
EN PREMIÈRE LIGNE (Heldin) réalisé par Petra Biondina Volpe, disponible en DVD le 16 janvier 2026 chez Wild Side Video.
Acteurs : Leonie Benesch, Sonja Riesen, Selma Adin, Alireza Bayram, Selma Jamal Aldin, Margherita Schoch, Urs Bihler, Albana Agaj…
Scénario : Petra Biondina Volpe
Photographie : Judith Kaufmann
Musique : Emilie Levienaise-Farrouch
Durée : 1h28
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Floria, mère séparée ayant une fille, Emma, travaille dans un hôpital en suisse allemande. Son service fait presque le plein avec vingt cinq patients et un manque d’effectifs, puisqu’elles ne sont que deux infirmières pour le prochain tour de garde. Alors qu’on lui demande de prendre en charge un patient supplémentaire, la journée s’annonce difficile…

90 minutes d’adrénaline, sans aucune interruption, c’est En première ligne, troisième long-métrage de la réalisatrice suisse Petra Biondina Volpe, qui s’inspire ici du livre-enquête de Madeline Calvelage intitulé Unser Beruf ist nicht das Problem, es sind die Umstände (en français, « Le problème n’est pas notre métier, c’est le contexte »). Dans cet ouvrage, l’autrice, jeune infirmière allemande, détaillait son quotidien professionnel, en mettant en relief le manque de moyens et de personnel. Celle-ci a travaillé en étroite collaboration avec la cinéaste, non seulement au scénario, mais aussi comme consultante, afin de veiller au réalisme des situations. De ce point de vue, Léonie Benesch (née en 1991) emporte tous les suffrages. L’actrice allemande, découverte en 2009 dans Le Ruban blanc – Das weiße Band de Michael Haneke est ensuite devenue l’une des plus en vue dans son pays, grâce notamment à la série Babylon Berlin. Celle qui a aussi été Cécile de Grève dans la série The Crown livre une remarquable prestation dans En première ligne et prouve une fois de plus après La Salle des profs – Das Lehrerzimmer de İlker Çatak et September 5 de Tim Fehlbaum qu’elle peut tout à fait prétendre à une carrière internationale, à l’instar de Nina Hoss. Par son intensité et son charisme qui rappelle souvent celui d’Alba Rohrwacher, elle emporte le spectateur dans la folie (euphémisme) du parcours du combattant que représente le train-train de Floria. Présente dans toutes les scènes, quasiment de tous les plans, Léonie Benesch ne fait qu’un avec son personnage (on imagine les heures de préparation pour arriver à ce niveau de perfection) et le spectateur de plonger dans cet enfer malheureusement d’actualité et dont la situation ne fera que de s’aggraver.


Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif. En dépit du manque de moyens, elle tente d’apporter humanité et chaleur à chacun de ses patients. Mais au fil des heures, les demandes se font de plus en plus pressantes, et malgré son professionnalisme, la situation commence dangereusement à lui échapper…


En première ligne est l’un des films les plus immersifs de l’année 2025. Les premiers plans montrent les blouses bleues et autres combinaisons du personnel soignant, sortir de la blanchisserie, comme s’il s’agissait d’armures prêtes à être enfilées avant d’aller sur le pied de guerre. Floria débarque, passe par le vestiaire, partage quelques banalités avec une collègue (« Et tes vacances ? » «Super»), enfile ses chaussures de « sport », la soirée, ou plutôt la nuit commence. Léonie Benesch impressionne par la facilité déconcertante avec laquelle elle réalise à vitesse grand V les différents gestes techniques qui règlent la vie professionnelle de son personnage. La caméra de Petra Biondina Volpe, soutenue par l’incroyable boulot de la cheffe opératrice Judith Kaufmann (Corsage, L’Audition), scrute chacun de ses mouvements, la suit de dos souvent, Floria passant de chambre en chambre, réconfortant comme elle le peut, subissant les invectives de certains patients sur le fait qu’elle ne passe pas assez les voir, tout en essayant de tenir le service avec son autre collègue et une assistante, pendant que les médecins sont au bloc.


Outre Léonie Benesch, le reste du casting – composé essentiellement d’acteurs venus du théâtre – est excellent, merveilleusement dirigé. Les personnages satellites qui gravitent autour du noyau central représenté par Floria sont formidablement campés par de véritables infirmiers et réanimateurs, mais aussi par des acteurs confondants de naturel. Chaque patient reste marquant après le film. En première ligne a été pensé comme une déclaration d’amour faite au personnel infirmier, dont la dégradation des conditions de travail n’ont eu de cesse de s’amplifier. Le panneau final indiquant « En 2030, il manquera 30.000 infirmières en Suisse. Elles sont 36 % à changer de voie après quatre ans d’exercice. Une pénurie qui pose des risques de santé mondiale. Il manquera 13 millions d’infirmières dans le monde en 2030 selon l’OMS » est un constat glaçant. Et pourtant, Floria y va à fond, tel un bulldozer lancé à fond la caisse, réconforte, subit, craque aussi forcément, surtout quand elle doit affronter la famille d’une patiente tout juste décédée, qui lui reproche de ne pas avoir été assez présente, ou comme cet autre patient, atteint d’un cancer du pancréas, homme aisé, visiblement habitué à ce qu’on soit à son service, qui considère Floria comme une bonne à tout faire.


Mais la jeune femme sait faire la part des choses, encaisse et comprend que la douleur, la peur, l’inconnu (comme Monsieur Leu qui s’inquiète sur le sort de son chien, une fois qu’il sera décédé) s’expriment différemment d’un patient à l’autre et doit continuer à s’activer, comme si de rien n’était. La mise en scène de Petra Biondina Volpe reflète un sentiment d’urgence permanent, celui qui régit chaque décision et chaque action de Floria, celui dans lequel se retrouve sa profession, dont les conditions se dégradent de jour en jour. De plus, si l’on ajoute à cela la pression due au fait qu’elle n’a pas le droit à l’erreur, doit-on rappeler que l’erreur est humaine est donc inévitable ? Et il faut tenir malgré tout. Film magistral, tendu et haletant comme un thriller, En première ligne est un uppercut, qui laisse chaos en bout de course. Implacable, exceptionnel.


LE DVD
C’est Wild Side Vidéo, désormais rare en ce qui concerne les sorties physiques, qui se charge du DVD (pas de Blu-ray sur ce titre) d’En première ligne, beau succès dans les salles avec 135.000 entrées. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Réalisées sur le plateau, alors que le tournage avait à peine démarré, les trois interviews proposées sur DVD donnent la parole à la réalisatrice Petra Biondina Volpe (8’30), à la comédienne Léonie Benesch (2’50) et à la consultante spécialisée Nadja Habicht (4’). La première revient sur la genèse du film, sur ses intentions et sur ses partis-pris, ainsi que sur sa collaboration avec la directrice de la photographie Judith Kaufmann. L’actrice aborde en détails sa préparation, évidemment nécessaire, afin d’acquérir cette chorégraphie gestuelle propre aux infirmières et donc à son personnage. Léonie Benesch s’exprime aussi sur son travail avec la cinéaste. Enfin, Nadja Habicht, conseillère technique, ayant elle-même officié en soins intensifs pendant une vingtaine d’années, parle de sa collaboration avec l’actrice principale, ainsi que de sa mission sur le plateau, autrement dit veiller à l’authenticité des séquences de soins, des gestes techniques, ainsi que du décor hospitalier.



L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
Wild Side Vidéo nous a concocté un très beau master de En première ligne. La colorimétrie froide est habilement restituée, la clarté est de mise, le cadre bien exploité, les contrastes solides. On excuse de sensibles pertes de la définition sur des plans plus lumineux, dénaturant quelque peu le piqué, puisque la copie demeure solide et permet de revoir le film de Petra Biondina Volpe dans d’excellentes qualités techniques.

Le confort acoustique est largement assuré grâce aux mixages allemands et français Dolby Digital 5.1. La musique, discrète, mais bel et bien présente, bénéficie d’une très belle spatialisation, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale et la balance frontale fluide et limpide. Les plages de silence sont impressionnantes, les ambiances naturelles ne sont pas oubliées et les effets annexes sont omniprésents.


Crédits images : © Wild Side Video / TOBIS Film GmbH / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
