
EFFRACTION réalisé par Daniel Duval, disponible en Blu-ray depuis le 18 novembre 2025 chez Arcadès éditions.
Acteurs : Marlène Jobert, Jacques Villeret, Bruno Cremer, Jean-Pierre Dravel, Robert Darame, Denise Filiatrault, Robert Kramer, Florent Pagny…
Scénario : Daniel Duval & Francis Ryck, d’après le roman de Francis Ryck
Photographie : Michel Cénet
Musique : Maurice Vander
Durée : 1h36
Date de sortie initiale : 1983
LE FILM
Lors d’un hold-up qui tourne mal, Valentin tue plusieurs personnes. Il s’enfuit avec un butin confortable et, pourchassé par la police, rencontre un couple dont la femme l’attire irrémédiablement.

Dans le genre polar français passé plus ou moins inaperçu à sa sortie, peu diffusé à la télévision et donc indéniablement oublié aujourd’hui, Effraction est un spécimen. Pourtant, tout était réuni pour que le film connaisse un beau succès dans les salles ou fasse parler de lui plus tard si cela n’avait pas été le cas. Avec une affiche aussi prestigieuse réunissant Bruno Cremer, Marlène Jobert et Jacques Villeret, dirigés par Daniel Duval, Effraction faisait plus qu’envie…Échec cuisant avec à peine 250.000 entrées, Effraction ne méritait assurément pas ce désintérêt du public et même ce rejet dont il a fait l’objet ultérieurement. Nous sommes en avril 1983 et en cette belle année où Arnold Schwarzenegger devient officiellement citoyen américain, Les Dieux sont tombés sur la tête de James Ulys a attiré près de six millions de spectateurs (il restera d’ailleurs sur la première marche du podium), Tootsie fait le plein, Banzaï est un triomphe pour Coluche (même chose pour Tchao Pantin, qui sortira quelques mois après), Le Ruffian sera le dernier pour Lino Ventura, tandis que Sylvester Stallone vient de signer un doublé avec Rambo et Rocky III, L’Oeil du Tigre, qui ont dépassé tous les deux les trois millions d’entrées. Autant dire que le cinéma se porte bien, alors que d’autres mastodontes pointent déjà le bout de leur nez (Les Compères, L’Été meurtrier, Le Marginal, Flashdance, Papy fait de la résistance, Le Retour du Jedi, Octopussy…). Effraction n’apparaît qu’à la 112è place du box-office en 1983, coincé entre La Petite Bande de Michel Deville et Vive la sociale ! de Gérard Mordillat. Il est temps désormais de réhabiliter ce cinquième long-métrage mis en scène par Daniel Duval, qui quatre ans auparavant avait connu un succès international avec La Dérobade, 2,8 millions d’entrées et valu à Miou-Miou le César de la meilleure actrice. Pour Effraction, il adapte le roman éponyme de Francis Ryck, sorti dans la collection Série Noire en 1975, en collaboration avec celui-ci. Ce polar sombre et violent offre à Jacques Villeret l’un de ses rôles les plus inattendus, celui d’un type frappadingue, qui pour donner quelques exemples tue tout le monde à la mitraillette, tète le sein de Marlène Jobert et donne une raclée à Bruno Cremer, tout en faisant un hold-up, grimé avec postiche et fausse moustache et même en escaladant la corniche d’un hôtel comme Bebel. Oui, vous avez bien lu, et en plus le comédien apparaît très crédible dans toutes ces situations, ce qu’on était loin d’imaginer au premier abord. Également thriller psychologique, Effraction joue sur la tension et le malaise qui s’installent une fois que les trois personnages principaux sont réunis au mitan du film. De plus, on y retrouve un romantisme emphatique, exacerbé, propre à l’artiste hyper-sensible qu’était Daniel Duval. C’est tout cela Effraction, une œuvre hybride, qui semble ne pas savoir sur quel pied danser ni où se diriger, mais qui reflète justement ce sentiment de perte de repères des protagonistes. Une belle et grande réussite.



Un homme et une femme, Pierre et Kristine, se rencontrent dans un aéroport et ne se quitteront plus. Ailleurs, des gangsters attaquent une banque. L’un d’eux, Valentin Tralande dit Val, tire soudain sur tous les employés ainsi que sur ses complices, emportant seul le butin. En fuite, désoeuvré, il s’habille de neuf, déambule, insulte une barmaid, se montre cynique à tous égards… À Nice, dans un petit restaurant, le hasard le met en présence de Pierre et Kristine. Il les suit, et prend une chambre au même hôtel qu’eux. Le personnel du palace à qui il a tout de suite paru étrange fait venir deux policiers. L’un d’eux monte à l’étage, Val le surprend et le tue. Cerné, le gangster se réfugie dans la chambre de Pierre et Kristine, et les garde en otages. Exigeant une voiture qu’il obtient, Val les emmène avec lui. Une folle poursuite dans l’arrière-pays niçois débute alors.


Il y a des moyens dans Effraction. La longue traque du dernier acte comprend voitures de police et hélicoptère (Daniel Duval se fait plaisir en filmant de l’appareil), tout en profitant des magnifiques décors naturels de l’arrière-pays niçois, par ailleurs photographiés avec élégance par Michel Cénet, collaborateur attitré du cinéaste (La Dérobade, L’Amour trop fort) et qui signera aussi les images inoubliables de L’Été en pente douce de Gérard Krawczyk en 1987. La première partie peut déconcerter avec d’un côté le casse réalisé par Valentin et ses complices, suivi de sa cavale, tandis que de l’autre nous assistons à la rencontre coup de foudre entre Pierre et Kristine, dans un aéroport, qui les mènera ensuite au restaurant (où Valentin déboule et écoute leur conversation), puis enfin à l’hôtel.


Quelques scènes et monologues dévoilent que Valentin est un homme impuissant, sans doute marqué par une mère incestueuse ou ayant eu lui-même certains penchants inavouables, qui ont eu une incidence sur sa sexualité par la suite. La scène où Pierre (Bruno Cremer, la même année qu’Un jeu brutal de Jean-Claude Brisseau, impérial comme à son habitude) surprend Valentin, la bouche collée au sein de Kristine (sublime Marlène Jobert, sur le point de laisser tomber le cinéma) alors impuissante car terrorisée, met particulièrement mal à l’aise. C’est cette atmosphère malsaine, cette ambiance anxiogène qui sont particulièrement bien rendues par le réalisateur, solide directeur d’acteurs, qui parvient à les emmener vers quelques voies inexplorées et qu’ils auront peu l’occasion de prospecter par la suite.


Cet accueil froid, à la fois du public et de la critique, touchera Daniel Duval, au point que celui-ci se fera désormais plus rare à l’écran et ne reviendra à la mise en scène qu’en 2006 avec le très beau Le Temps des porte-plumes.



LE BLU-RAY
Effraction est littéralement ressuscité par Arcadès Éditions, puisque le film n’avait jamais connu de sorties en DVD et Blu-ray. C’est désormais chose faite, en HD du moins, depuis novembre dernier (Un été d’enfer en Version intégrale non censurée de Mickael Schock était d’ailleurs en même temps) et l’éditeur a d’ores et déjà annoncé deux autres sorties dans cette collection, Tir à vue de Marc Angelo et Urgence de Gilles Béhat. Visuel sobre créé à cette occasion. L’éditeur gagnerait à proposer une jaquette réversible proposant le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Le menu principal est fixe et muet.

Deux Jérôme Wybon pour le prix d’un ! Dans le premier module (Le Cinéma français en garde à vue – Le Polar des années 80, 18’35), l’archéologue-spéléologue du monde de la vidéo française propose un large tour d’horizon du polar hexagonal, plus spécifiquement dans les années 1980, qui voit l’émergence de nouveaux réalisateurs et comédiens. Le genre a muté depuis Jacques Becker, Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Meville et Julien Duvivier. Selon Jérôme Wybon, La Guerre des polices de Robin Davis, grand succès public et César du meilleur acteur pour Claude Brasseur, vient changer la donne. La représentation de la police et des criminels change, le public est friand d’une certaine réalité documentaire, de violence graphique aussi. La gauche arrive au pouvoir au début des années 1980 et le cinéma rend compte du climat social et politique. D’autres films viendront aussi marquer le genre, Garde à vue de Claude Miller (nouveau metteur en scène qui dirige l’ancienne génération d’acteurs), Le Choix des armes d’Alain Corneau, La Balance de Bob Swaim, tandis que la photographie devient stylisée (Diva de Beineix, Subway de Luc Besson). Tout le monde y va de son polar, même Jean-Luc Godard (Détective), Bebel et Delon se renvoient la balle (même si le genre arrive à bout de souffle quand ils se lancent), Gérard Jugnot livre son Pinot simple flic (pas simplement une comédie), tandis que le thème de l’auto-défense se mêle à la partie, ainsi que celui de la montée de l’extrême-droite…Tous ces sujets sont abordés au cours de ce bonus évidemment indispensable.
Dans le second supplément (10’), Jérôme Wybon s’exprime sur Effraction de Daniel Duval. L’adaptation du roman de Francis Ryck (à laquelle l’auteur a voulu participer, ayant été très dur avec les transpositions de ses œuvres, Le Silencieux notamment), le casting (les trois têtes d’affiche étaient déjà réunies dans Le Bon et les Méchants de Claude Lelouch), ainsi que la différence entre la fin du livre et celle du film (attention, spoilers), sans oublier l’échec d’Effraction dans les salles sont aussi les points abordés.

L’Image et le son
Effraction a été restauré 4K à partir des négatifs originaux, par le laboratoire VDM. Un lifting de A à Z, qui permet de (re)découvrir le film de Daniel Duval dans les meilleures conditions. La propreté de la copie est indéniable, tout comme sa stabilité, les couleurs sont fraîches, les contrastes élégants, le piqué affûté, le grain argentique préservé et les détails sont appréciables sur les costumes et les décors.
Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur propose également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. En revanche, point de piste Audiodescription.



Crédits images : © Arcadès / Studio TF1 / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
