
SHE’S SO LOVELY réalisé par Nick Cassavetes, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.
Acteurs : Sean Penn, Robin Wright, John Travolta, Harry Dean Stanton, James Gandolfini, Susan Traylor, Debi Mazar, Bobby Cooper…
Scénario : John Cassavetes
Photographie : Thierry Arbogast
Musique : Joseph Vitarelli
Durée : 1h40
Date de diffusion initiale : 1997
LE FILM
Quand Maureen, enceinte, se fait violenter par un voisin, Eddie son mari réagit avec violence. À tel point qu’il se fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il en sort dix ans après. Mais Maureen a refait sa vie, la fille qu’elle a eue d’Eddie a maintenant neuf ans et elle en a deux autres avec son nouveau mari, Joy. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser la vie de Maureen.

John Cassavetes meurt en février 1989 à l’âge de 59 ans, des suites d’une cirrhose. Il avait alors pour projet de diriger Sean Penn, pour lequel il avait écrit She’s So Lovely. Le projet est finalement repris en main, sous l’impulsion de Gérard Depardieu, ami proche de la famille Cassavetes, qui décide de produire le film avec René Cleitman pour le compte d’Hachette, en partenariat avec les frères Weinstein, tandis que Sean Penn se joint aussi au financement. Notre Gégé national parvient aussi à convaincre son pote John Travolta, non seulement de participer à la production, mais aussi de tenir également le haut de l’affiche, en baissant son cachet à un million de dollars, l’acteur revenu bankable depuis Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Ainsi, entre les deux opus de John Woo, Broken Arrow et Volte-Face – Face-Off, le comédien prouve qu’on peut aussi le trouver tout aussi convaincant dans le cinéma d’auteur. À la barre, Nick Cassavetes (né en 1959), fils de John et donc de Gena Rowlands, reprend le flambeau, même si Sean Penn avait lui-même envisagé de repasser derrière la caméra pour ce film. Acteur à ses heures, Nick Cassavetes passe à la mise en scène en 1996 avec l’intéressant Décroche les étoiles – Unhook the Stars, dans lequel Marisa Tomei donne la réplique à…Gena Rowlands et Gérard Depardieu. Un petit monde. Avec She’s So Lovely, Nick Cassavetes passe à l’échelon supérieur et le film est accueilli en grandes pompes dans tous les festivals, quand bien même la critique ne peut s’empêcher de comparer le talent du fils à celui de son légendaire père. Sean Penn, à qui revient le rôle principal comme le désirait John Cassavetes avant son décès, se voit récompenser par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Si rétrospectivement Kevin Spacey, Russell Crowe et Guy Pearce auraient mérité un prix collectif pour L.A. Confidential de Curtis Hanson, tout comme Kevin Kline pour son intense interprétation dans Ice Storm d’Ang Lee, Sean Penn ne démérite évidemment pas. Mais étrangement (ou pas), son personnage demeure particulièrement antipathique, tout comme celui tenu par Robin Wright (alors Penn) et finalement John Travolta vole la vedette dans la peau de ce brave type, qui ne demandait rien et qui se voit non seulement voler sa compagne, mais aussi la mère de ses enfants. Revoir She’s So Lovely trente ans après sa sortie permet de réhabiliter la prestation de l’ami John, à qui l’on aurait bien décerné aussi un prix d’interprétation.


Maureen et Eddie forment un couple turbulent, vivant passionnément leur histoire amoureuse, mais Eddie a tendance à boire plus que de raison. Alors que Maureen est enceinte, elle subit les avances d’un voisin brutal, qu’Eddie frappe à son retour à la maison. Il est alors interné en hôpital psychiatrique, pour une durée de 10 ans. Lorsqu’il est libéré, Maureen est remariée avec Joey, avec lequel elle a deux autres enfants – en plus de la fille d’Eddie. La passion revient tout de même entre Eddie et Maureen, mettant à mal tout le reste.


La passion folle, violente, destructrice. Au-delà de tous les excès. C’est par un acte de folie qu’Eddie va réagir face à l’agression de celle qu’il aime. Cela le conduira en HP. Ce qui devait durer un trimestre, va en réalité durer une décennie. Autant dire que l’attente a dû être difficile, mais aussi réfléchie. Car Eddie ne souhaite qu’une seule chose, récupérer sa femme et ce même si Maureen a refait sa vie. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser le nouvel ordre de la vie de Maureen. En fait, il y a clairement deux films dans She’s So Lovely. La première partie repose sur l’incandescence du couple principal, à l’écran comme à la ville, leur alchimie, leur évidence, leur sex-appeal. La seconde, celle où apparaît John Travolta, est un huis clos, quasi-théâtral (et parfaitement photographié par Thierry Arbogast, la même année que Le Cinquième Élément de Luc Besson), reposant sur les dialogues qui font office de coups de poings dans le ventre. Le malaise est omniprésent et l’attachement se fait difficilement avec les personnages, tandis que celui campé par un très grand John Travolta, entrepreneur prospère, riche et propriétaire d’une magnifique maison, se révèle au fur et à mesure.


Si Nick n’est pas et ne sera jamais John Cassavetes, il se révèle solide directeur d’acteurs (Harry Dean Stanton, Gena Rowlands et James Danolfini sont aussi de la partie) et l’on retrouve tout de même la sève des œuvres de ce dernier, avec notamment tout ce qui touche à la quête d’authenticité émotionnelle, le portrait dressé des vies complexes, imparfaites et souvent illogiques. She’s So Lovely traite de l’irrationalité de l’amour, en faisant perdre ses repères aux spectateurs, en mélangeant les tons, pour ne pas dire les genres.


Tour à tour poignant, drôle (Eddie n’a pas grandi en dix ans et ressemble à un homme-enfant capricieux qui revient chercher sa copine), troublant, exaspérant et déprimant, le film change constamment de registre, si bien qu’on ne sait jamais où il nous emmène et surtout où il nous mènera, ce qui était là aussi la marque de fabrique de John Cassavetes. La vie est imprévisible, dont les œuvres de Cassavetes aussi. Tout comme l’existence est imparfaite, She’s So Lovely l’est de même.


LE BLU-RAY
She’s So Lovely n’avait pas tardé à apparaître en DVD et ce dès les débuts du support. La première édition du film de Nick Cassavetes remonte à septembre 1998 en France, chez H2F. 2005, M6 Vidéo devait reprendre le flambeau, toujours en DVD. Plus de vingt piges plus tard, She’s So Lovely refait son apparition dans les bacs, en édition Standard, mais aussi pour la première fois en Blu-ray chez LCJ Éditions & Productions. Visuel sobre, tout comme le menu principal, fixe et musical.

Aucun supplément…Ce qui est bien dommage, puisque She’s So Lovely n’a jamais été accompagné de bonus et qu’il s’agissait d’une belle occasion pour remédier à ce manque…
L’Image et le son
La photographie primée à Cannes de Thierry Arbogast trouve ici un bel écrin et voit ses partis-pris esthétiques bien mieux mis en valeur que sur les précédents DVD, quelque peu obsolètes. L’image est assez détaillée, les noirs profonds et les couleurs conservent leur palette originale, assez terne dans la première partie, plus lumineuses dans la maison de Joey. La texture argentique paraît légèrement lissée, mais rien de grave pour autant. La copie est stable, le piqué pointu (surtout sur les gros plans) et ce petit lifting permet de revoir le film de Nick Cassavetes dans de bonnes conditions.
Contrairement au Blu-ray US, la version originale ne bénéficie pas ici de DTS-HD Master Audio 5.1, mais se voit proposer, comme la piste française, en Stéréo. Dans les deux cas, les dialogues sont solidement plantés, les effets annexes clairs et distincts (la pluie, les murmures des clients d’un bar ou la musique d’une piste de danse), l’immersion se fait sans mal.

Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
