Test Blu-ray / Siège, réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell

SIÈGE (Self-Defense) réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Tom Nardini, Brenda Bazinet, Daryl Haney, Terry-David Després, Jack Blum, Keith Knight, Doug Lennox, Jeff Pustil…

Scénario : Paul Donovan, d’après une histoire originale de Paul Vautour

Photographie : Les Kriszan

Musique : Peter Jermyn & Drew King

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’une grève de la police, un groupuscule tente d’imposer de nouvelles règles aux habitants d’Halifax (Nouvelle-Écosse). Ils tentent d’effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l’établissement, et le leader du groupe décide d’exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l’hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel…

C’est l’histoire d’un petit film réalisé en deux semaines avec de l’huile de coude, du système D et de vraies armes. Siège ou Self Defense en version originale est coréalisé par le couple Paul Donovan et Maura O’Connell. Le point de départ est une véritable grève de la police – le film s’ouvre d’ailleurs sur les vraies images d’actualités de l’époque – survenue à Halifax en 1981, qui aura impliqué près de 200 agents et duré plus de cinquante jours. Il s’agissait de la première grève de la police de la ville. Suite à cet événement, les deux jeunes metteurs en scène et scénaristes imaginent, et ce bien avant la saga American Nightmare, ce qu’une ville pourrait devenir sans la présence des forces de l’ordre. Là-dessus, les deux réalisateurs s’inspirent visiblement d’AssautAssault on Precinct 13 (1976) de John Carpenter, et donc par extension de Rio Bravo de Howard Hawks, pour livrer un thriller urbain violent, radical, sec, épuré, brutal, maladroit aussi bien évidemment et ce en raison d’un budget qu’on imagine anémique, mais qui s’en sort haut la main. Siège est un vrai film d’exploitation, qui en a sous le capot, même si Paul Donovan ne confirmera jamais vraiment par la suite. Avec son unité de lieu (principalement un immeuble, deux appartements voisins), de temps (une nuit) et d’action (deux clans opposés), Siège parvient à retenir l’attention du spectateur durant 80 minutes et certaines scènes, notamment le premier acte se déroulant dans le bar gay, étonnent par leur dureté et leur sadisme, d’autant plus qu’il n’y a aucune tête connue dans cette distribution, ce qui ajoute un réalisme à l’entreprise. Si le rythme est sans doute un peu lent et que les dialogues laissent souvent à désirer, Siège n’a pas volé son statut de petit classique et même d’oeuvre culte auprès des aficionados de films de genre.

Un groupe fasciste se faisant appeler Nouvel Ordre veut imposer de « nouvelles règles » à Halifax, en Nouvelle-Écosse, profitant d’une grève de la police. Ils tentent d’intimider les clients d’un bar gay, mais le propriétaire est tué accidentellement. Le chef du groupe décide alors d’exécuter tous les témoins. Un homme parvient à s’échapper et se réfugie dans un immeuble isolé. Les jeunes locataires refusent de le leur livrer, et les agresseurs décident de les tuer tous. Mais la tâche s’avère plus ardue que prévu : les jeunes barricadent leurs appartements, installent des pièges et s’arment pour se défendre.

Il y a un message nauséabond derrière ce film. On le comprend lors de la pirouette finale qui ne serait pas sans déplaire à la France Insoumise. On fait abstraction de ce twist finalement gratuit, pour se concentrer sur la nature divertissante de Siège. En dépit de son manque de moyens, la photographie de Les Krizsan, qui fera essentiellement sa carrière à la télévision, ne manque pas d’ambitions et instaure une ambiance pesante du début à la fin. Il en est de même pour la musique au synthé de Peter Jermyn et Drew King, habituellement ingénieurs du son, qui apporte une vraie plus-value au film.

Au rayon casting, c’est l’inconnu total en ce qui nous concerne ! Les américains Tom Nardini (Cat Ballou) et Daryl Haney (futur scénariste de Vendredi 13, chapitre VII : Un nouveau défi et Xtro III) les canadiens Jack Blum (Arrête de ramer, t’es sur le sable), Keith Knight (Meurtres à la St-Valentin), Doug Lennox (Police Academy 3 : Instructeurs de choc) et les autres ne sont pas ce qu’on pourrait qualifier de célèbres et auraient même du mal à intégrer la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent ». S’ils n’ont pas tous le même talent devant la caméra, la dynamique de groupe fonctionne, aussi bien du côté des salopards que du côté de ceux qui décident de protéger celui pris par pour cible par les autres.

Siège sort la pétoire au bon moment et les règlements de comptes marche plutôt bien. Les deux metteurs en scène savent gérer l’espace confiné mis à leur disposition (ça tombe bien, il s’agit de leur propre appartement) et le jeu du chat et de la souris promet quelques belles montées en tension. Forcément, il y aura quelques victimes dans l’histoire et l’on se fout un peu de qui va passer de vie à trépas, du moment que le game est équilibré, tant chez les gentils (qui savent fabriquer des bombes et des lance-roquettes comme MacGyver, ça aide) que des sociopathes. Le montage signé Ian McBride (déjà à l’oeuvre sur Le Bal de l’horreur de Paul Lynch) est efficace, le côté Home Alone avant l’heure est assez réjouissant et en dépit de facilités (le coup de l’armoire à pharmacie partagée par exemple), on se laisse finalement prendre par ce thriller, huis clos et survival sympathique qui ne manque pas de charme.

LE BLU-RAY

Inédit jusqu’alors en DVD, Siège arrive dans les bacs par l’intermédiaire de Sidonis Calysta, qui à cette occasion présente le film de Paul Donovan et Maura O’Connell en Combo Blu-ray + DVD + Livret de 24 pages signé Marc Toullec (qui n’a pas été mis à disposition pour ce test). Très beau visuel qui reprend celui d’une des affiches d’exploitation originale. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur s’est naturellement tourné vers Oliver Père pour nous présenter Siège (32’30). Une intervention toujours extrêmement bien préparée, riche en informations sur la production, les conditions de tournage (de vraies armes et même de vraies balles ont été utilisées) et la pérennité du film. Visionnez ce bonus une fois que vous aurez vu Siège, puisque celui-ci contient beaucoup de spoilers, la fin étant même dévoilée. Olivier Père revient sur le fait divers à l’origine du scénario (la grève de la police d’Halifax au début des années 1980), sur les deux réalisateurs, leurs références (Assaut de John Carpenter surtout), la violence, le réalisme, la caractérisation des personnages, le twist final, le casting, ainsi que sur le prologue tourné un peu plus tard, spécialement pour le marché japonais, qui demandait un film plus long. Cette introduction est disponible dans un supplément à part.

Comme nous l’indiquions plus haut, l’éditeur a eu la bonne idée de nous faire profiter du prologue ajouté pour la distribution de Siège au Japon (14’). L’action se situe de jour et présente les personnages d’Horatio, Chester et Goose avant la scène du bar qui ouvre quasiment directement la version que l’on connaît en Europe. Une scène en particulier installe déjà le malaise, montrant Horatio dans son quotidien, violent avec sa femme, qu’il ne cesse d’humilier.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Sidonis Calysta reprend manifestement le même master HD proposé outre-Atlantique chez Severin Films depuis juillet 2021. Un Blu-ray au format 1080p qui présente Siège dans son format original 1.85:1. Une restauration 2K réalisée à partir du négatif original qui avait été retrouvé presque par hasard dans les archives de Nouvelle-Écosse. Vraisemblablement le lifting a été réalisé à temps, mais n’a pu faire de miracles, puisque quelques défauts, notamment un début assez brouillon (le logo de production fait craindre le pire) et un générique fortement endommagé (rayures verticales, poussières, instabilités), sont constatés. La qualité s’améliore nettement par la suite, avec une palette chromatique et un niveau de détails appréciables, surtout sur les gros plans. La seconde partie du film est moins défini, en raison de nombreuses séquences peu éclairées, ou qui se passent dans la pénombre. La texture argentique reste assez bien rendue tout au long du film, surtout compte tenu de son obscurité.

La version originale DTS-HD Master Audio 2.0 Mono présente quelques distorsions sur la musique électronique de Peter Jermyn et Drew King. Cependant, les dialogues restent parfaitement audibles. Les ambiances et effets annexes, notamment ceux provenant des armes à feu, sont étonnamment dynamiques et s’intègrent bien à l’ensemble. Un souffle sensible est constaté. Présence de la VF d’époque, qui étrangement s’en sort mieux et s’avère même plus percutante. Le changement de langue est impossible à la volée, mais peut se faire via le menu contextuel.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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