
LES VOILES ÉCARLATES (Alye parusa) réalisé par Alexandre Ptouchko, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.
Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko, Ivan Pereverzev, Sergey Martinson, Nikolay Volkov, Sergei Romodanov…
Scénario : Aleksei Nagornyj & Aleksandr Yurovsky, d’après le roman d’Aleksandr Grin
Photographie : Gennadi Tsekavyj & Viktor Yakushev
Musique : Igor Morozov
Durée : 1h23
Date de sortie initiale : 1961
LE FILM
Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.

Difficile de rebondir après le somptueux Sampo, le jour où la Terre gela ! Alexandre Ptouchko vient d’avoir soixante ans quand il entreprend l’adaptation des Voiles écarlates, roman d’Alexandre Grine, publié en 1923, un des plus grands succès de l’auteur russe, considéré comme étant le représentant du réalisme romantique. Le cinéaste parvient à intégrer naturellement ce récit, en apparence moins magique que ses œuvres précédentes, dans sa filmographie et convie une fois de plus les spectateurs à un voyage au pays de l’imaginaire. Les Voiles écarlates – Alye parusa sort en 1961 et offre au réalisateur un nouveau triomphe, en attirant plus de 22 millions de spectateurs en Russie, quand bien même la critique et le public s’avèrent plus réservés, beaucoup reprochant entre autres les différences, de ton surtout, avec le livre original. Certes, Alexandre Ptouchko se permet quelques digressions qui renvoient à son surnom de « Walt Disney russe », comme lorsqu’Assol se retrouve dans la forêt où un faon boit dans un cours d’eau, tandis que la jeune femme parle au soleil et aux arbres comme Blanche-Neige, mais cela fonctionne et approfondit le personnage. Merveilleusement photographié par Gennadi Tsekavyj et Viktor Yakushev, déjà à l’oeuvre sur Sampo, Les Voiles écarlates demeure un très grand spectacle pour toute la famille, qui conserve encore un charme rétro inoxydable et qui se déguste comme quand on écoutait ses parents enfant avant le passage du marchand de sable.


Après plus d’un an d’absence, le marin Longrin débarque à Lisse, un petit port, et rentre à pied à Kaperna, un petit village de pêcheurs. Arrivé chez lui il est reçu par la voisine, qui depuis trois mois s’occupe de sa fille Assol. Son épouse Meri est morte de pneumonie car n’ayant de quoi nourrir son bébé et ne voulant pas être déshonorée par Menners, l’aubergiste, qui voulait monnayer un emprunt, elle était allée en ville par un temps de chien gager son alliance pour avoir de l’argent. Désormais Longrin va abandonner la navigation et rester chez lui afin de s’occuper d’Assol. Il va assurer la survie du foyer en fabriquant de petits bateaux en bois qu’il vend à un boutiquier de Lisse. Un soir, alors qu’il rentre à la maison, il ne se porte pas au secours de Menners qui, dans sa barque, est emmené au large par une mer déchaînée. Dorénavant lui et surtout sa fille vont être pris en grippe par les habitants du village. Ailleurs, dans un château, Arthur, le fils des châtelains donne du fil à retordre à sa mère et à Lionel Greï, son père car il ne supporte pas les contraintes formelles qu’on lui impose avec l’aide de la gouvernante et ne rêve que de voyages, de mer, de pirates avec la complicité de Poldichok, un ancien marin qui est employé comme caviste, avec l’amitié de Betsi, une domestique, et de Djim, son soupirant. Un jour, Assol qui joue dans un bois avec un petit bateau aux voiles rouges, rencontre Egl, un vieux monsieur qui lui prédit que quand elle sera grande, un navire blanc aux voiles « écarlates » lui apparaîtra. Un jeune homme en descendra et l’emmènera pour vivre avec elle une telle amitié qu’elle ne connaîtra plus la tristesse dans un pays où les étoiles descendront du ciel pour fêter son arrivée.


« Les miracles, il faut les faire de ses propres mains ! »
Elle n’a cessé de rêver depuis sa plus tendre enfance, cette batelière aux bas rouges prénommée Assol. Car depuis qu’on lui a raconté cette étrange histoire, elle attend son prince, même si le village la prend pour une folle. Mais c’était sans compter un mendiant déçu de ne pas avoir reçu quelques pièces, qui entreprend de colporter cette histoire à dormir debout. Les commérages vont bon train, les années passent…De son côté, Arthur a perdu sa mère. L’atmosphère est de plus en plus insupportable au château. Le père est aussi inconsolable que colérique et rien ne va plus entre « ceux qui restent ». Le jeune homme décide de quitter le domaine familial, alors que son père venait de décider de le chasser. Réalisant ses rêves d’enfant, il apprend donc le dur métier de marin sur le voilier du capitaine Gop en passant par toutes les étapes de l’apprentissage. Rien ne le décourage et le capitaine lui ayant progressivement enseigné tout ce que doit savoir un officier de marine. Arthur gagne du galon, au point de devenir capitaine. De son côté, Assol, elle aussi a quelques années de plus et est devenue une ravissante jeune fille qui peut maintenant aider son père à fabriquer des jouets pour les vendre à Lisse. Cette activité la maintient éveillée fort tard dans la nuit et lui permet de penser au jour où apparaîtra le navire blanc aux voiles rouges.


Un soir, partie dans la forêt pour exprimer ses émois, elle s’endort au pied d’un pin. Arthur qui avait fait escale non loin de là et qui était allé pêcher la découvre endormie et c’est le coup de foudre. Il lui glisse une bague au doigt et retourne à Lisse où il apprend par le fils Menners tout sur les rêves de la jeune fille qu’il présente comme dérangée. Dès lors Arthur n’hésite plus; il part acheter 2000 mètres de soie rouge…Les Voiles écarlates montre qu’il faut continuer de croire en ses rêves et que l’on peut même se permettre de les construire de toutes pièces, quitte à les fabriquer pour les autres, afin de les rendre heureux. On imagine que Les Voiles écarlates ne dispose pas du même budget pharaonique que Sampo, mais cela n’empêche pas le metteur en scène d’innover, de jouer avec le cadre 1.37 ou même le format large (Sovscope) pour les salles alors spécialisées, en invitant les spectateurs à participer à l’aventure.


SiLes Voiles écarlates connaîtra trois autres transpositions, Assol, téléfilm soviétique diffusé en 1982, Nachové plachty (2001) et L’Envol – Le Vele scarlatte de Pietro Marcello (2022), celle d’Alexandre Ptouchko reste inégalée, la référence, le modèle et un fabuleux divertissement aux effets spéciaux poétiques, à (re)découvrir encore et toujours 65 ans après sa sortie.


LE COMBO BLU-RAY + DVD
Pour notre plus grand plaisir, Artus Films revient à Alexandre Ptouchko. Les Voiles écarlates se présente à nous sous la forme d’un Digipack à deux volets, sobrement illustré par deux visuels originaux, glissé dans un fourreau cartonné élégant. Le menu principal est fixe et musical.


Pour la présentation très attendue des Voiles écarlates, Christian Lucas retrouve Stéphane Derderian (41’). Cette discussion replace dans un premier temps le film d’Alexandre Ptouchko dans la carrière du réalisateur. Puis les deux intervenants s’expriment sur le roman d’Alexandre Grine à l’origine des Voiles écarlates, ainsi que sur les autres livres de l’écrivain transposés au cinéma. Le casting, les deux formats d’exploitation, les effets spéciaux, le triomphe du film en URSS sont évoqués. Enfin, chacun y va de son avis sur ce film « un peu à part chez le réalisateur […] un film formidable, magnifique ». Ce module, qui aurait mérité d’être raccourci en raison de quelques hésitations, se clôt sur quelques rares photos de tournage.

Le deuxième module donne la parole à Matthieu Redhe, journaliste chez L’Écran fantastique (38’). Au-delà de sa forme figée, pour ne pas dire austère, cette intervention dresse un portrait très complet et recherché de l’écrivain Alexandre Grine, sa vie (souvent tragique) et son oeuvre. L’adaptation des Voiles écarlates est aussi passée au peigne fin. Le casting, les effets spéciaux, les lieux de tournage sont entre autres les sujets évoqués. Parallèlement, l’éditeur croise aussi les propos de Nikolaï Mayorov (historien du cinéma) et de Dina Kharkova (enseignante au VGIK), qui prolongent les arguments de Matthieu Redhe.



Notons que seul le Blu-ray propose la version 1.37 – non restaurée – des Voiles écarlates (en vost et, contrairement à l’autre montage, en VF), ce qui permet de réaliser un comparatif des prises avec la version Sovscope. Il s’agit ni plus ni moins d’un montage alternatif et donc une vraie curiosité (83’).

L’interactivité se clôt sur une galerie d’images et d’affiches.



L’Image et le son
Si Artus Films présente un master restauré 4K des Voiles écarlates, il semblerait que sauvetage du film s’est déroulé à temps, puisque le résultat final est en demi-teinte. Rien à redire sur la propreté de la copie, c’est nickel du début à la fin, aucune poussière n’a survécu au scalpel numérique. La restauration ne fait évidemment aucun doute, l’ensemble est stable. En revanche, c’est étonnamment au niveau des couleurs qu’on en attendait sûrement plus. Beaucoup de séquences sombres manquent cruellement de détails, les teintes chromatiques ne sont pas aussi vives qu’on l’espérait. Divers plans flous sont aussi constatés et les baisses de la définition ne sont pas rares. Cela est sans doute dû aux conditions de tournage originales, puisqu’il a été prouvé à plusieurs reprises que le procédé Sovscope s’est rapidement dégradé avec le temps. La texture argentique est tout de même préservée. Ce qu’il y d’ironique ici, c’est que la copie 1.37 s’avère plus riche au niveau de la gestion des contrastes et même de la luminosité. Vous avez donc le choix !

Seule la version originale aux sous-titres français non imposés est disponible sur la version dite Sovscope. La restauration est satisfaisante, l’écoute frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.



Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
