
FURYO (Merry Christmas, Mr. Lawrence) réalisé par Nagisa Ōshima, disponible en DVD & Collector Blu-ray le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.
Acteurs : David Bowie, Tom Conti, Ryūichi Sakamoto, Takeshi Kitano, Jack Thompson, Johnny Okura, Alistair Browning, Yūya Uchida…
Scénario : Nagisa Ōshima & Paul Mayersberg, d’après deux romans de Laurens Van der Post
Photographie : Tôichirô Narushima
Musique : Ryūichi Sakamoto
Durée : 2h03
Date de sortie initiale : 1983
LE FILM
Java 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle.

En (re)voyant Furyo, on se demande ce qui est le plus inoubliable. La présence de David Bowie, alors rare au cinéma ? La partition de Ryūichi Sakamoto (BAFTA Award en 1984), également présent au générique ? La violence crue de certaines scènes ? L’une des premières apparitions au cinéma de Takeshi Kitano ? L’originalité du scénario coécrit par Nagisa Ōshima (1932-2013) et Paul Mayersberg ? Tout cela en fait, quand bien même le film a vieilli sur pas mal d’aspects. Furyo est l’antépénultième long-métrage du cinéaste japonais, dont l’oeuvre magistrale, étendue sur presque quarante ans, contient des titres aussi emblématiques que Max mon amour, L’Empire des sens, Contes cruels de la jeunesse, Nuit et brouillard au Japon, pour ne citer que ceux-là, Furyo étant l’un de ses plus grands succès, avec notamment plus d’1,5 million d’entrées en France. David Bowie commence à toucher un peu plus au septième art. Depuis sa première apparition dans L’Homme qui venait d’ailleurs – The Man Who Fell On Earth de Nicolas Roeg (au passage, la première critique sur Homepopcorn le 15 septembre 2016), le chanteur est apparu dans C’est mon gigolo – Schöner Gigolo, armer Gigolo de David Hemmings et dans son propre rôle dans Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… – Christiane F. – Wir Kinder vom Bahnhof Zoo de Uli Edel. Coup double en 1983, il se retrouve à l’affiche des Prédateurs – The Hunger de Tony Scott et dans Furyo de Nagisa Ōshima. Dans ce dernier, il est placé au même rang que l’excellent Tom Conti (qui sortait des Duellistes – The Duellists de Ridley Scott) et que Ryūichi Sakamoto, autre légende de la musique, musicien, compositeur, co-fondateur du trio Yellow Magic Orchestra, qui le fait connaître dans le monde entier. Ce dernier s’occupe de la bande originale et livre aussi une prestation particulièrement ambiguë face à son illustre partenaire. Le film s’inspire de l’histoire de Sir Laurens van der Post, prisonnier de guerre à Java (Indes orientales néerlandaises alors occupées par le Japon) pendant la Seconde Guerre mondiale, telle que relatée dans ses romans La Semence et le Semeur – The Seed and the Sower (1963) et La Nuit de la nouvelle lune – The Night of the New Moon (1970). Furyo demeure une œuvre singulière, sèche, brutale, frontale, non dépourvue de longueurs certes, mais qui agit souvent comme une séance d’hypnose, tandis que le thème de l’homosexualité latente détonne évidemment dans un film de guerre. Un grand classique.


En 1942, le capitaine Yonoi est le commandant du camp de prisonniers de guerre de Lebak Sembada, dans la province de Java occupée par les Japonais. Adhérant strictement au code du bushido, son seul lien avec les prisonniers est l’empathique lieutenant-colonel John Lawrence, le seul détenu parlant couramment le japonais, et le group captain Hicksley, qui résiste à plusieurs reprises aux tentatives de Yonoi de trouver des experts en armement parmi les prisonniers pour les intérêts de l’armée japonaise. Lawrence s’est lié d’amitié avec le sergent Gengo Hara, mais reste en désaccord avec le reste du personnel. Convoqué au procès militaire du major Jack Celliers récemment capturé pour avoir atterri en parachute puis attaqué un convoi japonais avec l’aide de guerilleros locaux, Yonoi est fasciné par sa résilience et le fait interner au camp. Celliers refuse de se soumettre et se moque continuellement de Yonoi ; s’engage alors une guerre psychologique entre eux pour avoir l’ascendant.


C’était une nation d’anxieux. Ils ne pouvaient rien faire individuellement. Alors, ils sont devenus fous collectivement.
C’est l’histoire d’une passion qui ne se dit pas. Ou quand le comportement rebelle de Celliers entraîne un sentiment d’admiration de la part de Yonoi. Comme Celliers, Yonoi est aussi tourmenté par un sentiment de culpabilité. Yonoi sent en Celliers un alter-ego et veut remplacer le commandant du camp de prisonniers des Britanniques, le group captain Hicksley, par Celliers comme porte-parole des prisonniers. Furyo joue sur l’attente, le non-dit, le regard, l’observation. Un mutisme qui peut entraîner d’être isolé, maltraité. Mais cela ne suffit pas pour certains à l’instar de l’ordonnance de Yonoi, réalisant l’emprise de Celliers sur son supérieur, qui tente de tuer Celliers dans son sommeil une nuit. Il faut un peu de temps pour que Celliers s’ouvre à John Lawrence, se confesse à lui. Nagisa Ōshima réalise alors une des séquences les plus mémorables de toute son illustre carrière, celle du bizutage du jeune frère de Celliers, bossu de son état, qu’il n’a pas défendu comme il le faisait quand ils étaient enfants. Une humiliation qui le traumatisera toute sa vie, qui l’accompagnera – ou qui le conduira – sur le front. Une scène qui démontre à quel point David Bowie en avait aussi sérieusement sous le capot comme comédien.


Si le rythme paraît parfois lent, Furyo s’imprime bel et bien dans notre mémoire, par bribes, par sensations, par images. Quand on l’évoque, le spectateur-cinéphile pense immédiatement à Celliers-David Bowie, enterré jusqu’au cou, sous un soleil de plomb, Yonoi venant discrètement sur le lieu du supplice, afin de couper une mèche de cheveux de l’Anglais…tandis qu’un papillon blanc, posé sur cette tête blafarde, s’envole en emportant son âme. Et il y en a d’autres, comme les scènes de suicide, celle où Celliers mime la prise de son petit-déjeuner devant ses geôliers, ou les échanges remplis d’admiration et de respect avec John Lawrence. À ce titre, on ne dira jamais assez que Tom Conti, dont le charisme s’apparente à un étrange mélange entre Al Pacino et Sylvester Stallone, est un acteur rare, précieux et s’avère tout aussi remarquable que ses camarades.


Sublime objet d’études, Furyo ne peut laisser indifférent. Son caractère quasi-inclassable, film de guerre (qui n’apparaît qu’en arrière-fond), d’amour (qui ne se dit pas, se devine ou questionne), étude psychologique sur l’opposition de deux nations et deux empires en décadence, on ne peut se lasser de voir et revoir Merry Christmas, Mr. Lawrence.


LE BLU-RAY
Furyo a connu moult sorties en DVD sur le territoire français. La première remonte il y a 25 ans chez TF1 Studio, suivie d’une édition collector en 2002 chez Opening, avant d’arriver en 2003 chez Aventi Distribution. Puis on fait un saut jusqu’en 2009, où Furyo arrive chez Bac Films. 2017, le film est proposé pour la première fois en Haute-Définition chez Movinside et ressort encore en édition Standard. Nous voici arrivés en 2026 et cette fois, Metropolitan Vidéo reprend les manettes en proposant Furyo dans une nouvelle édition DVD et Blu-ray Collector. Un Boîtier Digipack collector limité accueille les deux disques. Le menu principal du premier disque (le film et ses suppléments) est légèrement animé et musical, le second comprenant le documentaire Tokyo Melody, étant lui fixe et musical.


Nous trouvons en premier lieu une interview de Jeremy Thomas (2004-18’). L’éminent producteur (Beauté volée, Innocents, Le Dernier Empereur, Le Cri du sorcier) revient sur pas mal d’aspects de Furyo. Les lieux et les conditions de tournage, le travail de Nagisa Ōshima avec les acteurs, les thèmes du film, son ambiguïté, le casting, la musique de Ryūichi Sakamoto et l’accueil du public.

Ensuite, place à Ryūichi Sakamoto (12’). Le compositeur revient sur la création de la musique de Furyo, mais aussi sur son travail d’acteur sur le film, qu’il critique sévèrement. Il développe également son processus créatif, son travail (durant trois mois) en studio, se souvient de sa collaboration avec Nagisa Ōshima, tout en développant la psychologie de son personnage (« un fanatique nationaliste »).

Le making of (30’) est très précieux, puisqu’il contient quelques propos de David Bowie sur Furyo, dont il se dit très fier (« dans sa globalité ») et qu’il défend par ailleurs au Festival de Cannes avec le reste de l’équipe, images à l’appui tirées de la conférence de presse. De son côté, Tom Conti déclare qu’il a accepté tout de suite le rôle, sans rien connaître de l’histoire et surtout sans avoir aucune notion de japonais, langue qu’il a ensuite appris phonétiquement pour le film. Le producteur Jeremy Thomas, ainsi que le vétéran et auteur Sir Laurens van der Post apparaissent et parlent entre autres de l’adaptation des deux livres du second.








Le second Blu-ray comprend le documentaire Tokyo Melody » : Portrait de Ryūichi Sakamoto, réalisé par Elizabeth Lennard (1986, HD restauré 4K par l’INA à partir du négatif original 16mm, 1.33, VOST DTS-HD MA 2.0 mono, 60’). Une rencontre avec Ryūichi Sakamoto, membre du Yellow Magic Orchestra et compositeur de musiques de films iconiques, dont Furyo bien évidemment, dans lequel il tient d’ailleurs l’un des rôles principaux. La documentariste Elizabeth Lennard nous emmène à la découverte de son travail, entre sessions d’enregistrement et interview mélangés à une balade sonore dans le quotidien de la ville de Tokyo. La réalisatrice y dresse le portrait d’un jeune compositeur en pleine effervescence (la BO de Furyo vient de lui apporter une renommée internationale) et on l’on peut admirer Ryūichi Sakamoto en pleine session d’enregistrement de l’album Ongaku Zukan, entre expérimentations électroniques et bouillonnement culturel du Tokyo des années 80. Notons que ce documentaire est le même précédemment édité par Potemkine Films en novembre 2025, dans son coffret réunissant Tokyo Melody + Ryūichi Sakamoto: Async at the Park Avenue Armory + Ryūichi Sakamoto Opus.







L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Metropolitan semble reprendre le même master précédemment édité par Movinside il y a presque dix ans, exception faite qu’il s’agit cette fois d’un Blu-ray au format 1080p. Furyo fait son retour par la grande porte, avec une copie de fort bonne facture. L’image est stable et excellemment nettoyée (une restauration qui date du début des années 2010 tout de même), les couleurs sont ravivées, le cadre est habilement exploité avec une profondeur de champ fort appréciable, le piqué est aiguisé à souhait, les contrastes soignés. Hormis quelques plans légèrement flous, ce Blu-ray saura contenter les cinéphiles, avec notamment une très belle restitution de la texture argentique.


Deux versions DTS-HD Master Audio 2.0 Stéréo disponibles sur cette édition ! Quitte à choisir, sélectionnez la piste originale, plus dynamique, aérée, percutante que la version française. Cette dernière s’en tire néanmoins avec les honneurs, avec un spectre cependant plus réduit, mais un doublage plus que sympathique, avec notamment Pierre Arditi à la barre, qui double Tom Conti, tandis que Roger Carel double Jack Thompson. À noter que la version originale bénéficie aussi d’un remixage 5.1, complètement anecdotique et facultatif, la scène arrière étant peu exploitée au final, tandis que les dialogues manquent de mordant sur la centrale. Les sous-titres français ne sont pas imposés.



Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
