaines ambiances, surtout lors de l’affrontement final. La version française est peut-être plus dynamique dans sa restitution des dialogues. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : ©  Twentieh Century Fox Home Entretainment LLC All Rights Reserved / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Permission, réalisé par Brian Crano

PERMISSION réalisé par Brian Crano, disponible en DVD le 2 mai 2018 chez TF1 Studio

Acteurs :  Rebecca Hall, Dan Stevens, Gina Gershon, François Arnaud, Jason Sudeikis, Morgan Spector, Bridget Everett, David Joseph Craig…

Scénario :  Brian Crano

Photographie : Adam Bricker

Musique : Mathieu Lamboley

Durée : 1h35

LE FILM

Anna et Will s’aiment depuis le premier jour de leur rencontre et ne se sont jamais quittés depuis les bancs du lycée. Après 10 ans de relation, ils décident enfin de se marier. Mais, lors d’un dîner arrosé, le frère homosexuel d’Anna, Hale, lui propose qu’elle rencontre d’autres hommes avant son mariage avec l’accord de son futur époux. Dès lors, le couple, avant de s’unir, s’autorise à coucher avec d’autres personnes, avec le consentement de chacun, mais la situation leur échappe…

Que voilà un bien joli film ! Réalisé par Brian Crano, acteur et monteur à ses heures, producteur, metteur en scène d’un premier long métrage en 2011 (A Bag of Hammers, avec Jason Ritter et Rebecca Hall), Permission est une comédie-dramatique sur le thème de l’usure d’un jeune couple de trentenaires, qui se sont connus très jeunes, qui n’ont d’ailleurs connu aucun autre partenaire, qui sont entrés ensemble dans le monde adulte, traversé la vingtaine, avant de s’installer dans une inévitable routine et de s’enfoncer dans le déni. Jusqu’au jour où, à la suite d’une blague, Anna et Will vont se retrouver face à leur situation et faire le point sur leur vie.

Le sujet est délicat, certains l’ont déjà abordé pour en faire une comédie survolée (Bon à Tirer (B.A.T.) des frères Farrelly) et pourtant Brian Crano, également scénariste, réussit à éviter les clichés. Les personnages sont très attachants, le réalisateur passant du couple principal, interprété par les excellents et visiblement complices Rebecca Hall et Dan Stevens (le Matthew Crawley de la série Downtown Abbey), au couple gay (David Joseph Craig et Morgan Spector), par qui la remise en question arrive et qui va également entrer en pleine crise existentielle. La question de la sexualité, celle de la fidélité, sont au coeur de Permission, prenant pour décor la ville de New York, très bien filmée, bénéficiant d’une très belle et élégante photographie hivernale.

Si le malaise est palpable entre Anna et Will quand leur ami Reece leur conseille de briser leur monogamie afin de ne pas avoir de regrets alors qu’ils sont sur le point de se marier et d’emménager dans leur maison, le couple décide tout de même de tenter l’expérience. Mais en jouant avec le feu, Anna, qui rencontre un musicien romantique, et Will qui entame une relation avec une femme mûre (Gina Gershon), vont se rendre à l’évidence et découvrir ce qu’ils essayaient de se cacher depuis des années.

De leur côté, Hale, le frère d’Anna, souhaiterait adopter un enfant, ce qui n’est pas le cas de Reece, son partenaire. Leurs désirs et aspirations prennent alors des chemins divergents. Un couple peut-il résister aux années qui passent ? Comment l’amour évolue-t-il ? Jusqu’où un couple peut-il refouler ses problèmes ? La passion s’émousse-t-elle inexorablement ? Hétéros ou gays, un couple peut-il vivre ensemble toute sa vie ? Brian Crano aborde toutes ces questions avec une très belle sensibilité.

Si l’on peut trouver le rythme assez lent et une fin quelque peu brutale et expédiée, elle s’avère avec le recul inévitable et marquante. Permission est une réflexion mature et universelle, qui révèle un auteur à suivre de près. Et même si tous les acteurs sont vraiment très bons, nous n’avons d’yeux que pour la sublime Rebecca Hall, révélée en 2006 dans Le Prestige de Christopher Nolan, puis qui a très vite confirmé avec Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008), que l’on a plaisir à retrouver ici au premier plan.

Il est dommage que Permission ne soit pas passée par les salles françaises, arrivant chez nous directement en e-Cinéma. Sa sortie en DVD devrait lui donner une nouvelle opportunité pour toucher un nouveau public, ce que le film de Brian Crano mérite largement.

LE DVD

Le test du DVD de Permission, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur ne propose qu’un entretien du réalisateur (11’). Visiblement enregistré lors d’un chat sur internet, Brian Crano revient sur la genèse de Permission, sur les thèmes qu’il a voulu aborder, sur ses références (John Cameron Mitchell, Todd Haynes). Il évoque également les partis pris esthétiques de son film, le travail sur les couleurs, l’alchimie des comédiens, le tournage à New York. Le tout illustré par de très belles photos de plateau.

L’Image et le son

Permission sort dans les bacs français uniquement en DVD. La copie est évidemment très propre, les contrastes élégants font honneur à la belle photo du chef opérateur Adam Bricker, marquée par des couleurs hivernales. Le cadre offre son lot conséquent de détails ciselés, la stabilité est de mise. En dehors de quelques sensibles pertes de la définition, ce DVD ne déçoit pas et instaure un confort de visionnage évident.

Permission n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais les pistes anglaise et française Dolby Digital 5.1 parviennent à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et les mixages se concentrent souvent sur les enceintes avant. Il ne faut pas vous attendre à des effets explosifs, la spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares. Les voix des comédiens sont ardentes en version originale, tout comme en français, même si cette piste les met un peu trop à l’avant. Le confort acoustique est assuré tout du long. L’éditeur joint également deux solides pistes Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : ©  TF1 Studio / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Garde alternée, réalisé par Alexandra Leclère

GARDE ALTERNÉE réalisé par Alexandra Leclère, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2018 chez Wild Side Video

Acteurs :  Didier Bourdon, Valérie Bonneton, Isabelle Carré, Hélène Vincent, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Jackie Berroyer…

Scénario :  Alexandra Leclère

Photographie : Jean-Marc Fabre

Musique : Mathieu Lamboley

Durée : 1h44

Année de sortie : 2017

LE FILM

Sandrine, mariée depuis quinze ans, deux enfants, découvre que son mari Jean a une relation extraconjugale. Passé le choc, elle décide de rencontrer sa rivale, Virginie, et lui propose un étrange marché : prendre Jean en garde alternée. Les deux femmes se mettent d’accord et imposent à leur homme ce nouveau mode de vie.

En dehors de Maman en 2012, la réalisatrice Alexandra Leclère demeure abonnée aux succès publics depuis son premier long métrage Les Soeurs fâchées, sorti en 2004, qui avait attiré près d’1,5 million de spectateurs dans les salles. Après la rencontre Catherine Frot / Isabelle Huppert, la cinéaste enchaînait avec une seconde réussite commerciale, Le Prix à payer (2007, 1,4 million d’entrées) avec Christian Clavier et Nathalie Baye. Son quatrième film, Le grand partage, comédie dite chorale, avait réussi à rassembler plus d’un million de spectateurs durant l’hiver 2015 malgré une critique désastreuse. Deux ans plus tard, quasiment jour pour jour, sort sur les écrans Garde alternée, la nouvelle comédie de la réalisatrice. Elle retrouve ici Didier Bourdon et Valérie Bonneton, qu’elle avait fait tourné dans son précédent long métrage, auxquels se joint l’excellente Isabelle Carré. Seulement voilà, malgré toute la bonne volonté du trio vedette, rien, absolument rien ne fonctionne malgré les quelques bonnes bases en ouverture.

Garde alternée est un film bien consternant, rempli de clichés, de bons sentiments qui prennent le pas sur la soi-disant méchanceté des personnages. Les acteurs ont l’air eux-mêmes fatigués de débiter des dialogues au rabais. La mise en scène et les décors font penser à une série du style Fais pas ci, fais pas ça ou Scènes de ménages, un épisode à rallonge, étouffant, interminable et surtout pas drôle. Et tout devient alors extrêmement gênant.

Sandrine (Valérie Bonneton) et Jean (Didier Bourdon) sont mariés depuis quinze ans et ont deux enfants découlant de leur union. Jean trompe sa femme avec Virginie depuis quelque temps. Sandrine trouve l’idée de garde partagée de son mari afin de conserver l’équilibre familial. Jean partage alors sa vie entre sa femme et sa maîtresse en alternance. Mais tout devient alors plus compliqué.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Alexandra Leclère semble repousser les limites à chaque nouveau film. Si Les Soeurs fâchées était un premier film très prometteur, jamais la réalisatrice n’a su retrouver l’inspiration dans ses opus suivants. Alors oui le casting est sympathique, les trois comédiens principaux rivalisent d’énergie, de grimaces et se mettent même à poil devant la caméra. Ils sont d’ailleurs bien entourés avec Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Hélène Vincent (déchaînée) et Jackie Berroyer, mais tout cela au service d’un très mauvais marivaudage, qui met souvent profondément mal à l’aise.

Quel marasme ! Le pire est de voir s’enfoncer les personnages, les acteurs donc, dans des situations de plus en plus déplacées, vulgaires et idiotes, jusqu’au dénouement complètement irresponsable et d’une crétinerie sans nom. On ne sait pas trop où Alexandra Leclère veut en venir. Le polyamour ? L’adultère ? Le ménage à trois ? Le désir dans le couple ? Il y a de tout cela dans Garde alternée, mais c’est tellement mal écrit et réalisé que ces 105 minutes demeurent insupportables du début à la fin.

On ne saurait que trop conseiller à la cinéaste de revoir son premier film, dont l’ambition semble déjà bien loin. Alexandra Leclère semble vouloir se consacrer à la comédie bas de gamme reposant sur des noms susceptibles d’attirer les spectateurs. Ce qui n’a pas été le cas pour Garde alternée puisque le film n’aura pas franchi la barre des 500.000 spectateurs. On souhaite à la réalisatrice de considérer cet échec comme une chance, afin de se remettre en question.

LE BLU-RAY

Le DVD et le Blu-ray de Garde alternée sont édités chez Wild Side. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation et le menu principal est animé et musical.

Pour la sortie de son film au cinéma, la réalisatrice Alexandra Leclère répond aux questions de Carlos Gomez (30’). D’emblée, ce dernier la brosse dans le sens du poil, en fait des tonnes en indiquant – sans trucage – « j’aime beaucoup ce que vous faites, j’aime beaucoup ce que vous êtes, j’aime beaucoup ce que vous écrivez, cette séquence est cataclysmique ». Evidemment ravie, l’invitée revient sur ses thèmes de prédilection, sur la genèse de Garde alternée (elle s’est elle-même retrouvée dans la peau de la maîtresse, bref elle raconte sa life), sur le casting et la collaboration avec les acteurs. Avec ses questions sans intérêt et son art pour flatter son interlocutrice (c’est à croire qu’il n’a jamais vu ses films puisqu’il la compare à une Bertrand Blier au féminin), Carlos Gomez marche sur les plates-bandes d’un certain Laurent Weil, ce qui est un véritable exploit.

Nous trouvons ensuite un lot de scènes coupées (6’30) aussi vulgos que celles finalement gardées au montage, dont une où le personnage joué par Laurent Stoker se masturbe dans le dos de Didier Bourdon. La classe made in Leclère.

L’Image et le son

Une édition plutôt lambda. Les couleurs sont éclatantes, le piqué est aléatoire, mais s’en tire honorablement, surtout que les partis pris esthétiques font plus penser à une série télévisée qu’à un long métrage. La gestion des contrastes est solide, même si nous pouvions attendre plus de détails. Heureusement, l’encodage AVC consolide l’ensemble et les rares séquences tournées en extérieur sont très belles.

Garde alternée repose essentiellement sur les dialogues. La piste DTS-HD Master Audio 5.1 distille les voix des comédiens avec un beau ramdam, tandis que les latérales s’occupent de la musique du film, omniprésente. Une spatialisation concrète, immersive (la scène de l’anniversaire de mariage) et efficace. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : ©  Pan-Européenne / Wild Side Video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Grease 2, réalisé par Patricia Birch

GREASE 2 réalisé par Patricia Birch, disponible en Blu-ray le 24 avril 2018 chez Paramount Pictures

Acteurs :  Maxwell Caulfield, Michelle Pfeiffer, Lorna Luft, Maureen Teefy, Alison Price, Pamela Segall…

Scénario :  Ken Finkleman

Photographie : Frank Stanley

Musique : Louis St. Louis

Durée : 1h54

Année de sortie : 1982

LE FILM

En 1961, à la Rydell High School, deux ans après les aventures de Sandy. C’est son cousin, Michael, qui débarque au lycée. Très vite, on le considère comme l’intello de service. Et tout de suite, il tombe raide amoureux de Stéphanie Zinone, la chef des « Pink Ladies ». L’autre bande phare de l’école, c’est bien sûr les « T-Birds », dont fait partie Johnny, l’ex-petit ami de Stephanie. Michael est décidé à séduire celle qu’il aime. Il prend alors des cours de moto et devient le meilleur d’entre tous. Sans révéler son identité, il arrive à soulever la curiosité de la belle…

Grease. Triomphe international de l’année 1978 avec entre autres plus de 5,3 millions d’entrées en France et 4,9 millions en Allemagne. Un vrai raz-de-marée. La bande-originale est sur toutes les lèvres (encore aujourd’hui), les mecs se prennent pour John Travolta (moins aujourd’hui), les filles rêvent de rencontrer un bad-boy romantique. Sans oublier les cinq nominations aux Golden Globes et celle de la meilleure chanson (Hopelessly Devoted to You) aux Oscars. La Paramount attendra finalement quatre ans pour lancer une suite au film de Randal Kleiser. Enfin, une fausse suite puisque ni John Travolta, ni Olivia Newton-John acceptent d’y participer. La tâche est rude pour le scénariste Ken Finkleman, chargé la même année de signer un Y a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?, qui doit alors imaginer de nouveaux personnages principaux, pour en faire les nouvelles stars du lycée Rydell. Mais la sauce ne prendra pas auprès du public et Grease 2 sera un échec commercial impressionnant, souffrant de son inévitable comparaison avec le film original. Pourtant, Grease 2, conspué très sévèrement par la critique et ignoré du public à sa sortie, n’est pas si déshonorant que ça. D’ailleurs, le film mérite d’être vu pour voir les réels premiers pas devant la caméra de la sublime Michelle Pfeiffer.

C’est la rentrée scolaire 1961 à Rydell Highschool. Deux groupes s’opposent au collège, les T-Birds, qui règnent en maître sous le commandement de Johnny, et les Pinkies, les filles, qui constituent la chasse gardée des T-birds. Michael, un nouvel arrivé, sème le trouble parmi les lycéens et peine à s’intégrer parmi ses nouveaux camarades. Venant d’Angleterre, il est bien différent des jeunes de Rydell. Il succombe néanmoins au charme de Stephanie, qui fait partie du groupe des Pinkies, et dont l’idéal masculin, les motards mystérieux, est tout à fait l’opposé de Michael… Pour parvenir à la séduire, le jeune homme apprend en secret (et en quelques jours seulement, la classe) à piloter une moto, en devenant même un véritable cascadeur professionnel et joue un double-jeu des plus subtiles.

Plus de 35 ans après sa sortie, on peut le dire, Grease 2 vaut bien mieux que sa mauvaise réputation. Certes, le scénario se révèle être un copier-coller du premier film, mais le fait d’inverser les rôles et ingrédients, autrement dit de créer une idylle entre une lycéenne rebelle au grand coeur et un lycéen timide et de bonne famille fonctionne plutôt bien. Un an avant d’exploser dans Scarface de Brian De Palma, Michelle Pfeiffer, qui n’avait fait alors que divers téléfilms, séries et quelques apparitions au cinéma, crève déjà l’écran de sa beauté et s’en sort pas mal du tout au chant, comme elle le prouvera bien plus tard dans l’excellent Hairspray version Adam Shankman. Bon d’accord, elle en fait trop parfois à faire des bulles à la chaîne avec son chewing-gum (rose) et à bouger la tête comme si elle était montée sur ressort à bille pour montrer qu’elle n’est pas une fille facile. Mais on lui pardonne tout.

En revanche, son partenaire Maxwell Caulfield apparaît bien falot face à la blonde incendiaire. Il fera sa carrière principalement à la télévision dans des séries, notamment Dynastie. Le reste du casting est du même acabit, aucun acteur ne parvient à rivaliser de talent et de charisme avec ceux de Grease, même si Didi Conn (Frenchy), Eve Arden (la principale McGee), Sid Caesar (le coach Calhoun) et Dody Goodman (Blanche, la secrétaire) reprennent leur rôle du premier opus avec visiblement beaucoup de plaisir. Ce qui fait l’attrait de Grease 2 c’est son côté acidulé, hérité du premier film, mais dont le charme agit encore ici. Sans jamais chercher à rivaliser avec l’épisode précédent, cette suite réalisée par Patricia Birch, chorégraphe sur le premier et qui met en scène ici son seul film pour le cinéma, parvient à trouver un ton qui lui est propre.

La bande-originale n’est clairement pas inspirée, tout comme les numéros musicaux, toutefois, certaines séquences sont plutôt cools (Reproduction , Cool Rider) ou même l’ouverture placée sous le signe de la rentrée scolaire. Franchement, ce serait dommage de ne pas connaître cette suite, loin d’être honteuse, qui si elle n’égale pas son modèle, en propose une variation sucrée, naïve (c’est limite niais c’est vrai), honnête et surtout divertissante. Pour résumer, Grease 2, dont beaucoup de spectateurs ignorent même jusqu’à l’existence, ressemble à un spectacle de fin d’année scolaire qui aurait été monté par des lycéens pour rendre hommage au premier avec les moyens du bord et des acteurs peu expérimentés. On regarde le show avec indulgence et politesse, on passe un bon moment et on se dépêche d’aller à la buvette en sortant.

LE BLU-RAY

La Paramount Pictures n’a jamais été très généreuse envers Grease 2. Après une sortie standard en DVD en 2003, le film de Patricia Birch arrive quand même en Haute-Définition en France. Mais cette sortie s’apparente surtout à une simple sortie technique. Le menu principal est fixe et muet.

Aucun supplément.

L’Image et le son

Une chose est sûre, c’est que si l’éditeur ne propose que le film sur ce disque, la restauration n’a pas été bâclée. Tel un phénix inattendu, Grease 2 renaît littéralement se de ses cendres avec ce master HD. Les fans, car il y en a beaucoup mine de rien, vont être comblés. La propreté est de mise dès les premiers plans, toutes les scories diverses et variées ont été éradiquées et ce sont surtout les couleurs qui sont ici éblouissantes, vives et chatoyantes. Le patchwork multicolore de Patricia Birch est éclatant en Blu-ray et redonne un véritable intérêt à cette suite mal aimée. Le grain original est savamment respecté, la clarté omniprésente, la stabilité de mise, chaque recoin des décors contient son lot de détails, le relief des textures est inédit et le piqué aiguisé. Les contrastes n’ont jamais été aussi fermes et les noirs denses.

Tout d’abord, la version originale Dolby True HD 5.1 : Montez le volume, car c’est du grand spectacle ! Ce mixage se révèle particulièrement riche avec des frontales et latérales qui rivalisent d’énergie, les chansons étant bien sûr particulièrement choyées. La spatialisation est éloquente. En revanche, la piste française est proposée dans une petite et anecdotique Dolby Digital 2.0. Le doublage est plutôt réussi et l’ensemble est propre, mais la comparaison est inutile.

Crédits images : ©  Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Knock, réalisé par Lorraine Lévy

KNOCK réalisé par Lorraine Lévy, disponible en DVD et Blu-ray le 20 février 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Omar Sy, Alex Lutz, Ana Girardot, Sabine Azéma, Pascal Elbé, Audrey Dana, Michel Vuillermoz, Christian Hecq, Hélène Vincent, Andréa Ferréol, Rufus…

ScénarioLorraine Lévy, d’après la pièce de théâtre de Jules Romains

Photographie : Emmanuel Soyer

Musique : Cyrille Aufort

Durée : 1h54

Année de sortie : 2017

LE FILM

Le Docteur Knock est un ancien voyou devenu médecin qui débarque dans le petit village de Saint-Maurice afin d’y faire fortune selon une méthode particulière. Suivant son adage « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore. », il va ainsi faire croire aux villageois en les manipulant astucieusement, qu’ils ne sont pas aussi bien portants qu’ils pourraient le penser. C’est ainsi qu’il trouvera chez chacun un symptôme, imaginaire le plus souvent, et de ce fait pourra exercer lucrativement sa profession. Sous ses airs de séducteur et après avoir acquis la confiance du village, Knock est sur le point de parvenir à ses fins. Mais son passé le rattrape et une ancienne connaissance vient perturber les plans du docteur.

Bon, comment dire, était-ce bien nécessaire ? Si la réalisatrice Lorraine Lévy se défend d’avoir voulu « faire un coup » en proposant le rôle de Knock à un acteur noir, sa relecture (la quatrième au cinéma) de la pièce de théâtre Knock ou le Triomphe de la médecine (1923) de Jules Romains n’a pour ainsi dire aucun intérêt. Pourtant, le casting est alléchant, mais la mise en scène reste d’une platitude confondante et ne parvient jamais à donner du corps au texte original. Par ailleurs, Omar Sy semble lui-même gêné et impressionné par les mots qui lui ont été confiés. Alors oui la photo est belle et solaire, mais Knock version 2017, transposé dans la France des années 1950, est un film figé. L’adaptation de Guy Lefranc, immortalisée par Louis Jouvet dans le rôle-titre – et qui l’avait déjà interprété sur scène et dans la seconde transposition en 1933 par Roger Goupillières –  n’a en revanche pas pris de rides.

L’affiche est impressionnante : Omar Sy, Ana Girardot, Alex Lutz, Sabrine Azéma, Audrey Dana, Pascal Elbé, Christian Hecq, Hélène Vincent, Andréa Ferréol, Rufus, Michel Vuillermoz, Nicolas Marié et bien d’autres sont visiblement ravis de se donner la (succulente) réplique de Jules Romains. Le problème, c’est que Lorraine Lévy n’a jamais été une bonne réalisatrice. Scénariste de Ma Meilleure amie d’Elisabeth Rappeneau en 2004, elle écrit et réalise son premier long métrage la même année, La Première Fois que j’ai eu 20 ans. S’ensuit Mes amis, mes amours (2008), adapté du roman de son frère, le célèbre écrivain Marc Lévy, avec Vincent Lindon et Pascal Elbé. Son meilleur film à ce jour, Le Fils de l’autre (2012) était – malgré une certaine naïveté – une oeuvre humaniste, un plaidoyer sans pathos pour la paix, universel et émouvant, tourné au pied du mur de séparation entre l’Israël et la Palestine. Après quelques téléfilms et l’écriture de plusieurs épisodes de la série Joséphine, ange gardien (si si), elle revient avec Knock, un projet qui lui tenait à coeur depuis huit ans et son film le plus ambitieux.

Avec un budget confortable de près de 13 millions d’euros, Lorraine Lévy mise tout sur la reconstitution, les décors, les accessoires. Le résultat est honnête, l’image est clinquante, c’est moelleux pourrait-on dire. Seulement Omar Sy, sur lequel s’est monté le projet, apparaît immobile du début à la fin. Engoncé dans son costume, le comédien césarisé pour Intouchables n’est guère à l’aise avec le texte de Romains, d’autant plus que le rôle lui demande de rester sobre, sans avoir recours à quelques pirouettes qui ont contribué à faire son succès au cinéma. A ce titre, il est bien plus à son affaire lors du prologue qui le montre en train d’échapper à quelques voyous notoires, pour ne pas avoir réglé une dette de jeu. Omar Sy peut alors se permettre de rire et d’utiliser son corps de plus d’1m90. Mais c’est autre chose quand son personnage débarque dans un petit village dans le but d’exercer la médecine. Le comédien se tient droit comme un i, déclame ses tirades sans y croire et de façon monocorde.

L’ensemble prend alors la forme d’un film à sketches, avec une succession de rencontres plus ou moins inspirées. Knock face au pharmacien, Knock face au facteur, Knock face à la femme du pharmacien, sans parvenir à instaurer un rythme de croisière, de façon mécanique. Ce n’est pas que l’on s’ennuie, mais le film n’est jamais émouvant, n’interpelle jamais, ne fait pas rire non plus. On sourit, mais grâce au charme d’Ana Girardot, l’abattage d’une Audrey Dana chaude comme la braise qui se déshabille et demande à Omar Sy « Comment trouvez-vous mes seins ? », qui lui répond alors « Je ne les trouve pas, je ne les cherche même pas ! ». Lorraine Lévy est capable de faire preuve de retenue, tout comme de se vautrer dans la scatologie comme dans cette scène où Pascal Elbé, pris de coliques, repeint littéralement les murs de sa chambre, sur fond de bruitages de pets repris directement de la bande-son de La Soupe aux choux. Voilà, c’était Knock. Cela ne gratouille pas, ça ne chatouille pas, mais ça irrite souvent il faut bien le dire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Knock, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

Comme si elle avait besoin de se justifier sur son nouveau film, Lorraine Lévy prend le micro et commente Knock. C’est par ailleurs le seul bonus sur cette édition. Sans se présenter, la réalisatrice attaque bille en tête en indiquant « au risque de choquer » que le film de Guy Lefranc n’est pas un chef d’oeuvre, que la réalisation se contente de champs-contrechamps tournés dans un N&B standard. S’il y a évidemment du vrai dans ses propos, on sent que Lorraine Lévy a été très touchée par les nombreuses mauvaises critiques à la sortie de Knock. L’écoute n’est pas désagréable. La réalisatrice revient également sur les partis pris, sur la libre adaptation de la pièce de théâtre de Jules Romains, sur le casting, la photographie et la musique. Notons tout de même quelques longs silences.

L’Image et le son

Le master HD du Knock tient toutes ses promesses et offre au spectateur un très bon confort de visionnage. Le relief est omniprésent, les contrastes fermes et la luminosité constante. Le piqué est très agréable, les détails sont précis et le cadre large bien exploité. La photo est douce et ambrée, les noirs denses, les teintes chatoyantes, et les séquences nocturnes bien gérées.

Un seul choix disponible, une piste DTS-HD Master Audio 5.1 créant d’entrée de jeu une large et puissante spatialisation musicale. La balance frontales-latérales est très dynamique, les voix solidement plantées sur la centrale. Toutes les enceintes sont mises à contribution, certains effets naturels tirent leur épingle du jeu. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont disponibles, tout comme une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Studiocanal / Curiosa Films – Moana Films – Versus Production – France 2 Cinéma – France 3 Cinéma – Solo Films – Korokoro – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma/ Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Very Bad Dads 2 (Daddy’s Home 2), réalisé par Sean Anders

VERY BAD DADS 2 (Daddy’s Home 2) réalisé par Sean Anders, disponible en DVD et Blu-ray le 3 avril 2018 chez Paramount Pictures

Acteurs :  Will Ferrell, Mark Wahlberg, Mel Gibson, John Lithgow, Linda Cardellini, Alessandra Ambrosio, Scarlett Estevez, Owen Vaccaro, Didi Costine…

ScénarioSean Anders, John Morris

Photographie : Julio Macat

Musique : Michael Andrews

Durée : 1h40

Année de sortie : 2017

LE FILM

Dusty et Brad unissent leurs forces pour donner le meilleur Noël possible aux enfants. Mais un jour, leurs propres pères débarquent, un gros macho et un hyper-émotif, et les vacances se transforment en véritable chaos.

Mark Wahlberg et Will Ferrell, troisième ! Après les succès colossaux – aux Etats-Unis du moins – de Very Bad CopsThe Other Guys (2010) et de Daddy’s Home, intitulé chez nous Very Bad Dads en 2015, le duo est de retour pour une suite toujours réalisée par Sean Anders, auteur des Miller, une famille en herbe, Dumb & Dumber De, mais aussi metteur en scène des navrants Crazy Dad et Comment tuer son boss 2. Ce second épisode qui ne s’imposait pas, mais qui avait explosé le box-office avec plus de 150 millions de dollars de recette chez l’Oncle Sam, parvient à être meilleur que le premier film. Comme pour Very Bad Dads, cette suite n’a pas connu d’exploitation dans les salles françaises, malgré son nouveau carton aux Etats-Unis, même si moins conséquent.

Produit par Adam McKay, le complice de Will Ferrell, à qui l’on doit quelques-uns des plus beaux fleurons en matière de comédie US (La Légende de Ron Burgundy, présentateur vedette, Ricky Bobby : roi du circuit, Frangins malgré eux), Very Bad Dads 2 a surtout l’excellente idée de donner un papa aux deux têtes d’affiche. Et non des moindres puisque le paternel de Will Ferrell est interprété par le grand (par la taille et le talent) John Lithgow, tandis que celui de Mark Wahlberg est incarné Mel Gibson en personne. Autant dire que les deux comédiens leur volent la vedette et s’amusent à donner leur propre vision de l’éducation des enfants. Cela n’empêche pas Will Ferrell d’ajouter quelques futures séquences d’anthologie à son palmarès déjà bien garni, tandis que Mark Wahlberg peine encore et toujours à se montrer crédible dans le registre de la comédie.

Si Very Bad Dads fatiguait parfois avec son côté gnangnan qui prônait les bonnes valeurs de la famille américaine typique avec ses bons sentiments dégoulinants, cette suite se révèle moins ronflante. Certes, le duo principal est quelque peu déséquilibré par le charisme de bulot et la paresse de Mark Wahlberg face au naturel confondant de Will Ferrell (quel génie), capable de déclencher les rires en un seul regard ou une seule moue, mais il est ici savamment épaulé par John Lithgow et Mel Gibson. Le premier était le choix rêvé pour interpréter le père de Will Ferrell. Du haut de leur mètre 90, il faut les voir se faire un câlin et un bisou sur la bouche, devant une assistance médusée par tant de sentiments et de complicité. Les chiens ne font pas des chats.

Face à eux le duo Wahlberg-Gibson jouent les machos et les durs à cuire, dont la carapace va progressivement craquer au contact de leurs camarades débordant d’amour. A ce titre, cela fait du bien de voir Mel Gibson (« Oh mon Dieu ! On dirait qu’il a été taillé dans le roc de Gibraltar » dit Will Ferrell lors de sa première apparition) revenir à la comédie. Monstre de charisme, bad-ass, la soixantaine lui va comme un gant et le comédien ne manque certainement pas d’humour. Même chose pour le colosse John Cena, décidément très bon dans le second degré. On pourra juste regretter que la charmante Linda Cardellini (Sylvia Rosen de la série Mad Men) soit un peu plus effacée que dans le film précédent.

Plus drôle (la séquence des guirlandes happées par la broyeuse est à se rouler par terre, la scène au cinéma), légère et fun, mieux rythmée, bref beaucoup mieux que Very Bad Dads, cette suite est donc une excellente surprise. Un troisième épisode est en pourparlers. Liam Neeson, qui fait une « apparition » dans ce second volet, pourrait rejoindre la meute. Pour l’instant, rien n’est officialisé.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Very Bad Dads 2, disponible chez Paramount Pictures, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

L’éditeur divise les suppléments afin de donner plus de volume à la section des bonus, mais nous ne sommes pas dupes. Les quatre premières featurettes promotionnelles, Comment faire une suite (5’), Qui est de retour ? (7’), Co-papas : Will & Mark (6’30) et Les Nouveaux papas : Mel & John (7’30) donnent la parole à toute l’équipe du film (acteurs, réalisateur, scénariste, producteurs), chacun y allant de son petit laïus sur les joies de se retrouver pour une suite qu’ils n’avaient pas envisagée (« mais qui est plus drôle que le premier » et pour une fois c’est vrai), l’évolution des personnages, tandis que les images de tournage prouvent que tout le monde s’est amusé sur le plateau.

Un court module de deux minutes se focalise sur l’apparition surprise de Chesley « Sully » Sullenberger, oui, le héros américain qui avait réussi à poser en urgence l’avion 1549 US Airways sur le fleuve Hudson ! Immortalisé par Clint Eastwood dans l’excellent film qui porte son nom, Sully intervient rapidement pour faire un clin d’oeil (et sans sa moustache) très sympathique à la fin de Very Bad Dads 2.

Quelques séquences coupées, étendues ou alternatives (11’) sont également au programme. Elles prolongeaient notamment les histoires interminables de Don (John Lithgow), ainsi que les conseils des papas à Dylan (Owen Vaccaro) sur la vie sentimentale.

L’interactivité se clôt sur un bêtisier (4’).

L’Image et le son

Les comédies aussi ont souvent besoin d’être soignées en Blu-ray. Tout d’abord, c’est la clarté, le relief des séquences diurnes et en extérieur qui impressionnent et flattent la rétine, le tout marqué par des couleurs lumineuses et chatoyantes. Le piqué est vigoureusement acéré, les noirs denses, les détails abondent aux quatre coins du cadre et les contrastes affichent une très belle densité. Seules les scènes en basse lumière témoignent d’un sensible fléchissement de la définition. En dehors de cela, c’est très plaisant et élégant.

Very Bad Dads 2 st une comédie qui repose sur les situations cocasses et les dialogues. Il n’est donc pas étonnant que les mixages anglais Dolby Atmos et français Dolby Digital 5.1 fassent la part belle aux enceintes frontales et à la centrale d’où émergent les voix des comédiens et les effets annexes. Dans les deux cas, la spatialisation est essentiellement musicale et, sans surprise, la version originale l’emporte sur son homologue de par son ampleur, son relief et sa dynamique. De même, les ambiances se révèlent plus riches, harmonieuses et naturelles sur la piste anglaise, à l’instar de la scène des guirlandes avalées par la machine infernale. Jacques Frantz double évidemment Mel Gibson.

Crédits images : © Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Street Trash, réalisé par Jim Muro

STREET TRASH réalisé par Jim Muro, disponible en DVD et combo DVD-Blu-ray-Livret le 24 avril 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Mike Lackey, Bill Chepil, Vic Noto, Marc Sferrazza, Jane Arakawa, Nicole Potter, Pat Ryan, Clarenze Jarmon, Roy Frumkes…

ScénarioRoy Frumkes

Photographie : David Sperling

Musique : Rick Ulfik

Durée : 1h42

Année de sortie : 1987

LE FILM

Fred et Kevin sont deux adolescents paumés qui vivent dans une décharge, au royaume des clochards. Par misère ou méchanceté, tous ceux qui gravitent autour du bidonville leur en veulent et essaient d’avoir leur peau, sans compter un alcool frelaté qui transforme les buveurs en une flaque de bouillie jaunâtre.

Street Trash est un film culte, un vrai. Ne ressemblant à aucun autre, unique en son genre encore trente ans après, le seul long métrage réalisé par Jim Muro reste emblématique du cinéma d’horreur des années 1980. A la seule évocation du titre, l’affiche nous apparaît avec ces deux chevilles encore fumantes plantées dans des godasses posées devant des toilettes, avec une bouteille d’alcool vidée de son contenu. Comédie d’épouvante, Street Trash n’est certes pas un chef d’oeuvre, mais cela ne l’a pas empêché de traverser le temps et d’être toujours aussi chéri par les aficionados.

Dans les tréfonds de sa réserve, le propriétaire d’une petite boutique de spiritueux découvre par hasard une caisse d’un alcool frelaté de marque Viper. Mises en vente à 1$ pièce, les bouteilles trouvent très vite preneurs, achetés par les marginaux et clochards qui peuplent une casse automobile du quartier. Ses effets sont dévastateurs, le breuvage d’origine inconnue décapant de l’intérieur ceux qui l’ingurgitent, dans un éventail de couleurs. Un flic brutal, Bill, décide de mener l’enquête sur ces étranges disparitions. Son travail le mène à Bronson, vétéran du Vietnam, chef autoproclamé des sans-abri, qui règle sur la casse et le quartier à l’aide d’un fémur humain transformé en couteau aiguisé.

Bienvenus dans Street Trash ! Ici, la crasse, la violence et la mort sont reines et omniprésentes. A peine le film commence qu’un personnage se retrouve derrière un autre qui lui lâche une grosse caisse au nez, avant même la première réplique. Mais ce qui frappe aussi d’emblée, c’est la mise en scène. Devenu l’un des plus grands spécialistes du steadicam, James M. Muro, alias Jim Muro, alors âgé de 21 ans, plonge le spectateur dans une sorte de monde parallèle planté à quelques kilomètres de Manhattan puisque les tours du World Trade Center apparaissent au loin. En glissant littéralement sur le bitume craquelé avec sa caméra, Jim Muro présente le territoire de ces laissés-pour-compte vivant dans la fange, qui ont appris à faire avec et dont la vie se résume à une loi de la jungle régie par la consommation d’alcool qui permet de faire passer le temps. Quant aux femmes, également présentes, leurs vies se résument à assouvir les pulsions sexuelles des mecs toujours en rut.

S’il ne signera que quelques épisodes de séries diverses en tant que metteur en scène (Southland, Animal Kingdom, Longmire), Jim Muro aura surtout travaillé avec les plus grands en tant que cameraman, chez Michael Mann (Heat, Révélations, Miami Vice – Deux flics à Miami), James Cameron (Abyss, Titanic, Terminator 2 : Le Jugement Dernier), Brian de Palma (L’Esprit de Caïn), Oliver Stone (JFK, L’Enfer du dimanche), Martin Scorsese (Casino) ou Kathryn Bigelow (Point Break – Extrême limite, Strange Days). Bon, son C.V. indique également Brett Ratner (Dragon rouge, X-Men: L’affrontement final, Rush Hour 3), mais quand même ! Son talent explose dans Street Trash. S’il a aujourd’hui totalement renié son film, Jim Muro livre pourtant une œuvre souvent jubilatoire, constamment inventive, qui parvient même à contourner la censure en utilisant des giclées multicolores Pop art lors des séquences d’horreur (effets spéciaux encore très réussis aujourd’hui), quand les personnages fondent après avoir bu leur gnôle.

Sous ses allures de gros délire gore réalisé par des étudiants en cinéma de la School of visual arts de New-York sous la houlette d’un de leurs professeurs, Roy Frumkes, Street Trash peut également se voir comme un « document » sur celles et ceux qui représentent la face cachée de la politique libérale reaganienne, les rebuts du rêve américain. Alors que les buildings brillent de mille feux dans la brume (ou la pollution), les bâtisses branlantes et les boutiques mal famées font le quotidien des habitants qui ont atterri là parce qu’ils ne pouvaient sans doute pas faire autrement.

Le problème de Street Trash, qui était à l’origine un court-métrage, c’est son manque de rythme. Le film s’apparente à une série de sketches reliés par le fil rouge des bouteilles d’alcool frelaté. Si Jim Muro parvient à maintenir l’intérêt sur 1h40 au moyen de quelques séquences savoureuses et mythiques, dont une partie de football américain où une bite tranchée remplace le ballon ovale, Street Trash contient quelques ventres mous et l’ennui peut s’installer. Et dire que le montage original durait 2h40 !

Satire sociale désopilante et pourtant bien acérée sur les bas-fonds dégueulasses de la société new-yorkaise, bourrée d’idées visuelles à chaque plan, Street Trash est loin de proposer un discours neutre sur les conditions de vie de ses protagonistes. C’est sans doute pour cela que cette série B au budget de 500.000 dollars a su rester une référence et qu’il dépasse de loin son simple statut de film d’horreur. En fait, Street Trash peut se voir comme un remake trash d’Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola. Ce qui n’est pas un mince compliment.

LE BLU-RAY

Street Trash, disponible chez ESC Editions, est disponible en DVD et en édition Médiabook combo 2 DVD + Blu-ray + livret exclusif de 24 pages. Superbe objet aux couleurs étincelantes et livret concocté par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical sur le Blu-ray, fixe et muet sur le DVD bonus.

Le premier supplément disponible sur le Blu-ray est le court-métrage Street Trash, à l’origine du film (15’). Quand Roy Frumkes, professeur de Jim Muro découvre le film de fin d’études de ce dernier, il lui propose d’en faire un vrai long métrage. On y retrouve évidemment ce qui fera le succès de la version cinéma, à savoir les clochards, la boisson frelatée et bien sûr les personnages qui se mettent à fondre après absorption du tord-boyaux.

Le bonus suivant croise les propos souvent passionnants de Nicolas Stanzick des Cahiers du cinéma et de Fausto Fasulo de Mad Movies (33’). Le premier se souvient de sa découverte de Street Trash, film gore inventif et explosif, repoussant et pourtant jubilatoire, qui l’avait marqué à l’adolescence. Le second insiste sur le côté « film odorant, devant lequel on se sent sale ». Ensuite, les deux journalistes dressent le portrait du réalisateur Jim Muro, qui signait ici son unique long métrage, évoquent la genèse de Street Trash et les conditions de tournage de la version long métrage. La mise en scène, les décors, le premier montage de 2h40, les thèmes, les personnages, les effets visuels, l’utilisation de la couleur, l’affiche et le statut culte du film sont ensuite passés au crible sans aucun temps mort.

L’interactivité du Blu-ray se clôt sur deux bandes-annonces du film.

Mettez ensuite le DVD Bonus dans votre lecteur, pour savourer l’incroyable documentaire rétrospectif sur Street Trash, d’une durée de 120 minutes et réalisé à l’occasion du vingtième anniversaire du film. Si Jim Muro est évidemment absent (sauf via quelques images d’archives) puisqu’il refuse aujourd’hui de parler du film (qu’il a par ailleurs renié), c’est Roy Frumkes, producteur, scénariste et ancien professeur du réalisateur, qui monopolise la parole ici. Néanmoins, la plupart des comédiens et techniciens du film ont également accepté de participer à ce documentaire : Mike Lackey (Fred, également responsable des maquillages), Robert Marcucci (décorateur), Denise Labelle (directrice artistique), Vic Noto (Bronson), Tony Darrow (Nick Duran), Clarence Jarmon (Burt), David Sperling (directeur de la photographie), Bryan Singer alors assistant et bien d’autres.

La genèse, l’écriture du scénario, le parcours de Jim Muro, les conditions des prises de vues, l’élaboration du storyboard, la postproduction, la Première du film, l’affiche, la critique, sa mauvaise exploitation dans les salles et son triomphe en VHS sont longuement abordés. Le tout illustré par des photos et même des images de tournage, ainsi que des essais des comédiens et des scènes coupées au montage !

L’Image et le son

Jusqu’ici, Street Trash était disponible uniquement en DVD chez Opening, dans une copie au format original respecté 1.85 (16/9). Cette nouvelle copie restaurée proposée par ESC Editions est annoncée en 1.77, ceci à la demande du producteur, en accord avec Jim Muro. Si l’apport de la HD demeure peu indispensable pour Street Trash, force est de constater que l’image est très lumineuse, avec des couleurs éclatantes. En revanche, la texture argentique manque à l’appel. Cela est très regrettable puisque le grain original faisait non seulement partie de la photographie de David Sperling, mais rajoutait également au côté sordide des décors et des conditions de vie des protagonistes. Cette image trop lisse à notre goût est néanmoins très propre, malgré divers points blancs, le piqué est évident et les contrastes revus à la hausse.

La version française, puisque de nombreux spectateurs ont découvert puis revu le film ainsi, est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. Si la piste est propre, les dialogues sont parfois très forts et frôlent la saturation. Cela n’empêche pas d’apprécier les propos particulièrement fleuris. La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1, aux sous-titres français non imposés. Cela profite essentiellement à la composition de Rick Ulfik, bien présente sur l’ensemble des canaux. Plus homogène, cette version est également plus dynamique avec quelques effets de basses sympathiques, même si le volume des voix aurait pu être plus élevé.

Crédits images : © Roy Frumkes / ESC Editions/ Captures Blu-ray et DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test DVD / La Bonzesse, réalisé par François Jouffa

LA BONZESSE réalisé par François Jouffa, disponible en DVD le 3 avril 2018 aux Editions Montparnasse

Acteurs :  Sylvie Meyer, Bernard Verley, Olga Valéry, Christine Aurel, Betty Berr, Catherine Bidaut…

ScénarioFrançois Jouffa, Jean-Pierre Gambert

Photographie : Jean Gonnet

Musique : Hadi Kalafate

Durée : 1h39

Année de sortie : 1974

LE FILM

Béatrice, une étudiante, est en quête d’absolu. Désoeuvrée, elle décide de se prostituer dans une  »maison » a la clientèle sélectionnée, du gros industriel au diplomate recommandé par le Quai d’Orsay. Mais Béatrice se lasse vite et décide de partir pour l’Orient.

Carton en introduction : « Avertissement : les scènes et les dialogues de ce film sont inspirés de témoignages authentiques, recueillis par les auteurs ».

Réalisé en 1973 par François Jouffa, La Bonzesse ou les concessions d’une enfant du siècle, sera interdit et bloqué par la censure pendant un an. Raison de plus pour le revoir en 2018 et essayer de comprendre pourquoi. Le film est produit par Francis Leroi, alors futur producteur du Sexe qui parle (1975) et réalisateur de films et téléfilms (sous le pseudo de Jim Clark) aux titres explicites et dont on ne se lasse pas, La michetonneuse, Lèche-moi partout, Je suis à prendre, Cette salope d’Amanda, Déculottez-vous mesdemoiselles, L’infirmière n’a pas de culotte, Le Secret des écolières sans culotte, Charlotte, mouille ta culotte et près d’une dizaine d’Emmanuelle. Autant dire que La Bonzesse apparaît presque comme un vrai film d’auteur dans sa carrière. C’est donc François Jouffa, journaliste musical, qui passe derrière la caméra pour ce petit film au charme suranné, qui aborde frontalement son sujet, les maisons closes, avec humour, mais aussi avec un vrai regard social.

Béatrice, interprétée par la ravissante Sylvie Matton, est une étudiante en philosophie de 21 ans, qui a quitté sa famille et la province pour faire études à Paris. Un jour, par désir de liberté, elle décide de se rendre chez une maquerelle afin d’expérimenter l’art de la sexualité. Charmée par sa silhouette élancée et son regard ingénu, Madame Renée (Olga Valéry, excellente) embauche la belle sur-le-champ. Béatrice prend le nom de Julie et se vend à des hommes fortunés. Un soir, un client la séduit. Au fur et à mesure de ses rencontres et de la découverte des fantasmes de ses clients (un type se coud des boutons sur les tétons, scène visiblement réalisée sans trucage), Béatrice se sent de plus en plus attirée par les philosophies orientales. Malgré son succès auprès des fidèles visiteurs du bordel, elle commence à envisager son départ en aller simple pour Katmandou.

Voilà, c’est cela La Bonzesse, une petite comédie coquine qui a des choses à dire et qui les fait passer derrière les petites nanas dénudées. D’ailleurs, il n’y a pas que ces demoiselles qui se présentent en tenue d’Eve, puisque la nudité est également de mise chez les clients, présentés dans toutes les postures possibles et imaginables. Il y a fort à parier que François Jouffa et son coscénariste Jean-Pierre Gambert aient vu le premier long métrage de Paul Verhoeven, un certain cinéaste néerlandais, Business is Business, qui traitait plus ou moins du même sujet. Dans ce film, deux prostituées travaillant à Amsterdam devaient se plier aux exigences parfois étranges de leurs clients. La mise en scène était déjà frontale chez Paul Verhoeven et François Jouffa n’hésite pas de son côté à montrer les corps nus des hommes et des femmes. Si tout est évidemment plus sage dans le film qui nous intéresse, toutes les classes sociales sont logées à la même enseigne puisque certains hommes politiques et même un évèque viennent également prendre du bon temps dans le bordel de Madame Renée, situé dans un beau quartier, à deux pas des Champs-Elysées.

Certes, la qualité des dialogues laisse parfois à désirer : « Tiens salut ! » « Tiens, ça va ? » « Ça va et toi ? » « Ça va… » « Oui ça va ! » « Ça va bien ? » « Oui oui très bien, ça va ! » « Salut ! », mais de ce point de vue c’est Olga Valéry qui se taille la part du lion avec ses répliques très épicées, surtout lorsque Madame Renée explique à Béatrice l’organisation de sa maison, tout en détaillant l’anatomie de sa nouvelle recrue.

La Bonzesse est drôle, polisson et décalé, mais également et finalement politique, social (tout est argent, tout se monnaie) et intelligent, prenant parfois une tournure documentaire. Ou comment faire passer son message derrière des comédiennes déculottées donc, surtout que le récit se clôt sur une incroyable séquence pleine de spleen tournée à Ceylan, qui contraste avec le reste du film et qui lui donne un vrai cachet d’auteur. Un vrai classique du cinéma érotique des années 70.

LE DVD

Le DVD de La Bonzesse, disponible aux Editions Montparnasse, repose dans un très beau slim Digipack au visuel coquin très attractif. Le menu principal est légèrement animé, avec quelques dialogues du film en fond sonore.

 

La bande-annonce des Sorcières du bord du lac est proposée comme supplément. Dommage. Il y avait sans doute matière à réaliser quelques entretiens !

L’Image et le son

La Bonzesse était jusqu’alors inédit en DVD. Le master SD au format 1.66 (4/3 compatible 16/9) d’origine proposé par l’éditeur s’avère fort honorable, bien restauré, avec des couleurs qui retrouvent un certain éclat. Le grain est heureusement préservé et très bien géré, la copie est belle et stable.

 

La piste Mono affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable. La restitution des dialogues est solide et l’ensemble harmonieux. Dommage que l’éditeur ait également oublié les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © DFL. Editions Montparnasse / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Man on the Moon, réalisé par Miloš Forman

MAN ON THE MOON réalisé par Miloš Forman, disponible en DVD et Blu-ray le 24 avril 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Jim Carrey, Danny DeVito, Courtney Love, Paul Giamatti, Christopher Lloyd, Reiko Aylesworth, Gerry Becker, Leslie Lyles, George Shapiro, Budd Friedman, Carol Kane, Vincent Schiavelli…

ScénarioScott Alexander, Larry Karaszewski

Photographie : Anastas N. Michos

Musique : R.E.M.

Durée : 1h58

Année de sortie : 1999

LE FILM

Andy Kaufman a toujours aimé se mettre en scène. Petit, il s’imaginait présentateur de télévision. Devenu adulte, il fait des numéros d’imitation dans des cabarets puis s’invente un premier personnage, celui de « l’Étranger ». Il est alors abordé par un agent, George Shapiro, qui lui obtient un passage dans la célèbre émission Saturday Night Live et lui trouve un rôle dans le sitcom Taxi. C’est le début de la gloire. Mais au lieu de se reposer sur ses lauriers, Andy Kaufman multiplie les personnages et les défis, repoussant un peu plus loin les limites de la comédie et du bon goût…

Andy Kaufman au New York Times : « Je ne suis pas un comique, je ne raconte jamais de blagues… La promesse du comique, c’est d’arriver à vous faire rire de lui… Ma seule promesse, c’est d’essayer de divertir du mieux que je peux. Je sais manipuler les réactions des gens. Il y a différentes sortes de rire. Le rire des tripes, c’est quand vous n’avez pas le choix, vous êtes obligés de rire. Le rire des tripes ne vient pas de l’intellect, et c’est beaucoup plus difficile à pratiquer pour moi maintenant que je suis connu. Ils se disent : « Wow, Andy Kaufman, ce type est vraiment marrant », mais je n’essaie pas d’être drôle, je veux simplement jouer avec leur tête ».

A l’instar de son confrère Lenny Bruce, Andy Kaufman (1949-1984) reste l’un des comiques américains les plus célèbres, insolents, libertaires et controversés des années 1970. A la fin des années 1990, le réalisateur américain d’origine tchécoslovaque Miloš Forman décide de raconter l’histoire hors-norme de cette icône de la contre-culture, dont les improvisations caustiques et happenings auront autant rencontré le succès que décontenancé les spectateurs. S’attirant les foudres de l’Amérique bien-pensante, entre scandales et indignations, ce maître du politiquement incorrect se fera la voix de toute une génération. Il n’y avait que l’immense Jim Carrey qui pouvait interpréter à l’écran ce comique irrévérencieux et controversé. Ce chef d’oeuvre, c’est Man on the Moon, dont le titre provient d’une chanson du groupe R.E.M. qui rend hommage à Andy Kaufman.

Enfant, dans les années 50, Andy Kaufman animait déjà des émissions imaginaires, pour son seul plaisir. Devenu adulte, il entreprend d’imiter Elvis dans un cabaret, tout en se faisant passer pour un réfugié d’Europe de l’Est. Contacté par l’agent George Shapiro, il abandonne son apparente modestie pour confesser sa plus chère ambition : conquérir le monde, ni plus ni moins. Après avoir chanté, sans trop convaincre, sur le plateau du célèbre show «Saturday Night Live», il s’impose dans la série comique «Taxi», où il incarne, il est vrai, son personnage fétiche de petit immigré. Ayant monté sa propre émission, il recrute un chanteur sans classe, Tony Clifton…

Trois ans après l’exceptionnel Larry Flynt, Miloš Forman se penche sur l’une des personnalités les plus complexes et ambiguës du spectacle américain. Porté par un sublime Jim Carrey, véritablement habité par son rôle, Man on the Moon dresse le portrait d’un homme intrigant croisé avec celui d’une Amérique puritaine, encore sclérosée par les années Nixon et la guerre du Vietnam, et se révèle un véritable plaidoyer pour la liberté d’expression. De son propre aveu, Andy Kaufman détestait les blagues et pratiquait une forme d’anti-humour, loin de la comédie dite « traditionnelle », en privilégiant les situations absurdes voire surréalistes, dans le but de faire perdre leurs repères aux spectateurs, à la fois outrés et empathiques. Ses personnages de Foreign Man (L’Etranger) venu de Caspiar, qui se transforme en Elvis Presley, ou bien encore Latka, qui découle de Foreign Man, que Kaufman interprètera dans la sitcom Taxi sur la chaîne ABC aux côtés de Danny DeVito (qui interprète George Shapiro dans Man on the Moon), et surtout celui de Tony Clifton, artiste de music-hall antipathique et vulgaire, ne sont que des exemples des multiples facettes de l’artiste.

Avec une reconstitution élégante  doublée d’une très belle photo signée Anastas N. Michos, Miloš Forman suit au plus près le succès souvent accompagné de polémique d’Andy Kaufman. Un homme qui a osé se dresser face à l’hypocrisie américaine grâce à son immense talent pour l’improvisation et sa liberté de ton. Longtemps critiqué à son époque, Andy Kaufman est aujourd’hui réhabilité par les comédiens américains actuels qui le considèrent comme une véritable référence. A l’écran, Jim Carrey lui prête non seulement son immense talent, mais aussi son corps et même son âme, comme l’a récemment montré le documentaire Jim et Andy de Chris Smith, dans lequel le comédien revient sur sa crise existentielle et comment Andy Kaufman s’est réellement « emparé » de lui. A tel point que Miloš Forman lui-même indiquera n’avoir jamais eu affaire à Jim Carrey sur le plateau, mais à Andy Kaufman lui-même uniquement. Ou comment entretenir la légende du comique puisque de nombreux fans qui n’ont jamais cru à sa mort prématurée en 1984, continuent de le célébrer en attendant son retour.

On peut donc parler de véritable « incarnation » en ce qui concerne le jeu de Jim Carrey. Alors à un tournant de sa carrière et en quête de respectabilité comme de nombreux acteurs de comédie, l’acteur canadien sortait du magnifique The Truman Show de Peter Weir. Dans Man on the Moon, Jim Carrey est allé plus loin, beaucoup plus loin. C’est ce trouble psychologique, cette dépression que Miloš Forman capte à l’écran. Non pas par voyeurisme, mais pour l’art. Star internationale alors au sommet de son succès critique et commercial, Jim Carrey ne joue pas à être Andy Kaufman, il est bel et bien Andy Kaufman et les happenings reproduits à l’identique (le catch, l’altercation à la télévision, les bagarres sur le plateau) vont au-delà du simple mimétisme. Aux côtés de Jim Carrey, Courtney Love trouve l’un de ses plus grands rôles, celui de la compagne de l’humoriste, trois ans après avoir interprété Althea Leasure Flynt chez le même Miloš Forman.

Man on the Moon n’est pas une œuvre facile d’accès et qui ne recherche pas l’adhésion des spectateurs (dont le réalisateur capte la réaction), au même titre que les sketchs d’Andy Kaufman. Le film de Miloš Forman ne cesse de déstabiliser. Le personnage est à la fois attachant et agaçant, émouvant et pathétique, génial et naïf, toujours insaisissable. Plus que Jim Carrey, c’est donc le film dans son entièreté qui restitue l’âme d’Andy Kaufman. Par ailleurs, la première séquence donne le ton, puisque Carrey-Kaufman s’adresse directement aux spectateurs et s’empare du « film » en décidant de faire défiler d’entrée de jeu le générique de fin, mentionnant que Jim Carrey interprète Andy Kaufman. En brouillant ainsi les pistes, on se croirait presque dans un film de Spike Jonze, par ailleurs producteur du documentaire Jim & Andy, scénarisé par Charlie…Kaufman.

Etant donné que cet artiste de performance était quasi-inconnu dans nos contrées, Man on the Moon, qui a pourtant valu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Miloš Forman, est passé complètement inaperçu en France à sa sortie. Presque vingt ans après, cet immense et fascinant biopic – qui d’ailleurs n’en est pas vraiment un – est considéré comme l’un des plus grands films de son auteur, tandis que l’interprétation de Jim Carrey, saluée par un Golden Globe, demeure l’une des plus ébouriffantes du cinéma américain des années 1990.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Man on the Moon, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est un peu cheap, animé sur la chanson éponyme de R.E.M. Pas de chapitrage.

S’il s’agit d’une exclusivité française, ce Blu-ray de Man on the Moon perd néanmoins le making of de 19 minutes présent sur le DVD disponible chez Warner, qui comprenait d’ailleurs quelques images de tournage. Même s’il ne disposait pas de sous-titres français, au moins le réalisateur, les acteurs et les producteurs intervenaient pour parler du film. Même chose, les 13 minutes de scènes coupées ont également disparu, tout comme le clip vidéo de R.E.M., les spots commerciaux et la bande-annonce.

Cependant, l’éditeur ne vient pas les mains vides, loin de là, puisque nous disposons ici d’1h40 de bonus !

Dans un premier temps, le journaliste Jacky Goldberg propose une formidable présentation de Man on the Moon (26’30), brillamment replacé dans les carrières respectives de Miloš Forman et de Jim Carrey. Jacky Goldberg mentionne les précédents biopics du réalisateur, Amadeus et Larry Flynt, tout en exposant les points communs et les passerelles dressées entre ces trois œuvres. Les thèmes de Man on the Moon sont analysés, la performance de Jim Carrey passée au peigne fin, tout comme le « show » qui se déroulait en dehors du tournage avec le comédien qui est pour ainsi dire resté dans la peau – ou les peaux devrait-on dire – de son personnage. Cela permet à Jacky Goldberg d’évoquer comment Jim Carrey a su convaincre Miloš Forman et ses producteurs qu’il était le seul et unique acteur capable d’interpréter Andy Kaufman à l’écran. Les performances de ce dernier sont également passées en revue et mises en parallèle avec le film de Miloš Forman.

Ensuite, Jacques Demange, auteur du livre Les mille et un visages de Jim Carrey (chez ROUGE PROFOND), s’attarde encore plus en profondeur sur l’interprétation du comédien (23’). A travers sa présentation et son analyse, Jacques Demange replace Man on the Moon dans la carrière, mais aussi et surtout dans la vie personnelle de Jim Carrey. Alors en quête de légitimité, l’acteur commence à se tourner vers des rôles plus ambigus, comme dans Disjoncté de Ben Stiller. Man on the Moon se situe entre The Truman Show de Peter Weir et Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, qui apparaît presque comme une radiographie de la propre vie de Jim Carrey. D’ailleurs, comme si le comédien avait tourné une page, sa carrière apparaît depuis en dents de scie. Ce module très riche et passionnant rend également un formidable hommage à la star des années 1990, à ses créations, à ses personnages emblématiques et à son jeu unique.

Le segment le plus imposant, Andy Kaufman : le funambule du rêve américain, croise les interventions de Florian Keller, essayiste et auteur de Comique extrémiste : Andy Kaufman et le rêve américain (Capricci Editions), l’essayiste Pacôme Thiellement et les humoristes et comédiens Jean-Philippe de Tinguy et Marc Fraize (53’). Ce documentaire, uniquement disponible sur l’édition Blu-ray de Man on the Moon, propose un portrait doublé d’une analyse du travail d’Andy Kaufman. Si certains propos restent plus anecdotiques que d’autres, il serait dommage de passer à côté de ce supplément réalisé sans temps mort et souvent pertinent.

L’Image et le son

Jusqu’alors disponible chez Warner, dans une édition DVD devenue rare, Man on the Moon apparaît pour la première fois dans le monde en Haute-Définition chez ESC Editions/Progam Store. Ce nouveau master relève les couleurs et les contrastes, la stabilité fait plaisir et le grain original est heureusement respecté. En revanche, quelques poussières subsistent, le piqué est émoussé et les détails manquent parfois à l’appel sur le cadre large. La définition est aléatoire, plus convaincante sur les séquences en extérieur, mais le lifting est quand même indéniable.

Les versions anglaise et française sont présentées en DTS-HD Master Audio 5.1. Comme sur le DVD, les deux pistes sont plutôt percutantes et peuvent compter sur quelques séquences spécifiques comme les matchs de catch et le show final à Carnegie Hall pour une spatialisation alors adéquate. La musique profite également d’un bon dosage frontales-latérales. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale. En revanche, malgré l’investissement d’Emmanuel Curtil qui double Jim Carrey, la version française reste franchement anecdotique.

Crédits images : © ESC Editions / Program Store / Warner Bros. / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr