Test Blu-ray / Dragon est de retour, réalisé par Eduard Grečner

DRAGON EST DE RETOUR (Drak sa vracia) réalisé par Eduard Grečner, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová, Viliam Polónyi, Jela Buckovan, Jozef Cierny, Pavol Chrobák, Mikulás Ladizinský…

Scénario : Eduard Grečner, d’après le roman de Dobroslav Chrobak

Photographie : Vincent Rosinec

Musique : Ilja Zeljenka

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Martin Lepiš, surnommé Dragon, est un potier solitaire. Les villageois le considèrent comme étrange et l’accusent à tort d’être à l’origine des catastrophes naturelles qui troublent leur quotidien. Après des années d’absence, il retourne au village mais ne parvient pas à gagner la confiance des habitants. Même lorsque Martin risque sa vie pour sauver un troupeau de moutons, pris dans les flammes d’un feu de forêt, il n’obtient pas la reconnaissance attendue…

Dragon est de retourDrak sa vracia (1968), réalisé par Eduard Grečner (né en 1931), est un récit de suspicion, de solitude et de rédemption. Chassé de son village à cause de ses superstitions, Martin aka « Dragon », doit regagner la confiance des habitants et se heurte à une résistance farouche. Le film d’Eduard Grečner se déroule comme un poème médiéval : la quête d’un homme en quête d’acceptation, d’amour et d’une place dans le monde. Oeuvre expérimentale, difficile d’accès et donc réservée aux cinéphiles les plus pointus, Dragon est de retour vaut surtout pour la beauté de la photographie de Vincent Rosinec, qui contribue à envelopper le film d’un voile de mystère. Même chose en ce qui concerne la musique d’Ilja Zeljenka (La Vierge miraculeuse, Le Soleil dans un filet, Trois filles, tous réalisés par Stephan Uher), hypnotique, participant à l’immersion désirée par le réalisateur. Celui-ci adapte le roman éponyme de Dobroslav Chrobak, que Béla Balázs avait déjà projeté de transposer à la fin des années 1940, sans y parvenir. Eduard Grečner s’y colle à son tour, cette fois avec succès, un travail pourtant fastidieux, pour ne pas dire courageux, beaucoup prétendant que le livre ne pouvait pas donner naissance à un long, voir même à un court-métrage. La première tentation d’adapter le roman se présenta alors que Grečner était encore étudiant en cinéma à Prague. La version du scénario qu’il écrivit était destinée au réalisateur Stanislav Barabáš, Grečner n’envisageant alors pas encore de devenir metteur en scène. Mais son scénario, pourtant de grande qualité, ne passa pas le test idéologique. En raison de l’évolution du contexte socio-politique, cette première mouture fut tout simplement refusée et même interdite dans les années 1950. Sept ans plus tard, en 1965, Eduard Grečner soumit de nouveau son scénario, qui reçut cette fois un accueil favorable. Si le film n’obtient pourtant pas de succès à sa sortie, Dragon est de retour a depuis été bien réhabilité, au point d’obtenir un statut culte auprès des passionnés du septième art, rejoignant ainsi celui jamais démenti du livre de Dobroslav Chrobak, monument de la littérature slovaque. Une curiosité, hermétique sans douter, mais une expérience tout de même, enfin disponible en France, en DVD et Blu-ray chez Artus Films.

Le potier Martin Lepis, surnommé Dragon, vit un peu à l’écart de son village, suscitant jalousies et convoitises. Accusé par les villageois d’être la cause de catastrophes naturelles, il est emmené loin du village par les gendarmes, laissant Simon s’emparer de sa femme Eva. Quelques années plus tard, Dragon revient au village. Afin de réintégrer la communauté, il propose de ramener un troupeau de vaches ayant fui un incendie. Il exige que Simon l’accompagne.

Ce qui manque à Dragon est de retour pour emporter l’adhésion, c’est une véritable intrigue. Car résumer ainsi le film peut sembler facile, mais la narration n’est pas du même acabit. On peut se laisser porter par la beauté sèche des images, par le cadre stylisé, recherché, avant-gardiste, mais l’émotion demeure aux abonnés absents. On a plutôt l’impression d’assister à une exposition vidéo arty, alors qu’on aurait préféré être touché, ému par les personnages, partager leurs états d’âme, ressentir de l’empathie pour eux. Ce n’est jamais le cas et ce n’est probablement pas ce que recherchait Eduard Grečner. Le temps peut donc paraître long devant Dragon est de retour, mais heureusement, le montage est suffisamment étrange et donc captivant, pour que l’on aille au bout de l’entreprise. Dans le rôle-titre, Radovan Lukavský (Un cas pour un bourreau débutant, Grand-père Automobile) a une vraie gueule de cinéma et sa présence est indéniable. Ses partenaires sont tout aussi charismatiques et participent à « l’immersion » désirée par le cinéaste, qui filme les visages comme des vestiges, des éléments plus ou moins délabrés, qui reflètent la situation dans laquelle se retrouve le village.

Le triangle amoureux captive sans doute le plus dans Dragon est de retour, avec Eva, qui attend son mari, Šimon. Chez elle, elle se remémore son amour passé pour Martin. Mais ce dernier fut chassé par les villageois et Eva épousa Šimon. C’est son mari qui la tire de ses souvenirs. Il lui annonce le retour de Drak (qui fait étonnamment penser à Snake Plissken) au village. Son retour sème la confusion. On découvre bientôt qu’un incendie s’est déclaré dans les montagnes surplombant le village, où paissent leurs troupeaux de vaches. On recherche un volontaire pour sauver le troupeau. « Drak » y voit l’occasion de se racheter auprès des villageois et se porte volontaire. Le maire accepte, mais envoie également Šimon avec lui. Avec les tensions et les tentations (de nuire) que cela peut entraîner. Dragon va-t-il venger l’injustice dont il a été victime, tant de la part des villageois que de Šimon ? Ou ce dernier va-t-il essayer de tuer Dragon, qui serait capable de lui ravir la femme qu’il aime ?

Dragon est de retour est une histoire d’amour contrariée, mais aussi de haine, doublée d’une quête pour s’extraire de la solitude, qui aura finalement plus touché la critique que le public en 1968. Le film devait tout de même remporter de nombreux prix, le plus souvent liés à la musique d’Ilja Zeljenka, souvent considérée comme un personnage à part entière du film.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Fut un temps où Dragon est de retour serait sorti chez Malavida. Mais depuis quelques temps, Artus Films s’intéresse également aux films venus d’Europe de l’Est. En parallèle d’Honneur et gloire d’Hynek Bocan, sur lequel nous sommes revenus dernièrement, l’éditeur propose Dragon est de retour d’Eduard Grečner. Un superbe Combo Blu-ray + DVD a été conçu à cette occasion, une première en France pour un film de ce cinéaste tchèque. Les deux disques reposent dans un Digipack à deux volets, glissé dans un magnifique fourreau cartonné. Le menu principal est fixe et musical.

La galette présentée par Artus Films contient quelques suppléments intéressants.

Le premier est une présentation du film par Rastislav Sterenka, directeur du Centre national de la cinématographie de l’Institut du film de Slovaquie (5’). En quelques minutes, ce dernier donne moult informations sur le parcours d’Eduard Grečner, ancien étudiant en écriture de scénario et en dramaturgie, rédacteur et critique de film, qui est ensuite passé derrière la caméra, avec pour intention de défendre l’expression cinématographique comme une expérience exigeante. Le cinéaste pensait que pour apprécier le cinéma, cela nécessitait une certaine maturité intellectuelle et émotionnelle de la part du spectateur. Rastislav Sterenka évoque ensuite « le réalisme introverti » cher au réalisateur, ses thèmes récurrents, ses influences (Alain Resnais entre autres), avant d’en venir plus précisément à Dragon est de retour.

Nous trouvons ensuite une rencontre avec Eduard Grečner, réalisée en 2022 (18’30). Le réalisateur s’exprime sur la genèse de Dragon est de retour, sur ses intentions et ses partis-pris pour adapter le roman de Dobroslav Chrobak. Les propos du cinéaste s’entrecroisent avec ceux d’historiens du cinéma et en littérature, qui abordent la transposition du livre original. Quelques photos dévoilent l’envers du décor.

Et puis bien sûr, nous l’attendions, l’excellent Christian Lucas nous gratifie une fois de plus d’une formidable présentation du film qui nous intéresse aujourd’hui (35’). Après avoir bien résumé l’histoire, ce qui n’est pas un mal pour certain et éclairera déjà plusieurs lanternes pour beaucoup, Christian Lucas en vient à l’adaptation du livre de Dobroslav Chrobak (qui donne plus d’éléments sur les personnages et l’histoire, et qui contient aussi un épilogue inédit), à la carrière du réalisateur, à ses influences (Alain Resnais, Ingmar Bergman). Puis la forme est analysée sous toutes ses coutures, les conditions de tournage sont abordées, le casting passé au peigne fin, les thèmes disséqués, la musique analysée, ainsi que la photographie. Du très bon boulot comme toujours.

L’interactivité se clôt sur un Diaporama d’affiches et de photographies.

L’Image et le son

La restauration numérique 2K de Dragon est de retour s’avère très impressionnante. Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans, la photo retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage tchèque, pas même un souffle parasite sur les nombreux silences. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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