Test DVD / Wakefield, réalisé par Robin Swicord

WAKEFIELD réalisé par Robin Swicord, disponible en DVD le 6 septembre 2017 chez AB Vidéo

Acteurs :  Bryan Cranston, Jennifer Garner, Beverly D’Angelo, Jason O’Mara, Ian Anthony Dale, Pippa Bennett-Warner…

ScénarioRobin Swicord

Photographie : Andrei Bowden Schwartz

Musique : Aaron Zigman

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Howard Wakefield est un avocat qui a tout pour lui. Une belle situation, une femme dont il est follement amoureux et de beaux enfants. Jusqu’au jour où, dépressif, il décide de tout plaquer pour s’installer secrètement en face de chez lui pour espionner ses proches.

Dans la carrière de Bryan Cranston, il y a évidemment un avant et un après Breaking Bad. Depuis le triomphe de la série, le comédien, qui oeuvrait principalement à la télévision dans tous les shows possibles et imaginables, s’est vu offrir de multiples propositions au cinéma. Comme s’il désirait se rattraper, bien qu’il n’ait jamais arrêté de tourner, Bryan Cranston passe donc d’un univers à l’autre avec le même talent, de La Défense Lincoln de Brad Furman à Drive de Nicolas Winding Refn, en passant par Contagion de Steven Soderbergh, John Carter d’Andrew Stanton, Argo de Ben Affleck, Godzilla de Gareth Edwards, Dalton Trumbo de Jay Roach (nommé pour l’Oscar du meilleur acteur) et même Power Rangers de Dean Israelite ! Wakefield, écrit et réalisé par Robin Swicord, scénariste de Matilda, Les Ensorceleuses, Mémoires d’une geisha et L’Etrange histoire de Benjamin Button, est basé sur une nouvelle de l’écrivain E.L. Doctorow. Film mis en œuvre pour flatter l’académie, Wakefield est typique du cinéma indépendant américain, bien interprété, mais qui croule sous une musique aussi omniprésente que plombante, ainsi que des effets de style académiques.

Bryan Cranston est Howard Wakefield, avocat d’un grand cabinet new-yorkais. Après une journée de travail, sur le chemin du retour, son train tombe subitement en panne. Il est alors contraint de faire le reste du chemin à pied vers sa banlieue résidentielle. Le téléphone sonne. Visiblement, sa femme s’inquiète, mais il ne répond pas cet appel. Arrivé devant chez lui à la nuit tombée, Wakefied aperçoit un raton laveur se faufiler dans la remise au-dessus du garage. Il le suit pour l’obliger à déguerpir et de la fenêtre de ce petit grenier, il aperçoit ses filles qui discutent, sa femme qui s’acharne sur son portable avant de s’en aller, de rage, balancer une assiette, celle qui l’attendait, à la poubelle. Un vieux fauteuil lui tend les bras et Wakefield s’installe pour regarder encore un peu ce fascinant spectacle : observer la vie dans sa propre maison. Et de se réveiller le lendemain au même endroit avec le spectacle qui continue. Les jours passent, Wakefield décide de rester encore et toujours dans ce grenier. C’est avec un malin et malsain plaisir qu’il observe sa femme, aux prises avec les événements.

Sur un postulat très intéressant, la réalisatrice Robin Swicord tourne rapidement en rond et peine à maintenir l’intérêt, au point que le film semble s’arrêter au bout d’une demi-heure. Seul dans son observatoire, Wakefield s’amuse à imaginer les échanges de ses proches suite à sa disparition, mais très vite la voix-off et le monologue prennent le relais, quasiment jusqu’à la fin du film. Le procédé est usant et ce malgré l’investissement évident du comédien principal. Très vite prisonnière de son dispositif, la cinéaste ne parvient jamais à renouveler sa mise en scène et se contente la plupart du temps de positionner sa caméra sur son acteur, qui assure le show en grimaçant, en riant, en pleurant. Après plusieurs ellipses, Bryan Cranston, Wakefield plutôt, se métamorphose en clochard, barbe hirsute ridicule, ongles longs et noirs, cheveux craspecs, chemise cradingue et chaussures trouées. Le récit s’enlise en raison de la pauvreté technique d’ensemble, ainsi que par ses dialogues, une logorrhée sur le mal-être existentiel, jamais crédibles, qui n’instaure jamais de trouble ou d’ambiguïtés sur le personnage, un mec antipathique qui pique sa crise.

De ce fait, Wakefield n’est jamais attachant, surtout que des flashbacks le montrent amer et jaloux avec sa femme, incarnée par la douce Jennifer Garner, et toute cette expérience vécue par le personnage semble finalement n’avoir aucun impact sur lui, si ce n’est lui faire admettre qu’il est en dépression. S’il se rend compte qu’il a été bouffé par le quotidien de sa petite vie pépère, Wakefield voit sa femme et ses deux filles jumelles continuer à vivre après sa disparition, des mois (des années ?) après. Il est alors pris entre l’envie de regagner ses pénates, il imagine d’ailleurs les différentes réactions possibles lors de son retour et le désir de se laisser aller dans son grenier afin de profiter au maximum du pouvoir omniscient que lui procure la vue de son mirador. Tout ça pour ça ? C’est ce qu’on appelle de la philosophie de comptoir, même si au final le film n’est pas si déplaisant, mais juste anecdotique.

LE DVD

Le DVD de Wakefield, disponible chez AB Vidéo, repose dans un boîtier classique de couleur noire. Le menu principal est animé et musical.

Point d’interview ni de making of, juste une bande-annonce en guise de supplément !

L’Image et le son

AB Vidéo nous propose un très beau master (français, comme le montrent les credits) de Wakefield. Respectant les volontés artistiques de la réalisatrice et du directeur de la photographie Andrei Bowden Schwartz, la copie affiche une colorimétrie froide et soignée, des contrastes de belle tenue, un léger grain cinéma palpable et un piqué ferme. L’image est propre, sans fioritures, les gros plans impressionnent par leur précision (voir le visage creusé de Bryan Cranston), le cadre large fourmille de détails et la clarté est de mise. La qualité technique du DVD de ce quasi-huis clos impressionne. Pas d’édition Haute-Définition pour ce titre.

Deux pistes Dolby Digital 5.1 et deux pistes Stéréo, en anglais et en français. Les pistes 5.1 imposent une petite spatialisation discrète mais bel et bien palpable avec diverses ambiances qui percent les enceintes latérales. Certes, le film repose en grande partie sur les dialogues et la voix-off de Bryan Cranston, solidement plantée sur le canal central, mais il serait dommage de se priver de ce petit plus, d’autant plus que les basses accompagnent quelques séquences. Saluons également la tonicité des mixages 2.0 qui contenteront aisément ceux qui ne seraient pas équipés à l’arrière. Les sous-titres sont imposés sur la version originale et le changement de langue est verrouillé à la volée.

Crédits images : © 2016 Wakefield Productions LLC / AB Vidéo / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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