
URGENCE réalisé par Gilles Béhat, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.
Acteurs : Richard Berry, Bernard-Pierre Donnadieu, Jean-François Balmer, Fanny Bastien, Nathalie Courval, Catherine Allégret, Jean-Jacques Moreau, Artus de Penguern…
Scénario : Jean Herman & Gilles Béhat, d’après le roman « Qui vous parle de mourir ? » de Gérard Carré & Didier Cohen
Photographie : Pierre Lhomme
Musique : Jean-Hector Drand
Durée : 1h37
Date de sortie initiale : 1985
LE FILM
Le journaliste Max Forestier filme discrètement un groupe néo-nazi dans lequel il est infiltré depuis plusieurs mois. Il se fait surprendre et des membres du groupe lui tirent dessus. Avant de mourir, il a le temps de confier un étrange message à sa sœur, Lysa, qui se retrouve alors elle-même en danger. Elle décide d’alerter la presse et se réfugie à l’agence Oméga où elle est secourue par Jean-Pierre Mougin, journaliste à la rubrique sport, qui ne la prend pas au sérieux dans un premier temps.

À la base comédien, Gilles Béhat (né en 1949), vu dans Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès et Chobizenesse de Jean Yanne, et même en Charles IV le Bel dans la série Les Rois maudits, se lance dans la mise en scène à la fin des années 1970. Si ses deux premiers longs-métrages, Haro ! (1978) et Putain d’histoire d’amour (1981), passent complètement inaperçus, il connaît la consécration avec Rue Barbare, qui attire deux millions de spectateurs dans les salles en 1984. Galvanisé par ce grand succès, Gilles Béhat enchaîne alors très rapidement sur son prochain film, Urgence, qui sort le 30 janvier 1985, soit un an après Rue Barbare. Si l’accueil sera plus froid avec seulement 840.000 entrées, ce thriller vaut le coup d’oeil pour son traitement anglo-saxon, mais aussi pour son sujet, toujours d’actualité sur la montée des extrêmes (on précise bien au pluriel), ainsi que pour sa distribution, solidement dirigée, portée par un Richard Berry en grande forme, sans doute dans l’un de ses meilleurs rôles.


Paris, 1985. Max Forestier, jeune journaliste infiltré dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris par l’un d’eux, Lucas Schroeder, en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé et poursuivi, il a juste le temps de remettre à sa sœur, Lyza, un étrange message. D’abord prise en chasse par les poursuivants de Max, Lyza parvient à s’enfuir et arrive jusqu’à l’agence de presse Omega, pour laquelle son frère travaillait dans l’ombre du journaliste Villard. Elle y rencontre Jean-Pierre Mougin, un jeune chroniqueur sportif qui, malgré lui, se trouve embarqué dans une enquête marathon de trente-six heures, pour comprendre où et quand aura lieu cet attentat.


« Monsieur nous fait le coup de l’étoile cachée ?? »
« Touche pas à ça, c’est un cadeau de ma mère ! »
« Tu veux nous faire croire que t’es juif ? »
« Tu veux voir ma bite ? Cadeau de mon père… »
Gilles Béhat adapte le roman Qui vous parle de mourir ? de Gérard Carré et Didier Cohen, publié en 1982 dans la collection Série Noire. Pour cela, il s’octroie l’aide de Jean Herman, scénariste souvent lié à Jean-Paul Belmondo (Flic ou voyou, Le Guignolo, Le Marginal), mais aussi de Garde à vue de Claude Miller, avec lequel le cinéaste avait déjà écrit Rue Barbare. Production Raymond Danon (Le Chat, Les Seins de glace, Les Choses de la vie, Tir à vue) via sa société Lira Films et distribué par Parafrance, Urgence dispose d’un budget confortable, ce qui permet au réalisateur d’enchaîner les scènes de poursuites, les bagarres, sur un rythme soutenu du début à la fin. Richard Berry et Bernard-Pierre Donnadieu retrouvent Gilles Béhat, le premier après Putain d’histoire d’amour et le second après Rue Barbare, qui lui avait valu une nomination pour le César du meilleur acteur dans un second rôle. Richard Berry est impeccable dans la peau de ce journaliste habituellement cantonné à la rubrique sportive, qui va se retrouver embringuer dans une histoire qui le dépasse et qui pourrait bien lui valoir le scoop de l’année, lié à une affaire de flics, non seulement ripoux, mais néo-nazis, qui préparent un coup d’éclat, en l’occurrence profiter d’un concert organisé pour la paix, pour y faire exploser une bombe. Comme d’habitude, Bernard-Pierre Donnadieu a peu à faire pour être flippant. Sa taille imposante engoncée dans sa veste cintrée en cuir noir qui rappelle l’uniforme de la Gestapo, sa coupe blonde en brosse, son regard acier font instantanément le personnage, qui s’exprimera finalement très peu avant le dernier acte.


Durant 1h35, Max Forestier fera tout pour défendre Lyza, jeune femme qui en sait trop. Cette dernière est interprétée par la belle Fanny Bastien, tout juste révélée dans Pinot simple flic de Gérard Jugnot et dont les apparitions au cinéma deviendront finalement assez rares par la suite. Elle s’impose sans mal dans Urgence et le tandem qu’elle forme avec Richard Berry fonctionne aussi bien que dans un buddy movie. Si Urgence a vieilli sur le point « vestimentaire », le film se tient encore très bien sur la forme avec notamment une belle photo signée Pierre Lhomme (Mortelle randonnée, Tout feu tout flamme), un montage nerveux, même si, comme pour Mort un dimanche de pluie dont nous parlions dernièrement, les scènes musicales plombent légèrement l’ensemble et trahissent non seulement l’âge du film, mais ralentissent aussi l’action. Quelques répliques peuvent aussi faire sourire ou pouffer, mais cela participe au charme indéniable du film.


Sorti le 30 janvier 1985, Urgence parviendra à se faire une place au box-office, jusqu’à présent dominé par Cotton Club de Francis Ford Coppola (1,6 million d’entrées) et À nous les garçons de Michel Lang (un million de spectateurs). Une bonne année pour Richard Berry, qui parvient à placer deux autres films dans le même sillage avec l’excellent Lune de miel de Patrick Jamain (714.000 entrées) et Spécial Police de Michel Vianey (838.000 entrées). Quant à Gilles Béhat, s’il connaîtra un autre grand succès avec Les Longs manteaux, sa carrière cinématographique déclinera fortement par la suite. Non, nous ne parlerons pas de Dancing Machine (« Bonsoir Chico ! ») et de Diamant 13…


LE BLU-RAY
Urgence avait déjà bénéficié d’une sortie en DVD chez LCJ Editions et Productions (en 2009), sans aucun supplément. Mais il s’agit d’une première fois en HD pour le film de Gilles Béhat et ceci grâce à Arcadès Éditions. Ce Blu-ray rejoint la collection polar de l’éditeur, qui comprend désormais Un été d’enfer de Mickael Schock, Effraction de Daniel Duval et Tir à vue de Marc Angelo. Visuel sobre créé à cette occasion. L’éditeur gagnerait à proposer une jaquette réversible proposant le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Boîtier Standard de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est fixe et muet.

Deux Jérôme Wybon pour le prix d’un ! Dans le premier module (Le Cinéma français en garde à vue – Le Polar des années 80, 18’35), l’archéologue-spéléologue du monde de la vidéo française propose un large tour d’horizon du polar hexagonal, plus spécifiquement dans les années 1980, qui voit l’émergence de nouveaux réalisateurs et comédiens. Le genre a muté depuis Jacques Becker, Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Meville et Julien Duvivier. Selon Jérôme Wybon, La Guerre des polices de Robin Davis, grand succès public et César du meilleur acteur pour Claude Brasseur, vient changer la donne. La représentation de la police et des criminels change, le public est friand d’une certaine réalité documentaire, de violence graphique aussi. La gauche arrive au pouvoir au début des années 1980 et le cinéma rend compte du climat social et politique. D’autres films viendront aussi marquer le genre, Garde à vue de Claude Miller (nouveau metteur en scène qui dirige l’ancienne génération d’acteurs), Le Choix des armes d’Alain Corneau, La Balance de Bob Swaim, tandis que la photographie devient stylisée (Diva de Beineix, Subway de Luc Besson). Tout le monde y va de son polar, même Jean-Luc Godard (Détective), Bebel et Delon se renvoient la balle (même si le genre arrive à bout de souffle quand ils se lancent), Gérard Jugnot livre son Pinot simple flic (pas simplement une comédie), tandis que le thème de l’auto-défense se mêle à la partie, ainsi que celui de la montée de l’extrême-droite…Tous ces sujets sont abordés au cours de ce bonus évidemment indispensable, que l’on retrouve au passage sur les autres titres de cette anthologie.

Dans le second supplément (8’), Jérôme Wybon s’exprime sur Urgence de Gilles Béhat. Le spectateur en saura plus sur ce réalisateur, qui sortait du gros succès de Rue Barbare, ainsi que sur la genèse du thriller d’action qui nous intéresse aujourd’hui. Jérôme Wybon donne des infos sur le co-scénariste Jean Herman, sur l’adaptation du roman Qui vous parle de mourir ? de Gérard Carré & Didier Cohen (en pointant les différences), le casting, la musique et le joli succès rencontré par Urgence à sa sortie.
L’Image et le son
Bien que remasterisé en HD, la copie d’Urgence contient encore quelques couacs, à l’instar de gros raccords de montage, ou les brûlures de cigarette si vous faites partie du Fight Club, qui apparaissent parfois à l’écran. La propreté est néanmoins acceptable, la stabilité de mise, la texture argentique préservée, les contrastes équilibrés. Le piqué est aléatoire, plus convaincant sur les scènes diurnes, tout comme la palette chromatique. De nombreux cinéphiles attendaient Urgence en Haute-Définition et ceux-ci ne seront pas déçus, même s’il ne faut pas s’attendre à des miracles non plus.
Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur propose également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. En revanche, point de piste Audiodescription.


Crédits images : © Arcadès / Studio TF1 / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
