


GAMERA / GAMERA CONTRE BARUGON / GAMERA CONTRE GYAOS (Daikaiju Gamera – Daikaiju ketto: Gamera tai Barugon – Daikaiju kuchusen: Gamera tai Gyaosu) réalisés par Noriaki Yuasa & Shigeo Tanaka, disponibles en Blu-ray & 4K Ultra HD – Coffret collector limité le 25 février 2026 chez Roboto Films.
Acteurs : Eiji Funakoshi, Harumi Kiritachi, Junichiro Yamashita, Yoshiro Uchida, Michiko Sugata, Yoshiro Kitahara, Jun Hamamura, Kenji Oyama, Kojiro Hongo, Kyoko Enami, Yuzo Hayakawa, Takuya Fujioka, Koji Fujiyama, Sho Natsuki, Ichiro Sugai, Kichijiro Ueda, Reiko Kasahara, Naoyuki Abe, Taro Marui, Yukitaro Hotaru, Yoshiro Kitahara, Sho Natsuki…
Scénario : Niisan Takahashi
Photographie : Nobuo Munekawa, Michio Takahashi & Akira Uehara
Musique : Tadashi Yamauchi & Chuji Kinoshita
Durée : 1h21, 1h40 & 1h27
Date de sortie initiale : 1965, 1966 & 1967
LES FILMS
Gamera – Daikaijū Gamera (1965) : Des avions militaires russes chargés de bombes nucléaires s’écrasent au Pôle Nord. L’explosion atomique réveille Gamera, un monstre préhistorique ressemblant à une tortue qui se nourrit de chaleur et commence à attaquer les villes pour se recharger. L’armée tente désespérément de trouver une solution pour en venir à bout.

Gamera contre Barugon –Daikaijū kettō: Gamera tai Barugon (1966) : Une petite île dans le sud du Pacifique. Quatre aventuriers trouvent une opale. L’un seul survit aux dangers de la jungle et ramène la pierre précieuse au Japon. Bientôt, les scientifiques découvriront qu’il s’agit en fait d’un oeuf de lézard. Soumis aux radiations, le petit animal se transforme en monstre géant. Surnommé « Barugon », il émet une raie de lumière destructrice et attaque le pays. Gamera, un autre géant qui s’est échappé de sa prison spatiale, revient sur Terre afin d’aider les humains dans leur combat…

Gamera contre Gyaos – Daikaijū kūchūsen: Gamera tai Gyaosu (1967) : Une éruption volcanique réveille un monstre ailé assoiffé de sang nommé Gyaos. Alors que tous les plans de l’armée – qui utilisaient la lumière du soleil comme arme pour détruire la bête – tombent à l’eau, Gamera tente une fois de plus de défendre le Japon.

Gamera, ou la réponse de la Daiei à la Toho. Depuis 1954, Godzilla ou Gojira pour les intimes, déferle sur les écrans. Monstre expiatoire, icône populaire, symbole du trauma collectif japonais dix ans après les bombes qui ont ravagé Nagasaki et Hiroshima, Godzilla marque l’émergence d’un genre à lui tout seul, le Kaigu eiga, « le cinéma de monstre », qui allait engendrer près de trente suites dans lesquelles Godzilla sera confronté à Mothra, Hedora, Gigan, Megalon, Mecanik Monster, Biollante, King Ghidorag, Mechagodzilla, Space Mechagodzilla, Destroyah, Megaguirius. Pacific Rim de Guillermo Del Toro et Cloverfield de Matt Reeves lui doivent tout. Dix ans plus tard, la Daiei décide de s’y coller également. Doté d’un budget moyen, Gamera, largement inspiré par le film Le Monstre des temps perdus – The Beast from 20,000 Fathoms d’Eugène Lourié (1953), connaîtra un succès sans précédent. Dernier Kaiju eiga à avoir été tourné en N&B, ceci afin d’économiser au maximum, cette première aventure mettant en scène la tortue de 60 mètres de haut, sera surtout un triomphe auprès du jeune public, l’un des personnages principaux étant justement un enfant (souvent plus malin que les scientifiques et les militaires), pensant que le monstre est son animal devenu gigantesque, après avoir été exposé à des radiations. Un mythe est né aussi et Gamera engendrera une douzaine de suites jusqu’en 2006, ainsi qu’une série animée en 2023 et un jeu vidéo sur Super Nintendo dans les années 1990. Chacun des trois premiers opus, Gamera, Gamera contre Barugon (ou Les Monstres attaquent) et Gamera contre Gyas, rend compte de l’évolution des studios, des goûts des spectateurs, mais aussi des questions sociales qui animent le Japon d’alors. Si le troisième est souvent loué pour la réussite de l’adversaire de Gamera, Gyas donc, le second volet qui voit affronter la tortue géante à Barugon est sans doute le plus réussi du lot. Néanmoins, cette superproduction ne connaîtra pas le même succès que le premier film, ayant même du mal à rentabiliser sa mise de départ. Les productions suivantes seront indéniablement plus modestes, mais n’en restent pas moins divertissantes. En l’état, découvrir les trois premiers épisodes de la franchise Gamera est un vrai plaisir, surtout dans leur version entièrement restaurée 4K, qui donnent un nouvel éclat à ces divertissements rétros et au charme désuet.



En 1965, le cinéaste Noriaki Yuasa, malgré des moyens limités, signe un merveilleux divertissement poétique, certes moins politique et métaphorique que Godzilla, premier du nom, mais s’en tire parfaitement, tout en étant soutenu par Yonesaburô Tsukiji, alors à la barre des effets spéciaux et donc des remarquables scènes de destructions massives où le monstre écrase et pulvérise tout autour de lui. Mais même si Gamera est envoyée vers Mars à la fin du film, la tortue volante reviendra l’année suivante cette fois la Daiei change la donne en attribuant un budget colossal au duel face à Barugon, tout en demandant à un réalisateur de renom, Shigeo Tanaka (connu pour La Grande Muraille, 1962) de prendre le relais pour les scènes dramatiques, tandis que Noriaki Yuasa s’occupe uniquement des séquences à effets spéciaux. Exit le personnage de l’enfant, ce qui explique en partie pourquoi le film ne connaîtra pas le même engouement, le récit faisant la part belle à l’aventure, à des chasseurs de trésor qui trouvent une opale géante, qui n’est autre qu’un œuf géant de Barugon, un lézard géant. Quand l’œuf éclot, le monstre fait des ravages mais Gamera (qui s’est s’échappée de sa prison spatiale après avoir heurté une météorite) va attaquer la bête afin de protéger le Japon et ses habitants. La couleur fait son apparition, les effets spéciaux sont encore plus réussis, les trouvailles visuelles se multiplient, l’argent se voit à l’écran. Mais le jeune public boude ce deuxième opus, d’autant plus que certaines scènes violentes déconcertent également les parents.


Qu’à cela ne tienne, Gamera revient quand même en 1967, en replaçant un jeune garçon au centre de l’histoire. Cette fois, Noriaki Yuasa hérite de l’intégralité de la mise en scène et s’en tire encore formidablement, même si le budget a lui aussi été revu à la baisse par rapport au précédent. Mais il n’est pas interdit de préférer Barugon à Gyas, le second étant moins réussi plastiquement parlant avec sa tête à angles droits et sa difficulté à se mouvoir. Les deux premières suites reprennent plus ou moins le même canevas, tout en installant Gamera comme un défenseur de la race humaine, mise à mal avec d’étranges monstres géants, par ailleurs souvent réveillés à cause de l’humanité ou d’événements naturels. Après l’impressionnant épisode 2, Shigeo Tanaka passera de nouveau le relais à Noriaki Yuasa, qui de don côté s’occupera de Gamera jusqu’au début des années 1980, le faisant s’affronter à Viras, Guiron, Jiger et Zigra.


Il faudra attendre la seconde partie des années 1990 pour que Gamera fasse son retour dans une nouvelle trilogie réalisée par Shūsuke Kaneko, à savoir Gamera : Gardien de l’Univers, Gamera 2 : L’Attaque de la légion et Gamera 3 : La Revanche d’Iris. Le dernier opus en date pour le cinéma remonte quant à lui à 2006, avec Gamera: The Brave, mis en scène par Ryuta Tasaki.



LE COFFRET ULTRA HD
Magnifique, sublime…Le coffret Gamera : Les années Showa – Volume #1 présenté par Roboto Films, en Blu-ray comme en UHD est un des plus beaux récement sortis dans les bacs français. Le très épais fourreau cartonné au visuel électrique comprend trois Digipacks fins, somptueusement illustrés, ainsi que dix photos cartonnées reprenant des scènes centrales provenant des trois films, un poster créé à l’occasion (où Gamera apparaît avec Barugon et Gyaos) par Kevin West et Carlos Cabrera, d’ailleurs repris pour le fourreau, sans oublier, comment serait-ce possible, un remarquable livret de 60 pages. Cet essai signé Jordan Guichaux, co-créateur avec Fabien Mauro de la web-émission Toku Scope, auteur de Ishiro Honda : Humanisme Monstre (Editions Rouge Profond) et de Kaiju, Envahisseurs et Apocalypse paru en octobre 2020 chez Aadvark éditions, revient sur les trois films qui nous intéressent aujourd’hui (et même sur l’après-trilogie Showa), autrement dit sur la naissance de Gamera et sa mythologie. Vous saurez tout sur la naissance de la tortue volante “assoiffée” de feu, sur les conditions de production des trois premiers volets, sur la réalisation des effets spéciaux, sur le casting, sur l’évolution de la saga, les partis-pris et les intentions des producteurs également. Un bel objet de collection. Les menus principaux de chaque disque sont animés et musicaux. Après le coffret Gamera – La Trilogie Heisei (1995, 1996, 1999), Roboto Films signe donc une nouvelle grande réussite éditoriale.


Chaque film est présenté par l’excellent Fabien Mauro, auteur/essayiste (L’Écran Fantastique), auteur avec Jordan Guichaux de Ishiro Honda: Humanisme monstre (Broché, 2018) et Kaiju, envahisseurs & apocalypse (Aardvark éditions, 2020). Pour le premier volet (22’), le second (21’) et le troisième (19’30), l’intervenant donne de multiples informations sur la production, les conditions de tournage, le casting, l’accueil, la pérennité, les effets spéciaux, tout en croisant le fond et la forme de façon passionnante.

Même chose, chaque film s’accompagne d’une intervention (de huit minutes en moyenne) de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, responsables de la restauration 4K des trois premiers opus de la saga, réalisée à partir des négatifs originaux. Très complémentaires, les deux collaborateurs s’expriment sur les difficultés rencontrées lors de cet impressionnant lifting (surtout pour le second épisode), qui devait à la fois donner un coup de jeune à ces trois longs-métrages, tout en respectant les partis-pris originaux, y compris les défauts apparents des effets spéciaux, qui participent à leur charme rétro. L’étalonnage, le travail sur les couleurs, les ombres, les effets spéciaux, tout y est analysé sans langage hermétique et donc facilement accessible aux néophytes.

L’interactivité se clôt sur une poignée de bandes-annonces.
L’Image et le son
Gamera premier du nom est le dernier film kaiju à avoir été tourné en N&B. Pourrait-on faire mieux que ce spectaculaire master Ultra Haute-Définition ? Cette galette 4K au format 2160p proposée par Roboto Films est exceptionnelle. La copie – dans son format original 2.35 – se révèle incroyable de propreté, sans scories, points, effets de pompage, tâches et griffures. Les fondus enchaînés sont fluides, sans décrochages, la stabilité est de mise le N&B est riche, ferme, dense, les blancs clairs. Certaines séquences bénéficient de l’apport UHD avec un relief impressionnant sur les décors, tandis que les contrastes demeurent assurés. Le grain est évidemment conservé et admirablement géré. Redécouvrir ce premier épisode dans ces conditions tient du miracle ! Concernant les deux épisodes en couleur, c’est du même acabit. La nouvelle restauration 4K frappe dès les premières images de chaque film, à l’instar de la propreté des copies. Les partis pris esthétiques originaux sont magnifiquement rendus à travers ces masters UHD d’une folle élégance et aux couleurs étincelantes. Le piqué est affûté, la profondeur de champ impressionnante, les contrastes fabuleusement riches, les détails abondent aux quatre coins du cadre large, y compris sur les très nombreuses scènes se déroulant en basse lumière. Le grain argentique est un régal pour les mirettes.



En ce qui concerne les mixages japonais DTS-HD Master Audio 2.0 (poinr de version française au programme), les dialogues s’avèrent ardents, les ambiances naturelles et les bruitages sont dynamiques, tout comme la partition de chaque opus.



Crédits images : © Roboto Films / Daiei Studios, Toei Company / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
