Test Blu-ray / La Petite, réalisé par Louis Malle

LA PETITE (Pretty Baby) réalisé par Louis Malle, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Brooke Shields, Keith Carradine, Susan Sarandon, Frances Faye, Antonio Fargas, Matthew Anton, Diana Scarwid, Barbara Steele…

Scénario : Louis Malle & Poly Platt

Photographie : Sven Nykvist

Musique : Gerald Wexler

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

1917, Nouvelle-Orléans, dans l’une des maisons de tolérance du quartier chaud de Storyville. Après avoir assisté à l’accouchement de Hattie, sa mère prostituée, la jeune Violet fait la connaissance de Bellocq, un artiste qui arrache à la patronne de l’établissement où elle vit l’autorisation d’y photographier ses pensionnaires. Bien que celui-ci se lie d’amitié avec Violet, il n’en garde pas moins ses distances avec elle.

La Petite ou Pretty Baby est le premier film américain de Louis Malle (1932-1995). Après la polémique qui a accompagné la sortie de Lacombe Lucien, pour lequel le cinéaste était accusé (aussi bien par la droite que par la gauche) de légitimer les actions d’un collabo, Louis Malle commence à recevoir quelques propositions provenant d’outre-Atlantique. Avant cela, il signe l’étrange Black Moon, coproduit avec l’Allemagne de l’Ouest, qui déconcerte le public et se solde par un échec cuisant dans les salles, par ailleurs le premier du réalisateur. Celui-ci reçoit alors une offre sérieuse de la Paramount, qui lui accorde les « pleins pouvoirs » et carte blanche pour sa première aventure aux États-Unis. Ce sera donc La Petite, d’après un scénario de l’éclectique Polly Platt, tour à tour costumière (Les Anges sauvages de Roger Corman et sur quelques films de son mari Peter Bogdanovich), productrice et autrice (La Cible). Polly Platt développe l’idée du film après avoir rencontré Louis Malle et appris son amour pour la musique jazz de la Nouvelle-Orléans, qui faisait partie intégrante de Storyville, quartier historique du centre-ville, au début du 20e siècle. Platt base son récit sur la vie d’une jeune fille forcée à la prostitution par sa mère, racontée dans le livre de l’historien Al Rose de 1974, Storyville, New Orleans: Being an Authentic Illustrated Account of the Notorious Red-Light District, ainsi que sur la vie du photographe Ernest Bellocq, qui a photographié diverses prostituées de la Nouvelle-Orléans au début du 20e siècle à la même période. Suite à sa performance remarquée dans Taxi Driver, le studio souhaite ardemment confier le rôle de Violet à Jodie Foster. Cependant, Malle rejette l’idée, estimant que le rôle ne pouvait être interprété que par une jeune fille de 12 ans, alors que Foster en avait 14. Brooke Shields, jeune mannequin qui avait fait ses débuts au cinéma l’année précédente dans Alice, Sweet Alice, fait la rencontre de Louis Malle et de la scénariste du film, au cours de laquelle ils lui posent principalement des questions sur sa vie. Afin de s’assurer que la jeune fille était capable de comprendre le sujet, Louis Malle et Polly Platt lui demandent également si elle sait ce qu’est la prostitution. Brooke Shields de répondre qu’elle avait grandi à New York et avait observé des prostituées à Times Square. La Petite ne serait rien sans l’extraordinaire composition de la jeune comédienne. Louis Malle, visiblement fasciné par sa photogénie, la filme sous tous les angles (ce qui lui sera reproché) et s’avère quasiment de tous les plans, ou tout du moins de toutes les scènes. Sublime objet de cinéma, La Petite est un véritable voyage dans le temps, marqué par la beauté incommensurable de la photographie signée par le virtuose Sven Nykvist (Le Facteur sonne toujours deux fois, Le Locataire, L’Oeuf du serpent, Persona), qui sur le papier a tout pour instaurer le malaise, mais qui se révèle être un chef d’oeuvre bienveillant, ambitieux, sulfureux évidemment, mais suprêmement élégant et surtout passionnant.

1917, Storyville, à la Nouvelle-Orléans. Violet a dix ans. Enfant naturelle d’une prostituée, elle vécut toute son enfance dans l’ambiance très familiale d’un bordel de luxe entre Mme Nell, la patronne, les musiciens et les clients. Hattie, sa mère, est en train de mettre au monde un autre enfant. Violet annonce à toute la maison la naissance d’un petit frère. C’est elle qui souvent s’en occupera. Un matin, un jeune photographe, E. J. Bellocq, demande l’autorisation de photographier ses sujets favoris : les femmes vouées à la prostitution. Après quelques réticences, la maison l’adopte. Il semble ne se consacrer qu’à son travail. Pourtant, une étrange fascination le lie bientôt à Violet. Vient le jour où la virginité de Violet est mise aux enchères. Le temps passe et Violet est devenue l’une des prostituées les plus recherchées de Storyville. Hattie annonce son mariage avec Fuller, l’un des clients de la maison, et son départ. Elle promet à Violet de venir la rechercher. La vie continue.

Pendant longtemps, de nombreux spectateurs et critiques n’ont eu de cesse de parler de cette scène où Brooke Shields, 11 ans, apparaît nue à l’écran. Une frontalité forcément accompagnée de scandale et de controverses, qui n’ont cependant pas nui au film, qui attirera tout de même 1,5 million de français dans les salles, soit presque autant que Lacombe Lucien et plus que Le Voleur avec pourtant Jean-Paul Belmondo comme star du film. La Petite agit comme une séance d’hypnose, la caméra de Louis Malle virevoltant dans le magnifique décor du bordel, alors amené à être fermé par la US Navy. Ce sont les dernières heures d’un monde à part entière qui se jouent à l’écran, Violet devenant ainsi notre vecteur, comme si elle nous faisait le tour du propriétaire, observait son univers voué à disparaître, tandis qu’elle est sur le point d’arriver à « maturité » et donc à être proposée aux clients.

L’une des séquences les plus célèbres de La Petite demeure la vente aux enchères où le lot à emporter n’est autre que la virginité de Violet…Louis Malle aborde son sujet avec autant d’élégance que de brutalité. D’ailleurs, certaines scènes ont été censurées dans plusieurs pays, quand ce n’est pas le film dans son intégralité. La polémique persistante autour des scènes de nudité a conduit à l’interdiction du film dans certaines provinces canadiennes, qui qualifiaient le film comme outil de propagande pour la pornographie infantile. En réalité, ce que dénonce Louis Malle, c’est que la prostitution infantile existe, parce que des hommes monstrueux existent et seules les femmes portent encore en elles cette notion d’humanité.

Outre Brooke Shields, Keith Carradine (dans un rôle prévu à l’origine pour Jack Nicholson) qui sortait des DuellistesThe Duellists de Ridley Scott, s’en tire à merveille dans la peau du photographe Bellocq, qui avait évidemment tout pour être repoussant, mais auquel l’acteur apporte une formidable ambiguïté. Et est-il utile de préciser à quel point Susan Sarandon est fascinante ? La comédienne, qui tournera avec Louis Malle dans le superbe Atlantic City, aux côtés de Burt Lancaster et qui entretiendra une relation avec le cinéaste, crève l’écran à chaque apparition et s’offre comme rarement à la caméra sensuelle du réalisateur. Les amateurs d’épouvante reconnaîtront aussi la mythique Barbara Steele (Josephine dans le film), la même année que Piranhas de Joe Dante et qui allait devenir très rare au cinéma.

Louis Malle filme l’osmose des filles de joie dans le bordel, qui ont su trouver une certaine stabilité, la plupart ayant vécu l’enfer avant d’être recueillies. Donc si Violet reste le personnage principal, La Petite est aussi un film choral, la vie grouille dans cette maison close (incroyable décor), la musique est omniprésente (Antonio Fargas, impeccable en pianiste témoin/confident), l’immersion est totale et enivrante. À réhabiliter de toute urgence.

LE BLU-RAY

Inédit en Blu-ray, La Petite avait déjà connu une première édition française en DVD chez Paramount, il y a presque vingt ans. Depuis 2007, plus rien concernant le film de Louis Malle…C’est Sidonis Calysta qui ressuscite Pretty Baby, en édition Standard, ainsi qu’en Combo Blu-ray + DVD. Visuel élégant, même chose concernant le menu principal animé et musical.

Pour cette édition, Sidonis a eu l’excellente idée de se tourner vers l’excellente (oui, on l’adore) Aurore Renaut, afin de nous présenter La Petite (48’). La maîtresse de conférence en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université de Lorraine, et historienne du cinéma revient sur tous les aspects du onzième long-métrage de Louis Malle. Son premier réalisé sur le sol américain, dont la sortie a elle aussi été accompagnée de scandale et qui n’a pas beaucoup été vu en France depuis quelques années, notamment en raison des scènes montrant Brooke Shields, nue, alors qu’elle n’avait que onze ans. Mais Aurore Renaut explique pourquoi ceci est injuste et met en avant les thèmes du film, leur traitement, les partis-pris du réalisateur, ses intentions. Tout cela est détaillé, toujours avec érudition, de façon passionnante. La censure dans certains pays (Louis Malle était habitué à voir ses films accompagnés d’un parfum de scandale), la fascination du cinéaste pour le jazz et la Nouvelle-Orléans, le casting, la présentation du film au Festival de Cannes, ainsi que l’Oscar obtenu en 1979 pour la meilleure partition de chansons et adaptation musicale sont aussi les sujets abordés au cours de cette formidable et complète intervention.

L’Image et le son

Sidonis reprend le même master édité outre-Atlantique chez Kino Lorber. Une copie très récente, La Petite ayant bénéficié d’un lifting réalisé par Paramount Pictures en 2023, à partir d’un scan 4K du négatif original 35 mm. Présenté dans son format d’image original 1.85:1, encodé en MPEG-4 AVC et bénéficiant d’un transfert 1080p, Pretty Baby renaît de ses cendres, quand bien même certaines scènes s’avèrent étonnamment lisses, même si l’ensemble respecte la texture argentique originale. La balance des couleurs est très convaincante, la saturation excellente, le piqué affûté (plus convaincant sur les scènes en extérieur que se déroulant dans le bordel), la stabilité de mise, les contrastes denses, la propreté indéniable, en dehors de rares poussières et de poils en bord de cadre. La splendide photographie de Sven Nykvist, qui a beaucoup oeuvré avec Ingmar Bergman, trouve ici un écrin idéal et resplendit comme jamais auparavant. Notons qu’il s’agit ici de la version intégrale du film.

En anglais, comme en français, la clarté, la netteté et la stabilité sont impressionnantes. Les ambiances, la musique jazzy, les dialogues, tout se mêle dans un équilibre parfait. Ceux qui ont l’oreille reconnaîtront la voix de Béatrice Bruno, qui doublait alors le personnage de Laura Ingalls dans La Petite Maison dans la prairie, ici la voix française de Brooke Shields. Aucun souffle sur les deux mixages.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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