Test Blu-ray / Knock, réalisé par Guy Lefranc

KNOCK réalisé par Guy Lefranc, disponible en Blu-ray et DVD le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Louis Jouvet, Jean Carmet, Jean Brochard, Pierre Renoir, Louis de Funes, Jane Marken, Yves Deniaud, Pierre Bertin, Marguerite Pierry, Mireille Perrey…

Scénario : Georges Neveux & Jules Romains, d’après la pièce Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains

Photographie : Claude Renoir

Musique : Paul Misraki

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1951

LE FILM

Le nouveau docteur de Saint Maurice, Knock, confie à son prédécesseur, Parpalaid, qu’il aurait dû mieux tirer parti de sa situation. Le pharmacien et l’aubergiste comprennent vite l’aspect financier d’une mise en coupe réglée de la commune sur le plan médical, car « les bien portants sont des malades qui s’ignorent ». Il faut éclairer ceux qui sont capables de payer les soins qu’exige leur état. Le village devient donc le sanctuaire de la maladie, le rite quotidien est la prise de température.

Il y a des rôles qui poursuivent certains comédiens toute leur vie et donc durant leur carrière. C’est le cas pour le légendaire Louis Jouvet (1887-1951) avec le personnage de Knock, tiré de la pièce de théâtre en trois actes Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains, représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, en décembre 1923, sous la direction de Jacques Hébertot et déjà mise en scène et interprétée par Louis Jouvet. 1925, le cinéma s’empare de ce triomphe et la première adaptation pour le grand écran est réalisée par René Hervil, avec Fernand Fabre dans le rôle principal. Pendant ce temps, Louis Jouvet l’incarne au cinéma en 1933 et co-réalise le film aux côtés de Roger Goupillières. Il reprend ce personnage (qu’il aurait joué près de 1500 fois) sur les planches en 1935, puis pour la dernière fois en 1938 au Théâtre de l’Athénée. 1951, cinq mois avant sa disparition à l’âge de 63 ans, Louis Jouvet interprète encore Knock dans une nouvelle transposition cinématographique, signée cette fois Guy Lefranc, où le comédien officie également comme directeur artistique. Il s’agit aujourd’hui de la mouture la plus célèbre. Et c’est une leçon. Non pas de mise en scène, somme toute classique, même si Guy Lefranc parvient à éviter le théâtre filmé, mais de Louis Jouvet. En fait, Knock n’a pas vieilli malgré ses 75 ans au compteur. Il demeure même furieusement moderne et d’actualité avec tout ce qui est à la mode aujourd’hui avec ces supposés « coachs » en développement personnel qui pullulent partout sur internet. Chose étonnante, Knock met par exemple knock-out le récent Gourou de Yann Gozlan (qui part bien, puis s’enlise dans le nawak ronflant), dont les thèmes sont finalement assez proches. Et puis soyons honnêtes, Louis Jouvet qui « regarde » le spectateur complice à plusieurs reprises à la fin lors du face-à-face Knock/Parpalaid, cela reste monumental.

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Test Blu-ray / Les Nuits blanches de Saint-Pétersbourg, réalisé par Jean Dréville

LES NUITS BLANCHES DE SAINT-PÉTERSBOURG réalisé par Jean Dréville, disponible en Blu-ray le 13 mars 2024 chez Gaumont.

Acteurs : Gaby Morlay, Jean Yonnel, Edmonde Guy, Pierre Renoir, Jacques Erwin, Annie Rozanne, André Bervil, Gisèle Gire…

Scénario : André Legrand

Photographie : Michel Kelber

Musique : Adolphe Borchard

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1938

LE FILM

Pozdnycheff, jeune fêtard, a détruit par sa légèreté le bonheur conjugal d’un de ses amis d’enfance qui s’est suicidé. Depuis, il est hanté par ce souvenir. Il se marie et devient alors la proie d’une jalousie maladive qui le conduit à tenter d’assassiner sa femme et un violoniste qu’il croit être son amant.

Depuis dix ans, la maison Gaumont (comme l’appelait Georges Lautner) tente de remettre en avant les œuvres de Jean Dréville (1906-1997), quatre décennies cinéma, plus de trente longs-métrages, des succès voire des triomphes par dizaines (Copie conforme, La Cage aux rossignols). Le réalisateur, qui parvenait à sortir deux voire trois films par an a connu un important regain d’intérêt avec des opus comme La Fayette (1962), Normandie Niémen (1960), Les Cadets de l’océan (1945), qui ont tous subi une restauration en Haute-Définition, avant d’être exploité en Blu-ray. Il faudra désormais ajouter à cette liste Les Nuits blanches de Saint-Pétersbourg, qui comme l’indique Patrick Glâtre, spécialiste de Jean Dréville et par ailleurs auteur du passionnant ouvrage Jean Dréville cinéaste (Créaphis, 2006), se situe à un carrefour de sa carrière, où l’artiste mettra tout son immense savoir-faire technique au profit des histoires qui lui sont proposées. En dépit de ses scores pharamineux et enviés au box-office, Jean Dréville ne pourra jamais imposer un sujet qui lui tient à coeur ou dont il aurait été à l’origine, ce qui lui laissera un goût amer jusqu’à la fin de sa vie. Néanmoins, le public sera toujours présent. En 1937, sortent tour à tour Troïka sur la piste blanche, Maman Colibri, tandis que le metteur en scène emballe Les Nuits blanches de Saint-Pétersbourg, qui apparaît sur les écrans au mois de février de l’année suivante. Cette première collaboration entre Jean Dréville et la star Gaby Morlay est l’adaptation d’un court roman de Léon Tolstoï, La Sonate à Kreutzer (1889), dont il s’agit ici de la cinquième transposition (après trois films muets et une première version parlante réalisée en 1937 par Veit Harlan), surfant sur l’attrait des spectateurs pour la culture slave. Drame parfois très emphatique, Les Nuits blanches de Saint-Pétersbourg est un beau et bon film, dans lequel se distingue Jean Yonnel, Sociétaire de la Comédie-Française, star du somptueux Amok de Fédo Ozep, qui terminera son illustre carrière en interprétant le père de Bourvil dans Un drôle de paroissien de Jean-Pierre Mocky. Il est ici impérial, à la fois pathétique et flippant, le jeu forcément daté, mais foncièrement habité du comédien valant sacrément le détour.

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