
CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE (El cautivo) réalisé par Alejandro Amenábar, disponible en DVD le 25 mars 2026 chez Blaq Out.
Acteurs : Julio Peña Fernández, Alessandro Borghi, José Manuel Poga, Roberto Álamo, Miguel Rellán, Luis Callejo, Fernando Tejero, Norberto Morán…
Scénario : Alejandro Amenábar & Alejandro Hernández
Photographie : Alex Catalán
Musique : Alejandro Amenábar
Durée : 2h09
Année de sortie : 2025
LE FILM
Alger, 1575. Captif et blessé, Miguel de Cervantes feint d’être noble pour n’être pas tué. Il est détenu avec d’autres nobles chrétiens chez le pacha Hassan. Il se lie avec le père Antonio de Sosa, auteur, qui a été séparé de son neveu, capturé avec lui. Les Maures exigent une forte rançon pour Miguel. Dorador, un détenu, renie sa foi. Il est libéré. Miguel captive ses codétenus en racontant une histoire. Hassan convoque Miguel pour savoir la suite. Conquis, il lui accorde une journée de liberté dans Alger. Miguel rencontre un barbier renégat chez qui se réunissent des “garçons”, jeunes efféminés.

Réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur né à Santiago du Chili en 1972, Alejandro Amenábar grandit à Madrid après la fuite de ses parents, réfugiés en Espagne après le coup d’état de Pinochet. Il abandonne ses études scientifiques pour se consacrer à sa grande passion, le cinéma. Véritable autodidacte, fan d’Alfred Hitchcock, Brian de Palma et Stanley Kubrick, Alejandro Amenábar commence par mettre en musique certaines nouvelles qu’il a écrites, avant de saisir une caméra. À 20 ans, il réalise son premier court-métrage Himenóptero, puis Luna en 1995. Sa rencontre avec le grand réalisateur José Luis Cuerda est déterminante. Ce dernier l’encourage à mettre en scène son premier long métrage. Ce sera Tesis, un thriller horrifique qui reflète les inspirations du jeune cinéaste (23 ans) et son genre de prédilection en tant que spectateur. C’est une révélation. Alejandro Amenábar n’aura de cesse de confirmer son immense talent à travers des oeuvres aussi brillantes qu’éclectiques comme Ouvre les yeux – Abre los ojos 1997), Les Autres (2001), Mar adentro (2004) et le sous-estimé Agora (2009). L’une des plus belles et grandes carrière du cinéma ibérique, avec une seule fausse note, mais de taille (et qui porte bien son titre), Regression, marqué entre autres par la calamiteuse prestation (habituelle) d’Emma Watson. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est le huitième long-métrage du cinéaste, Cervantès avant Don Quichotte – El cautivo, qui s’intègre dans la partie de sa filmographie consacrée aux figures historiques. Ainsi, six ans après Lettre à Franco – Mientras dure la guerra, Alejandro Amenábar se penche sur l’un des moments clés de la vie de Miguel de Cervantes, quand celui-ci prend réellement conscience de son talent d’écrivain et surtout de conteur. Contrairement à ce que l’on pouvait penser au premier regard, Cervantès avant Don Quichotte, qui pourrait aussi intituler « Cervantès Begins », est peut-être l’un des films les plus faciles d’accès de son auteur. Nullement poussiéreux, c’était d’ailleurs sans compter la virtuosité du réalisateur pour conduire un récit, ce film historique s’avère étonnamment moderne dans son traitement et ce portrait d’un artiste en herbe reste universel. Une belle et élégante surprise, qui démontre qu’Alejandro Amenábar, même si ses derniers ouvrages ont eu moins d’impacts depuis quinze ans, en a encore sérieusement sous le capot.


En 1575, Miguel de Cervantes, jeune soldat espagnol, est capturé et emprisonné à Alger. Durant cinq ans de captivité, il s’évade par les mots. Chaque jour, il tisse des histoires, mêlant habilement réalité et fiction pour divertir ses compagnons de cellule et amadouer ses ravisseurs. Dans cet espace intérieur où fiction et réalité s’entrelacent, surgissent aussi ses doutes, ses désirs, et les premiers échos de Don Quichotte. À travers cet imaginaire en perpétuel mouvement, son évasion, aussi bien intérieure que fictive, devient un refuge où se jouent la résistance à l’injustice, la quête de liberté, et les questionnements profonds d’un homme confronté à son identité et à ses désirs.


Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’Alejandro Amenábar s’est « reconnu » dans le parcours de son personnage principal, mais il y a forcément quelque chose qui renvoie à sa propre découverte de son identité sexuelle, à son désir de vivre de sa plume (et donc de sa caméra), à son émancipation, à sa chrysalide. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cinéaste a toujours su se renouveler de film en film et ce depuis ses débuts, tout en prolongeant ses thèmes de prédilection raccordés autour de la peur inscrite en chaque être humain, mais aussi à l’affrontement de cette angoisse. Le genre, autrement dit le thriller horrifique, le fantastique, le péplum ont permis à Alejandro Amenábar d’exprimer l’indicible. Quand il aborde une « vérité », il revient au drame plus traditionnel, mais récrée une époque, déjà maintes fois représentée au cinéma dans des œuvres aussi variées que Les Sept Samouraïs, Aguirre – La Colère de Dieu, La Reine Margot, La Chair et le Sang, Kagemusha – L’Ombre du guerrier, Shakespeare in Love, La Princesse de Montpensier, pour ne citer que ceux-là. Mais Cervantès avant Don Quichotte est en réalité un huis clos à ciel ouvert, dont l’intrigue, qui s’étend sur cinq années, se concentre principalement dans le lieu où le personnage principal est retenu prisonnier, après avoir été capturé en mer par des corsaires arabes, qui le gardent en otage à Alger.


Cervantès va se « réfugier » dans sa passion pour les récits, tout en redonnant espoir à ses compagnons de captivité. Petit à petit, il va attirer l’attention d’Hassan Pacha, le beylerbey d’Alger, avec lequel il noue une relation étroite. Alors que les conflits s’intensifient parmi ses codétenus, Cervantès conçoit un plan d’évasion. C’est là la grande réussite d’ El cautivo, signer un film historique, tout en livrant également au public un divertissement, puisque le personnage principal, aussi romanesque que l’oeuvre qui le rendra immortel, Don Quichotte, fera plusieurs tentatives pour prendre la fuite d’escampette. Tout cela se double d’une histoire d’amour troublante et de fascination, d’emprise, qui s’instaure entre Cervantès, incarné par l’excellent Julio Peña Fernández, découvert dans la trilogie À travers ma fenêtre sur Netflix et Hassan Pacha, quant à lui campé par l’un des acteurs italiens les plus en vue du moment, Alessandro Borghi, vu dans Les Huit montagnes de Felix Van Groeningen, Amants super-héroïques de Paolo Genovese, Fortunata de Sergio Castellitto, Suburra de Stefano Sollima et dernièrement dans la peau de Rocco Siffredi dans la série Supersex sur Netflix.


Le cinéaste joue avec la figure historique, légendaire et mythique de la culture espagnole, en s’inspirant également des Mille et Une Nuits, où Cervantès fait évidemment penser à Shéhérazade, qui par ses récits savait hypnotiser son auditoire pour repousser son exécution. Ou quand le refuge dans l’imaginaire permet d’aller ailleurs, de s’évader de la réalité, comme Ofélia dans Le Labyrinthe de Pan – El Laberinto del fauno de Guillermo Del Toro ou Conor dans A Monster Calls – Quelques minutes après minuit de J.A. Bayona. Une spécialité espagnole ?


Ce mélange des tons et des genres fonctionne et captive du début à la fin, grâce à un rythme soutenu, une sublime photographie d’Alex Catalán (Escobar), de magnifiques décors et surtout une fabuleuse direction d’acteurs, qui a toujours été l’une des marques de fabrique du cinéaste. Oui bon d’accord, il y a eu Emma Watson aussi comme on le disait plus haut, mais avouez que c’était perdu d’avance. S’il n’est assurément pas le film auquel on pensera en premier en évoquant Alejandro Amenábar, El cautivo demeure néanmoins l’un de ses opus les plus attachants.


LE DVD
34.000 entrées sur le sol français, c’est peu…En Espagne, Cervantès avant Don Quichotte a réussi à attirer près de 750.000 spectateurs. Pour sa sortie dans les bacs, le film d’Alejandro Amenábar débarque uniquement en DVD chez Blaq Out. Pour illustrer sa jaquette, l’éditeur reprend le visuel de l’affiche française d’exploitation. Même chose concernant le menu principal, fixe et musical.

Le seul supplément de cette édition est une formidable présentation du film par Frédéric Mercier (23’). Comme d’habitude, le critique, l’un des meilleurs en France aujourd’hui, replace brillamment Cervantès avant Don Quichotte dans la filmographie d’Alejandro Amenábar, avant d’entrer plus en détails dans l’analyse du fond et de la forme de ce long-métrage. Après l’exposition du contexte historique dans lequel se déroule l’histoire, Frédéric Mercier en vient aux éléments abordés par le cinéaste, qui souhaite mettre en avant les sujets, les thèmes, les histoires, les récits, que Cervantès (« alors totalement prisonnier de la fiction qu’il invente ») va trouver durant ses cinq années de captivité, qui vont construire par la suite une œuvre immortelle. Le parcours spirituel, mental, culturel et intellectuel de Cervantès est également posément analysé, toujours de façon passionnante.

L’Image et le son
Blaq Out nous a concocté un très beau master de Cervantès avant Don Quichotte. La colorimétrie chaude et ambrée est habilement restituée, la clarté est de mise, le cadre bien exploité et les intérieurs présentent de beaux clairs-obscurs. On excuse de sensibles pertes de la définition sur des plans plus lumineux, dénaturant quelque peu le piqué, puisque la copie demeure solide et permet de revoir le film d’Alejandro Amenábar dans d’excellentes qualités techniques.

En espagnol comme en français, les mixages Dolby Digital 5.1 parviennent à créer une solide spatialisation. La balance frontales-latérales profite surtout à la musique composée par Alejandro Amenábar lui-même, mais n’oublie jamais les ambiances naturelles qui parviennent à percer facilement sur les très nombreuses séquences en extérieur. Les voix sont claires et distinctes, la spatialisation musicale systématique et le confort acoustique solide. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo, ainsi qu’une autre en Audiodescription.





Crédits images : © Blaq Out / Haut et Court / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
