
FORTUNAT réalisé par Alex Joffé, disponible en Blu-ray et Combo Blu-ray+ DVD + Livret le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.
Acteurs : Michèle Morgan, Bourvil, Rosy Varte, Teddy Bilis, Gaby Morlay, Frédéric Mitterrand, Patrick Millow, Albertine Sarov, Jean-Marie Amato…
Scénario : Alex Joffé & Pierre Corti, d’après le roman « Fortunat, ou le père adopté » de Michel Breitman
Photographie : Pierre Petit
Musique : Denis Kieffer
Durée : 1h55
Date de sortie initiale : 1960
LE FILM
Juliette Valecourt, grande bourgeoise parisienne, ignore que son mari fait partie de la Résistance. Quand il est arrêté, elle se réfugie dans une bourgade de province proche de la ligne de démarcation. Elle y rencontre Fortunat, cordonnier rustre et ivrogne qui doit, pour leur sécurité, se faire passer pour son mari…

Quand on regarde la filmographie éclectique et conséquente de Bourvil, 60 films en trente ans de carrière, Fortunat arrive en 24è position de son box-office personnel. Avec 3,3 millions d’entrées, cette seconde association de l’acteur avec le réalisateur Alex Joffé se situe entre Les Grandes gueules (3,6 millions d’entrées) de Robert Enrico et Par la fenêtre (3,2 millions de spectateurs) de Gilles Grangier. Étonnamment oublié quand on évoque le comédien, Fortunat est pourtant l’un de ses plus beaux films et lui offre l’un de ses plus grands rôles. Tour à tour drôle, émouvant, bouleversant, pathétique et toujours attachant, Bourvil crève l’écran une fois de plus et il retrouve à cette occasion la magnifique Michèle Morgan, deux ans après Le Miroir à deux faces d’André Cayatte. 1960 est une très grande année pour Bourvil, qui attire déjà près de six millions de français dans les salles dès le mois de janvier avec Le Bossu et plus de cinq millions en octobre avec Le Capitan, tous les deux mis en scène par André Hunebelle. Plus grave et réaliste, le récit de Fortunat se déroule durant la Seconde Guerre mondiale. Quinze ans après la fin du conflit, le traumatisme est encore présent et le film d’Alex Joffé, qui sera également le plus grand hit du cinéaste, évoque la France de Vichy, la rafle des juifs, le marché noir, avec autant de frontalité que de délicatesse. Alex Joffé et Pierre Lévy-Corti (La Cuisine au beurre, Le Tatoué, Alexandre le bienheureux) adaptent le roman Fortunat, ou le père adopté (Denoël, 1955) de Michel Breitman et condensent en près de deux heures les trois années du quotidien et de la survie de Noël, Juliette, Pierrot et Maurice. Drame sombre et cependant solaire, pudique et plein de tact, illuminé par la présence d’un des plus grands monstres du cinéma français au sommet de son art, Fortunat, rarement diffusé à la télévision, mérite vraiment une redécouverte et s’adresse à toute la famille.


En mai 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, le destin réunit le braconnier Noël Fortunat, brave bougre quelque peu porté sur la boisson, et Juliette Valécourt, une femme élégante accompagnée de ses deux enfants : Pierre et Maurice. Mlle Massillon, une institutrice secourable, tente d’aider Juliette qui est recherchée par les Nazis depuis que son mari, un chef de la Résistance, a été arrêté. Juliette et ses enfants doivent gagner la zone libre pour se réfugier à Toulouse. Pour cela, il leur faut franchir la ligne de démarcation. C’est Fortunat qui est chargé de conduire en lieu sûr les deux enfants et leur mère. Pour la circonstance, Fortunat se fait passer pour le mari de Juliette. Alors qu’il devait retourner au village après avoir installé Juliette et ses enfants à Toulouse, Fortunat, qui s’est attaché à ses protégés, reste avec eux et subvient à tous les besoins de la famille. Au fil des mois, Fortunat et Juliette tissent des liens de plus en plus étroits.


Fortunat annonce étrangement La Vie est belle – La Vita è bella (1997) de Roberto Benigni, ou comment parvenir à sourire, voire à rire, alors que des atrocités ont lieu à proximité. Bienvenue à Mennetou, toute la douceur du bourbonnais, le paradis des pêcheurs à deux heures de Paris. Ce somptueux paysage est pourtant marqué par la ligne de démarcation. Certains juifs tentent de s’échapper, mais sont abattus ou vite rattrapés. D’autres ont réussi à franchir la ligne et ce grâce à l’institutrice du village Mlle Emilienne Massillon (Gaby Morlay, parfaite), qui a réussi à aider plus de 200 personnes, et ce grâce au soutien et au courage de son ancien élève, Noël Fortunat, qui n’a pas inventé l’eau tiède ni la machine à cintrer les bananes, mais qui a le coeur sur la main, tandis que l’autre tient la bouteille. Le destin de cet homme, qui n’a pour ainsi dire jamais grandi, va être bouleversé quand il va devoir jouer au mari et surtout au père de famille, ceci afin d’aider Juliette Valécourt, dont l’époux, dont elle ignorait alors les activités clandestines dans la résistance, a été arrêté. Après un prologue « campagnard », la « famille » se retrouve à Toulouse et là l’action va rester concentrée un long moment dans un appartement, tout d’abord poussiéreux (euphémisme), qui va petit à petit se transformer en un cocon où il fait bon vivre, malgré la menace extérieure.


Cette famille va en rencontrer une autre, les Falk, composée de Rosette la mère (Rosy Carte, sublime), Sam le père (Teddy Bilis, dont la modernité de jeu laisse pantois) et Myriam la fille (Albertine Sarov). Comme s’ils avaient construit une bulle d’amour protectrice autour d’eux, les Valécourt voient les jours passer, en espérant que le Débarquement se fasse un jour, même si l’espoir commence à se diluer. En même temps, Noël change au contact des enfants, avec lesquels il s’entend naturellement très bien, et également de cette femme, tout d’abord assez froide avec lui, car ils n’appartiennent pas au même monde. Noël va enfin devenir un homme responsable et subvenir aux besoins de ceux avec lesquels il vit. Mais la menace de la gestapo est toujours présente, le drapeau nazi flotte sur l’hôtel de ville…


Fortunat est un quasi-huis clos durant une bonne partie du film et pourtant la mise en scène parvient à ne pas étouffer le spectateur et ce malgré son sujet qui aurait pu être pesant chez un autre cinéaste. Alex Joffé évite tout pathos, mais n’oublie pas la gravité de ce qui se passe autour de ses personnages. Les dialogues frappent fort et font mal, à l’instar de la scène où Noël, jaloux du pilote américain qu’ils ont recueilli, se réfugie dans l’alcool et interrompt la fête. C’est là que Juliette se rendra compte réellement des sentiments de Noël à son égard. L’autre grande scène de Fortunat est celle où les Falk sont arrêtés en pleine nuit, devant les yeux de leurs voisins…Notons que le fils aîné de Juliette, Maurice, est interprété par un certain Frédéric Mitterrand (crédité sous le nom de Frédéric Robert) et s’en sort remarquablement bien, tout comme le reste du jeune casting.


Nos yeux sont inondés de larmes à la fin de Fortunat, comme ceux de Noël quand il découvre cette plaque commémorative sur le mur de l’école du village, quand il fait son retour à la Libération. Avant le coup de grâce en entrant dans cette belle demeure…Fortunat connaîtra un succès critique et public sans précédent, se place à la onzième place du box-office en 1960. Sans doute dans un besoin de se détendre après un sujet lourd, Bourvil et Alex Joffé remettront le couvert dès l’année suivante avec le méconnu Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville.


LE BLU-RAY
Après La Grosse caisse, Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville et Les Hussards, Coin de Mire Cinéma propose Fortunat d’Alex Joffé, une de ses autres associations avec Bourvil. Notons au passage que Les Cracks est prévu en HD au mois de mai, mais chez M6 Vidéo. On espère voir débarquer Les Culottes rouges débarquer un jour chez Coin de Mire Cinéma ! Toujours est-il que Fortunat n’était dispo en France qu’en DVD chez René Chateau. Désormais, le film d’Arthur Joffé est présenté en Blu-ray, ainsi qu’en Combo Blu-ray + DVD. La vague de mars 2026 se compose dont des Hussards (1955), du Tracassin ou Les Plaisirs de la ville (1961) du même réalisateur, de Knock (1951) de Guy Lefranc, d’Une parisienne (1957) de Michel Boisrond et d’Une souris chez les hommes – Un drôle de caïd (1964) de Jacques Poitrenaud. Le disque à la sérigraphie élégante, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est comme d’habitude, très recherchée et indiqué une restauration en 4K. Le menu principal est fixe et musical. Notons que le boîtier contient également un livret reproduisant en fac-similé le dossier de presse d’époque (8 pages).

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film (ici Classe tous risques de Claude Sautet), puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Puis, le film démarre !
La séance démarre par les actualités cinématographies de la 46ème semaine de l’année 1960 (11’). Paul Kenny est récompensé par la Palme d’Or du roman d’espionnage pour Les Silences de Coplan, le Salon de l’enfance a ouvert ses portes, en Iran on fête la naissance de l’héritier du trône, tandis qu’aux États-Unis John Fitzgerald Kennedy, 43 ans, est élu président. De Gaulle s’exprime sur l’Algérie, au Portugal, gros plan sur la situation économique et sociale du pays alors pris entre modernisme et tradition. Retour en France où on célèbre le respect des horaires à la SNCF (rires) et gros plan sur la chute des corps et les travaux à risques.








Il ne reste quelques minutes avant le début de votre programme ! Alors installez-vous et faites signe à l’ouvreuse ! (11’) Celle-ci se fera un plaisir de vous proposer des Esquimaux Gervais et pourquoi pas les fromages Mère Picon (« De la santé en portions ! ») et un café Nescafé. Nous vous avons préparé une petite sélection des produits Codec, et nous vous rappelons au passage la mise en vente de la nouvelle machine à laver Atlantic.






Ne manquez pas les trois autres bonus exclusifs proposés par Coin de Mire Cinéma.
Le premier donne un bel aperçu du tournage de Fortunat dans les studios de Saint Maurice et contient des interviews d’Alex Joffé, Michèle Morgan et Bourvil (13’). Le réalisateur revient sur ce « film strictement réaliste, une chronique quotidienne sous l’Occupation », parle de sa carrière (durant laquelle il a fait tous les petits boulots), tout en indiquant que Fortunat est le film qu’il a préféré faire et pense – avec raison – qu’il touchera un large public. Quelques images dévoilent le plateau et les prises de vue de la scène où la famille repeint les volets en chantant. L’occasion de voir Alex Joffé à l’oeuvre avec ses comédiens, y compris avec le petit Patrick Millow. Michèle Morgan et Bourvil interviennent peu après. La première indique qu’elle aimerait jouer un jour dans une grande comédie, tandis que Bourvil évoque son personnage et l’opérette Pacifico dans laquelle il venait de se produire au théâtre de la Porte-Saint-Martin.







Un autre module donne encore une fois la parole aux mêmes intervenants que dans le bonus précédent. Les propos sont forcément un peu redondants et cette fois encore, Michèle Morgan déclare qu’elle voudrait jouer dans une grosse comédie (4’30).



Le supplément suivant est original à plus d’un titre. Il s’agit des interviews du public invité à l’avant-première du film dans le quartier du Marais en présence des acteurs (4’30). On reconnaît parmi les spectateurs alpagués en fin de séance, Dominique Zardi, tronche reconnaissable du cinéma français des années 1960-80 ! Celui-ci déclare « Le public de quartier est sans doute beaucoup plus sain et beaucoup plus naturel que les gens complexes des Champs-Elysées qui s’extasient devant des images plus ou moins fugitives et abstraites d’Antonioni avec L’Avventura et tout ça ! ». Derrière lui, les plus physionomistes reconnaîtront son complice Henri Attal.



L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Fortunat apparaît aujourd’hui restauré en 4K par Coin de Mire Cinéma, lifting réalisé à partir des négatifs images et sons. Impossible de faire mieux ! La copie se révèle étincelante. Les contrastes sont d’une densité impressionnante, les noirs profonds, les blancs lumineux et le grain original heureusement préservé. En dehors de quelques plans moins définis, intervenants au moment d’un fondu en noir, cela demeure franchement anecdotique, car les séquences nocturnes sont aussi soignées que les scènes claires, le piqué est aussi tranchant qu’inédit, la stabilité de mise et les détails étonnent par leur précision, à l’instar des visages des comédiens. Il n’est pas interdit de s’extasier devant la beauté de ce master HD !

Également restaurée, la piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants. Aucun souffle sporadique n’est à déplorer, l’écoute est propre, l’ensemble dynamique et les ambiances annexes sont limpides. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © Coin de Mire Cinéma / Cinédis Robert Doorfmann – Éditions René Chateau / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
