Test Blu-ray / La Créature du cimetière, réalisé par Ralph S. Singleton

LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE (Graveyard Shift) réalisé par Ralph S. Singleton, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Vic Polizos, Brad Dourif, Robert Alan Beuth, Ilona Margolis…

Scénario : John Esposito, d’après la nouvelle Poste de nuit de Stephen King

Photographie : Peter Stein

Musique : Brian Banks & Anthony Marinelli

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Le propriétaire d’une vieille usine de textile décide d’engager quelques ouvriers pour nettoyer la cave, encombrée d’un bric-à-brac et envahie par les rats. Mais l’un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. Un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, entre alors en action…

Où se place La Créature du cimetièreGraveyard Shift dans les adaptations de Stephen King au cinéma et à la télévision ? Nous sommes en 1990 et Simetierre Pet Semetary de Mary Lambert vient de remporter un très grand succès dans le monde entier. Alors que Ça / « Il » est revenuStephen King’s It, mini-série en deux parties réalisée par Tommy Lee Wallace est sur le point d’être diffusée sur ABC et de traumatiser la première génération de téléspectateurs, une autre transposition du maître de l’horreur voit le jour, celle de la nouvelle Poste de nuit, tirée du recueil Danse macabre, mais écrite en 1970, ce qui en fait une œuvre de jeunesse de l’auteur, qui s’inspirait de son expérience dans une filature de textile infestée par les rats. Surfant ouvertement sur le triomphe de Simetierre, Graveyard Shift, autre production Paramount, ne connaîtra pas le même engouement, de la critique comme du public. Remboursant tout juste son budget de 10 millions de dollars, La Créature du cimetière passe plus ou moins inaperçu et le film restera obscur, même encore aujourd’hui. Pourtant, il s’agit d’une honnête série B, emballée par Ralph S. Singleton, alors solide assistant-réalisateur ayant oeuvré sur quelques films de prestige (Un justicier dans la ville, Les 3 jours du Condor, Taxi Driver, Le Prête-nom, Network : Main basse sur la TV), mais également comme assistant de production (Klute, French Connection) et surtout en tant que producteur à succès (Cagney et Lacey, Kojak). Une belle carte de visite qui lui permet de prendre les manettes de La Créature du cimetière, d’autant plus qu’il était lui-même producteur associé sur…Simetierre. Ralph S. Singleton signe son unique long-métrage comme metteur en scène, après s’être fait la main sur deux épisodes de Cagney et Lacey. Si la réalisation ne brille pas de mille feux dans La Créature du cimetière, ce petit film d’épouvante remplit son contrat, sans se forcer, mais avec une certaine efficacité, en exploitant habilement un décor réduit, renforçant ainsi une impression d’étouffement qui se resserre sur les personnages dans une deuxième partie assez généreuse en hémoglobine. S’il n’est assurément pas indispensable, Graveyard Shift saura contenter les aficionados du King, toujours curieux de voir les écrits de leur auteur favori prendre vie sur le petit comme sur le grand écran.

Dans la petite ville de Gate Falls, près de Castle Rock, le propriétaire d’une vieille usine de textile située à côté du cimetière décide d’engager quelques ouvriers pour nettoyer le sous-sol, encombré d’un bric-à-brac et envahi par les rats. Mais l’un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. John Hall, nouveau venu dans la ville, est engagé pour remplacer le défunt. Il travaille avec l’équipe de nuit et fait la connaissance d’un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, vétéran de la guerre du Viêt Nam. Bientôt, un autre ouvrier est tué dans le sous-sol, après quoi Warwick, le contremaître sadique, crée une unité armée de lances à incendie pour dégager le sous-sol. Les travaux commencent le 4 juillet. En plus du nettoyage proprement dit des locaux, Warwick attend des ouvriers qu’il le débarrasse des rats. Il confie cette tâche à Tucker, mais celui-ci est tué. Hall trouve une trappe dans le sous-sol, où il pense que les rats se reproduisent. Les ouvriers et Warwick s’y rendent et trouvent une autre salle remplie de vieux équipements. Un des travailleurs y trouve un avant-bras humain. De peur, il tente de monter l’escalier pourri qui s’effondre sous lui, et il est attaqué par un énorme monstre mutant. Les ouvriers sont alors divisés en deux groupes, chacun essayant de s’en sortir seul.

Bah oui, forcément, les futures victimes potentielles ne trouvent rien de mieux que de se séparer à la moindre occasion, histoire de faciliter la tâche à cet étrange monstre qui les poursuit. La Créature du cimetière démontre le potentiel de Ralph S. Singleton derrière la caméra, ce qu’il n’aura pas l’occasion de montrer de nouveau par la suite. Mais pour ce coup d’essai, il s’en tire pas trop mal et sait surtout instaurer une tension dans ce sous-sol jonché de rongeurs, habité par une entité indéfinissable et qui provient d’on ne sait où. Ce qui n’a pas vraiment aidé le film c’est peut-être, sûrement même, son casting. Confier le rôle principal à David Andrews, totalement dépourvu de charisme, n’était pas la meilleure idée. Acteur aperçu ici et là au cinéma (Les Griffes de la nuit, Cherry 2000) et surtout à la télévision, où il continue d’ailleurs d’officier dans les séries (The Boys), il traverse ici le film avec une seule et même expression, comme si affronter un monstre mutant était une tâche aussi ingrate que déboucher les toilettes.

Il se fait complètement voler la vedette par son partenaire Stephen Macht, impeccable dans la peau du salaud de l’histoire, lui aussi récurrent à la télévision (Cagney et Lacey, bah voyons), vu dans The Monster Squad de Fred Dekker, sur lequel nous reviendrons très prochainement. Une vraie trogne de cinéma que l’on a plaisir à détester. La distribution peut compter sur la participation du légendaire Brad Dourif, qui entre deux enregistrements de la voix de Chucky, se permettait une incursion chez Ken Loach (Hidden Agenda – Secret défense), signait une apparition dans L’Exorciste, la suite de William Peter Blatty, tout en signant une mémorable prestation dans le frappadingue Sonny Boy de Robert Martin Carroll. Les adeptes de Wichmaster reconnaîtront le vénézuélien Andrew Divoff, loin de son personnage de djinn démoniaque qui le rendra célèbre quelques années plus tard.

On se perd donc volontiers dans ce labyrinthe au fil du récit, en attendant qu’un tel ou un autre se fasse trucider. Les décors sont très réussis, à l’instar de la petite bourgade (Stephen King a imposé un tournage à Bangor, dans le Maine), ou alors cette grotte souterraine, dont le sol est parsemé de squelettes humains, ou bien encore celui de la filature de coton, lieu principal de l’action baptisée Bachman Mills (un clin d’oeil au pseudo de l’écrivain), où règne une chaleur écrasante et où tous les protagonistes ruissellent de sueur du début à la fin. Le dénouement est sans doute un peu trop rapide (n’attendez aucune explication sur la créature), mais l’ensemble se tient, la photo de Peter Stein (C.H.U.D., Simetierre, Le Tueur du vendredi) est même assez chiadée (même si très largement inspirée du boulot d’Adrian Biddle sur Aliens, le retour), le montage est soigné, bref, voici un bon cauchemar qui serait sûrement passé à la postérité avec une tête d’affiche digne de ce nom et ce malgré une présentation en compétition officielle au Festival d’Avoriaz en 1991.

Le Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition Limitée

Jamais sorti en France, en DVD ou en Blu-ray, La Créature du cimetière bénéficie enfin des deux formats chez Sidonis Calysta, qui à cette occasion a concocté un Combo Blu-ray + DVD en Édition Limitée. De plus cette édition comprend un livret de 24 pages (non fourni pour ce test) écrit par Marc Toullec. Visuel particulièrement efficace. Menu principal animé et musical.

Un seul bonus au programme, mais de haute qualité, puisqu’il s’agit d’une présentation de l’excellent Olivier Père (39’). Une intervention toujours préparée, carrée et passionnante de la part du journaliste et critique de cinéma, directeur d’Arte France Cinéma et directeur des acquisitions pour Arte France. Celui-ci replace La Créature du cimetière dans les adaptations de Stephen King et aborde la transposition de la nouvelle Poste de nuit, écrite en 1970, alors que l’écrivain était encore étudiant et passait de petit boulot en petit boulot. C’est justement l’un de ses jobs qui lui inspire l’histoire de ce qui deviendra alors Poste de nuit, qui contient déjà beaucoup d’éléments et thèmes qui deviendront récurrents dans son œuvre. Olivier Père détaille ensuite la genèse de La Créature du cimetière, né du succès de Simetierre, évoque le casting, la carrière du réalisateur Ralph S. Singleton, met en avant les quelques qualités du film et son échec dans les salles.

L’Image et le son

Alors qu’une restauration 4K (et donc une édition UHD) est sur le point de débarquer outre-Atlantique chez Kino Lorber, Sidonis Calysta a mis la main sur un master HD tout ce qu’il y a de plus convenable. Il semblerait même que l’éditeur français ait pu reprendre la même copie précédemment proposée par Shout Factory depuis 2020. Le niveau de détail est plus que correct, malgré une certaine douceur, notamment au niveau de la peau ruisselante de transpiration des protagonistes. La texture argentique est préservée, organique, équilibrée, le piqué est parfois étonnant, les décors et intérieurs crasseux sont bien rendus, le monstre principal peut être observé sous tous les angles. Les couleurs ressortent sans difficulté, les costumes étant eux plus vifs et le rouge du sang évidemment encore plus. Quelques légers tremblements sont perceptibles, mais rien de bien grave.

Deux mixages au choix, anglais et français en DTS-HD Master Audio 2.0. Au passage, nous perdons la 5.1 originale de l’édition US. Mais les deux propositions se valent, restituant avec précision le vacarme industriel de l’usine et le grouillement du royaume des rats. Les effets sonores sont clairs, à l’instar du clapotis de l’eau, omniprésent. Les dialogues sont distincts, la musique est bien intégrée avec des percussions percutantes. Du point de vue doublage, nous bénéficions de cadors tels que Daniel Beretta (Andrew Divoff), Benoît Allemane (Stephen Macht), Emmanuel Jacomy (Robert Alan Beuth), Joël Martineau (Brad Dourif) et Bernard Gabay (David Andrews).

Crédits images : © Sidonis Calysta / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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