Test Blu-ray / Les Yeux de feu, réalisé par Avery Crounse

LES YEUX DE FEU (Eyes of Fire) réalisé par Avery Crounse, disponible en Édition Collector Blu-ray + 2 DVD + Livret le 13 février 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Dennis Lipscomb, Guy Boyd, Rebecca Stanley, Sally Klein, Karlene Crockett, Fran Ryan, Rob Paulsen, Kerry Sherman…

Scénario : Avery Crounse

Photographie : Wade Hanks

Musique : Brad Fiedel

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

1750. Chassé de son village pour adultère, un pasteur s’enfuit avec quelques fidèles dans une région inexplorée d’Amérique du Nord. Le petit groupe finit par trouver un endroit où s’installer, inconscient des dangers qui se cachent dans les bois environnants.

Nous sommes ici dans le genre folk horror, dont certains titres demeurent emblématiques comme The Wicker Man, Le Grand Inquisiteur, La Nuit des maléfices, Les Démons du maïs (adapté de Stephen King) et plus proches de nous Le Projet Blair Witch, The Witch et Midsommar. L’opus qui nous intéresse aujourd’hui sort en 1983 et s’intitule Les Yeux de feuEyes of Fire. Mais avant cela le titre original était Crying Blue Sky, puisque le réalisateur Avery Crounse (1951-2023) a décidé de revoir sa copie, jugée trop longue et qui a dû couper plus de vingt minutes afin de gagner en rythme, afin aussi de privilégier le fantastique, le premier montage ayant été qualifié de trop contemplatif. Ce premier long-métrage d’un photographe confirmé est une splendeur visuelle, une révélation, un film unique et osons l’écrire une matrice pour de nombreux longs-métrages d’épouvante qui suivront. Écrit et mis en scène par Avery Crounse, qui s’était occupé aussi personnellement de la distribution de son premier « bébé », Les Yeux de feu est une merveille de tous les instants, un trip sensoriel inattendu, un classique instantané.

Le film se déroule en 1750, à la frontière américaine, à l’époque coloniale, avant la déclaration d’indépendance des États-Unis. L’histoire est racontée du point de vue de Fanny et Meg, une jeune femme et son enfant, découverts par l’armée française. Ils ont dû fuir leur colonie après les accusations pour adultère portées à l’encontre du nouveau prédicateur, Will Smythe. La première femme est la mère de Fanny, Éloïse, dont le mari est parti à la chasse, et une autre femme, Leah, qui paraît atteinte de démence. Les autres colons se préparent à les pendre, mais Will est sauvé lorsque son nœud coulant se rompt, après une incantation de Leah. Ils quittent le camp avec quelques autres personnes opposées à la pendaison du pasteur : le couple Jewell Buchanan et Margaret Buchanan ; leur fille Cathleen ; Calvin et sa femme, surnommée Sister ; et leur petite-fille Meg. À mesure que le groupe s’éloigne de leur ville, la menace d’attaques de tribus amérindiennes hostiles s’intensifie, jusqu’à ce que le groupe tombe finalement dans une embuscade. Calvin ne survit pas à l’attaque, mais les autres sont protégés par Leah, qui a eu recours à la sorcellerie. Cependant, les autres ignorent que Leah utilise la magie pour assurer leur sécurité. Les membres restants du groupe sont contraints d’abandonner leur piste le long de la rivière et de se réfugier dans les bois, loin des sentiers artificiels. À ce moment-là, Marion Dalton, le mari d’Eloise, rentre chez lui et apprend que sa femme devait être exécutée avec Will pour adultère. Marion se met à la poursuite du groupe. De son côté, Leah s’éloigne du campement. À ce moment-là, les Indiens Shawnee ont rattrapé la compagnie et Marion Dalton, qui parle couramment plusieurs langues tribales, débarque et parvient à convaincre les Shawnee d’abandonner l’attaque, du moins pour un temps, bien que Marion soit certain qu’ils reviendront en plus grand nombre. Leah revient couverte de plumes blanches et Marion y voit un avertissement des Indiens Shawnee aux autres membres de la tribu de ne pas pénétrer dans une vallée voisine. Comprenant que les Shawnee nourrissent des superstitions à propos de la vallée, Marion y conduit le groupe, sachant que si les Shawnee revenaient, ils ne suivraient pas les pionniers dans la vallée en raison de leurs craintes superstitieuses.

Malgré les scènes laissées sur le banc de montage, Les Yeux de feu reste un film lent, mais ceci n’a rien de péjoratif. Avery Crounse fait honneur à l’atmosphère, troublante et même anxiogène, comme un huis clos à ciel ouvert, qui rappelle souvent Aguirre, la colère de DieuAguirre, der Zorn Gottes de Werner Herzog sorti dix ans auparavant. Eyes of Fire s’avère réellement hypnotique, à tel point que l’on ressort littéralement en transe de cette expérience qui laisse pantois d’admiration. Le casting composé de quasi-inconnus est impérial. Se démarque notamment Dennis Lipscomb, impressionnant dans le rôle de Will Smythe (mégalomane, qui souhaite s’élever de sa condition humaine et donc mortelle, mais qui doit se plier devant les forces qui le dépassent, dont une nature qui reprend ses droits sans ménagement) acteur à a tronche inquiétante que l’on a pu croiser dans Piège en haute mer, WarGames et moult séries télévisées. L’autre visage que l’on n’oublie pas des Yeux de feu est celui de la belle Karlene Crockett, qui a tourné essentiellement pour la petite lucarne et qui crève l’écran dans le rôle de Leah.

La grande force de Eyes of Fire est indubitablement la puissance et la magnificence de chaque plan, qui s’apparente à des peintures et qui ne sont pas sans évoquer le cinéma de Terrence Malick. Ainsi, le spectateur est littéralement plongé au milieu des années 1700, avec ce groupe de pionniers, dirigés par un révérend « idéaliste », pour ne pas dire fanatique donc, chassés de leur village et qui partent s’installer dans une autre région inexplorée de l’Amérique du Nord. Ils s’y établissent, sans savoir qu’autour d’eux d’épouvantables secrets étaient jusqu’alors enfouis. C’est là que des forces surnaturelles vont s’affronter. L’emprise se resserre au fil d’un récit épuré, des scènes qui ne cessent de s’étirer, alors que la forêt se referme sur ce microcosme, comme des fourmis qui s’agitent.

Magistralement photographié par Wade Hanks, sur les conseils avisés d’Avery Crounse, bercé par la musique envoûtante de Brad Fiedel (alors entre Survivance de Jeff Lieberman et Terminator de James Cameron), tourné dans de splendides décors naturels du Missouri, Les Yeux de feu étonne, transporte, foudroie, électrise, en un mot fascine et reste définitivement en mémoire après l’avoir découvert.

LE COMBO DVD + BLU-RAY + LIVRET

Collection Angoisse, le retour ! Le nouveau numéro de cette fabuleuse collection, que nous suivons depuis le tout premier volume, est arrivé et les fans vont être ravis. Les Yeux de feu débarque dans un solide Digipack à trois volets (glissé dans un fourreau cartonné), renfermant trois disques. Deux DVD et un Blu-ray, le premier comprenant Les Yeux de feu, le second Crying Blue Sky (le premier montage du film), le troisième présentant les deux montages. Le menu principal est animé et musical. Évidemment, qui dit Anthologie Angoisse, dit Marc Toullec, qui s’empare de sa plume pour nous présenter – à travers un livret de 24 pages – le film qui nous intéresse aujourd’hui, ainsi que la courte carrière cinématographique d’Avery Crounse, qui n’aura réalisé que trois longs-métrages.

En plus de la version originale et longue des Yeux de feu aka Crying Blue Sky (un autre rythme, un prologue et une fin différents, une autre atmosphère), nous trouvons un entretien avec Avery Crounse, réalisée par Stephen Thrower, auteur du livre Nightmare, USA: The Untold Story of the Exploitation Independents, ouvrage sur le cinéma d’horreur indépendant des années 1970-80 (26’30). Deux ans avant son décès, le metteur en scène revenait sur son parcours, sur son métier de photographe (« Pour être un bon réalisateur, il faut s’y connaître en photo disait Roman Polanski, j’ai donc suivi son conseil »), sur la genèse de Crying Blue SkyLes Yeux de feu, « qui ne manque pas défauts, mais j’avais un bon sens de l’image » dit-il. Les thèmes du film (l’obscurantisme moyenâgeux), le premier montage de 108 minutes, les concessions faites pour obtenir une version plus rythmée et commerciale, l’exploitation des Yeux de feu au cinéma, sa sortie en VHS, les lieux de tournage et les effets spéciaux le casting sont aussi évoqués.

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p. La qualité de ce nouveau et superbe master restauré HD est plutôt dingue et le film le plus connu d’Avery Crounse renaît devant nos yeux ébahis. Les contrastes affichent d’emblée une gestion solide, la copie est stable, d’une propreté quasi-immaculée, le piqué souvent impressionnant sur les gros plans et les détails fourmillent surtout sur les costumes et les plans diurnes en extérieur qui sont à couper le souffle. Alors certes, tout n’est pas parfait, quelques flous sporadiques font leur apparition (imputables aux conditions de tournage), une ou deux séquences sont plus altérées, mais ces menus accrocs sont bien trop anecdotiques compte tenu de la clarté, des noirs concis, des blancs scintillants ou éthérés, du grain cinéma respecté, de la colorimétrie qui retrouve une nouvelle fraîcheur et du relief inattendu. Enfin, l’ensemble est consolidé par une compression AVC de haute tenue. Un lifting 4K de premier ordre. Quant à la version originale-longue, celle-ci a bénéficié d’une restauration 2K, réalisée à partir d’une copie appartenant à Avery Crounse.

Les Yeux de feu est proposé en anglais et en français, dans de nouveaux mixages DTS-HD Master Audio 2.0. Rien à redire sur la première, puisqu’en dehors de sensibles saturations dans les aigus, la magnifique partition de Brad Fiedel trouve ici un coffre puissant, un nouvel écrin acoustique dynamique et même percutant, la piste n’étant jamais entachée par un souffle quelconque. Ce mixage éclatant combine la musique et les dialogues avec une fluidité et une ampleur quasi-exemplaires. La piste française s’en tire également avec tous les honneurs, bien que plus altérée et moins homogène dans son rendu. Crying Blue Sky n’est disponible qu’en VOSTF.

Crédits images : © Elysian Pictures / Rimini Éditions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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