Test DVD / Roofman, réalisé par Derek Cianfrance

ROOFMAN réalisé par Derek Cianfrance, disponible en DVD le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Channing Tatum, Kirsten Dunst, Peter Dinklage, Juno Temple, Ben Mendelsohn, Uzo Aduba, Emory Cohen, LaKeith Stanfield…

Scénario : Derek Cianfrance & Kirt Gunn

Photographie : Andrij Parekh

Musique : Christopher Bear

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

L’histoire vraie de Jeffrey Manchester, le voleur de McDonald’s qui a vécu dans un Toys ‘R Us pendant six mois.

Roofman, parfois exploité en France sous le titre Un voleur sur le toit, est une incroyable histoire vraie prise en main par Derek Cianfrance. Le réalisateur, révélé en 2010 avec Blue Valentine, porté aux nues par la critique avec The Place Beyond the Pines deux ans plus tard, avait déçu (euphémisme) en 2016 avec Une vie entre deux océansThe Light Between Oceans, avant de revenir avec une mini-série, chef d’oeuvre instantané et définitif, I Know This Much Is True, dans laquelle Mark Ruffalo interprétait deux frères jumeaux, rôle(s) qui lui avai(en)t valu le Golden Globe. Derek Cianfrance délaisse le spleen de ses précédents longs-métrages, avec Roofman, quand bien même subsiste une mélancolie dans l’itinéraire et le destin de son personnage principal, Jeffrey Manchester, qui a donc réellement existé. Tout ce qui est narré est dingue, mais vrai. Et c’est Channing Tatum qui incarne cet anti-héros en or, certainement le plus beau rôle du comédien. Il en a fait du chemin depuis Sexy DanceStep Up de Anne Fletcher, c’était d’ailleurs il y a vingt ans et peu misaient alors sur ses capacités d’acteur. Pourtant, les propositions intéressantes se sont multipliées, chez Michael Mann (Public Ennemies), Steven Soderbergh (Piégée, Magic Mike, Effets secondaires, Logan Lucky), Bennett Miller (Foxcatcher), Quentin Tarantino (Les Huit Salopards), les frères Coen (Ave, César!). S’il n’a jamais vraiment cassé la baraque au box-office avec un film qu’il portait sur ses épaules, les deux G.I. Joe, 21 Jump Street et sa suite, Jupiter : Le Destin de l’univers, White House Down ayant tous été de beaux succès, mais sans plus, Channing Tatum n’a eu de cesse d’étonner et conserve une cote de sympathie qui ne s’est jamais démentie. C’est encore le cas dans Roofman, dans lequel il crève l’écran comme jamais auparavant. Tour à tour drôle et pathétique, il compose un fabuleux personnage, un pauvre type revenu de l’armée, un oublié du rêve américain, qui a composé avec ce qu’il avait (un don d’observation hors du commun), pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comédie-dramatique qui rappelle celles de l’âge d’or hollywoodien, Roofman subjugue du début à la fin et s’avère un magnifique portrait de mec lambda (ou presque), reflet d’une Amérique malade où ses habitants survivent comme ils le peuvent, avec les moyens du bord. Un immense coup de coeur.

En 1998, Jeffrey Manchester, vétéran divorcé de l’armée américaine, vit en Caroline du Nord. Peinant à subvenir aux besoins de ses trois jeunes enfants, il se souvient, grâce à Steve, son ami et ancien camarade de la 82e division aéroportée, de son sens aigu de l’observation. Jeffrey utilise alors son don pour repérer et exploiter les habitudes afin de braquer un McDonald’s, s’introduisant par le toit en pleine nuit. Prenant de court l’équipe du matin, il ordonne aux employés de se réfugier dans la chambre froide, mais se montre aimable avec eux, allant jusqu’à prêter son propre manteau au gérant avant de s’enfuir avec le contenu du coffre-fort. Au cours des deux années suivantes, Jeffrey utilise la même stratégie plus de quarante fois, attirant l’attention des autorités et des médias sous le pseudonyme mystérieux de «Roofman». Arrêté à l’anniversaire de sa fille après une tentative de fuite, il est condamné à 45 ans de prison, tandis que son ex-femme, Talana, coupe tout contact avec leurs enfants. Faisant preuve d’ingéniosité, il s’évade de prison. Il se cache dans un magasin Toys « R » Us, se nourrissant de bonbons et observe les employés. Il parvient même à entamer une relation avec Leigh, une employée qui ne se doute de rien.

Il y a quelque chose à la Arrête-moi si tu peux Catch me if you can (2002) de Steven Spielberg et Le Roi des imposteurs The Great Impostor (1961) de Robert Mulligan dans Roofman, une aura qui nous rappelle le bon, le grand cinéma. Si le film de Derek Cianfrance est sans doute plus modeste, il possède ce charme et cette virtuosité discrète d’oeuvres qui ont marqué les spectateurs comme Le FondateurThe Founder (2016) de John Lee Hancock (tiens un autre film où McDo tient une place importante, dénominateur commun peu anodin), qui ont connu une sortie discrète, limitée ou confidentielle, mais dont l’immense réussite a été relayée par les cinéphiles, le bouche-à-oreille faisant son office par la suite. Roofman a tout pour devenir un petit film culte auprès des spectateurs, conquis dans la majeure partie depuis sa disponibilité sur Prime Video, le film ayant été produit par Amazon. Sa sortie parallèle en DVD chez nous, devrait également aider le film à élargir son public.

Roofman, c’est donc l’histoire de Jeffrey Allan Manchester (né en 1971), criminel américain connu sous le surnom de « Roofman », en raison de sa méthode de cambriolage consistant à pénétrer dans des fastfoods en découpant le toit. Actif à la fin des années 1990, il est considéré comme l’un des voleurs les plus ingénieux de cette période. Son originalité, son évasion tout aussi singulière et sa non-cavale (le type étant resté plus de six mois planqué dans un magasin) étaient faits pour le cinéma.

Roofman repose sur les larges épaules de Channing Tatum (ainsi que sur sa tête de gros bébé boudeur), parfait, attachant en bon gars qui ne voit pas ses compétences (« Je connais aucun idiot plus intelligent que toi » lui dit son porte de l’armée), mais qui habitué à « survivre » en ayant été sur le terrain, fera finalement de même une fois de retour au bercail. Si son interprétation est digne de toutes les louanges, ses partenaires ne sont pas en reste, de Kirsten Dunst (qui a pris de la bouteille et cela lui sied à ravir) à Ben Mendelsohn (qui rappelons-le est un des plus grands acteurs aujourd’hui), en passant par Juno Temple (il nous a fallu du temps pour la reconnaître), Peter Dinklage (parfait en manager pète-sec) et Tony Revolori (Asteroid City, The Grand Budapest Hotel).

Photographié avec élégance par Andrij Parekh (House of the Dragon, Watchmen, The Pod Generation, Succession), Roofman intègre logiquement la filmographie de son auteur, avec la même sensibilité à fleur de peau, un personnage principal qui ressemble à celui incarné par Ryan Gosling dans The Place Beyond the Pines (dans lequel « Luke », pour subvenir aux besoins de ceux qu’il aime, quittait le spectacle, pour commettre une série de braquages), sans oublier l’exploration des thèmes de la famille et plus précisément la paternité, les responsabilités, les choix et leurs conséquences, à travers une réaction en chaîne. Assurément et contre toute attente, il s’agit du meilleur film du réalisateur, qui on l’espère ne prendra pas près de dix ans pour nous offrir son prochain long-métrage…

LE DVD

Point de Blu-ray en France pour Roofman, mais on peut s’estimer heureux de le voir débarquer tout de même en DVD, après un passage sur Prime Video. C’est Metropolitan Video qui se charge de la galette, donc le travail est impeccable. Seul le visuel de la jaquette aurait sans doute mérité d’être revu et s’avère un peu à côté de la plaque…Le menu principal est fixe et musical.


Aucun supplément, en dehors de quelques bandes-annonces.

L’Image et le son

Point d’édition Blu-ray, mais un beau DVD pour Roofman. Le master est soigné avec des contrastes élégants, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté est frappante, le piqué vif, les gros plans détaillés et la colorimétrie reste chatoyante, riche et bigarrée.

Roofman repose souvent sur les dialogues. Il n’est donc pas étonnant que les mixages anglais et français Dolby Digital 5.1 fassent la part belle aux enceintes frontales et à la centrale d’où émergent les voix des comédiens et les effets annexes. Dans les deux cas, la spatialisation est essentiellement musicale et, sans surprise, la version originale l’emporte sur son homologue de par son ampleur, son relief et sa dynamique. De même, les ambiances se révèlent plus riches, harmonieuses et naturelles sur la piste anglaise.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Paramount Pictures / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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