
LE CRI DES TÉNÈBRES (Cries in the Night – Funeral Home) réalisé par William Fruet, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 14 février 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Kay Hawtrey, Lesleh Donaldson, Barry Morse, Stephen E. Miller, Dean Garbett, Alf Humphreys, Peggy Mahon, Harvey Atkin…
Scénario : Ida Nelson
Photographie : Mark Irwin
Musique : Jerry Fielding
Durée : 1h28
Année de sortie : 1980
LE FILM
Heather, 18 ans, va passer l’été chez sa grand-mère, qu’elle n’a pas revue depuis longtemps. Celle-ci vient de transformer sa demeure, située près d’un lac, en maison d’hôtes. Les clients commencent à arriver. Certains disparaissent, tandis que d’autres sont assassinés.

Alfred Hitchcock n’a eu de cesse et continue d’ailleurs d’inspirer les metteurs en scène. David Fincher, Clint Eastwood, Roman Polanski, Brian De Palma, Curtis Hanson, Claude Chabrol, François Truffaut, René Clément et bien d’autres ont tous un peu voire beaucoup de « Hitch » dans l’ADN de leur cinéma. Mais s’il y a bien une œuvre à laquelle on revient très souvent, et ce peu importe le type de productions (séries A, B et Z confondues donc), c’est bel et bien Psychose – Psycho (1960). Le Cri des ténèbres – Cries in the Night, également connu sous le titre Funeral Home, n’y échappe pas. La même année que Vendredi 13 – Friday the 13th de Sean S. Cunningham, Le Bal de l’horreur – Prom Night de Paul Lynch et Le Monstre du train – Terror Train de Roger Spottiswoode, un certain William Fruet prenait les manettes de ce Cri des ténèbres, accompagné de critiques très mitigées à sa sortie (qui lui reprochaient justement de trop plagier Psychose) et qui s’est soldé par un échec commercial retentissant. Bon, il est vrai que la révélation finale fait pschitt et se devine quasiment instantanément si le spectateur possède les codes (ou même s’il n’est pas beurré) et qu’il ne se passe pas grand-chose durant 85 minutes…Néanmoins, on ne peut que constater que le réalisateur William Fruet, connu pour Week-end sauvage – Death Weekend (1976), L’Exterminateur – Search and Destroy (1979) et Spasmes – Spasms (1983) avec Peter Fonda et Oliver Reed, soigne ses plans et sait surtout diriger ses comédiens, tous excellents et même bien meilleurs que ceux qui peuplaient habituellement les slashers et autres films d’épouvante de l’époque. Anecdotique, mais Le Cri des ténèbres reste un divertissement honnête.


Au début de l’été, Heather arrive dans une petite ville sans nom pour séjourner chez sa grand-mère excentrique et pieuse, Maude Chalmers, dont la maison – un ancien funérarium – a récemment été transformée en auberge. Le mari de Maude, James, croque-mort, est porté disparu depuis plusieurs années, et elle est contrainte de gagner sa vie en vendant des compositions florales artificielles ; elle espère compléter ses revenus en accueillant des voyageurs. Billy Hibbs, un homme souffrant d’un handicap mental, vit avec Maude et travaille comme homme à tout faire. Non loin de là, un fermier nommé Sam signale la découverte d’un véhicule abandonné sur sa propriété. On remonte jusqu’à un promoteur immobilier disparu qui effectuait des relevés topographiques dans la région. Le soir de l’arrivée d’Heather à l’auberge, Harry Browning et sa maîtresse Florie s’installent. Lorsque Maude comprend que le couple n’est pas marié, elle leur demande de partir, mais ils refusent. Ce soir-là, après avoir bu un verre, ils se rendent en voiture à une carrière locale recommandée par Heather. Pendant ce temps, un camion arrive, percute l’arrière de leur voiture et les précipite dans l’eau en contrebas. Le même soir, Heather sort avec Rick, un adolescent du coin, et rentre chez elle pour surprendre Maude en train de parler à un homme planqué à la cave.


Le Canada se défend bien dans le genre épouvante au début des années 1980. Tourné dans l’Ontario durant l’été 1979, Le Cri des ténèbres, avec un budget on ne peut limité (un petit million de dollars), essentiellement dans une vaste demeure à pignons, qui servira à nouveau de décor principal dans un épisode de la série Chair de poule (produit par Fruet), est un bon représentant d’un cinéma rétro, qui témoigne de l’inventivité du metteur en scène. Devant redoubler d’imagination et de système D afin de pallier au manque de moyens (qui se fait parfois ressentir), William Fruet sait créer une atmosphère étouffante avec cette vieille baraque paumée dans les bois, ou bien la très belle carrière, qui devient centrale dans une scène de meurtre, certes attendue, mais efficace.


Du point de vue casting, Lesleh Donaldson, 15 ans au moment des prises de vue, qui enchaînera avec l’excellent Happy Birthday to Me et le fort sympathique Les Rats attaquent, s’en tire formidablement, tient le film sur ses épaules et sera même nommée pour le Génie de la meilleure actrice pour sa prestation. Face à elle, Barry Morse (oui oui, le professeur Bergman de Cosmos 1999, coucou Mozinor!), Kay Hawtrey, que l’on verra dans Videodrome de David Cronenberg, interprète plus ou moins (même beaucoup) un ersatz féminin de Norman Bates. Sa relation avec le réalisateur était houleuse sur le plateau, l’actrice se plaignant des scènes trop physiques, notamment celle du carnage final où la hache vole dans tous les sens, qui nécessitera le recours à quelques doublures. Ce n’est pas spoiler de façon décomplexée, le film étant sorti il y a 45 ans, d’autant plus que, comme nous le disions plus haut, tout le dénouement se devine très tôt, une fois que tous les éléments sont mis en place. Un ancien salon funéraire, un mari volage qui disparaît, des pensionnaires qui partent aussi sans laisser de traces, une porte cadenassée au sous-sol…pas de scène de douche, mais il ne manque vraiment que cet élément pour convoquer pleinement Psychose. Même la lampe qui se balance est présente à la fin.


On est donc en territoire connu, sans surprise, mais on arpente ce chemin comme assis dans le wagonnet d’un train-fantôme. On sait ce qui nous attend dans chaque recoin sombre de l’attraction, mais on fonce tout de même tête baissée en jouant le jeu. Et cela fonctionne.


LE COMBO BLU-RAY + DVD + LIVRET
Collection Angoisse suite ! Quasiment un mois après Week-end de terreur, Rimini Éditions remet ça et ce pour notre plus grand plaisir. L’incroyable anthologie démarrée en mai 2019 avec Happy Birthday to Me de J. Lee Thompson, et que nous vous avons chroniqué systématiquement à chaque opus (on vous remettra les liens au prochain opus), comprend désormais une quarantaine de titres. Le DVD et le Blu-ray reposent dans un boîtier Digipack à trois volets couleur sang, qui arbore quelques visuels d’exploitation d’époque. L’ensemble est glissé dans un fourreau cartonné, comme d’habitude clinquant, car lui aussi se voit auréolé d’une des affiches de 1980. Le menu principal est animé et musical.


Seule la bande-annonce est disponible comme bonus vidéo sur cette édition. Dommage, car l’édition US Shout Factory sortie en février 2024, renfermait moult suppléments, dont trois commentaires audio, un retour sur les lieux de tournage, des interviews à foison…Nous devons nous contenter d’un livret de 24 pages, écrit par Marc Toullec. Ce dernier se concentre essentiellement sur William Fruet, en passant en revue son parcours, mais aussi et surtout ses films les plus célèbres. Étonnamment, Le Cri des ténèbres est rapidement évoqué, contrairement à d’autres longs-métrages du réalisateur, qui font d’ailleurs envie et qui mériteraient pour certains de rejoindra la collection Angoisse, à l’instar d’Insect et Week-end sauvage.

L’Image et le son
Rimini semble reprendre le même master édité par Shout Factory de l’autre côté de l’Atlantique. Une copie qui devait présenter des dommages importants que l’éditeur avait tenté de corriger. Si le résultat n’est pas parfait, notamment avec quelques couleurs qui scintillent parfois étrangement, cet effet restant généralement léger et se manifestant par intermittence, le niveau de détail est convaincant, sur les gros plans surtout et quelques recoins du décor de la maison. Cependant, ne vous attendez pas à un résultat dingue, étant donné qu’il s’agit d’une toute petite production et que les conditions de prises de vues se ressentent dans le rendu de l’image. Le piqué est somme toute acceptable. Les extérieurs conservent une profondeur modérée lors des scènes se déroulant dans la carrière et en ville. Celles-ci sont les plus belles de cette copie. La netteté et la texture argentique sont convaincantes.

Le mixage anglais DTS-HD MA 2.0 doit composer avec les limitations techniques de la production, mais son âge se fait sentir, offrant une expérience d’écoute aléatoire. Les dialogues sont souvent et étrangement étouffés, tandis que la musique reste discrète et manque de clarté. La version française paraît plus artificielle avec des dialogues qui décollent par rapport au reste, notamment des ambiances annexes.



Crédits images : © Rimini Éditions / The Incident at North Hampton Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
