
THE SHADOW’S EDGE (Bu Feng Zhui Ying) réalisé par Larry Yang, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez AB Vidéo.
Acteurs : Jackie Chan, Zhang Zifeng, Tony Leung Ka Fai, CiSha, Wen Junhui, Zhou Zhengjie, Wang Ziyi, Lang Yueting…
Scénario : Larry Yang
Photographie : Qian Tiantian
Musique : Nicolas Errèra
Durée : 2h22
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Un mystérieux mafieux et ses 7 fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en crypto-monnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échec commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

Avec The Shadow’s Edge, Jackie Chan ne s’attendait sûrement pas à connaître le plus grand succès de sa carrière depuis dix ans (Kung Fu Yoga de Stanley Tong). Deux ans après Ride On, dans lequel le comédien incarnait un ancien cascadeur vieillissant, rôle forcément très méta, il retrouve le réalisateur Larry Yang (né en 1981) pour un thriller high-tech, dans l’ère du temps, où la vieille garde aux méthodes dépassées se confronte à l’intelligence artificielle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la légende en a encore sacrément sous le capot. S’il a désormais dépassé la barre des 70 ans, Jackie Chan n’est visiblement pas prêt à prendre sa retraite, même si le début du film tend à nous faire croire le contraire. D’ailleurs, ça part mal. Les premières vingt minutes, par son montage épileptique, ferait passer Michael Bay pour Belà Tarr. On ne pige quasiment rien à ce qui se déroule à l’écran avec un plan par seconde, des effets stroboscopiques, du jargon incompréhensible, une multitude de personnages, de l’IA, des poursuites, des numéros de quick-change à la Arturo Brachetti, des sauts en parachute tournés sur fond vert, un braquage…un gloubi-boulga indigeste et l’on se dit qu’on va finir à l’hosto dans pas longtemps si les 140 minutes du film se déroulent ainsi. Heureusement, il n’en est rien. Car une fois cette longue intro passée, The Shadow’s Edge met la pédale douce et prend enfin le temps d’installer les protagonistes. Jackie Chan n’apparaît qu’au bout d’une demi-heure et dans la peau d’un type qui promène une multitude de chiens. Mais il s’agit bien sûr d’une partie cachée de l’iceberg, car le sieur Chan va évidemment donner du pied, du poing et surtout merveilleusement interprété ce rôle de « dinosaure » quelque peu dépassé par le monde contemporain. Son personnage va être recruté un peu à la Steven Seagal dans Terrain miné. Comme lui, Wong est un « professeur », auquel l’armée fait appel pour entraîner les troupes quand elle monte une opération qui ne doit pas échouer, le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur un feu de camp, qui largué au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent débarquerait le lendemain après-midi au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de yuans. Ce type là est un professionnel. Il fallait bien ça pour mettre Jackie Chan en valeur et celui-ci ne déçoit pas. The Shadow’s Edge vaut aussi largement le déplacement pour sa confrontation – la troisième de leur carrière après Island of Fire (1990) et The Myth (2005) – avec une autre star emblématique, Tony Leung Ka-fai, un poil plus jeune que son partenaire, mais de pas grand-chose, qui crève l’écran dans le rôle de Fu Lung-sang dit « The Shadow », celui sur lequel les autorités tentent de mettre le grappin. On ne s’ennuie pas une seconde devant ce grand spectacle et ce malgré un rythme en dents de scie et qui aurait bien mérité d’être élagué d’une bonne demi-heure. Rien que pour le combat final entre les deux mythes, The Shadow’s Edge vaut le coup d’oeil.


À Macao, le système de surveillance de la police est particulièrement développé, avec des milliers de caméras dans les rues et immeubles, et l’aide d’une IA surnommée Spice Girl. Pourtant, un mystérieux mafieux et son équipe, doués en transformations, parviennent à leur échapper, dérobant près de 60 millions en crypto-monnaie, grâce notamment au piratage du système. La police fait alors appel à un vieux briscard, Wong, afin de retrouver ce mafieux, qui n’est autre que Shadow, un homme disparu des radars en 1999 et que personne jusque là n’avait réussi à prendre en photo…


The Shadow’s Edge saura contenter tous les publics, toutes les générations. On en prend plein les yeux (qui pleurent, qui saignent), surtout durant le premier acte donc. Une fois le braquage passé, Larry Yang compile les morceaux de bravoure (la scène de l’assaut du Central est un grand moment), ça défouraille partout, ça envoie de la tatane dans la tronche, tandis que Jackie Chan prend tout ce qui lui passe par la main pour s’en faire une arme, y compris des torchons de vaisselle. Mais, et c’est là toute la réussite de The Shadow’s Edge, l’émotion est placée au même niveau. Les personnages sont fouillés, marqués par la vie, un trauma, qui lie d’ailleurs Wong et la jeune He Qiuguo, interprétée par l’excellente Zhang Zifeng, que l’on avait découvert toute petite dans Tremblement de terre à Tangshan – Aftershock (2010) de Feng Xiaogang, et dont le personnage rappelle étrangement celui de Judy dans…Zootopie.


Une histoire de transmission se fait naturellement entre les deux et leurs nombreux échanges s’avèrent très émouvants. Jackie Chan est par ailleurs souvent bouleversant et se permet de pleurer à l’écran. Ces scènes dramatiques laissent place à une déferlante d’action, de gunfights chargés, d’affrontements rapides, violents et musclés (capturés à l’aide de la caméra haute vitesse Sony CineAlta V2), le tout avec quelques touches d’humour et ce du début à la fin, dans les rues très bien filmées de Macao.


Le fait est qu’on ne comprend pas tout à l’intrigue et qu’on ne nous laisse pas le temps de rattraper le fil à plusieurs reprises, au point qu’on finit par lâcher l’affaire. Suite à son gros carton dans les salles en Chine (avec près de 33 millions d’entrées), The Shadow’s Edge, quasi-remake du film HK Filatures – Gun chung (2007) de Yau Nai-hoi, dans lequel Tony Leung Ka-fai tenait le même rôle, a pu bénéficier d’une sortie internationale. Si l’exploitation hexagonale a été quelque peu discrète (euphémisme) avec seulement 41.000 entrées, The Shadow’s Edge devrait connaître une belle seconde vie avec sa sortie en DVD et Blu-ray, d’autant plus que la scène post-credits annonce déjà une suite. Ah oui dernière chose, le générique s’accompagne d’un bêtisier comme à la grande époque d’Opération Condor (entre autres). C’était juste histoire de vous appâter une dernière fois.


LE BLU-RAY
The Shadow’s Edge débarque dans les bacs, en DVD et en Blu-ray, chez AB Vidéo. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation française et celle-ci est glissée dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément…
L’Image et le son
L’éditeur soigne son master HD qui se révèle exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté demeure frappante, le piqué est affûté, les gros plans détaillés, les contrastes denses et la colorimétrie marquée par les décors métalliques et bleus reste chatoyante. Les détails sont légion aux quatre coins du cadre large et la copie restitue les partis pris esthétiques originaux. Ce Blu-ray offre de fabuleuses conditions pour revoir le film de Larry Yang. L’apport HD sur ce titre est évidemment indispensable.
En mandarin, comme en français, les pistes française et coréenne DTS-HD Master Audio 5.1, sont logées à la même enseigne, instaurent d’excellentes conditions acoustiques et font surtout la part belle à la musique, très présente pendant plus de deux heures. Les basses ont souvent l’occasion de briller, les ambiances naturelles sont bien présentes, les effets sont toujours saisissants (les très nombreuses fusillades et poursuites) et le rendu des voix est sans failles. De quoi bien décrasser les frontales et les latérales. Présence d’une piste française en Audiodescription, ainsi que des sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.



Crédits images : © AB Vidéo / Arcadès Éditions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
