Test Blu-ray / Tropique du Cancer, réalisé par Edoardo Mulargia et Giampaolo Lomi

TROPIQUE DU CANCER (Al Tropico del Cancro) réalisé par Edoardo Mulargia et Giampaolo Lomi, disponible en combo DVD/Blu-ray le 1er avril 2017 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Anthony Steffen, Anita Strindberg, Gabriele Tinti, Umberto Raho, Stelio Candelli, Gordon Felio, Kathryn Witt

Scénario : Anthony Steffen, Giampaolo Lomi, Edoardo Mulargia

Photographie : Marcello Masciocchi

Musique : Piero Umiliani

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Vivant depuis de nombreuses années à Port-au-Prince, le Docteur Williams traîne une réputation de fabricant de drogue. Sa dernière création est un puissant hallucinogène permettant de plonger dans un univers érotique ouvrant sur ses désirs les plus secrets. Peacock, énorme fortune de l’île, pédophile notoire, convoite la formule, tout comme un certain Murdock, fraîchement arrivé en ville. Après avoir caché son invention, Williams voit débarquer un vieil ami, Fred Wright et son épouse Grace. Commence alors une série de règlements de comptes de plus en plus violents, tandis que Grace, au son des tambours vaudous, découvre ses désirs enfouis.

Tropique du CancerAl Tropico del Cancro (1972), est un giallo à part. Alors que les films du genre se déroulent habituellement dans une ville (européenne), de nuit, éclairée froidement ou au contraire avec moult jeux de couleurs baroques, le film coréalisé – enfin c’est à voir, comme cela est expliqué dans les suppléments du Blu-ray – par Edoardo Mularcia (Creuse ta fosse, j’aurai ta peau, El Puro, la rançon est pour toi) et Giampaolo Lomi (assistant sur Les Négriers de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, déjà tourné à Haïti) se déroule sous la chaleur moite et le soleil éclatant d’Haïti. En plus de cette approche singulière et exotique, le giallo est lui-même parasité par un autre genre d’exploitation alors lancé depuis dix ans, le mondo. Ce qui caractérise le mondo est une approche semi-documentaire, proposant des images souvent très crues, destinées avant tout à choquer les spectateurs. Comme qui dirait l’ancêtre du found-footage, puisqu’il s’agit avant tout de renforcer l’immersion de l’audience. C’est donc à la lisière de ces deux genres qu’apparaît Tropique du Cancer.

Le Docteur Williams (Anthony Steffen aka Antonio De Teffè, également coscénariste) vit à Port-au-Prince depuis plusieurs années et semble se consacrer à son travail à l’hôpital. En réalité, Williams s’adonne à des recherches et même à la fabrication de substances illicites. Le scientifique solitaire et misanthrope a mis au point un puissant hallucinogène à haute teneur érotique, ayant pour conséquence de rendre réaliste les fantasmes de celui ou celle qui le respire. La découverte de Williams, aidé dans ses travaux par deux assistants, est parvenue jusqu’aux oreilles d’individus peu scrupuleux, qui souhaitent acquérir la formule par tous les moyens possibles. C’est alors que débarquent Fred (Gabriele Tinti, le « vrai » Don Cesar de La Folie des grandeurs) et son épouse Grace (Anita Strindberg), visiblement pour essayer de relancer leur couple en crise. Tandis que cette dernière tombe immédiatement sous le charme de l’île et de ses habitants, un en particulier, la visite de Fred, ancien ami de Williams, ne semble pas innocente. Pendant ce temps, les deux assistants du docteur se font assassiner. Se pourrait-il que le meurtrier soit le dénommé Peacock, un obèse pédophile qui a la mainmise sur l’île grâce à son argent ? Ou bien encore un certain Murdock, qui vient tout juste d’arriver dans la capitale accompagné d’un homme de main ? Malgré les tensions, Williams ne souhaite pas vendre son invention et l’a dissimulée. Mais les menaces se multiplient.

Tropique du Cancer est plus un film d’ambiances et d’atmosphère qu’un véritable thriller proprement dit, même si les meurtres réalisés par un tueur aux gants de cuir s’enchaînent – en caméra subjective bien entendu – et s’avèrent de plus en plus sauvages. En situant le récit à Port-au-Prince, dans un climat étouffant et anxiogène, les deux réalisateurs créent un malaise constant et inquiétant, d’autant plus qu’ils marquent le film de brisures documentaires, notamment quelques transes, rituels et pratiques vaudou organisés pour les moyens du tournage, mais bel et bien réels, non mis en scène, y compris le sacrifice d’un taureau dont on recueille le sang après égorgement, comme plus tard lors d’une visite d’abattoirs. Sous ce climat lourd et suffocant, nous suivons la course à un aphrodisiaque puissant et révolutionnaire. Là encore, c’est moins cet aspect « espionnage » – à la résolution très décevante il faut bien l’avouer – que le réveil du désir d’une femme qui s’avère le plus intéressant, d’autant plus quand celle-ci est interprétée par la sublime actrice suédoise Anita Strindberg !

Dès l’arrivée de Grace sur le sol de Port-au-Prince, la jeune femme remarque un des employés de l’hôtel où elle a posé ses valises. On sent Grace bouleversée par ce qui lui arrive et cet habitant, lui-même peu indifférent, semble réveiller chez elle quelques fantasmes sexuels jusqu’alors refoulés. Sentiments qui conduisent à la séquence la plus célèbre du film, quand Grace, sous le charme de l’aphrodisiaque distillé à son insu, plonge dans un rêve peuplé de jeunes éphèbes noirs, nus, qui tentent de l’agripper dans un couloir couleur rouge-sang, jusqu’à ce qu’elle tombe dans les bras de celui sur qui elle fantasme depuis son arrivée, le tout bercé par la superbe partition de Piero Umiliani. Magnifique scène graphique qui n’est évidemment pas sans rappeler l’ouverture du Venin de la peur de Lucio Fulci, également interprété par Anita Strindberg.

Film pluriel, à la croisée des genres, à la lisière du fantastique, Tropique du Cancer est finalement un film inclassable et sensuel, curieux, atypique et ambitieux, à la fois divertissant et réflexion sur la sexualité féminine. De grandes qualités qui font oublier les quelques facilités et l’aspect parfois décousu du scénario.

LE BLU-RAY

Le Chat qui fume a mis le turbo depuis la sortie en Blu-ray du Venin de la peur en octobre 2015 ! Après les sublimes éditions HD La Nuit des diables, Exorcisme tragique, La Soeur d’Ursula et Terreur sur la lagune, le félin sort les griffes à nouveau ! C’est au tour de Tropique du Cancer d’arriver dans l’escarcelle – ou la gamelle – du Chat noir. L’objet est magnifique.

Le combo Digipack à trois volets de ce nouveau titre « Exploitation italienne », renferme à la fois le DVD du film, celui alloué aux suppléments et le Blu-ray qui reprend le tout. Sur le verso des volets, nous trouvons trois affiches originales du film. L’ensemble se glisse dans un étui cartonné du plus bel effet, au visuel superbe et attractif. Cette édition limitée à 1000 exemplaires s’avère un véritable objet de collection. Le menu principal est animé et musical. Un service princier.

Comme d’habitude pour ses éditions HD, Le Chat qui fume a mis le paquet concernant les suppléments avec plus d’1h45 de bonus à se mettre sous la dent !

On commence par l’entretien avec le coréalisateur Giampaolo Lomi (32’). Né en 1930 et ne comptant que deux films à son actif en tant que metteur en scène, Tropique du Cancer en 1972 et I Baroni en 1975, Giampaolo Lomi explique que l’idée d’Al Tropico del Cancro vient de lui et de son désir de retravailler en Haïti, où il a vécu 1 an et demi et où il a surtout servi d’assistant-réalisateur sur Les Négriers de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Dans un deuxième temps, Lomi insiste sur le fait qu’on lui ait imposé de réaliser Tropique du Cancer en binôme avec Edoardo Mulargia en raison de son manque d’expérience dans le domaine de la fiction. Mais l’argument est aussitôt démenti par l’intéressé qui indique que Mulargia, qui était chargé à la base de superviser le tournage, préférait aller à la plage en lui faisant confiance. Lomi s’accapare donc l’entière paternité du film, sur lequel il revient ensuite plus longuement, les conditions de tournage – en Arriflex 9mm – des scènes de vaudou, le travail avec les comédiens, Anthony Steffen qu’il qualifie de voleur de gros plans et qui s’est imposé pour écrire également le scénario, sans oublier Anita Strindberg, dont il se souvient surtout de la poitrine refaite qu’il a essayé de dissimuler à l’image. Après être revenu sur les personnages et la représentation de l’homme de couleur dans Tropique du Cancer, Lomi aborde un sujet épineux, ses rencontres avec le dictateur François Duvalier ou Papa Doc, qu’il considère comme l’un des chefs d’état les moins cruels « dans le genre » et tente de démontrer ce qu’il a fait pour Haïti, en permettant à la population d’avoir accès à la nourriture. Damn !

Tout ce qui est dit par Lomi est en quelque sorte démenti par le second réalisateur de Tropique du Cancer dans le supplément suivant. Contrairement au module précédent, le document présenté est composé d’entretiens audio avec Edoardo Mulargia (décédé en 2005), ainsi que des propos face caméra du journaliste Davide Pulci, du réalisateur Roger A. Fratter et des comédiens Robert Woods et Marc Fiorini (18’). Dans son interview à l’enregistrement grinçant, Edoardo Mulargia annonce de son côté être l’auteur du film en avançant que Giampaolo Lomi « s’est uniquement occupé de tourner quelques scènes secondaires, mais pas grand-chose […] il n’a pas grand-chose à y voir, même si le film est sorti sous nos deux noms ». Ce sur quoi les autres intervenants réagissent en allant dans ce sens, en expliquant que Lomi s’est probablement occupé de la partie « documentaire » du film, à savoir les scènes de vaudou, alors que Mulargia s’est chargé de tout le reste, autrement dit de la partie fictive et du travail avec les acteurs. Tropique du cancer est ensuite un peu abordé sur la forme et sur le fond, même si ce module s’égare ensuite sur le travail d’acteur de Anthony Steffen avec les interventions de deux comédiens qui lui ont donné la réplique. Dans la dernière partie de ce documentaire, l’intérêt se recentre sur la fin de carrière de Mulargia, placée sous le signe de films érotiques, ce que l’intéressé dément dans son entretien. Plus critique, Davide Pulci indique que Mulargia « était un réalisateur qui n’avait pas vraiment de style notable et ses films sans particularité artistique ou technique ».

C’est ensuite au tour du journaliste Francis Barbier du site DeVilDead.com de prendre la parole pour une analyse indispensable de Tropique du Cancer (27’). Comme il l’indique d’entrée de jeu, ce module contient des spoilers et n’est donc à visionner qu’après avoir vu le film. Outre son attachement pour la belle Anita Strindberg (« avec son corps qui capte le soleil… ») et sa pique sur « cette espèce de vieux con d’Eastwood » quand il aborde le thème du racisme, Francis Barbier croise habilement le fond et la forme du film qui nous intéresse en revenant sur son caractère singulier et transgenre, entre giallo et mondo, sans oublier une touche de blaxploitation. La scène d’hallucination est passée au crible, tout comme le travail des deux réalisateurs, le cadre, l’espace et l’homme de couleur dans le cinéma italien.

Dernier entretien de cette interactivité avec celui du scénariste Fathi Beddiar (25) qui nous présente ses trois gialli préférés. Visiblement peu habitué à l’exercice, l’intéressé s’embrouille quelque peu dans ses propos qui manquent de construction, même si l’ensemble est malgré tout sympathique et intéressant. L’auteur du très bon Colt 45, qu’il a néanmoins renié avec le réalisateur Fabrice Du Welz en raison d’une production catastrophique, essaye tout d’abord de donner sa propre définition du giallo, avant de livrer son top constitué de Gente di rispetto de Luigi Zampa (1975), Le Corps et le Fouet et 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava (1963 et 1964), ainsi que Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento (1975). Si Fathi Beddiar s’égare quelque peu, au moins l’intéressé fait preuve de grandes connaissances du giallo (et du cinéma en général) et son intervention ne manque pas d’attraits.

Egalement au programme, à la fois sur le DVD consacré aux bonus et sur cette édition HD, nous trouvons Tropique du Cancer proposé en mode VHS, en version française et encodé en 1080i sur le Blu-ray. Outre la fibre nostalgique titillée, c’est aussi l’occasion de voir tout le travail effectué du point de vue de la restauration !

Cette section se clôt sur un lot de bandes-annonces de films, celle de Tropique du Cancer, mais aussi celles de films prochainement disponibles chez Le Chat qui fume dont La Longue nuit de l’exorcisme de Lucio Fulci !

Une des éditions indispensables et incontournables de ce premier semestre 2017 sur laquelle devraient se ruer tous les cinéphiles !

L’Image et le son

Une fois passé le générique grumeleux et marqué par quelques rayures verticales, la Haute-Définition prend son envol devant nos yeux sans cesse flattés. Le Blu-ray édité par Le Chat qui fume restitue habilement les volontés artistiques originales en conservant heureusement le précieux grain cinéma ainsi que les couleurs chaudes et clinquantes (voir les carrosseries rutilantes des voitures). Les contrastes sont léchés et le relief étonnamment palpable, tandis que le piqué demeure acéré. Ces partis pris entraînent certes une image parfois plus douce, une sensible perte de la définition sur les nombreux zooms, mais la compression AVC consolide l’ensemble avec brio, les détails sont légion sur le cadre large, les noirs denses et la copie éclatante. Quant à la restauration, elle est souvent sidérante.

Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Piero Umiliani (Le Pigeon, A cheval sur le tigre). A titre de comparaison, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot, à tel point que l’on parvient à entendre les maracas jouées par un musicien au fond de l’image. La version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0, au doublage particulièrement raté (donc amusant), apparaît plus grinçante, même si comme son homologue, elle apparaît dépourvue de souffle parasite. Le changement de langue est verrouillée à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Soeur d’Ursula, réalisé par Enzo Milioni

LA SOEUR D’URSULA (La Sorella di Ursula) réalisé par Enzo Milioni, disponible en combo Blu-ray/DVD et Blu-ray le 2 novembre 2016 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Barbara Magnolfi, Marc Porel, Stefania D’Amario, Anna Zinnemann, Antiniska Nemour, Yvonne Harlow, Vanni Materassi

Scénario : Enzo Milioni

Photographie : Vittorio Berninni

Musique : Mimi Uva

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Ursula et Dagmar Beyne, deux sœurs ayant récemment hérité, vont passer des vacances en Italie dans un magnifique hôtel sur la côte. Elles cachent un sombre passé : abandonnées par leur mère, elles ont vu leur père sombrer dans la dépression et se suicider. Tombée dans la névrose, Ursula fuit le contact des hommes et vit recluse dans sa chambre, tandis que sa sœur s’adonne à une libido effrénée. Parmi ses courtisans : Roberto Delleri, le directeur de l’hôtel, et Filippo Andrei, un loubard cocaïnomane au comportement étrange. Les vacances des deux sœurs ne seront pas de tout repos puisqu’on découvre bientôt, aux abords de l’hôtel, le cadavre mutilé d’une prostituée, puis les corps d’un jeune couple…

Réalisé en 1978, La Soeur d’UrsulaLa Sorella di Ursula est le premier long métrage du réalisateur Enzo Milioni, jusqu’alors scénariste du film au titre fleuri Non… je suis encore vierge ! (1971). Jouant avec les codes du giallo, La Soeur d’Ursula tire sur la corde en proposant surtout une histoire érotique et en compilant les scènes de sexe, toujours soulignées par le même thème musical, à l’instar des téléfilms diffusés sur M6 après Sexy Zap le dimanche soir dans les années 1990. Vous vous rappelez coquins ? Néanmoins, La Sorella di Ursula demeure typique du cinéma d’exploitation transalpin de l’époque avec une belle photographie vaporeuse, des comédiennes peu avares de leurs charmes et qui se déshabillent toutes les dix minutes, quelques meurtres violents et sanglants (toujours hors champ), visiblement commis par un homme au sexe surdimensionné.

Soyons honnêtes, avec son intrigue qui part dans tous les sens, ce petit giallo vaut essentiellement pour la beauté surréelle de Barbara Magnolfi (Olga dans Suspiria de Dario Argento), dont le regard vert subjugue et foudroie. Ce sont ces yeux fantastiques qui font surtout l’intérêt de La Soeur d’Ursula, ainsi que le charme vintage qui agit du début, il ne faut pas attendre trois minutes pour déjà apprécier le premier full frontal, jusqu’à la fin nawak et improbable, mais qui fonctionne malgré tout auprès d’une audience déjà conquise et donc indulgente. Aux côtés de Barbara Magnolfi, Stefania D’Amario (Les Déportées de la section spéciale SS, L’Enfer des zombies) et Marc Porel (Le Clan des Siciliens, La Horse, La Longue nuit de l’exorcisme) portent également le film vers le haut du Bis par leur charisme et leur indéniable talent, sans oublier la beauté des décors naturels de la côte Amalfitaine, au bord de la mer tyrrhénienne.

Le giallo est déjà mort, mais certains réalisateurs s’amusent encore avec ses cendres, tout en lorgnant sur un autre genre de cinéma Bis qui attire de nouveaux spectateurs, surtout depuis le triomphe international d’Emmanuelle en 1974. De l’aveu de Barbara Magnolfi, le résultat final ne correspond pas au scénario ambitieux initialement prévu, puisque selon elle les producteurs auraient imposé les scènes de sexe, très nombreuses et totalement gratuites au final, au metteur en scène Enzo Milioni, histoire de pimenter une intrigue policière teintée de fantastique qu’ils pensaient idiote et éculée. Ou comment couvrir ses arrières en découvrant ses actrices. Seulement voilà, les producteurs tendaient la carotte au réalisateur en lui promettant de lui financer son prochain long métrage, un projet personnel et vrai film d’auteur, qui ne verra jamais le jour.

Visionner La Soeur d’Ursulaqui d’ailleurs n’avait pas connu d’exploitation dans les salles françaises – de nos jours, c’est se retrouver face à un échantillon d’un cinéma désuet et disparu, mais agréable, parfois excitant et toujours divertissant, qui rend compte du revirement soudain des producteurs afin de mieux répondre aux attentes et au goût des spectateurs.

LE BLU-RAY

Si le film peut laisser quelque peu indifférent, cette édition combo Blu-ray/DVD concoctée par notre Chat noir à la clope est à tomber. L’élégant digipack se compose de trois volets, superbement illustrés, qui accueillent les deux disques. L’ensemble est glissé dans un étui cartonné du plus bel effet. Le menu principal, animé et musical, est identique sur le DVD et le Blu-ray. Petite erreur sur le verso de l’étui qui annonce que le supplément avec le réalisateur s’intitule « Ursula c’est moi ». Le film est proposé dans sa version intégrale.

Le Chat qui fume n’est pas venu les mains vides et nous livre quelques entretiens particulièrement généreux.

On commence par celui du réalisateur Enzo Milioni réalisé en 2008 (38’). Longuement, posément, le metteur en scène de La Soeur d’Ursula revient sur la genèse chaotique de son premier long métrage, une commande qui devait en réalité lui permettre de financer un film beaucoup plus personnel, dans lequel la comédienne Valentina Cortese devait tenir le premier rôle. Malgré la réussite commerciale de La Soeur d’Ursula, les producteurs qui lui avaient imposé de tourner des scènes érotiques non prévues, n’ont pas tenu leur parole pour son second long métrage. Ensuite, le cinéaste passe en revue le casting de son film et s’attarde sur chaque comédien. Il évoque ainsi le regard de Barbara Magnolfi, les problèmes de drogue de Marc Porel et comment il s’était mis d’accord avec l’acteur quand ce dernier voulait aller « à la chasse aux papillons ». Enzo Milioni évoque ensuite le bon accueil ainsi que la version du film qui circulait sous la manteau et qui comprenait des inserts pornographiques.

C’est avec un grand plaisir que nous retrouvons Barbara Magnolfi dans le supplément suivant. La comédienne née en France, d’un père italien et d’une mère française, parle parfaitement la langue de Molière et se livre avec franchise sur La Soeur d’Ursula. Franchise parce qu’elle se rappelle avoir été dupée sur le produit fini étant donné que le scénario sur lequel elle s’était engagée ne comportait aucune scène de sexe ! Tout d’abord, elle parle de son enfance avec une mère qui la délaissait, puis de ses débuts dans le cinéma avec notamment la rencontre avec Dario Argento qui l’engage pour Suspiria alors qu’elle n’a que 21 ans. Vient ensuite la rencontre avec l’acteur Marc Porel, qui sera son compagnon de 1977 à la mort prématurée de celui-ci en 1983 des suites d’une méningite consécutive à ses graves problèmes de drogue. Barbara Magnolfi déclare ne pas vouloir être associée au genre de film comme La Soeur d’Ursula puisque les scènes dénudées ont toutes été filmées à l’insu des comédiens. Estimant avoir été trahie, elle n’en veut pas au réalisateur, mais aux producteurs. L’actrice clôt cet entretien en parlant de sa vie aux Etats-Unis.

Plus anecdotique, Le Chat qui fume est allé demander à Philippe Chouvel, journaliste chez Psychovision, quels étaient ses trois gialli (mineurs) préférés (6’30). Ce dernier répond La Casa dalle finestre che ridono (Pupi Avati), L’Occhio nel Labirinto (Mario Caiano) et La Corrupción (Chris Miller). L’interviewé présente rapidement ces trois films et évoque le genre qu’il affectionne tout particulièrement, un « cinéma qui s’écoutait autant qu’il se regardait ».

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, dont celle de La Soeur d’Ursula, uniquement axée sur les scènes érotiques.

L’Image et le son

Peu importe si La Soeur d’Ursula est un film mineur, Le Chat qui fume déroule le tapis rouge au film d’Enzo Milioni avec un superbe master Haute-Définition (1080p, AVC). Ce traitement royal permet même de revoir à la hausse ce giallo érotique. Dès le générique, la propreté s’avère sidérante, la copie est stable, le piqué aiguisé et la photo légèrement ouatée du chef opérateur Vittorio Bernini (Une suédoise sans culotte, La Nipote) est respectée et n’a vraisemblablement jamais été aussi resplendissante. Les quelques poussières et griffures qui ont pu échapper au scalpel numérique demeurent subliminales, la restauration subjugue du début à la fin, tout comme la luminosité, les couleurs et l’élégante tenue des contrastes.

Point de version française ici puisque La Soeur d’Ursula n’a pas été exploitée dans nos salles, même celles qui proposaient les films les plus coquins. Le mixage italien DTS HD Master Audio Mono aux sous-titres français respecte les partis pris d’époque, à savoir un doublage réalisé en postproduction, qui occasionne par moments un très léger décalage entre les dialogues et le mouvement des lèvres des comédiens. En dehors de cela, l’écoute demeure très propre avec parfois quelques sensibles saturations dans les aigus, mais rien de bien méchant.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Terreur sur la lagune, réalisé par Antonio Bido

TERREUR SUR LA LAGUNE (Solamente Nero) réalisé par Antonio Bido, disponible en édition Blu-ray + DVD + CD audio le 2 novembre 2016 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Lino Capolicchio, Stefania Casini, Craig Hill, Massimo Serato, Juliette Mayniel, Laura Nucci, Attilio Duse, Gianfranco Bullo, Luigi Casellato, Alfredo Zammi

Scénario : Marisa Andalò, Antonio Bido, Domenico Malan

Photographie : Mario Vulpiani

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Jeune professeur à l’université de Rome, Stefano D’Archangelo profite des vacances pour aller voir son frère, Don Paolo, prêtre dans une paroisse proche de Venise. En chemin, il rencontre la belle Sandra, artiste peintre qui vit avec sa mère paralysée. Le soir même de son arrivée, une médium est étranglée en face du presbytère, sous les yeux de Don Paolo. La vision du cadavre provoque chez Stefano une série de flash-back lui renvoyant l’image d’un petit garçon effrayé caché derrière un buisson. Dès lors, un tueur élimine un par un les participants aux séances de spiritisme dirigées par la médium. Tous ces crimes auraient-ils un lien avec le meurtre d’une jeune fille, vingt ans auparavant ?

Sorti sur les écrans en 1978, Terreur sur la laguneSolamente Nero, arrive au moment où le giallo connaît ses derniers soubresauts. Réalisé par Antonio Bido, qui signait ici son deuxième long métrage (sur sept à ce jour) après le succès de Il gatto dagli occhi di giada, ce thriller se déroule dans l’ambiance poisseuse, spectrale et inquiétante de Venise et de ses environs, dont l’île de Murano. Les spectateurs aujourd’hui au fait des ficelles et des codes du genre (dont le trauma originel), ne seront pas dépaysés et auront même toujours un peu d’avance sur les supposés rebondissements, mais la mise en scène, l’interprétation et le soin tout particulier apporté à l’esthétique en font toujours une indéniable réussite.

Film noir et sombre, Terreur sur la lagune doit finalement plus au cinéma d’Alfred Hitchcock (avec même un caméo de Bido), grande référence avouée du cinéaste, qu’à celui de Dario Argento ou de Mario Bava. Sans en révéler l’aboutissement, la séquence finale n’est pas sans rappeler celle de Sueurs froidesVertigo, et les séquences de meurtres, même si elles s’avèrent spécifiquement mises en scène chaque fois, marquent plus les esprits par l’installation du suspens que par l’acte proprement dit. Si le giallo s’essouffle, cela n’empêche pas Antonio Bido d’user de ses ressorts, pour finalement se les approprier et emmener le spectateur vers un thriller, non pas plus « classique », mais plus contemporain.

Terreur sur la lagune est un film ambitieux puisque conscient que le giallo est un genre qui s’éteint, le réalisateur souhaite décortiquer la mécanique de ce qui crée la peur dans ce cinéma, tout en cherchant à faire muter le fond et la forme vers quelque chose de plus moderne. Antonio Bido fait également appel à de solides comédiens, dont Lino Capolicchio (Le Jardin des Finzi-Contini), Craig Hill (Au nom du père, du fils, et du colt…, Dracula contre Frankenstein) et Stefania Casini (Suspiria). Avec leur charisme « hors du temps », ils traversent le film comme s’ils étaient plongés sous hypnose et campent des personnages ambigus, même si l’on découvre très vite qui s’évertue à laisser des cadavres derrière lui/elle. Ce qui intéresse Antonio Bido, qui bénéficiait alors d’une grande liberté et d’un budget très confortable, est surtout de marquer son film par de solides moments d’angoisse, les crimes sadiques et atroces apparaissant finalement comme la cerise sur la gâteau, mais pas aussi gores que pouvaient l’espérer certains spectateurs. Mention spéciale à la séquence d’ouverture, ou encore à celle où un homme plonge dans le canal glacé pour échapper au tueur, s’agrippe au bastingage d’un bateau, avant d’être rattrapé par le tueur qui l’écrase littéralement entre les deux coques. Même chose pour la vieille dame en fauteuil roulant, poussée dans le feu vif d’une cheminée.

Terreur sur la lagune ne révolutionne pas le thriller et joue avec les braises déjà consumées du giallo à travers une intrigue faussement alambiquée et même une scène de sexe, qui semble avoir été imposée au réalisateur. Il s’en acquitte fort admirablement notamment grâce à son décor brumeux, fantomatique, pour ne pas dire théâtral, remarquablement exploité et photographié par le chef opérateur Mario Vulpiani (La Grande bouffe, Un bourgeois tout petit, petit) et souligné par la composition aérienne de Stelvio Cipriani. A sa sortie, Terreur sur la lagune est bien accueilli par la critique, mais le film rapporte deux fois moins que Il gatto dagli occhi di giada au box-office, malgré son exploitation dans le monde entier. Mais le film demeure chéri par de nombreux cinéphiles quarante ans après.

LE BLU-RAY

Voilà assurément un des plus beaux coffrets que nous trouverons sur le marché cette année ! Disponible chez l’éditeur Le chat qui fume dans sa collection Exploitation italienne, le Blu-ray de Terreur sur la lagune repose dans un sublime Digipack à quatre volets, également composé du DVD du film, d’un autre consacré aux suppléments (que nous retrouvons sur l’édition HD), sans oublier le CD de la bande originale composée par Stelvio Cipriani. Sur le verso des volets, nous trouvons trois affiches originales du film, ainsi que la playlist du CD. L’ensemble se glisse dans un étui cartonné du plus bel effet, au visuel superbe et attractif. Cette édition limitée à 1000 exemplaires s’avère un véritable objet de collection. Le menu principal est animé et musical. Le grand luxe !

Plus rien n’arrêtera Le Chat qui fume ! En plus de nous proposer un formidable master HD et un merveilleux coffret, l’éditeur nous a concocté pas moins de 2 heures de suppléments particulièrement denses, passionnants et réjouissants, sans compter la possibilité de visionner le film en mode VHS (sur le Blu-ray uniquement), encodé ici en AVC et disponible en 1080i et version française (dans son montage charcuté donc), malgré un générique en anglais.

Mort à Venise, par Jean-François Rauger (19’) : Dans un premier temps, le critique de cinéma et directeur de la programmation de la Cinémathèque Française s’intéresse au parcours du réalisateur Antonio Bido, auteur de sept longs métrages et donne quelques indications sur le contexte de ses mises en scène. Ou comment un metteur en scène émerge en Italie au moment où son cinéma connaît ses dernières heures de gloire, y compris le giallo. Jean-François Rauger loue le caractère ambitieux et libre de l’oeuvre d’Antonio Bido à cette époque où la télévision commence à avoir la mainmise sur le cinéma. Ensuite, notre interlocuteur se penche plus précisément sur l’oeuvre qui nous intéresse, Terreur sur la lagune, en croisant judicieusement le fond avec la forme. Pour lui, Terreur sur la lagune s’inscrit dans la continuité de la tradition du giallo, œuvre dans laquelle Antonio Bido exprime son admiration pour Dario Argento et Mario Bava, mais également pour Alfred Hitchcock. Les conditions des prises de vues à Venise et ses environs sont passées en revue, tout comme les partis pris esthétiques, la musique, la mise en scène des meurtres. Enfin, Jean-François Rauger s’intéresse à la réflexion du film sur la mythologie et l’influence du giallo, ainsi que sur l’impact sur les spectateurs.

Le Monstre de Venise, avec le réalisateur Antonio Bido (36’) : Né en 1949, Antonio Bido est visiblement très heureux de partager ses nombreux souvenirs liés à Terreur sur la lagune. Le cinéaste replace ce long métrage, son second, dans sa carrière, en évoquant sa genèse, après son premier film et grand succès Il gatto dagli occhi di giada en 1977. Un hit qui lui a permis d’avoir carte blanche pour Terreur sur la lagune, Solamente Nero, titre choisi par les distributeurs – pour surfer sur l’aura de Dario Argento – et dont celui au moment du tournage était alors E dietro l’angolo il terrore (« Et à l’angle, la terreur »). Antonio Bido explique avoir voulu réaliser un film plus personnel que son premier long métrage. Jouer avec le genre du giallo, tout en réalisant un vrai film d’auteur. Les anecdotes liées au tournage s’enchaînent, comme les conditions des prises de vues à Venise et Murano, le travail avec les comédiens, sa petite apparition dans le film. Certains fans seront surpris d’apprendre que le réalisateur n’a pas vraiment d’affection pour le slasher, la violence et le sang au cinéma, mais préfère largement instaurer la peur aux spectateurs en jouant sur les effets suggérés et la montée de tension grâce à des effets de mise en scène, hérités notamment d’Alfred Hitchcock, sa grande inspiration. Sans langue de bois, il affirme ne pas aimer la séquence tournée en zodiac, en précisant que cette scène « joyeuse et solaire » rompt avec l’ambiance du film, tout comme il déclare également ne pas apprécier la scène d’amour. Antonio Bido passe également en revue sa collaboration avec le chef opérateur Mario Vulpiani et le compositeur Stelvio Cipriani. Enfin, le cinéaste parle de la sortie du film, qui a rapporté deux fois moins que son précédent long métrage, en raison d’une mauvaise distribution, même si le film s’était alors très bien vendu dans le monde entier.

Profondo noir, avec l’acteur Lino Capolicchio (24’) : Le comédien découvert en 1970 dans Le Jardin des Finzi-Contini de Vittorio De Sica, puis vu dans La Maison aux fenêtres qui rient de Pupi Avati (1976), commence cet entretien en racontant un souvenir personnel lié aux Frissons de l’angoisseProfondo rosso de Dario Argento (1975) dans lequel il aurait pu jouer le rôle principal s’il n’avait pas eu un accident de voiture. Lino Capolicchio se penche ensuite sur la situation du cinéma italien à la fin des années 1970. Il y reviendra d’ailleurs en fin d’interview en disant qu’il regrette cette liberté au cinéma aujourd’hui, une industrie qui dépend de la télévision et qui n’a plus du tout l’enthousiasme qui animait son art il y a plus de 40 ans. Nous retiendrons également toutes les anecdotes de tournage de cette présentation, durant laquelle l’acteur évoque également son travail avec Antonio Bido, Stefania Casini et Craig Hill, les conditions de tournage, le perfectionnisme du chef opérateur Mario Vulpiani, la mauvaise distribution du film malgré le bon accueil par la critique.

Les photos du crime, avec Antonio Bido (11’) : Le réalisateur est de retour, cette fois confortablement installé dans son canapé, pour commenter avec nous diverses photos prises sur le plateau. Une nouvelle occasion pour lui de parler de son travail avec les acteurs et ses techniciens.

Danza Macabra, d’Antonio Bido (23’) : Dernière intervention du réalisateur, qui présente ici une de ses dernières mises en scène, Danza Macabra. Bien qu’il n’ait pas réalisé de long métrage depuis 2000, Antonio Bido continue de tourner pour son plaisir personnel comme c’est le cas ici. Il s’agit d’un court-métrage d’un quart d’heure, sorte de long vidéo-clip, consacré au jeune pianiste Axel Trolese. Antonio Bido explique avoir toujours voulu réaliser un film musical. Le réalisateur s’est entouré de comédiens non professionnels, à l’exception de Manuela Morabito (vue dans Caos Calmo et plusieurs films de Pupi Avati), ayant tous acceptés de tourner gratuitement pendant cinq jours chez le cinéaste, qui s’est également occupé de l’éclairage et de la photographie, puis du montage. Un hommage au cinéma de Roger Corman et Mario Bava. Etrange et kitsch.

3 Gialli, avec Olivier Père (9’) : Le directeur du cinéma d’Arte France intervient ici, non pas pour parler de Terreur sur la lagune, mais du giallo. Quand on lui demande quels sont ses trois gialli préférés, Olivier Père répond Frissons d’horreurMacchie solari (Armando Crispino, 1975), puis deux ex-aequo avec 6 femmes pour l’assassinSei donne per l’assassino (Mario Bava, 1964) et Les frissons de l’angoisseProfondo Rosso (Dario Argento, 1977), puis Je suis vivantLa corta notte delle bambole di vetro et Qui l’a vue mourir ?Chi l’ha vista morire ?, deux films réalisés par Aldo Lado en 1971 et 1972. C’est ici l’occasion pour notre interlocuteur de faire une petite présentation du genre.

L’interactivité se clôt sur les génériques de début et de fin en langue anglaise (The Bloodstained Shadow), ainsi que sur les bandes-annonces de Terreur sur la lagune, La Soeur d’Ursula (test Blu-ray à venir), Tropique du cancer et La Longue nuit de l’exorcisme qui sortent très prochainement chez l’éditeur.

L’Image et le son

Jusqu’ici disponible en import uniquement, Terreur sur la lagune arrive dans l’escarcelle du Chat qui fume, en version intégrale, en DVD et en Blu-ray (1080p) ! La classe internationale ! Solamente nero bénéficie d’un superbe transfert, qui respecte le grain original, très bien géré, y compris sur les nombreuses séquences sombres. La définition est solide comme un roc et les flous constatés sont d’origine. Le master 1.85 (16/9 compatible 4/3) trouve d’emblée un équilibre fort convenable et restitue les très beaux partis-pris esthétiques du directeur de la photographie Mario Vulpiani (La Grande bouffe, Dillinger est mort, Liza). Sombre et poisseuse, l’atmosphère du film trouve un nouvel écrin en Haute-Définition, les contrastes sont élégants et même si les noirs manquent parfois de concision, la copie affiche une propreté ainsi qu’une stabilité jamais prises en défaut. Les séquences diurnes sont lumineuses à souhait avec un piqué plus acéré et des détails plus flagrants, à l’instar du visage rosé et des yeux bleus de Craig Hill.

Terreur sur la lagune est présenté dans sa version intégrale. De ce fait, certaines séquences qui n’avaient jamais bénéficié de doublage français, passent automatiquement en italien sous-titré dans la langue de Molière. Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Stelvio Cipriani (La Baie sanglante). En dépit de quelques craquements, surtout en début de film, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot. La version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0, au doublage réussi, apparaît plus feutrée, légèrement chuintante, avec des effets plus confinés et un souffle très présent. Le changement de langue est verrouillée à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale. Le verso de l’étui n’indique pas les langues disponibles.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr