
ALPHA réalisé par Julia Ducournau, disponible en DVD et Blu-ray le 6 janvier 2026 chez Diaphana.
Acteurs : Mélissa Boros, Tahar Rahim, Golshifteh Farahani, Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Louai El Amrousy, Jean-Charles Clichet, Ninon Le Henry…
Scénario : Julia Ducournau
Photographie : Ruben Impens
Musique : Jim Williams
Durée : 2h03
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Lors d’une soirée, Alpha, 13 ans, se fait tatouer le bras. Au matin sa mère, infirmière, s’inquiète qu’elle ait pu, à cause de l’aiguille, être contaminée par un virus mortel, qui se propage dans la population. Au collège, Alpha est ostracisée. En rentrant chez elle, elle trouve, installé dans le salon, son oncle Amin, qu’elle n’avait plus vu depuis l’enfance. Il est toxicomane, atteint par le virus, et est venu pour se sevrer.

Qu’elle semble loin la réussite de Grave…Il y avait pourtant tellement de promesses dans ce premier long-métrage. Certes, Titane a remporté la Palme d’or en 2021, mais cette récompense suprême n’était en rien justifiée. Tant mieux pour Julia Ducournau (née en 1983), tant pis pour nous. Immédiatement après le Festival de Cannes, la réalisatrice écrit un nouveau scénario pendant des mois…mais l’abandonne finalement au profit (ou au détriment) de ce qui sera finalement Alpha, son troisième opus, annoncé comme étant un body horror…Hélàs, cette fois encore, la cinéaste déçoit (euphémisme) et livre une œuvre ronflante, prétentieuse, pesante, interminable et glaciale, saupoudré de dialogues pauvres qui feraient passer ceux de Luc Besson pour du Modiano. Julia Ducournau est une brillante formaliste…mais il faudrait qu’elle se mette au service du scénario d’un autre, plutôt que de livrer des films vides ou plutôt qui croulent sous des métaphores, les allégories, une musique OMNIPRÉSENTE, une hystérie jamais contenue, assourdissante, tandis que le montage alambiqué, aux pâquerettes, finit ici de nous achever dans un va-et-vient constant entre le passé et le présent, pour au final ne rien raconter. Mais si Julia Ducournau est satisfaite…En l’état, Alpha a bien eu du mal à dépasser la barre des 100.000 entrées, la réception a été catastrophique sur la Croisette où il était en compétition officielle, tandis que l’accueil critique et public a sans doute été le plus virulent de 2025, au même titre que Toutes pour une de Houda Benyamina.


Nous sommes dans les années 1980, dans une ville portuaire, Alpha est l’enfant unique d’une jeune médecin qui travaille dans un service hospitalier fermé avec des malades atteints d’un virus. La jeune fille de treize ans est évitée par ses camarades de classe, car des rumeurs circulent selon lesquelles elle serait atteinte d’une nouvelle maladie. Lorsque l’adolescente revient de l’école avec un tatouage sur le bras représentant la lettre A, le monde s’écroule pour sa mère. Elle s’inquiète de savoir quelle maladie sa fille a pu attraper avec l’aiguille du tatoueur. Son frère Amin, séropositif, est un toxicomane sans espoir dont les bras sont couverts de marques de piqûres. Le tatouage d’Alpha se met à saigner de plus en plus souvent. À l’école, les attaques contre elle se multiplient. Dans la piscine de l’école, elle manque de se faire noyer par un camarade de classe. Alpha connaît à peine son oncle, et lorsqu’Amin arrive chez eux, marqué par sa maladie et proche de la mort, elle fait véritablement sa connaissance.


Ce qui manque à Alpha et c’était déjà le cas dans Titane, c’est l’empathie, ou tout du moins une sympathie que l’on pourrait ressentir pour un ou plusieurs personnages. Ce n’est absolument pas le cas ici. Mélissa Boros, qui incarne le rôle-titre n’a aucun charisme et son jeu laisse sérieusement à désirer. De son côté, Tahar Rahim, délesté de plus de vingt kilos pour son rôle (et éclairé de façon blafarde comme Christian Bale dans The Machinist, histoire d’en rajouter), a toujours du mal à articuler et il faut bien tendre l’oreille encore une fois pour comprendre ce qu’il raconte. Finalement, celle qui s’en sort le mieux (le contraire eut été franchement étonnant) est Golshifteh Farahani, même si celle-ci n’a elle aussi que peu de choses à défendre. Quant à Emma Mackey, il semble que son personnage ait été sacrifié au montage et comme le reste de la distribution, celle-ci n’apporte rien au récit, si ce n’est remplir encore une fois le néant. Ah si, Finnegan Oldfield est comme d’habitude impeccable, mais même chose, celui-ci disparaît de l’écran aussi vite qu’il était apparu.


Au spectateur alors d’essayer de reconstituer ce mauvais puzzle, du genre auquel il manque des pièces et rend donc inutile le fait qu’on y consacre du temps. On passe d’une scène bleutée-grise au jaune peu ragoûtant, histoire de bien différencier les deux « actions », comme un Steven Soderbergh du pauvre en quelque sorte, des partis-pris esthétiques peu recherchés signés Ruben Impens, déjà à l’oeuvre sur Titane. Les effets visuels sont très réussis, notamment tout ce qui illustre la maladie, à mi-chemin entre le sida et l’asbestose (liée à l’absorption d’amiante), grâce auxquels quelques scènes parviennent à sortir du lot (une scène devant un hôpital rappelle brièvement Romero), mais tout ceci est bien trop peu.


On assiste donc pendant deux longues heures (la scène du repas de l’Aïd est un vrai supplice, comme une parodie de La Graine et le mulet de Kechiche) l’écroulement d’une famille, qui met certes mal à l’aise, mais plutôt en raison de la mauvaise direction d’acteurs, du côté hautain, m’as-tu-vu et poseur de cette entreprise soporifique, encore une fois basée sur la mutation physique et psychologique. N’est pas David Cronenberg qui veut encore une fois. Ici, ce serait plutôt Julia Kronenbourg puisqu’on ressort épuisé d’Alpha comme après une biture à la 33 Export.



LE DVD
Comme Titane, Alpha est disponible en DVD et Blu-ray chez Diaphana. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Nous n’avons pu avoir accès au Blu-ray. Nous abordons donc le DVD dans cette chronique. Le menu principal est animé et musical.

En plus d’un teaser et de la bande-annonce, l’éditeur propose une masterclass de Julia Ducournau, enregistrée au Pathé Palace, à l’occasion de la sortie d’Alpha dans les salles (54’). Devant près de 400 spectateurs, la réalisatrice répond aux questions d’Axel Cadieux, rédacteur en chef adjoint du magazine Sofilm. Le fond et la forme d’Alpha sont analysés, disséqués pendant près d’une heure. Comme à son habitude, la réalisatrice se perd souvent dans ses propos et fait même parfois penser à une JCVD qui aurait perdu le fil de ses explications (« On peut tuer le père, mais pas la mère, car on tuerait une partie de soi, mais en fait… »), mais qui continue malgré tout d’étayer ses arguments. D’ailleurs, Julia Ducournau avoue écrire ses dialogues en anglais dans un premier temps, avant de les traduire en français. Jean-Claude n’est donc pas si loin. Néanmoins, certains échanges donneraient presque envie de revoir Alpha. Presque. Mais finalement non. Vous en apprendrez tout de même sur la genèse du film, la figure de la mère abordée ici (contrairement à Grave et à Titane, plus axés sur celle du père), le choix de la structure du récit, la transformation physique de Tahar Rahim, le travail sur le son, les effets spéciaux…


L’Image et le son
Diaphana prend soin du film de Julia Ducounau et livre un service après-vente tout ce qu’il y a de plus solide. Les partis-pris esthétiques du chef opérateur Ruben Impens sont respectés et la palette chromatique à la fois froide, blafarde pour le présent, et plus dorée-ambrée du passé est habilement restituée. La clarté est de mise, les contrastes sont fermes, le piqué est acéré et les détails sont appréciables sur l’ensemble des séquences en extérieur, y compris sur les très présents gros plans des comédiens. Notons de sensibles pertes de la définition et des plans un peu flous, qui n’altèrent cependant en rien le visionnage. Un master SD élégant.

La musique est très importante dans Alpha et le mixage fait la part belle non seulement à la musique de Jim Williams (Possessor de Brandon Cronenberg), mais aussi à la bande originale qui accueille entre autres Portishead, Nick Cave et la 7ème symphonie de Beethoven dans son final, thème déjà utilisé par Gaspar Noé dans la dernière séquence d’Irreversible. La piste Dolby Digital 5.1 bénéficie d’un traitement de faveur et plonge activement le spectateur dans l’ambiance du film. La balance frontale est dynamique, les dialogues précis, les latérales n’oublient jamais de distiller leur lot d’effets avec solidité même durant les séquences en intérieur. Le caisson de basses n’est pas oublié. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, une Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.



Crédits images : © Diaphana / Copyright MANDARIN & COMPAGNIE KALLOUCHE CINEMA FRAKAS PRODUCTIONS FRANCE 3 CINEMA / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
