
THE CHRONOLOGY OF WATER réalisé par Kristen Stewart, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Blaq Out.
Acteurs : Imogen Poots, Thora Birch, James Belushi, Tom Sturridge, Charlie Carrick, Michael Epp, Earl Cave, Jeremy Ang Jones…
Scénario : Kristen Stewart & Andy Mingo, d’après le roman autobiographique « La Mécanique des fluides » (« The Chronology of Water : A Memoir ») de Lidia Yuknavitch
Photographie : Corey C. Waters
Musique : Paris Hurley
Durée : 2h08
Année de sortie : 2025
LE FILM
Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

Il fallait bien que ça arrive un jour…On sentait que ça la démangeait d’ailleurs. Kristen Stewart passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage. Après quelques clips et divers courts, elle se lance définitivement avec The Chronology of Water, adaptation du livre autobiographique La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch. Si l’on ne doute pas un seul instant du caractère personnel de ce coup d’essai, force est d’admettre que ce film compile tous les clichés, toutes les tares, tous les poncifs du cinéma indépendant américain. Kristen Stewart a déjà traversé un quart de siècle de cinéma et pioche un peu chez tout le beau monde qu’elle a pu côtoyer. Malheureusement, The Chronology of Water s’avère au final un gloubi-boulga indigeste, qui fait penser à du sous Terrence Malick, plus dans la période soporifique du bonhomme (À la merveille, Knight of Cups) que dans la première partie de la carrière du bonhomme. En partant d’un roman jugé à la base inadaptable, Kristen Stewart se prend les pieds dans le tapis, livre un manifeste bourré de tics formels que l’on croirait provenir d’une exposition vidéo arty destinée aux bobos du Marais. Il faut véritablement s’armer de patience (euphémisme) pour aller au bout de cette exténuante entreprise (d’autant plus que cela dure plus de deux heures) et même l’interprétation pourtant habitée de l’excellente Imogen Poots (même si on a du mal à croire que la donzelle a 17 ans au début du film) tape rapidement sur le système. Faussement punk et rebelle, Kristen Stewart, bien intégrée dans l’industrie du septième art, livre un caillou – et non pas un pavé – dans la mare et se révèle par exemple à mille lieues du Livre de Jérémie d’Asia Argento, auquel on pense souvent. Il s’agit ni plus ni moins de cinéma aseptisé, qui voudrait s’affranchir des conventions et parler d’un sujet grave, mais qui anéantit son message par trop de manières éculées, risibles et surtout insupportables à visionner.


Lidia Yuknavitch se passionne très jeune pour l’écriture et la natation, y trouvant un répit face à son quotidien difficile. Son père, Mike, la maltraite physiquement, ainsi que sa sœur aînée Claudia, tandis que sa mère, Dorothy, alcoolique, ferme les yeux sur ces abus. Claudia quitte le domicile familial à l’adolescence. Mike tente d’empêcher Lidia d’aller à l’université pour la contrôler, mais Lidia se rebelle et part pour le Texas afin d’étudier, de nager et d’explorer sa sexualité. Cependant, elle ne parvient pas à échapper aux souvenirs douloureux de son père, et ses excès de fêtes, d’alcool et de drogues mettent rapidement en péril ses études et sa carrière sportive. Sur le campus, Lidia rencontre Philip, qu’elle épouse rapidement malgré une relation conflictuelle : encore traumatisée par les violences de son père, elle perçoit la nature sensible et douce de Philip comme une faiblesse et une passivité, et commence à le maltraiter verbalement et physiquement. Après être tombée enceinte, elle le quitte pour aller vivre chez Claudia et Dorothy, espérant élever son enfant avec elles…


Au fil de sa déjà longue carrière, Kristen Stewart a pu observer rien de moins que David Fincher, Mike Figgis, Sean Penn, Barry Levinson, Olivier Assayas, Walter Salles, Woody Allen, Kelly Reichardt, Ang Lee, Pablo Larraín, David Cronenberg, pour ne citer que ceux-là. Si l’on étend un peu plus, on peut aussi évoquer Jon Favreau, Doug Liman, sans oublier les « responsables » de la saga Twilight qui a fait d’elle une star planétaire et une icône auprès d’une génération. Autant dire qu’elle ne partait pas sans bagage technique ou autres connaissances liées à la direction d’acteurs. Également nourrie au cinéma européen, Kristen Stewart mélange donc tous ces ingrédients. Un peu de Naissance des pieuvres par ci, un soupçon de Justin Kelly par là, on filme tout ça en pellicule 16mm histoire de donner une texture, une rugosité qui reflète les états d’âme, le trauma, les souvenirs fragmentés du personnage principal, et le tour est joué.


The Chronology of Water apparaît comme un puzzle constitué de milliers de pièces, éparpillées, que l’on tenterait d’assembler ensemble et qui pourtant ne sont pas les bonnes. Kristen Stewart a des idées, des intentions, c’est juste qu’elles ne sont pas du tout canalisées, les références non digérées, des pièges dans lesquels moult nouveaux cinéastes sont tombés en tentant leur chance. Du coup, The Chronology of Water est pénible à regarder, à suivre, à supporter. Pourtant, la photographie signée Corey C. Waters (inconnu au bataillon en ce qui nous concerne) ne manque absolument pas de charme, mais c’est ce que filme Kristen Stewart qui n’a pas de goût. Certes, le sujet ne se prête ni à la gaudriole, ni aux partis-pris sortis d’une rom-com, mais il y a ce désir de la réalisatrice pour filmer le sordide, les yeux défoncés, les corps vidés de leur substance, la peau blafarde. La scène de la dispersion des cendres dans la mer aurait pu être poétique en un certain sens, mais celle-ci demeure confondante de platitude et gratuite.


Kristen Stewart c’est un peu l’adolescente surdouée assise au premier rang qui rêve d’être celle affalée contre le radiateur au fond de la classe. Ce qui est montré de sale dans The Chronology of Water reste étonnamment propre justement, comme si la réalisatrice, fascinée par le livre qu’elle transpose (cela lui a demandé huit ans d’écriture et selon elle 500 versions du scénario), illustrait comme elle le pouvait un sujet qui lui est diamétralement opposé.


Les acteurs font donc ce qu’ils peuvent avec le peu de matière mis à leur disposition. Thora Birch est méconnaissable (on pensait qu’il s’agissait d’Emily Watson au début), James Belushi s’en tire bien dans la peau de Ken Kesey (l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou), l’un des rares personnages masculins positifs du film. Le montage tarabiscoté n’aide pas à rendre l’histoire et le personnage principal suffisamment attachant, pour que l’on s’intéresse à son sort.


En fin de compte, The Chronology of Water s’adressera plus en priorité aux lecteurs de Franceinfo Culture qu’à ceux de Libération. Et bien sûr à Kristen Stewart elle-même bien entendu, qu’on imagine bien occupée avec son propre psy. À défaut d’être un cri de rage, The Chronology of Water, Prix de la révélation au Festival de Deauville 2025, est un petit miaulement.


LE BLU-RAY
23.000 spectateurs auront eu le courage d’aller découvrir The Chronology of Water dans les salles françaises. Et pourtant, en dépit de ce score minuscule, Blaq Out propose le film de Kristen Stewart en Haute-Définition ! On saluera le courage de l’éditeur pour cet acte de bravoure…Le visuel de la jaquette, ainsi que celui du menu principal (fixe et musical), reprend celui de l’affiche hexagonale d’exploitation.

Attention, soyez prêts ! Kristen Stewart revient sur The Chronology of Water et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il faut bien suivre le fil de ses pensées (18’). Certes, nous ne sommes pas chez JCVD ou Julia Ducournau, mais ce n’est pas loin. Plus détendue qu’à son habitude, du moins en apparence, Kristen Stewart aborde le long processus d’adaptation du livre de Lidia Yuknavitch, qu’elle a immédiatement désiré transposer au cinéma, sans savoir comment elle allait s’y prendre, ni par où commencer. Elle détaille ici ses intentions, ses partis-pris, les conditions de tournage, le travail avec Imogen Poots, évoque quelques références (la trilogie Trois couleurs et La Double vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski) et le pouvoir de l’art-thérapie comme catharsis.

L’Image et le son
The Chronology of Water est présenté en Haute-Définition. Tourné avec peu de moyens, le premier long-métrage de Kristen Stewart bénéficie d’un master propre et clair. Essentiellement filmé avec des éclairages naturels ou à l’aide de filtres, la colorimétrie se révèle lumineuse avec de multiples teintes pastel. La définition est souvent exemplaire, le piqué aussi aléatoire qu’inhérent aux conditions des prises de vue réalisées en 16mm. La texture est palpable et cet aspect brut renforce l’intimité avec les personnages, tout en respectant les volontés artistiques de la réalisatrice.

En plus de la Stéréo (impeccable), la version originale bénéficie d’une piste DTS-HD Master Audio 5.1 exemplaire et limpide, restituant les dialogues avec minutie, ainsi que la partition stridente de Paris Hurley (Love Lies Bleeding). Les effets sont solides, le confort acoustique largement assuré.




Crédits images : © Blaq Out / Les Films du Losange / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
