Test Blu-ray / L’Esclave, réalisé par Radley Metzger

L’ESCLAVE (The Image) réalisé par Radley Metzger, disponible en DVD & Blu-ray le 11 février 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Mary Mendum, Carl Parker, Marilyn Roberts, Valerie Marron, Michelle Vence, Estelle McNalley, Nicole Rochambeau…

Scénario : Radley Metzger, d’après le roman L’Image de Catherine Robbe-Grillet

Photographie : Robert Lefebvre

Musique : George Craig

Durée : 1h31

Date de diffusion initiale : 1975

LE FILM

Lors d’une soirée mondaine Jean rencontre Claire, une vieille amie qu’il n’avait pas vue depuis longtemps. Elle est accompagnée d’une belle et jeune femme, Anne, qui ne dit mot, lui obéit au doigt et à l’oeil et qui fait forte impression à Jean. Rapidement Jean va être impliqué dans la relation de domination/soumission qui lie les deux femmes.

Il est parfois bon de se rincer l’oeil. Et quoi de mieux que de se replonger dans le cinéma érotico-porno des années 1970. L’Esclave ou The Image en version originale, connu aussi sous les titres The Punishment of Anne ou The Mistress and the Slave est réalisé par Radley Metzger (1929-2017). Si ce nom ne vous dit rien ou pas grand-chose, nous avions déjà parlé d’un de ses opus les plus célèbres, Le Chat et le canariThe Cat and the Canary (1978), sorti chez Rimini dans sa collection Angoisse. Cette adaptation d’une pièce de théâtre de John Willard, étrange, mais passionnant mélangeait les genres, en combinant à la fois le film d’horreur (plusieurs meurtres y sont commis), l’enquête policière (un assassin se cache dans une demeure) et le whodunit (le meurtrier en question est peut-être dissimulé parmi les personnages principaux). L’Esclave est la transposition de L’Image (éditions de Minuit, 1956) de Catherine Robbe-Grillet, femme de lettres, à ses heures actrice chez son conjoint Alain Robbe-Grillet, connue pour son œuvre abordant frontalement le sujet du BDSM et également comme maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Il faut bien arrondir ses fins de mois. Publié sous le pseudonyme de Jean de Berg, L’Image connaît de sérieux problèmes avec la censure, au point d’être refusé à deux reprises. L’ouvrage détonne dans la France de René Coty. 1969, année érotique. 1974, Emmanuelle de Just Jaeckin sort au cinéma. 9 millions d’entrées en France, 4 millions en Allemagne, 3,7 millions en Espagne. Les producteurs s’engouffrent dans la brèche. Sans métaphore. 1975, Radley Metzger met en scène L’Esclave et respecte le roman original en situant son action à Paris. À la production, un certain Max Pécas via sa société Les Films du Griffon, qui avait déjà à son actif Club privé, Sexuellement vôtre, Je suis frigide…pourquoi ?, Les Liaisons particulières…Sa griffe est indéniable dans L’Esclave, où on y retrouve cette esthétique ouatée du film érotique ou film « de charme ». Mais il s’agit en fait d’un deal entre Max Pécas et Radley Metzger, puisque le second assurait en réalité la distribution des films du premier sur le sol américain. Beau à regarder, The Image est le formidable représentant d’un genre éculé, aujourd’hui décrié par les plus « sensibles », qui ravit pourtant les sens, notamment par son esthétique léchée. Non, nous ne ferons pas de jeux de mots.

L’intrigue se déroule donc à Paris. Un homme, Jean, revient dans le milieu brillant qu’il a quitté quelques années auparavant. Il va retrouver une femme qui le tint toujours étrangement éloigné et il va découvrir une jeune fille romantique et mystérieuse. Cette rencontre de trois êtres va peut-être leur permettre de se définir…

Jean est interprété par Carl Parker, inconnu au bataillon et qui n’aura que cinq films à son actif, dont une participation à Dans l’enfer des sables Uccidete Rommel d’Alfonso Brescia et John et Mary de Peter Yates. L’Esclave sera sa dernière apparition à l’écran. Mais il est vrai que l’on retient surtout la présence des deux comédiennes, en particulier Mary Mendum (1952-2012), qui aura illuminé le genre (souvent sous le pseudo de Rebecca Brooke) et qui sera d’ailleurs à l’affiche la même année des Mille et une perversions de Felicia de Max Pécas. Celle-ci crève, enflamme, pulvérise l’écran et se permet même d’être formidable en plus d’exciter dans chaque scène. L’actrice est loin d’être une simple potiche et restitue toute l’ambiguïté de sa position, entre soumission et extase, entre souffrance et jouissance. Si elle n’a que peu de texte durant 1h30, Mary Mendum surpasse bien des actrices, non seulement de l’érotisme des seventies, mais aussi de beaucoup de ses consœurs dont la carrière n’a été qu’un feu de paille. Dans le rôle de la dominante, Marilyn Roberts, s’en tire aussi avec les honneurs, dans la peau d’un personnage pourtant mal-aimable. Elle aussi ne sera que peu présente au cinéma, en dehors d’une apparition dans À la recherche de Mr. Goodbar de Richard Brooks.

Le film reprend la structure en chapitres du livre de Catherine Robbe-Grillet (Une soirée chez les X, Les roses du jardin de Bagatelle, Trop d’eau et ses conséquences, Faux départs, Les photos, Un sacrifice expiatoire, La cabine d’essayage, Dans la salle de bain, La chambre gothique, Tout finit par s’arranger), ce qui crée un faux rythme avec sa succession de vignettes plus ou moins inspirées. Plus la relation du triangle avance dans l’humiliation, l’insulte, les coups portés, plus l’on passe de l’érotisme soft au porno, teintée de fascination pour l’ondinisme. Radley Metzger soigne chaque plan de sa mise en scène, épaulé par le chef opérateur Robert Lefebvre, complice de Max Pécas, qui a aussi oeuvré dans le cinéma dit traditionnel comme sur La Bride sur le cou de Roger Vadim, Porte des Lilas de René Clair et même sur Casque d’or de Jacques Becker. Ce sera ici son ultime ouvrage pour le septième art.

En 1975, L’Esclave sera malheureusement victime de la Commission de contrôle des films cinématographiques, qui interdira le film pour sadisme. Il est vrai que la longue séquence du dernier acte où Anne se fait torturer dans la « chambre gothique » va assez loin et a dû donner quelques sueurs froides aux censeurs. Cette séquence en particulier rapproche L’Esclave du film d’horreur (toutes proportions gardées évidemment) et donc le (re)découvrir en 2026 dans une édition entièrement restaurée est un vrai plaisir. Vous ne verrez plus les fontaines du Trocadéro et de la Place de la Concorde de la même façon après avoir vu The Image !

LE BLU-RAY

Jusqu’à présent inédit dans les bacs français, L’Esclave de Radley Metzger débarque en DVD et Blu-ray chez LCJ Éditions & Productions. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur noire, donne le ton du film. Le tout repose dans un fourreau cartonné très élégant. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément.

L’Image et le son

L’Esclave renaît de ses cendres. LCJ présente un magnifique master HD, qui fait honneur aux superbes partis paris esthétiques du directeur de la photographie de Robert Lefebvre. Il semblerait que la copie ait été restaurée à partir du négatif original 35mm. Le niveau de détail est exceptionnel, la netteté est de tous les plans, les contrastes sont profonds, la palette chromatique étincelante. La texture argentique est conservée, équilibrée, organique, jamais lissée. Enfin, l’image est d’une stabilité irréprochable. Blu-ray au format 1080p.

Le film est proposé en anglais (avec les sous-titres français non imposés) et français en DTS HD Master Audio 2.0 Mono. Le résultat est un peu sourd, à l’instar du narrateur en anglais, qui détonne par rapport au reste des échanges. Dans les deux cas, le résultat est propre, les effets annexes corrects, quand bien même les voix sont sensiblement pincées.

Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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