
EXIT 8 réalisé par Genki Kawamura, disponible en DVD & Blu-ray le 4 février 2026 chez ARP Sélection.
Avec : Kazunari Ninomiya, Yamato Kōchi, Naru Asanuma, Kotone Hanase, Nana Komatsu…
Scénario : Kotake Create, Genki Kawamura & Hirase Kentaro, d’après le jeu vidéo Exit 8
Photographie : Keisuke Imamura
Musique : Shōhei Amimori & Yasutaka Nakata
Durée : 1h35
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025, Exit 8 est l’adaptation d’un jeu vidéo éponyme sorti en 2023 et qui reprend le même principe d’une personne piégée dans une station de métro, cherchant désespérément la sortie. Réalisé par Genki Kawamura (né en 1979), également producteur (Le Garçon et la bête, Your Name, Les Enfants du temps) et scénariste reconnu, remarqué avec son premier long-métrage (N’oublie pas les fleurs), Exit 8 s’empare de quelques codes issus du jeu vidéo, à l’instar de plans-séquences filmés en caméra subjective (toute l’introduction), peu d’interaction avec l’environnement, des changements du personnage principal. Ce qui a de quoi décontenancer lorsque le public est peu habitué à ce genre de narration. Toutefois, Exit 8 happe d’emblée le spectateur avec la présentation originale du personnage principal et l’exposition du décor, quasi-unique, dans lequel se déroulera l’intrigue. L’auteur de ces mots allait écrire « l’action », mais il n’y en a pas vraiment dans Exit 8, qui joue plutôt sur l’attente et l’angoisse qui en découle. Solide directeur d’acteurs comme il l’avait démontré dans son précédent film, Genki Kawamura aborde frontalement le genre fantastique teinté d’horreur, même si Exit 8 est aussi et avant tout un film dramatique, dans lequel un homme se retrouve à un carrefour de sa vie, au sens propre comme au figuré. L’allégorie et la métaphore sont reines dans cette seconde œuvre redoutablement anxiogène et immersive. Si quelques digressions s’avèrent peu utiles à la compréhension, et qui finissent d’ailleurs par alourdir le propos, Exit 8 est un sacré tour de force, une réelle expérience de cinéma, qui n’en finit jamais de retourner le ciboulot. Une grande réussite.


Au Japon, un homme est au téléphone dans le métro tokyoïte avec son ex-copine au bout du fil, qui lui annonce qu’elle est enceinte. Soudain, le réseau diminue avant que l’appel ne coupe net. Le jeune homme se retrouve alors dans un couloir du métro sans jamais pouvoir atteindre la sortie n°8, se rendant compte qu’il tourne en rond, sans fin, et qu’il croise à chaque fois le même homme avec le même attaché-case.


On comprend petit à petit que dans sa tentative d’échapper à ce cycle infernal, le protagoniste est confronté à son enfance, à l’image qu’il a de lui-même aujourd’hui, ainsi qu’à sa capacité et à son courage de prendre des décisions et d’assumer ses responsabilités. La dimension psychologique d’Exit 8 se double d’un reflet de la société japonaise contemporaine, notamment en ce qui concerne les attitudes d’un être humain envers autrui, tout en questionnant sur le sens des priorités. Ou comment partir d’un point A, réaliser tout un parcours, pour finalement revenir au même point. Cela est caractérisé de façon maline par l’apparition de la Bande de Möbius sous-titrée Les Fourmis rouges, de M.C. Escher, un des points de repères dans la quête de notre héros. Cette affiche représente la vie du personnage principal, mais aussi de celle des nombreux autres usagers des transports en commun. Les fourmis, ouvrières sans discontinuer, parcourent sans cesse leur chemin en forme de huit, mais finissent par se retrouver piégées dans une impasse. Mais quelle était leur destination ? Le savaient-elles vraiment ?


Tous ces questionnements, intériorisés, sont magistralement rendus par Kazunari Ninomiya, acteur déjà croisé il y a vingt ans au cinéma dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood. Le cheminement mental de son personnage s’éclaire à mesure de son épreuve inattendue et de ses diverses rencontres, celles avec un homme qui marche (et dont le sourire restera gravé dans les mémoires) qui illustre d’ailleurs l’affiche d’exploitation internationale, un enfant, une fille détraquée, tandis que plane l’ombre de l’ex-petite amie incarnée par Nana Komatsu, vue dans Silence de Martin Scorsese. Exit 8 reconstitue le décor vu dans le jeu vidéo et s’avère glaçant, comme si le metteur en scène et son chef opérateur Keisuke Imamura parvenaient à faire ressortir le surnaturel dans ce qu’il y a de plus commun, du quotidien, du banal.


D’où cette peur qui s’installe, car la normalité peut devenir effrayante si l’on n’y prend pas garde. En (re)devenant attentif, le héros peut enfin se concentrer sur lui-même, sur ce qui l’entoure et surtout sur les autres, en sortant d’une torpeur, celle de l’aliénation standard. Entrer dans ce labyrinthe c’est réaliser une introspection, c’est prendre le temps de faire le point sur sa propre existence, sur ses occasions manquées, sur le temps qui reste pour pouvoir enfin concrétiser ce qu’on a toujours mis de côté, c’est prendre enfin des décisions, ses responsabilités. D’où l’aspect univers et intemporel d’Exit 8.


LE BLU-RAY
C’est ARP Sélection qui se charge de la sortie DVD et Blu-ray d’Exit 8 dans nos contrées. Après avoir attiré 92.000 français dans les salles, le film de Genki Kawamura atterrit dans les bacs dans les deux formats. Le disque HD repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette reprend le visuel de l’affiche française d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Seule la bande-annonce est disponible comme supplément.
L’Image et le son
Le Blu-ray est tout indiqué pour(re)voir Exit 8. Avec son décor limité, l’aspect clinquant de l’interminable décor principal éblouit les yeux. La luminosité est omniprésente, le piqué chirurgical, les détails abondent sur les gros plans et les éléments disséminés dans le labyrinthe, rendant la quête du spectateur plus immersive, car scrutant chaque recoin du cadre. Les noirs sont denses, les contrastes riches, la copie immaculée.

En ce qui concerne le mixage japonais DTS-HD Master Audio 5.1 (la version française, présente, est complètement facultative), la centrale délivre avec énergie les rares dialogues, tandis que les ambiances naturelles (énorme travail sur le son), qui ne manquent pas, sont subtilement spatialisées, tout comme la musique pesante, mystérieuse et mélancolique. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © ARP Sélection / Exit 8 Film Partners / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
