Test Blu-ray / Le Monstre attaque, réalisé par Ciro Ippolito

LE MONSTRE ATTAQUE (Alien 2 – Sulla Terra) réalisé par Ciro Ippolito, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Belinda Mayne, Mark Bodin, Roberto Barrese, Benedetta Fantoli, Michele Soavi, Valeria Perilli, Danilo Micheli, Claudio Falanga…

Scénario : Ciro Ippolito

Photographie : Silvio Fraschetti

Musique : Guido & Maurizio De Angelis

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Tandis que toutes les radios et télés de San Diego commentent la mystérieuse disparition de deux astronautes lors de leur retour sur Terre, et que d’étranges pierres bleues font leur apparition sur la côte Est, Thelma Joyce s’apprête à une nouvelle exploration souterraine avec son équipe de six spéléologues. Parmi ceux-ci, Burt ramasse un de ces jolis cailloux qu’il offre à sa collègue Jill. Bientôt, les spéléologues s’enfoncent sous terre, hors de portée du monde, loin d’imaginer que la pierre renferme une entité qui les contaminera l’un après l’autre…

Du réalisateur Ciro Ippolito (né en 1947), on connaissait surtout son boulot comme scénariste et de producteur (l’excellent Les Contrebandiers de Santa Lucia I contrabbandieri di Santa Lucia, d’Alfonso Brescia), mais moins son œuvre comme metteur en scène. C’est effectivement lui que l’on retrouve derrière le pseudonyme de Sam Cromwell, exportation oblige, et donc à la barre du Monstre attaque (même si le tournage a été commencé par Biagio Proietti, parti au bout de deux semaines), sorti de façon opportuniste sous le titre Alien 2 sulla Terra. Le film se présente comme une « séquelle » d’Alien, le huitième passager de Ridley Scott, triomphe de l’année précédente. En bon italien qui se respecte dans le monde du cinéma, Ciro Ippolito a immédiatement voulu s’engouffrer dans la brèche et profiter de l’engouement des spectateurs pour la science-fiction. Autant dire que Le Monstre attaque ne joue pas du tout dans la même catégorie que son modèle, reste un outsider mal élevé (car zieutant honteusement sur la copie de son voisin), mais n’en reste pas moins attachant dans ses innombrables défauts. Toutefois, dire que le film est raté serait également mentir, car cet Alien 2 sulla Terra comporte aussi quelques points forts, notamment ses superbes décors naturels, capturés dans les Pouilles, où ont été trouvées les grottes de Castellana, lieu d’action principal de l’intrigue. Résultat des courses, malgré les tentatives de la Fox et des producteurs (dont Walter Hill) d’empêcher sa distribution en menaçant Ciro Ippolito d’attaques en justice (restées sans suite), Le Monstre attaque a connu son petit succès dans le circuit du cinéma Bis, en devenant même un petit film culte. De là à déclarer comme certains qu’il s’agit d’une matrice – à sa façon – d’un autre désormais classique comme The Descent de Neil Marshall, il y a un pas que nous ne franchirons pas et préférons même reculer pour rire tout bas. En l’état, cette production horrifique remplit son contrat et on ne s’ennuie pas devant cette boucherie qui se déroule à 400 mètres de profondeur. Dans le gouffre, personne ne vous entendra rire.

États-Unis : tout le pays attend avec impatience l’arrivée de deux astronautes à bord d’un vaisseau spatial qui atterrira au large de la côte est. Pendant ce temps, dans les studios d’une chaîne de télévision de San Diego (Californie), un journaliste interviewe Thelma, une jeune spéléologue qui vient de terminer une exploration et s’apprête à en réaliser une autre. La jeune fille fait une crise pendant l’entretien, sentant un danger imminent. Le responsable de la station est contraint de couper court à l’émission pour diffuser des images en direct du vaisseau spatial. Thelma décide immédiatement d’appeler son psychiatre, car elle a déjà eu des crises similaires dans le passé, étant dotée de fortes perceptions télépathiques. Thelma et son compagnon Roy retrouvent les autres spéléologues de leur groupe dans un bowling, puis partent vers le site de la prochaine expédition. Lors d’une halte, Burth sort de la voiture pour acheter des bougies et Thelma décide de se promener sur une plage voisine. Alors que Roy la rattrape, elle subit une nouvelle crise. Pendant ce temps, des roches bleutées et pulsantes commencent à apparaître dans la zone proche de l’amerrissage de la navette. Une petite fille sur la plage en ramasse une et lorsque sa mère parvient à la retrouver, elle découvre que quelque chose a déchiqueté son visage. Alors qu’ils se rendent à la grotte, les spéléologues entendent à la radio que les autorités n’ont trouvé aucun survivant de l’équipage à l’intérieur du vaisseau. Arrivé à proximité de la grotte, le groupe s’arrête dans une supérette pour se changer et se ravitailler ; Burth ramasse un fragment de roche bleutée et le donne à Thelma. Le groupe de spéléologues commence sa descente dans les tunnels profonds des grottes, s’enfonçant de plus en plus loin dans le sol. Le lendemain matin, alors que Thelma et Jill commencent leur exploration, Jill remarque qu’une pierre dans le sac de Thelma s’est mise à palpiter ; elle la ramasse et elle se fait soudain attaquer par une créature monstrueuse.

Si l’exposition est un peu longue, Le Monstre attaque enchaîne ensuite les scènes d’horreur avec une certaine efficacité et ce jusqu’à la fin. Les amateurs de séries B, de séries Z, de navets et de nanars en auront pour leur argent, surtout que le rôle principal est attribué à Belinda Mayne, connue pour sa petite participation à Krull de Peter Yates et surtout pour Vivre pour survivreWhite Fire (1984) de Jean-Marie Pallardy. « Dommage que tu sois ma soeur » disait Robert Ginty en la regardant avec un œil salace. C’était elle ! À l’exception de la participation de Michele Soavi (Sanctuaire, La Secte, Dellamorte Dellamore), le reste du casting est plus anecdotique avec Mark Bodin (Anthropophagous : L’Anthropophage de Joe D’Amato) et d’autres acteurs ayant peu tourné, qui sont principalement réunis ici pour se faire trucider.

On notera la musique des frères De Angelis (sous le nom de « Oliver Onions »), qui cette fois encore s’en sortent bien et apportent une certaine plus-value, avec quelques notes qui rappellent le son de Goblin. Même chose en ce qui concerne la photographie de Silvio Fraschetti (Cent jours à Palerme, La Guerre des robots), beaucoup plus recherchée que ce à quoi on pouvait s’attendre dans une production de cette envergure et qui parvient à rendre inquiétantes certaines parties dissimulées de la grotte principale. Les effets gores sont certes limités, mais les maquillages sont réussis, à l’instar de la créature extraterrestre qui surgit soudain du visage d’une des protagonistes et qui finit par décapiter celui auprès de qui elle se trouve.

Quand l’équipe commence à comprendre que l’extraterrestre prend possession de corps humains pour obtenir de la chaleur et développer physiquement sa forme, Le Monstre attaque annonce étonnamment The Thing de John Carpenter, qui ne sortira que deux ans plus tard. Et n’oublions pas le final, inattendu et même culotté. Tout cela pour dire que Alien 2 sulla Terra vaut assurément le coup d’oeil.

LE BLU-RAY

Service princier pour Le Monstre attaque, qui bénéficie d’une sortie Blu-ray chez Le Chat qui fume. La jaquette, au visuel soigné, est glissée dans un boîtier Scanavo élégant. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce (« Attention, ceci n’est pas un message publicitaire ! »), l’éditeur fournit une interview de Biagio Proietti (14’). Officiellement producteur délégué, ce dernier (décédé en 2022) a en fait mis en scène une partie du Monstre attaque. Après deux semaines de tournage dans les grottes de Castellana, Biaggio Proietti, alors sous contrat avec la RAI, devait rendre son tablier et laisser Ciro Ippolito (qui préférait dire qu’il avait viré son collaborateur) se débrouiller seul. L’intervenant indique qu’il avait aussi écrit l’histoire du film, qui finalement n’a pas été celle retenue (« ce que j’ai découvert en VHS en Chine, une horreur ! »). Proietti clôt cet entretien en déclarant « Dans le monde, ceux qui ont du succès sont ceux qui copient les choses célèbres… », en indiquant que Ciro Ippolito ne doit sa carrière qu’à la contrefaçon.

L’Image et le son

Ce master HD entièrement restauré permet de réévaluer Le Monstre attaque et de se rendre compte à quel point, et ce en dépit d’un budget très serré, Ciro Ippolito (et Biagio Proietti en partie) ont pu compter sur le directeur de la photographie Silvio Fraschetti, afin d’exploiter à merveille de leur fabuleux décor naturel. Les contrastes impressionnent, on ne s’attendait pas à ce point, la propreté de la copie est irréprochable (les stockshots du début se voient beaucoup, mais ça passe), les noirs sont étonnamment denses, les couleurs sont fraîches, le piqué affûté et la texture argentique préservée, équilibrée, organique.

En italien (aux sous-titres somptueux, puisque la traduction a été faite par Gilles Ermia) comme en français, le confort acoustique est conséquent avec une excellente restitution des dialogues et de la musique. Pas de souffle constaté, c’est fluide et dynamique, surtout en version originale. Mais offrez-vous tout de même une séance en français, histoire de profiter du doublage bien gratiné.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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