
SORRY, BABY réalisé par Eva Victor, disponible en DVD depuis le 5 décembre 2025 chez Wild Side Video.
Acteurs : Eva Victor, Naomi Ackie, Louis Cancelmi, Kelly McCormack, Lucas Hedges, John Carroll Lynch, Hettienne Park, E.R. Fightmaster…
Scénario : Eva Victor
Photographie : Mia Cioffi Henry
Musique : Lia Ouyang Rusli
Durée : 1h39
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Quelque chose est arrivé à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d’entrevoir ce qui vient après.

Comme chaque année, une « bombe » du cinéma indépendant américain débarque dans les salles, fait quasiment l’unanimité auprès de la critique et parvient à toucher le coeur du public. En 2025, cela aurait été le cas pour Sorry, Baby, premier long-métrage d’Eva Victor, habituellement comédienne, vue dans la série Billions, qui contient divers éléments autobiographiques. Comme son personnage Agnès, la réalisatrice a elle aussi été victime d’une agression, puis connu la guérison, et enfin une résilience inespérée. Forcément dramatique, Sorry, Baby est aussi étrangement une comédie décalée, parcourue d’un humour pince-sans-rire (qui sera toujours une bouée de sauvetage contre la folie et la violence du monde), qui apparaît comme une soupape de sécurité, nécessaire pour évacuer la pression, le mal-être, la douleur. Nous sommes ici en pleine histoire de reconstruction, thème intemporel et universel, déjà maintes fois traité au cinéma certes, mais Eva Victor parvient à tirer son épingle du jeu par son immense sensibilité. Celle-ci évite tout pathos, trouve ce parfait équilibre entre la noirceur et la gravité de son sujet, et pourtant sa forme, lumineuse, marquée par un soleil hivernal étincelant, symbolique de l’espoir, de la vie qui doit continuer, qui l’emporte sur la violence. Produit par Barry Jenkins (Moonlight, Mufasa : Le Roi Lion), Sorry, Baby est présenté en première mondiale au Festival du film de Sundance, où il remporte le prix Waldo Salt du meilleur scénariste du festival. Une autrice est née.


Agnès est professeure de littérature à Fairport, un établissement d’enseignement supérieur situé dans la campagne de Nouvelle-Angleterre. Elle vit seule dans une maison isolée avec un chat. Sa meilleure amie, Lydie, lui rend visite depuis New York et lui annonce qu’elle est enceinte. Plus tard, Agnès et Lydie dînent avec d’anciens camarades de Fairport : Natasha, Logan et Devin. Lydie s’inquiète pour le bien-être émotionnel d’Agnès et lui demande, de manière détournée, si elle a des pensées suicidaires. Quelques années auparavant : Agnès et Lydie vivent ensemble dans la même maison et font partie d’un groupe d’étude doctoral dirigé par le professeur Preston Decker. Ce dernier complimente souvent chaleureusement Agnès sur son brouillon de thèse. Un jour, Agnès est invitée chez Decker, afin de discuter de sa thèse. Elle repart en pleine nuit. De retour chez elle, elle confie à Lydie que Decker l’a agressée sexuellement. Lydie la console, mais le lendemain, elles apprennent que Decker a démissionné de son poste à l’université. La commission de discipline informe Agnès qu’elle ne peut ni enquêter sur Decker ni le sanctionner, puisqu’il n’est plus employé par l’établissement.


Ou comment le traumatisme s’installe dans l’âme, le coeur, le sang, le corps d’une personne victime et comment celle-ci peut espérer s’en tirer malgré tout. L’envie de se venger est parfois tentante, comme lorsqu’Agnès songe à incendier le bureau de Decker, ce que Lydie lui propose de faire elle-même. Mais Agnès se ravise. Des questions se posent, en particulier pourquoi ?. Puis vient la réflexion, l’apaisement aussi. Agnès décide finalement de ne pas porter plainte, car Decker partage la garde d’un enfant avec son ex-femme. Vient ensuite une rencontre, celle avec son nouveau voisin Gavin. L’une des scènes les plus symboliques du parcours psychologique et émotionnel d’Agnès est celle qui se déroule un an après son agression. Agnès est convoquée comme jurée et avoue ne pas être certaine de pouvoir être impartiale, ayant été elle-même agressée. Elle confie au passage ne pas vouloir que Decker aille en prison, car cela ne le rendrait pas meilleur pour autant. Elle est donc dispensée.


C’est à ce moment-là, qu’elle se voit offrir un poste d’enseignante à temps plein à Fairport, qu’elle accepte avec fierté. On lui attribue l’ancien bureau de Decker, dans lequel Natasha, une autre étudiante, lui avoue brutalement qu’elle espérait obtenir son poste, tout en lui révélant avoir eu une relation sexuelle consentie avec Decker. Le mal parcourait déjà les couloirs de l’établissement et cette révélation provoque une crise de panique chez Agnès.


On peut donc être né dans un monde où des choses terribles peuvent arriver, mais comme Agnès l’exprime au bébé de son amie Lydie (superbe Naomi Ackie, vue dans Blink Twice, Mickey 17) dans la dernière et sublime scène, on peut toujours garder l’espoir d’avoir une belle ou tout du moins une meilleure vie. Sorry, Baby est une immense réussite, distribuée par le studio A24 et présentée dans les festivals du monde entier (de Cannes à Sydney), valu à Eva Victor d’être nommée pour le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique. On attend désormais impatiemment le second film, mais pour l’instant, il est fort probable que ce retour à la vie devienne un classique du ciné indé.


LE DVD
Sorry, Baby débarque dans les bacs, uniquement en DVD, chez Wild Side Video. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément, celui à ne pas manquer, est le commentaire audio de l’actrice, réalisatrice et scénariste Eva Victor, accompagnée d’un des monteurs du film, Alex O’Flinn. Présenté en version originale sous-titrée en français, ce commentaire est fort sympathique à écouter, rempli d’anecdotes de tournage et permet d’en savoir plus sur les références d’Eva Victor. Cette dernière évoque Trois Couleurs : Rouge de Kieslowski, mais aussi La Double vie de Véronique du même cinéaste, ainsi que Safe de Todd Haynes. Les conditions de prises de vue, les partis-pris esthétiques et tout un tas d’autres sujets sont abordés au fil de ce bonus très largement conseillé.

Nous trouvons aussi une vidéo rapide issue du site Konbini, qui donne la parole à Eva Victor et Naomi Ackie, qui reviennent sur l’histoire du film et les intentions de la réalisatrice.


L’interactivité se clôt sur deux bandes-annonces.
L’Image et le son
Les contrastes sont riches, la luminosité est omniprésente, les scènes nocturnes sont logées à la même enseigne et le relief est probant. Les visages sont détaillés à souhait, tout comme les décors, la colorimétrie est froide et hivernale, le piqué joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), le relief est indéniable et la photo élégante est solidement restituée.
Sorry, Baby n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais la piste anglaise Dolby Digital 5.1 parvient à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et les mixages se concentrent souvent sur les enceintes avant. Il ne faut pas vous attendre à des effets explosifs, la spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares. Le confort acoustique est assuré tout du long.


Crédits images : © Wild Side Video / A24 / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
