Test Blu-ray / My Own Private Idaho, réalisé par Gus Van Sant

MY OWN PRIVATE IDAHO réalisé par Gus Van Sant, disponible en Blu-ray le 26 novembre 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : River Phoenix, Keanu Reeves, James Russo, William Richert, Rodney Harvey, Chiara Caselli, Udo Kier…

Scénario : Gus Van Sant d’après la pièce “Henry IV” de William Shakespeare

Photographie : John J. Campbell, Eric Alan Edwards

Musique : Bill Stafford

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Scott et Mike sont prostitués et amants. Mais si Scott, dont le père est très riche et qu’il déteste, a un avenir tout tracé, Mike, quant à lui, traqué par ses souvenirs, sombre dans des crises de narcolepsie. Au cours d’un voyage en Italie, Scott tombe amoureux de Carmella et abandonne Mike…

« Il y a des films qui surnagent en soi […] My Own Private Idaho par exemple flotte ». Telle est la phrase qui décrit le film selon Agnès Varda dans le numéro de juin 2018 des Cahiers du Cinéma où elle listait plusieurs de ses films préférés. On ne peut qu’être d’accord avec elle tant le film est un modèle sur l’errance de la jeunesse. Non seulement, le film emprunte la forme du road movie, mais il se concentre notamment sur la psychologie et les déboires des personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires. Gus Van Sant n’épargne personne et pratiquement tous les personnages que l’on voit à l’écran ont une importance, une raison d’être là. Ce n’est pas pour rien que l’on s’attache à eux assez facilement. Outre la forme du road movie, la mise en scène de Van Sant laisse planer le doute sur la véracité des faits. Ainsi, par moments, lorsque les compagnons de rue des deux protagonistes se retrouvent au restaurant et se racontent leurs expériences de prostitués, nous avons le sentiment de nous retrouver face à un documentaire.

Film important dans la carrière de Gus Van Sant (c’est seulement son second long-métrage), My Own Private Idaho contient tous les éléments et les thèmes chers à l’œuvre du cinéaste. Le film traite non seulement d’une jeunesse perdue, mais également des rapports humains, de sentiments, d’amour, d’homosexualité, de trahison, mais surtout de l’amitié. Ces thèmes se retrouvent dans la quasi-totalité de la carrière de Gus Van Sant, et plusieurs de ses films font écho à celui-ci. Gerry (qu’il réalisera 11 ans après avec Matt Damon et Casey Affleck) en est un parfait exemple. Si l’aspect documentaire est présent tout le long du film, il ne faut pas pour autant oublier l’influence théâtrale, et notamment William Shakespeare, que Gus Van Sant n’hésite pas à citer à plusieurs reprises (Henry IV principalement). Le théâtre, qui à lui seul représente des petites saynètes se passant la plupart du temps dans des chambres d’hôtel, et qui sont parfois humoristiques, parfois dramatiques.

Dans My Own Private Idaho, les rapports sexuels ne sont jamais tabous et sont représentés subtilement. Par exemple, les scènes de sexe sont une succession d’images fixes montrant plusieurs moments de l’acte, sans vulgarité ou que cela nuise à la qualité du long-métrage.

Il faut reconnaître que les acteurs sont tous excellents, River Phoenix en tête. Il y a une fragilité chez Mike, son personnage, ce qui nous touche forcément et qui nous rappelle sa propre vie. Phoenix est tellement parfait que nous avons l’impression que tout ce qui lui arrive est réel. C’est une des forces du film. Keanu Reeves, en second rôle, obtient l’un des rôles les plus touchants de sa carrière.
Enfin, Udo Kier est génial dans son rôle d’allemand complètement fantasque !

L’aspect « prostitution » du film rappelle énormément le premier long-métrage du hollandais Paul Verhoeven, Business Is Business, qui suivait la journée d’une prostituée et ses différents rapports avec ses clients. Même si chez Gus Van Sant, le point de vue n’est pas du tout le même que dans le film de Verhoeven, plusieurs séquences montrant la prostitution sont assez semblables.

My Own Private Idaho est une oeuvre qui ne laisse pas indemne, une étape dans le cinéma indépendant américain. L’un des meilleurs films de Gus Van Sant.

LE BLU-RAY

Pour sa toute première parution en Haute Définition, Metropolitan Vidéo a fait du bon boulot ! Le film est sorti dans une belle édition Digipack. Le Blu-ray est évidemment présent, accompagné d’un DVD bonus et d’un très beau livret d’analyse de 16 pages. Le menu est animé, musical et reprend quelques panoramas présents dans le film.

Il n’y a pas un seul supplément sur le Blu-ray. Au lancement du disque, vous aurez la bande-annonce du dernier film de Gus Van Sant, Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot. Tous les autres suppléments se retrouvent sur un DVD Bonus que nous n’avons pas reçu. Néanmoins, le DVD est le même que celui sorti dans l’édition collector en 2006. Il contient les coulisses du tournage, une analyse du Paul Arthur, des scènes coupées, un entretien vidéo et deux entretiens audio, dont un de plus de 2 heures en compagnie de Gus Van Sant et de Todd Haynes.

L’Image et le son

Le transfert HD semble être repris de l’édition Criterion, où le film avait fait l’objet d’une restauration 4K. Pour ceux qui redécouvriront le film, vous allez être surpris. Jamais les couleurs n’avaient été aussi belles et aussi vives. Les décors et les paysages ont un rendu parfait. Le niveau de détails est très bon et la définition est renversante. Le grain est plus appuyé sur quelques séquences,sans doute imputable aux conditions de tournage originales. Diverses tâches de couleur rouge ou noires peuvent apparaître sur le côté droit de votre écran mais rien d’alarmant, c’est très léger et ça ne dure que quelques secondes. Ce transfert HD est LE motif principal pour redécouvrir ce très beau film. Le film est présenté au format 1.85 dont l’encodage est en AVC pour une image en 1080p.

3 pistes sonores sont au menu : une piste en Anglais 2.0 DTS-HD Master Audio, une autre en Anglais 5.1 DTS-HD Master Audio et enfin une piste en Français en Mono d’origine DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Les deux versions en Anglais se valent, la profondeur et la clarté sont toujours très agréables et il n’y a pas de problème d’équilibre. La version française en DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est elle aussi excellente et possède une bonne dynamique. A noter un doublage de très bonne qualité. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Metropolitan Films /  Critique, Interactivité, Test technique et captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Blob – Danger planétaire, réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr.

THE BLOB – DANGER PLANÉTAIRE (The Blob) réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr., disponible en combo Blu-ray + DVD + Livret le 23 octobre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Steve McQueen, Aneta Corsaut, Earl Rowe, Olin Howland, Alden “Stephen” Chase, John Benson, George Karas, Lee Paton…

Scénario : Theodore Simonson, Kay Linaker d’après une histoire originale d’Irving H. Millgate

Photographie : Thomas E. Spalding

Musique : Ralph Carmichael

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Une météorite s’écrase à quelques kilomètres de la ville de Downingtown. Curieux de voir à quoi elle ressemble, Steve Andrews et Jane Martin accourent. S’ils trouvent un cratère encore fumant, ils se rendent vite à l’évidence que le rocher venu de l’espace contenait un monstre, une entité visqueuse et affamée dont la croissance rapide constitue bientôt une menace pour tous les habitants de la région.

Danger Planétaire (alias The Blob en version originale), production de type drive-in de la fin des années 50, est un pur produit de cinéma d’exploitation. Distribué sur le continent américain par Paramount, personne ne voyait venir le succès de ce petit film destiné à un public adolescent, qui n’a coûté que 240 000 dollars. Il a en effet rapporté près de 12 millions de dollars dans le monde alors que Steve McQueen avait refusé un cachet qui lui permettait de toucher 10% sur les recettes du film au profit d’un salaire fixe. Deuxième film du réalisateur Irvin S. Yeaworth Jr. (qui n’aura pas fait grand-chose d’ailleurs par la suite), The Blob est un film de science-fiction typique des années 50. Auparavant, Yeaworth Jr. avait réalisé The Flaming Teenage, film totalement oublié. The Blob n’a été tourné quasiment qu’avec des techniciens qu’il connaissait et qui venaient de Valley Forge Films, société qu’il dirigeait. Contrairement aux craintes de son producteur Jack Harris (Dark Star de John Carpenter, Schlock de John Landis), The Blob est un film qui a respecté ses délais de tournage, dû à un travail précis du réalisateur et de son équipe.

Ce n’était pourtant pas chose facile en raison de nombreux problèmes survenus sur le tournage. Outre des soucis d’éclairage rencontrés par le chef opérateur Thomas E. Spalding, c’est surtout la star Steve McQueen qui en causa le plus. En effet, il ne s’entendait pas avec grand monde, faisait ce qu’il voulait sur le plateau, et surtout, il ne croyait absolument pas au film. Lui qui n’avait fait jusqu’ici que quelques apparitions à l’écran pensait vraiment que ce film n’allait pas lancer sa carrière. Sur les conseils de son épouse, il parvient à s’imposer et à faire les choses à sa manière. La même année, il obtient le premier rôle de la série Au Nom De La Loi, et la suite, vous la connaissez.

Bien que le film soit une série B plutôt modeste, elle a inspiré un pan d’artistes et de cinéastes par la suite, ce qui en fait une œuvre majeure. Le film lui-même s’inspire de The Thing de Christian Niby (1951), qu’Howard Hawks aurait en fait réalisé, mais c’est une autre histoire. Outre Attention au Blob !, un remake ringard réalisé par Larry « J.R. » Hagman en 1972, on retiendra surtout celui mis en scène par Chuck Russell (The Mask) et co-écrit par Frank Darabont en 1988. La matière du Blob n’est pas sans rappeler une œuvre majeure de la pop-culture : le fameux symbiote, créé par Todd McFarlane pour les comics Spider-Man dans les années 80. D’ailleurs, la fameuse scène de Spider-Man 3 de Sam Raimi où le symbiote arrive sur Terre lorsque Mary Jane et Peter passent une soirée en amoureux sur la toile tissée par ce dernier, fait écho à la première scène du film d’Irvin Yeaworth Jr., où Aneta Corsaut fait les yeux doux à Steve McQueen durant l’arrivée du Blob…

Un film intéressant sur ses thématiques et son époque, qui malgré sa courte durée (1h23) nous embarque dans son récit.

LE BLU-RAY

ESC Edition est responsable de cette édition se présentant sous forme d’un boîtier noir, comprenant le Blu-ray et le DVD du film, accompagné d’un livret de 16 pages (non fourni pour ce test) écrit par le spécialiste ESC, Marc Toullec. Le menu principal est animé et reprend la musique décalée du générique de début.

Un unique supplément compose cette édition. Il s’agit d’une présentation de 16 minutes réalisée par Linda Tahir intitulée Le Blob Contre-Attaque. L’historien du cinéma Gilles Diment resitue le film dans son époque, dans son genre et dans la carrière de son réalisateur. Un document intéressant qui aurait mérité une plus longue intervention. Dommage également que la prise de son soit si légère.

L’Image et le son

Quasiment rien à dire sur le transfert HD de ce film. Ce transfert semble repris de l’édition Criterion qui présentait un master 4K flambant neuf. Outre un grain parfois trop appuyé et trop présent, les couleurs (des laboratoires Deluxe) sont volontairement kitsch et mettent en valeur tous les éléments au premier plan. Les noirs sont précis et la définition est agréable. Le film est présenté dans son format d’origine 1.66, dont l’encodage est en AVC pour une image en 1080p.

Pour le son, il y a de la VO et de la VF. Si la version originale en DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est plus propre et plus claire, la version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est un peu plus étouffée, mais reste tout à fait recommandable et de très bonne facture. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Editons / ESC Distribution / Paramount/ Critique du film & chronique du DVD : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr