Test DVD / Seul contre tous, réalisé par Jesse Hibbs

SEUL CONTRE TOUS (Rails into Laramie) réalisé par Jesse Hibbs, disponible en DVD le 16 juillet 2019 chez ESC Editions

Acteurs : John Payne, Mari Blanchard, Dan Duryea, Joyce Mackenzie, Barton MacLane, Ralph Dumke, Harry Shannon, James Griffith, Lee Van Cleef, Myron Healey…

Scénario : D.D. Beauchamp, Joseph Hoffman

Photographie : Maury Gertsman

Musique : Henry Mancini, Milton Rosen, Herman Stein

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

Le Wyoming, 1869. Inquiet que la construction du chemin de fer transcontinentale stoppe net aux abords de Laramie, le général Augur envoie sur place le sergent Jeff Harder, une tête brûlée qui, justement, connaît Jim Shanessy, le propriétaire du saloon local. De vieux amis certes, mais, rapidement, ils auront toutes les raisons du monde d’en venir aux mains…

1954 est une année faste pour le western. Se bousculent dans les salles Vera Cruz et Bronco Apache de Robert Aldrich, Johnny Guitare de Nicholas Ray, Je suis un aventurier d’Anthony Mann, Le Jardin du diable d’Henry Hathaway, Rivière sans retour d’Otto Preminger, L’Aigle solitaire de Delmer Daves, La Lance brisée d’Edward Dmytryk et nous pourrions continuer ainsi longtemps. Tous les comédiens et cinéastes tournent des westerns. A côté de ces mastodontes, les séries B se multiplient. C’est le cas du fantastique Quatre étranges cavaliersSilver Rode du prolifique Allan Dwan ou du film qui nous intéresse aujourd’hui, Seul contre tous Rails into Laramie, réalisé par Jesse Hibbs. Ces deux westerns sont portés par l’excellent John Payne (1912-1989). Aujourd’hui souvent oublié ou sous-estimé, il serait temps de réhabiliter cet acteur très prisé par les cinéastes dans les années 1940-50, qui aura tourné chez William Wyler, Raoul Walsh, Lloyd Bacon, Henry King et André De Toth. La carrière du cinéaste Jesse Hibbs (1906-1985) reste liée à celle d’Audie Murphy avec lequel il signera six films dont trois westerns très prisés par les amateurs du genre, Chevauchée avec le diable (1954), L’Homme de San Carlos (1956), L’Etoile brisée (1958). Le réalisateur et Audie Murphy connaîtront également un immense succès critique et commercial avec L’Enfer des hommes To Hell and Back (1955), adaptation cinématographique de l’autobiographie du comédien ! Mais pour l’heure, Seul contre tous, quatrième long métrage de Jesse Hibbs, démontre déjà tout le savoir-faire du metteur en scène qui contribuera plus tard au succès des séries Bonanza, Perry Mason, Les Mystères de l’Ouest et Les Envahisseurs. Immense plaisir de cinéma, Rails into Laramie est un western pur et dur, sans fioritures, joliment photographié et solidement interprété, le tout saupoudré d’humour. A ne pas manquer.

John Payne s’impose d’emblée dans son uniforme et en donnant du poing alors que le film n’a démarré que depuis deux minutes. Une bagarre de saloon dans une petite ville du Wyoming en 1869. Un sergent visiblement connu pour ses frasques et ses connaissances douteuses, autrement dit les joueurs, les tricheurs et les danseuses moulées dans leurs corsets. C’est en raison de cette connaissance du « terrain » que Jeff Harder (autrement dit « le plus dur », ou « le plus coriace ») va se voir confier une mission, faire le ménage dans la bourgade de Laramie, où les travaux du rail devant relier l’Océan Pacifique et l’Océan Atlantique ont été arrêtés pour quelques raisons obscures. Au début perplexe, Harder accepte cette mission. Il n’a d’ailleurs pas le choix, car même s’il venait d’entamer une permission de trente jours, Harder devait également passer quelques nuits en prison pour ses débordements et son insubordination. Harder débarque donc à Laramie, seul, alors que les notables attendaient l’arrivée d’une troupe entière. C’est alors qu’un certain Jim Shanessy, nouveau riche qui a fait sa fortune grâce à l’arrivée du chemin de fer, fait son apparition. Ami de longue date de Harder, ce dernier est loin de se douter que Shanessy est en fait celui par qui le mal arrive. Entouré de ses sbires, dont le perfide Ace, Shanessy va d’abord tenter d’acheter Harder, avant de se rendre à l’évidence que son ancien camarade de l’armée compte bien aller jusqu’au bout de la tâche qui lui a été confiée.

Si le canevas est somme toute assez simple, Seul contre tous est un western passionnant. John Payne promène nonchalamment son mètre 93, donne du poing (un des meilleurs dans cette spécialité) et s’investit dans ses cascades, comme lors de l’attaque finale sur le train. A ses côtés, se démarquent Dan Duryea (La Rue rouge, Winchester 73, Quatre étranges cavaliers), parfait d’élégance suintante au sourire carnassier, et surtout Lee Van Cleef, crasseux, le regard plissé et prêt à dégainer à la moindre occasion. John Payne et Lee Van Cleef s’étaient d’ailleurs déjà affrontés deux ans auparavant dans Le Quatrième hommeKansas City Confidential de Phil Karlson, autre modèle de série B. Une petite touche féministe non négligeable est représentée avec le personnage de Lou Carter, incarnée par Mari Blanchard. Femme fatale, mais aussi femme d’affaires. En relation avec Shanessy, la blonde incendiaire désapprouve les moyens illégaux utilisés par son partenaire. Elle parviendra à faire constituer un jury entièrement composé des femmes de Laramie, pour rendre un verdict sans appels quant aux accusations portées contre l’accusé. Un élément narratif inspiré d’une histoire vraie, le Wyoming ayant été le premier état à reconnaître le droit des femmes et à les autoriser à intervenir dans les tribunaux.

Seul contre tous enchaîne alors les rebondissements, les affrontements, plus au poing qu’au revolver d’ailleurs, sur un rythme soutenu du début à la fin. John Payne a peu à faire pour s’imposer au milieu d’un groupe et son poing toujours prêt à partir dissuade celui qui se mettrait en travers de son chemin. Action, trahison, amourette naissance, bastons, whisky, tous ces ingrédients sont au rendez-vous de Rails into Laramie !

LE DVD

Longtemps attendu par les passionnés du western, Seul contre tous bénéficie enfin d’une édition en DVD chez ESC Editions, sous les couleurs de Movinside. Très beau visuel. Le menu principal est sobre, typique de la collection Hollywood Westerns disponible chez l’éditeur, animé et musical.

L’historien du cinéma Christophe Champclaux présente Seul contre tous, un western qu’il affectionne tout particulièrement (31’). Si les propos sont trop souvent entrecoupés d’extraits du film et d’animation spécifiant le sujet abordé dans chaque sous-partie, on en apprend beaucoup ici, notamment sur le casting du western de Jesse Hibbs. Les scénaristes, le réalisateur et les comédiens sont passés en revue avec l’habituelle énergie de l’ami Christophe, et l’on apprend entre autres que Seul contre tous est le dernier film à avoir été diffusé dans l’émission La Dernière séance en 1998.

L’éditeur joint également les visuels des autres films dispos dans la même collection.

L’Image et le son

Pas d’édition HD pour Seul contre tous. Ce master SD montre d’ailleurs ses limites d’entrée de jeu avec un Technicolor faiblard et même très pâle, une définition aléatoire avec quelques flous occasionnels, une texture argentique trop lissée à notre goût et de nombreux décrochages sur les fondus enchaînés. Nous n’avons aucune indication quant à la source de ce master fatigué, sans doute du fond de tiroir d’un bureau obscur des studios Universal. Restauration médiocre avec encore des points noirs, même si la propreté reste satisfaisante.

Seule la version originale aux sous-titres français non imposés est disponible sur cette édition. Un très léger souffle est constaté (rien de grave), l’écoute est frontale, claire, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Universal Pictures / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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