Test Blu-ray / Les Fugitifs, réalisé par Francis Veber

LES FUGITIFS réalisé par Francis Veber, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2018 chez Gaumont

Acteurs : Gérard Depardieu, Pierre Richard, Anaïs Bret, Jean Carmet, Maurice Barrier, Jean Benguigui, Roland Blanche, Philippe Lelièvre, Yveline Ailhaud, Didier Pain…

Scénario : Francis Veber

Photographie : Luciano Tovoli

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h30

Année de sortie : 1986

LE FILM

Lucas, un dangereux gangster, sort de prison et décide de devenir honnête. Pignon, au chômage depuis trois ans, décide de devenir malhonnête et attaque maladroitement une banque. Cerné par la police, il prend un otage pour se couvrir et choisit justement Lucas, qui était venu ouvrir un compte. La police reconnaît immédiatement l’ancien prisonnier et ne croit pas à son innocence. Lucas, en danger de mort, est obligé de s’enfuir avec son ravisseur.

Je suis pas en cavale, j’ai été pris en otage. Et si mon ravisseur n’est pas là dans 10 secondes, je te tire une balle dans le cul !

Avec Les Fugitifs, Francis Veber, scénariste de renom passé à la mise en scène avec Le Jouet en 1976 sur les conseils de Claude Berri, clôt en beauté sa trilogie reposant sur l’alchimie de l’immense duo Pierre Richard (François Pignon est de retour) – Gérard Depardieu, après La Chèvre (1981) et Les Compères (1983). Moins burlesque que les deux précédents films du réalisateur, Les Fugitifs se révèle beaucoup plus sensible et offre à Pierre Richard, pour sa quatrième et dernière collaboration avec le cinéaste, un de ses plus beaux rôles au cinéma, celui d’un père veuf, prêt à tout pour conserver la garde de sa fille. Le grand blond n’a jamais paru aussi fragile et cassé que dans ce film, un magnifique clown triste qui émeut autant qu’il arrache les larmes de rire. On appelle ça le génie.

Ton pantalon ! Allez vite ton pantalon connard où j’fais un trou d’dans !

Jean Lucas, ancien repris de justice pour de nombreux braquages de banques, est libéré après cinq ans de prison. Lucas est bien décidé à « se ranger » et à mener une vie honnête, ce qui ne manque pas de laisser dubitatif le commissaire Duroc. À sa sortie de prison, il vend les bijoux qui lui ont été restitués lors de sa levée d’écrou, puis se rend dans une banque pour y déposer le chèque qu’il a reçu du bijoutier. Alors qu’il fait la queue pour ouvrir un compte, un individu armé surgit pour effectuer un hold-up. Cet individu, François Pignon, peu expérimenté de l’exercice, mène très maladroitement son forfait et la banque est rapidement cernée par le commissaire Duroc et ses hommes. Contraint de sortir, Pignon prend Lucas comme otage. Le commissaire Duroc est convaincu que Lucas est en fait le braqueur. La situation surréaliste manque de tourner au drame et les deux hommes parviennent in extremis à s’échapper. Le comble est atteint pour Lucas qui reçoit une balle de revolver dans la cuisse, tirée par Pignon ! Acceptant d’être soigné par un vétérinaire ami de Pignon, Lucas découvre la petite fille de François, Jeanne. Cette dernière, très affectée par la mort de sa mère il y a plusieurs années, refuse de parler. Étant au chômage et sans revenus, Pignon était menacé par l’assistance publique de perdre la garde de Jeanne, chose inacceptable et insupportable pour lui. C’est devant cette situation sociale très difficile que Pignon s’est résigné à braquer la banque. Se sentant désormais menacé par la police et la perspective de la prison, Lucas accepte le marché de François qui, en échange de son aide pour quitter le territoire, promet de ne pas compromettre Lucas dans le braquage, son passé et sa réputation auprès du commissaire Duroc jouant en sa défaveur.

Vous me reconnaissez ?
Connard ?
C’est moi, oui ça va mieux ?

Francis Veber continue d’exploiter la relation de deux hommes que tout oppose et qui deviennent pourtant amis. Nous retrouvons les éléments qui font la griffe inimitable du cinéaste : des dialogues finement ciselés, une mécanique d’orfèvre, des seconds rôles soignés en particulier Jean Carmet, nommé pour le César du meilleur second rôle masculin, qui bouffe l’écran en vétérinaire complètement largué, auquel s’ajoutent un caméo non crédité de Michel Blanc et surtout des scènes tendres et sans aucune niaiserie avec l’étonnante petite Anaïs Bret, devant laquelle le monstre Depardieu se fait minuscule. A l’instar d’un remake de La Grande Vadrouille, Les Fugitifs emporte ses personnages et les spectateurs dans une course-poursuite d’1h30 sans aucun temps mort. Plus de trente ans après sa sortie, on est toujours aussi ému de voir ces deux grands comédiens face à cette poupée de 4 ans, surtout quand cette dernière demande au colosse en face d’elle « T’en va pas ! ».

Extraire une balle ? Il a avalé la baballe ? Il a avalé la baballe en jouant !

De son côté, Vladimir Cosma signe une de ses plus belles partitions, surtout durant le final où le trio s’éloigne vers l’Italie, probablement la plus belle séquence de tout le cinéma de Francis Veber. Parallèlement, c’est aussi la fin d’une ère. Après ce film, Pierre Richard ne retrouvera jamais les sommets du box-office, du moins en tant que tête d’affiche et ne tournera plus pour Francis Veber, tandis que ce dernier ne retrouvera Gérard Depardieu que quinze ans plus tard pour Le Placard. Même si le score est inférieur à celui de La Chèvre (7 millions d’entrées) et des Compères (4,8 millions), Les Fugitifs est tout de même un triomphe en 1986. Le film attire près de 4,5 millions de spectateurs en France, plus de 20 millions en Union Soviétique et connaîtra même un remake en 1989 intitulé Les Trois fugitifs, avec Nick Nolte et Martin Schort, réalisé par Francis Veber lui-même, alors parti à Hollywood. Le réalisateur sera également nommé aux César en 1987 pour le meilleur scénario original.

LE BLU-RAY

Un peu plus de quatre ans après sa première édition HD chez EuropaCorp et surtout après le rachat du catalogue des films de Pierre Richard, Les Fugitifs refait son apparition dans les bacs sous la houlette de Gaumont ! Nouvelle édition HD restaurée, visuel différent. Le menu principal est fixe et muet.

L’ancienne édition ne comportait aucun supplément. Faute réparée ici avec un documentaire rétrospectif (28’) donnant en fait la parole à Francis Veber, Pierre Richard et, grand surprise, Anaïs Bret qui interprétait la petite Jeanne dans le film ! Tandis que nous découvrons de superbes images et photos de tournage et des répétitions, le réalisateur explique la difficulté d’écriture du scénario des Fugitifs. De son côté Pierre Richard partage ses souvenirs liés à son complice Gérard Depardieu et à la méthode Veber. Anaïs Bret, très charmante et qui est devenue professeur, se remémore les prises de vues avec ses partenaires, comment toute l’équipe s’occupait d’elle entre les prises.

L’interactivité se clôt sur un comparatif avant/après la restauration, ainsi que la bande-annonce composée de prises alternatives.

L’Image et le son

L’ancien master HD permettait aux couleurs de retrouver un peu de peps, une clarté évidente, une stabilité ainsi qu’un nouveau relief. La propreté de la copie était indéniable, la texture argentique flatteuse et la définition fort appréciable. Quelques fourmillements s’invitaient tout de même à la partie, le piqué était souvent doux et manquait de mordant, surtout sur les séquences sombres et nocturnes, tout comme dans le cabinet du vétérinaire aux lumières vertes et jaunes peu reluisantes. La gestion du grain était également aléatoire et les visages des comédiens tiraient sur le rosé. Nous accueillons donc ce nouveau master HD restauré avec une très grande joie. Les teintes sont nettement plus naturelles que sur le Blu-ray EuropaCorp, la carnation est également plus douce et équilibrée. Ce nouveau Blu-ray permet surtout d’apprécier les éclairages plus stylisés que dans nos souvenirs, du chef opérateur Luciano Tovoli. Même chose concernant les contrastes, plus équilibrés, autant sur les séquences diurnes que nocturne. Le grain est harmonieux, les détails plus éloquents.

La piste française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 des Fugitifs est plutôt percutante. Aucun souffle n’est à déplorer, ni aucune saturation dans les aigus. Les dialogues sont vifs, toujours bien détachés, la musique de Vladimir Cosma est délivrée avec une belle ampleur. L’ensemble est aéré, propre, fluide et dynamique. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Gaumont Pathé Archives / Collection Personnelle d’Anaïs Bret / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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